III
(c Toutes les grandes mesures ont été 'manquées à Marseille. Si on eût fait seul€ment fusiller, comme à Toulon, huit cents conspirateurs à Tentrée des troupes et qu'on eût créé une commission militaire pour condamner le reste de ces scélérats, nous n'en serions pas où nous en sommes. Marseille est à jamais incurable, à moins d'une déportation de tous les habitants et d'une transfusion d'hommes du nord. »
« Les fusillades sont ici à l'ordre du jour. La mortalité est parmi les amis de Louis XVII. Sans la crainte de foire périr d'innocentes victimes, telles que les patriotes détenus, tout était passé au (il de l'épée; comme^ sans la crainte d'incendier l'arsenal et les magasins, la ville eût été livrée aux flammes ; mais elle n'en disparaîtra pas moins du sol de la liberté. Demain et jours Suivants nous allons procéder au rasement.... Fusillades Jasc^a'à ce qu'il n'y ait plus de traîtres. Tous les jours, depuis notre entrée, nous faisons tomber deux cents t^tés. »
La Convention n'avait ni ordonné ni formellement autorisé ces actes sanguinaires. En décrétant que l'armée avait bien mérité dé la patrie , qu'une fèie serait célébrée dans toute la république en réjouissance de la reprise de Toulon, elle avait ordonné que ce le nom infâme de Toulon serait supprimé et que cette commune s'appellerait désormais Port de la Montagne, » elle voulait que toutes les maisons particulières fussent rasées et qu'on n'y conservât que les bâtiments nécessaires au service de la guerre et de la marine.
Les représentants en mission s'empressèrent d'exécuter cette destruction. Ils écrivaient : ce Tout va bien ici; nous avons requis douze mille maçons des départements environnants pour démolir et raser la ville. »
Néanmoins cette destruction était un acte de si sauvage démence y qu'elle resta une menace non accomplie. Les commissaires de la Convention et le comité de salut public ne s'obstinèrent point à une telle absurdité. Les édifices furent épargnés plus que les citoyens. Quelques maisons appartenant à des membres du comité insurrectionnel et quatre îles de maisons voisines de l'arsenal furent les seules démolitions.
Le tribunal révolutionnaire continua à rendre ses arrêts de mort. 11 y eut un jour où onze femmes furent exécutées « pour avoir contribué aux projets de la tyrannie par leurs démarches ou leurs propos incendiaires. » On a évalué que, par massacres ou par sentencesy quinze à dix-huit cents victimes avaient péri pendant les six mois de règne des commissaires de la Convention.
Le comité de salut public n'osait ni inter4||w ni blâmer de pareils excès, exigés par la commune/^es Jacobins, et approuvés par quelques-uns des membres du comité, CoUot d'Herbois, Billaud-Varennes et Sain t- Just; mais sa majorité et peut-être Robespierre auraient voulu plus de discernement et de mesure dans ces farouches exécutions; ils craignaient que cette extermination aveugle ne finît par révolter l'opinion et par amener quelque réaction.
Barras et Fréron passaient pour les auteurs du ré- ^inne de sang qui pesait sur Toulon. 11 leur fut ordonné de se rendre à Marseille, où ils apportèrent les mêmes intentions et la même conduite. La ville était soumise depuis plus de quatre mois et sa rébellion d'un moment était châtiée avec sévérité. Les directions données par Danton avs^ient été suivies. Il avait dit : « Donnons une grande leçon à Taristocratie marchande dans la per-
sonne des Marseillais. 11 faut que les commerçants ont vu avec plaisir rabaissement des nobles et des très, dans Tespérance de s'engraisser de leurs biens, qui aujourd'hui désirent la contre-révolution , soie abaissés. 11 faut se montrer aussi terribles envers eu qu'à l'égard des premiers. Les contre-révolutionnaire* =s de Marseille doivent payer les frais de cette guerre. Un^^* e loi doil déterminer le mode qui fera tomber la tète àe^^ s scélérats. »
L'accomplissement des prescriptions de Danto semblait insuilisant à Bâfras et à Fréron, et plu d'une fois ils s'étaient plaints de la mollesse ave laquelle Marseille était traitée. Ils vinrent y porte remède.
