RAPPORT DE LA COMMISSION DES CINQ
de la contre-révolution. Ainsi je vous demande si le décret qu'on vous propose, voté prématurément, ne serait point l'arrêt de mort de tous les républicains. ))
Un homme sensé, tel qu'était Revsbell, aurait dû discerner les fureurs systématiques d'un faiseur de projets, des intentions réalisables d'un parti qui était de plus en plus éloigné de la possibilité du triomphe; mais les excès et les crimes de la faction que les conventionnels avaient servie par complicité ou soumission rendaient vraisemblables dans leur esprit toutes les horreurs des haines et des vengeances politiques. D'ailleurs les folles correspondances des agents de l'émigration suscitaient tous les amis de la Révolution. Aussi les tribunes publiques mêlèrent leurs clameurs à la discussion et criaient : — « Oui! oui! mort aux royalistes ! » ■ — La commission des onze consentit à l'ajournement, et La Réveillère Lépeaux ajouta en excuse du projet que les émigrés étaient exclus de l'amnistie et qu'on maintenait contre eux la peine de mort.
La commission des cinq vint aussi faire ses adieux à la Convention ; mais elle n'avait point à encourir le reproche de modération et d'humanité. Tallien recommença encore une fois l'histoire de la conspiration, ramassant tous les faux bruits, toutes les rumeurs populaires; confondant les émigrés de toutes les époques, pour en arriver enfin aux assemblées primaires et aux élections. Il témoigna encore de son indignation de voir un défenseur de Capet élu représentant, ainsi que M. de ÎMarbois, qu'il appelait le rédacteur du traité de Pilnitz : ce qui était ou un in-
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fâme mensonge ou une ignorance stupide de toutes les circonstances politiques.
Il en coûtait beaucoup à la commission de renoncer au projet de casser les élections, et Tallien ne s'en cachait point. — « Mais votre séance d'hier a eu lieu et nous avons cru qu'il était de notre délicatesse, qu'il importait même aux intérêts du peuple de garder le silence sur ce point. »
La commission avait cherché d'autres moyens de sauver la République, et porté son attention sur la rentrée des prêtres réfractaires ; sur les moyens de purger la République des infâmes royalistes sans toutefois relever les échafauds ; sur les mesures nécessaires pour réprimer la voracité de l'agiotage. Elle proposait donc un projet de décret.
— (( Tout individu qui, dans les assemblées primaires ou électorales, aurait provoqué ou signé des arrêtés liberticides ne pourra exercer aucune fonction publique jusqu'à la paix.
— « Les individus non rayés de la liste des émigrés et les parents d'émigrés sont également exclus des fonctions publiques.
— H Quiconque, se trouvant dans les cas ci-dessus désignés , accepterait des fonctions publiques ou ne s'en démettrait pas sur-le-champ, sera banni. »
L'article suivant était renouvelé de Saint-Just : — « Ceux qui ne voudront pas vivre sous les lois de la République sont autorisés à quitter le territoire dans le délai de trois mois. Ils pourront toucher leurs revenus et même réaliser leur fortune. Ils ne pourront plus rentrer en France sous peine d'être regardés comme émigrés.
— H Les femmes divorcées d'émigrés et non rema-