Peu de jours après leur arrivée, ils écrivaient : « commission militaire que nous avons établie à la plac du tribunal révolutionnaire va un train épouvabtabl pour les conspirateurs. Quatorze ont déjà payé de leu tète leur infâme trahison. Les intrigants sont déjoués car ils avaient cherché à persuader que nous voulion faire grâce aux grands coupables ; ils tombent comm grêle sous le glaive de la loi. »
Celte lettre était datée « de Sans-nom, ci-devant Mar seille. » On ne trouve aucun décret de la Convention qui ordonne ce changement de dénomination. Il fut sans doute imaginé par les représentants en mission. Après deux mois de séjour à Marseille, ils furent rappelés à Paris.
Pendant ce temps-là Bordeaux était soumis par Tallien à une tyrannie au moins aussi cruelle. Ciuadet, Salles, Barbaroux et Biroteau, mis hors la loi par les décrets de la Convention , y périrent sur l'échafaud.
Ainsi toutes les rébellions qui a^^aient eu pour orine le 31 mai étaient maintenant domptées. L'autorité jis bornes de la faction démagogique avait soumis et nullement châtié les opinionâ qui s'étaient soulevées L nom de la liberté. ¥^n même temps elle obtenait issi de grands succès dans la guerre qu'elle soutelit contre les populations de l'ouest.
A proprement parler, ce n'était point une guerre elle; jamais deux armées n'avaiept été plus étrangères me à l'autre. La Vendée combattante ne faisait uniment partie de la France révolutionnaire : elle en Qorait les opinions; elle ne tenait ni de près ni* de in à aucun des partis qui la divisaient. Comme les rennais, elle était insurgée contre des oppresseurs , ais elle ne connaissait d'autre moyen de s'en affranlir que l'entier rétablissement de la monarchie et de ïiglifie catholique. Nul traité, nulle transaction n'éient possibles.
Dès 1791 la fermentation du peuple des campagnes, ms les départements de l'ouest, avait inquiété le goumement. Deux commissaires , hommes éclairés et [lis de la liberté, Gallois etGensonné, furent envoyés »ur s'enquérir de l'état du pays et des circonstances li avaient pu occasionner quelques troubles, encore ns gravité.
lis rendirent compte de leur mission à l'Assemblée gpslative dans les premiers jours de sa session. Leur ppoFt établissait que la seule cause d'agitation dans » départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de Bune-et-Loire était l'attachemeat et la confiance que s habitants des campagnes conservaient pour leurs iciens curés qui avaient refusé le serment , et leur
répugnance pour les prêtres asseraientés que Tautorilé civile leur imposait. En même temps les commissaires exprimaient un sentiment d]estime et de bienveillance pour cette population honnête, douce, obéissante aui loisy en tout ce qui ne touchait pas à sa conviction religieuse. Les commissaires conseillaient donc la tolé rance pour Topinion ou plutôt Taffection que la Irèe^ grande majorité des paysans professait pour leux*^ prêtres. Us croyaient que les exiler de leurs anci^nn^ paroisses ; les persécuter, les forcer à vivre caché: serait augmenter leur influence et irriter les populc::!^tloAs; mais ils disaient aussi que les administrateu^^i^ des districts , et le parti patriote des petites villes favc:::::^rables par conformité d'opinion politique aux prêlr^^s constitutionnels, étaient fort d*avis de procéder \^^^^ des voies de rigueur et d'écarter les prêtres inseï mentes.
L'Assemblée législative ne statua rien sur ce raj port, mais elle traita constamment les question^i^^ relatives au clergé dans un esprit d'intolérance et d-^B^ persécution.
L'exécution des mesures qu'elle ordonna, Pexaspéi tion des partis politiques, le retentissement du lOaou excitèrent quelque trouble vers la fin d'août 1792. Ci maire de la petite ville de Bressuire, à la suite d'um querelle engagée avec d'autres fonctionnaires , réuni les paysans d'un grand nombre de paroisses. Plusieurs gentilshommes se joignirent à cette sédition On attaqua Châtillon, qui fut occupé sans, résistance ^ le lendemain , les gardes nationales des villes voi sines arrivèrent au secours de la ville de Bressuire.^ La troupe des paysans fut repoussée et dispersée, ui assez grand nombre fut blessé ou tué. Deux gentils-
hommes se rendirent prisonniers et furent fusillés sans jugement. Les vainqueur^ ne montrèrent aucune pitié. Une commission militaire , formée à Niort, procéda avec plus d'humanité et . de ménagement. Tout fut imputé aux morts ou aux absents; il n'y eut .point de condamnation. On ne trouva aucun indice de conspiration, ni de correspondance avee les émigrés. Quelques agents de Tém^ration avaient été envoyés en Bretagne; mais- ils n'avaient aucun rapport avec le Poitou* Le calme fut complètement rétabli.
Au mois de mars 1793, à la première nouvelle de la loi qui ordonnait la levée de trois cent mille hommes^ le soulèvement fut simultané dans presque tout le Bo^ cage et dans le bas Poitou; il éclata d'abord avec plus d'énergie dans cette partie de l'Anjou qui touche à la rive gauche de la Loire. Au même moment la rébellion se déclarait avec le même succès dans le pays qui avoisine Nantes et la côte maritime. Montaigu, Machecoul, la Roche-sur- Yon , l'île de Noirmoutier tombèrent au pouvoir des rebelles.
Ce premier commencement de l'insurrection ne se passa point sans de graves désordres , sans plusieurs actes de cruauté. 11 y eut surtout à Machecoul d'hor? ribles massacres^ qui se renouvelèrent à plusieurs reprises. Le mouvement n'était point partout également spontané. Il y eut dans le bas Poitou d'activés incitations 9 et là surtout furent commis de sanguinaires excès.
Après leurs premiers combats et les avantages qu'ils avaient obtenus , les paysans songèrent à se donner des chefs. Nulle résistance ne leur avait été opposée, mais ils pouvaient prévoir que bientôt la république
allait envoyer des troupes pour châtier et soumettre la rébellion. Des hommes déterminés et doués d'intelligence et de courage les avaient, il^est vrai, commandés et conduits. Stoiïlet le garde-chasse et Cathelineau le voiturier avaient déjà montré un ins-linct de la guerre qui devait en faire des généraux. Les rebelles avaient conquis des canons et formaient une sorte d'armée. Mais ils se voyaient engagés dans une grande entreprise et ils appelèrent à leur aide, comme conseil et comme direction militaire , ded hommes pour qui ils avaient une déférence accoutumée et une entière confiance. Ils leur savaient les mêmes affections et les mêmes regrets et ne craignaient point d'être employés conime instruments pour servir des ambitions ou des intérêts de parti.
Les chefs de cette guerre ne l'avaient donc ni provoquée ni prévue; ce n'était point pour accomplir un dessein , pour atteindre un but politique que les paysans les plaçaient à leur tête. Ils ne se proposaient d'autre prix de leur victoire que de s'affranchir d'un gouvernement qui persécutait leurs prêtres et les soumettait à un recrutement excessif. Si de plus hautes espérances ont quelquefois traversé la pensée de leurs généraux, elles s'évanouissaient comme un rêve, en voyant que leurs soldats n'avaient d'autre volonté que de délivrer leur territoire et de le préserver des vengeances de l'invasion et de la tyrannie.
Mais la guerre quoique défensive, surtout quand elle commence par des succès, entraîne nécessairement avec elle de continuelles agressions : on repousse l'attaque avant qu'elle arrive. Lçs premiers avantages furent obtenus d'autant plus facilement que rien n'était prépara pour la résistance dans les
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contrées qui eavironnaient le pays rebelle. Saumur, Angers, Nantes, Luçon, Fontenay, Niort se trouvèrent à la fois menacés et sans moyens de défense. Les administrations locales réunirent en toute hâte des hommes sans armes ou mal armés; ils en oonûèrent le commandement à des ofllciers de leur choix, sans aucune expérience miUtaire et surtout sans subordination. Tels Turent les premiers bataillons opposés aux insurgés, ils étaient distribués en plusieurs rassemblements pour garder les principales routes; on appelait cela des armées : elles n'étaient point composées de soldats et xi*avaient point de généraux. Quelques vieux ofiiciers en retraite, en congé de convalescence ou en remonte furent requis par les administrateurs ou les représentants en mission, et chargés, à leur grand déplaisir, d'une commission difficile et fâcheuse.
Trouvant peu.de résistance, les Vendéens eurent d*abord un plein succès; En Anjou, sur la rive gauche de la Loire, ils avaient envahi, dès les premiers jours de inars, ChoUet çt presque toutes les petites villes ou bourgs de cette région. Us n'eurent point la pensée de les occuper ni de s'y fortifier. Ils ne songèrent qu'à empêcher le recrutement, à brûler les papiers des administrations locales et a tenir prisonniers les magistrats; parfois même ils les maltraitèrent durement: car en ces commencements de lii guerre civile les rassemblements étaient à peu près sans chefs , et quelques-uns des plus empressés à la rébellion pouvaient iHériter le nom de brigands, qui fut donné à tous les insurgés ; il fut accepté par eux , et passa dans le langage commun. Les deux principales bandes avaient pris pour les commander Cathelineau et Stoillet.
En même temps , la contrée des bords de la Sèvr nantaise qui forme la partie occidentale du pays d Bocage venait de se soustraire a Tobéissance du gou vernement. Dès le début ,, les rassemblements se for mèrenty dans ce canton , sous la conduite des gentils hommes. Mortagne , les Herbiers et d'autres bourg tombèrent sans combat au pouvoir des révoltés. MM. d Sapinaud et Béjarry étaient leurs chefs. Ils choisirez pour commander les insurgés de cette région centrale qui s'étend de la Sèvre à }a route de la Rochelle à Nantes, M. deRoyrand, un ancien oflicier, fort honnête homme^ raisonnable et tr^-respecté.
Le territoire de la basse Vendée qui s'étend depuis la rive gauche de la Loire inférieure, le long de la côte, fut soumis d'abord à plusieurs chefs indépendants, chacun dans son canton. Le principal rassemblement, après s'être emparé de la petite ville de Machecoul et y avoir commis de cruels excès, se donna pour chef M. Charette, qui n'avait nullement provoqué ce soulèvement. 11 ne s'opposa pointa la continuation du désordre; les massacres se renouvelèrent pendant plus d'un mois. 11 laissait, ainsi les gens de sk bande s'engager irrévocablement dans la révolte par leurs crimes. La guerre civile fut, dans cette partie, conduite sans relation habituelle avec la masse principale de l'insurrection. M. Charetle concertait souvent ses mouvements avec les autres chefs de la basse Vendée, mais neles commandait point.
La principale inquiétude du gouvernement porta sur la côte maritime. Il importait avant tout d'empêcher les insurgés de se mettre en communication av«c les Anglais, qui auraient pu débarquer des troupes ou du moins fournir des armes et des munitions. Obéissant
aux ordres du conseil exécutif, un vieux général, nommé )Iarcé, partit de la Rochelle avec cinq cents hommes , réunit à sa troupe quelques volontaires et s'avança contre les rebelles, qui menaçaient Luçon et les Sables, il fut attaqué le 19 mars par la troupe de M. de Roy* rand ,- dont il ignorait la position et la force. Les Yen* déens, selon une manœuvre qui fut à peu près leur seule tactique, se répandirent en tirailleurs sur les flancs de la colonne républicaine. Après quelques moîneats de combat, une terreur panique se répandit parmi les soldats. Le générai fit ses efforts pour les rallier. 11 eut son cheval tué sous lui, ses habits furent criblés de balles.
I^es commissaires de la Convention avaient assisté à eette affaire et avaient même donné leur avis sur la manière de l'engager. Us avaient vu la conduite vaillante du général Marcé. Ils le destituèrent, le firent arrêter, et quelques mois après il monta sur Téchafaud.
Le mauvais. succès de cette première tentative de répression répandit le trouble dans la Convention, qui était pourtant bien loin de connaître Tétendue et la gravité du mal. Il était impossible de dégarnir les frontières et d'envoyer des troupes de ligne contre l'insurrection. On fit un décret de proscription contre les insurgés; ils furent mis hors la loi : une commission militaire, sur la déclaration de deux témoins, devait les condamner à mort. Ceux qui, dans les vingtquatre heures de la publication du décret, mettraient bas les armes ne seraient pas inquiétés. Cette disposition d'indulgence. ne s'appliquait point aux prêtres, aux nobles, à leurs agents ou domestiques, aux étrangers.
De lelles mesures étaient plus propres à exciter l révolte qu'à Tapaiser. Les administrations locales e -^^ les généraux de la république y par humanité et pai raison y pensaient tout autrement. « Vous allez combattre des hommes dont le plus grand crime est d'avoir écouté des conseils perfides; ils sont coupables/ sans doute. S'ils étaient vainqueurs, ils ne vous épargneraient peut-être pas; mais vous que le bonheur de 1 patrie anime, dont la noble ambition doit être de vain cre et de pardonner, voudriez-vous, en imitant votr ennemi, assassiner ceux que le sort des armes mettra en votre pouvoir? En abusant de la victoire, en désolant les campagnes, en dévastant les propriétés, vous violeriez les lois que tout citoyen doit respecter et vous vous rendriez coupables aux yeux de tous. » Ainsi s'exprimait une proclamation des administrateurs de Maine-et-Loire en convoquant les gardes nationales.
Le conseil exécutif ne pouvant envoyer des soldats dans la Vendée, pensa du moins à confier la conduite de la guerre à des généraux expérimentés. Canclaux fut chargé de la défense de Nantes; Berruyer des opérations à combiner sur la rive gauche de la Loire. Le général Beaufranchet d'Ayat commandait à Niort et à Fontenay.
Les progrès des Vendéens furent arrêtés pendant queltjues jours; la ville des Sables avait reçu par mer quelques renforts et des munitions. Une colonne républicaine mit pour un n^oment la côte à Tabri des attaques de Tinsuri^ection ;, Fontenay et Niort furent au8;3i garantis contre la ti^oupe de M. de Royrand.
Le général Berruyer entreprit de délivrer la rive gauche de la Loire. 11 commença- par attaquer les Vendéens à Saint-Pierre-de-Chemillé , et ne put se
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rendre maître de ce village qu'après un combat opiniâtre et meurtrier. Un général fut grièvement blessé ; plusieurs officiers furent tués.
Dès lors on commença à s'apercevoif ce que pouvait être cette guerre contre des paysans dévoués et courageux; commandés par des chefs intelligens et par quelques anciens officiers ; ayant déjà des canons; favorisés par toute la population ; connaissant parfaitement ce pays de Bocage, sans grande route, coupé de haies y de chemins creux , de champs de genêts: labyrinthe de vallées et de petites collines où les colonnes répablicàines erraient à Taventure.
Pour combattre un ennemi qu'il reconnaissait comme redoutable , Berruyer avait de mauvais soldats. « Dès le premier moment de l'attaque, écrivait-il, j'ai eu la douleur de voir la plupart des volontaires s'enfuir lâchement ; il est bien dur pour im ancien militaire de commander à de tels soldats ; je ne peux compter sur eux : la plupart n'ont que de mauvais iiisils de chasse sans baïonnette; très-peu savent ce que c'est qu'une arme. Je ne cesse de le dire, il est de la plus haute importance de faire cesser les troubles ; il ne faut pas laisser à cette rébellion le temps d'acquérir des forces imposantes. »
Pendant que le général républicain s'affligeait ainsi, les chefs vendéens étaient près de perdre courage ; l'échec qu'ils venaient d'éprouver, la marche des différentes colonnes que Berruyer avait dirigées sur iivers autres points leur étaient presque tout espoir. Les paysans des paroisses de l'Anjou avaient déjà sippelé pour les commander M. d'Elbée, M. de Bonchamp et d'autres gentilshommes, dont le discernement né servait qu'à mieux reconnaître une situation
désastreuse ; les chefs populaires Cathelineau el Stofflet en jugeaient comme eux- On avait perdu six pièces de canoji à Saint-Pierre et il ne restait pas deux livres de poudre. Les paysans furent renvoyés dans leurs paroisses; les chefs et une petite troupe se retirèrent à Titfauges, du côté de la Sèvre.
Un combat heureux et imprévu changea bientôt toute la situation. Bressuire était occupé par ui^^ colonne qui était sans communication avec Berruy^^ et qui ne pouvait être secouruq par les troupes c^^ Niort et de Fontenay ; elle s'avança jusqu'au villa^^^ des Aubiers y marchant ainsi pour se joindre am- ^ mouvements de la petite armée républicaine de f -^ rive gauche de la Loire.
M. de La Rochejaquelein venait d'arriver dans c-*^* canton , il avait vu le découragement des chefs=-"^ angevins et ne croyait pas qu'il y eût rien à tenter ^• Les paysans de toutes les paroisses voisines n'avaien' * pas encore pris part à l'insurrection , mais ils étaien résolus à ne se point soumettre au recrutement. U conjurèrent M. de La Rochejacquelein de se mettre à leur tète pour aller attaquer les bleus , comme ils appelaient les soldats de la république ; il céda \ leurs instances et s'associa de grand cœur à leu dévouement. Le tocsin sonna dans les paroisses; dix mille hommes environ s'assçmblèrent ; on avait quelques fusils et de la poudre : du reste on était armé de faux , de .fourches et de bâtons ferrés. Masqués par des haies et des murs de jardin , ils entourèrent le village des Aubiers,, et suivant l'exemple donné par le jeune chef qu'ils venaient de choisir, ils tiraient sur les soldats qui ne savaÎBnt d'où venait cette attaque. Au premier mouvement
'ils firent , les paysans crurent qu'ils se retiraient , lancèrent par-dessus les haies ; ujie peur panique mpara des soldats; ils s'enfuirent en déroute, sindonnant deux pièces de canon , et se retirèrent à essuire.
Ce succès et l'arrivée de plusieurs centaines lommes qui venaient de la rive droite de la Loire iir se mêler à l'insurrection, rendirent bon espoir \i Angevins; ils eurent encore un nouvel avantage s'emparèrent d'un dépôt de poudre.
Les dangers de Tinsurrectidn s'étaient accrus plus )îdement encore que ne l'avait prévu le général rruycr. 11 écrivait : « Le général Leygonier a fail mainement tout ce qui pouvait se faire pour arrêter
fuyards ; rien n'a pu les retenir. La désertion est 3on comble; il est impossible de détruire les relies si on ne me donne pas des bataillons sur quels je puisse compter. Oi> s'est imaginé à Paris 'il s'agissait de quelques misérables faciles à réire; on s'est grandement trompé; la guerre se fait
comme sur la frontière. » — « Les troupes que i sont des rassemblements informes de pères de nille qui, à peine arrivés, veulent retourner chez x; il n'efft point d'armée aussi mal organisée et il pourvue que la mienne; point d'officiers gênéyix et d'état-major; pas un fusil dans les arsenaux; cependant j'ai à combattre l'ennemi le plus dange- IX de la république. » — « Nos ennemis joignent à udace le sentiment le plus extraordinaire. Mourir . pour eux le, commencement du bonheur. L'esprit igieux les exalte jusqu'à la folie : ces misérables andonnent femmes, enfants, propriétés, pour àuivre elques scélérats de prêtres qui, le crucifix à la
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main , leur donnent la bénédiction et leur promette; le ciel. Nos volojitaires sont bien éloignés d'avoir ^S^^ même énergie; on ne terminera cette guerre qu'e=^^ envoyant des troupes de ligne et des bataillons d'ai«=ricienne formation. »
Pendrrit ce temps-là, les généraux républicain -^cis faisaient la guerre plus heureusement dans la bass ^se Vendée, reprenaient l'île de Noirmputier, et dégarnigeaient les environs de Nantes et des Sables; mais il: JHs disposaient de peu de forces et se voyaient sans cess^ <^e en danger d'être surpris dans les villages ou. dans let ^^s positions dont ils s'étalent emparés. L'activité d^- Je M. Charette et des autres chefs les tenait dans un^ je continuelle inquiétude ; ils perdaient souvent le ter — :mrain qu'ils avaient gagné et se retiraient dans 1^ ^a crainte d'être cernés par l'ennemi.
La correspondance du général Berruyer ne dispo— '^' sait pas le comité de salut public en sa faveur. Le^ -s administrations dont il se plaignait accusaient lenteur et la froideur de son patriotisme ; il fut rap pelé. Heureusement pour lui les représentanis Goupilleau et Choudieu prirent sa défense; ils le préservèrent ainsi de Téchafaud.
Les armées républicaines ne recevaient aucun renfort efficace ; on changeait sans cesse les généraux ; on abandonnait leurs opérations aux représentants en mission ; le désordre allait croissant : la rive gauche de la Loire était presque entièrement évacuée. — « Le mal est grand, disait Barère à la Convention, mais il n'est pas désespéré , si les ordres du comité de salut public sont exécutés avec la célérité qu'ils exigent. Des forces nouvelles s'organisent ; des forces depuis longtemps aguerries vont presser leur marche;
des armes seront apportées pour armer les bons citoyens ; Paris va envoyer des patriotes courageux. Un comité, composé de commissaires de la Convention j dirigera tous les mouvements. >i
Le décret n'accomplissait pas toutes les promesses du rapporteur. — a Chez un peuple libre tout citoyen étant soldat doit marcher à la voix de la patrie. » — « La Convention s'en remet au zèle des administrateurs ainsi qu'au patriotisme des citoyens pour prendre toutes les mesures propres à la défense de la république 9 et pour comprimer sur-le-champ et de toutes parts les mouvements de révolte. »
Ce décret fut un signal de détresse ; il prouva quel était le péril de la république et Tembarras de son gouvernement. La Convention avait pour. sa garde un corps de grenadiers-gendarmes qui demanda a être employé contre les rebelles; son offre patriotique fut accueillie avec un grand éloge.
Ce fut à ce moment que l'insurrection prit un grand développement et occupa un vaste territoire. Quinze jours après le combat des Aubiers, La Rochejaquelein et les chefs angevins s'avancèrent vers Bressuire. Le général Quetineau y commandait environ cinq mille hommes; il n'avait nulle possibilité de se défendre et se retira surThouars. Ce nouveau progrès des Vendéens délivra M. de Lescure, qui était détenu à Bressuire. Toutes les paroisses des environs s'associèrent alors à l'insurrection sous son commandement.
Dès lors tous les soulèvements partiels de la haute Vendée se trouvèrent agir de concert et formèrent ce qu'on appela la grande armée. Elle se composait des homipes foiirnis par les paroisses de toute la région.que la Loire borde au nord; la Sèvre nantaise à l'ouest, et m. 30
qui s'étend au midi plus loin queBressuire, à Tes^ jusqu'à Thouars. D'Elbée , Bonchamp y Cathelineaa ? Stolïlet commandaient les Angevins ; La Rochejaquelein, Lescure, Marigny étaient chefs des Poitevine* Tous les gentilshommes du pays se joignaient sucîcessivement aux insurgés , ainsi que quelques ha.^ bitaiits des petites villes, appartenant à ropiniorB royaliste.
Se voyant ainsi puissants par le nombre et par un^^ autorité exercée dans tout un pays, les principaux: chefs de l'insurrection encouragés par le succès, voulurent lui donner une organisation régulière. Elle \\& pouvait pas être aussi complète que dans une armé^ de troupes de ligne servant un gouvernement établi. Les soldats étaient essentiellement des volontaires e^ la discipline ne comportait guère la contrainte. Les commandants ou les officiers étaient plus réellement désignés par un libre choix que les officiers des bataillons républicains. En outre, c'étaient les paysans qui avaient voulu cette guerre. Ainsi ceux à qui ils obéissaient ne pouvaient avoir ni un grade, ni une autoritébien déterminés. Les anciens militaires, les gentilshommes, les hommes un peu instruits, les paysaus qui se montraient intelligents et courageux se trouvaient officiers , combattaient au poste où l'occasion les plaçait et faisaient ce qui leur était commandé. Les chefs principaux avaient pour titre la confiance qu'ils inspiraient et le bon exemple qu'ils donnaient.
Lorsqu'ils voulurent, quelque temps après, se donner un général en chef, ils choisirent Cathelineau, un simple paysan, vaillant, pieux, qui avait du coup d'œil et de la résolution; c'était lui , d'ailleurs , qui avait commencé rinsurrection» L'égalité était plus
réelle et plus nécessaire dans une telle armée que dans Tarmée de la république.
i > Un conseil s,upérieur fut aussi institué pour Tadministration du pays et de Tarmée. Il était surtout composé d'ecclésiastiques. Ses attributions ne pouvaient pas être régulièrement définies ou exercées; il faisait des proclamations, prenait des arrêtés , exigeait des vivras par voie de réquisition ou plutôt d'invitation. Le service d'une armée dont les soldats étaient convoqués pour des expéditions de trois ou quatre jours et apportaient leurs vivres , n'exigeait pas les formalités Lidministratives.
Toutefois il y avait toujours quelques centaines d'hommes qui restaient auprès des chefs. C'étaient des iéserteursy des étrangers ou des paysans qui avaient pris goût au service et qui n'avaient pas de famille à aourrir parleur travail. Cette troupe était d'une grande ressource et avait une part considérable dans les succès des Vendéens.
Cette armée principale a eu le grand ?ôle dans la guerre civile : non-seulement c'est elle qui livra le plus de combats et les plus importants par le nombre et par les résultats; mais le caractère honorable et chevaleresque de ses chefs, les sentiments d'humanité de la plupart d'entre eux, leurs soins et leurs efforts à diminuer les déplorables désordres d'une vaste insurrection, ont donné à leur nom et à leur cause un éclat dont la France s'honorera toujours.
Lorsque commença la guerre et même pendant presque toute sa durée, il n'y eut aucune relation entre les deux armées qui se combattaient. Le droit des gens ,-les procédés de loyauté , la fraternité militaire y qui sont observés au milieu des plus cruelles
AGS GUEBRE DE LA VENDÉE.
guerres de nation à nation furent inconnus entre les citoyens d'une même patrie. L'impitoyable répression de la révolte d'une part, et de l'autre l'aveuglement du fanatisme ou l'ivresse de la vengeance firent couler des flots de sang. On croyait in^possible de traiter avec l'ennemi du moindre armistice ou d'un cartel d'échange pour les prisonniers.
Dans les premiers temps, il n'y eut point de mesures générales, point d'extermination systématique. Les généraux républicains étaient, pour la plupart, portés à l'indulgence et croyaient que la révolte serait promptement apaisée, si on mettait à leur disposition quelques troupes de ligne et si on n'exaspérait pas les paysans par des mesures impitoyables. De leur côté, les chefs vendéens ne perjCnettaient point que leur victoire prît un caractère de férocité.
Une soixantaine de grenadiers de la garde nationale de Saumur avaient été faits, prisonniers; le général Leygonnier s'inquiétait de leur sort et ne pouvait avoir de leurs nouvelles; argent ou promesses, tout était inutile pour se procurer des informations sur ce qui se passait dans les cantons insurgés. Deux de ces prisonniers obtinrent des généraux vendéens la permission d'aller rassurer les familles des prisonniers. Ils apportaient une lettre de leurs camarades : « C'est avec un vrai plaisir que nous publions les procédés humains et honnêtes que nous recevons chaque jour des généraux de l'armée catholique. Nos malades sont aussi bien traités qu'ils pourraient l'être dans un hôpital militaire. Nous sommes persuadés que vous traitez de même les prisonniers que vous avez. Vous pourriez nous tirer de prison en prenant des arrangements convenables. »
Le général écrivit à la Convention pour savoir ce qu'il devait faire. Aucune réponse ne lui fut envoyée. Les deux grenadiers étaient venus sur parole; ils retournèrent auprès de leurs camarades prisonniers.
Bientôt après l'occupation de Bressuire et cette formation de la grande armée vendéenne ^ elle obtint un nouveau succès plus considérable encore. Le général Quetineau s'était retiré à Thouars. 11 n'avait plus que trois mille hommes et sa tâche était de défendre une ligne de quinze lieues, de Saumur à Fontenay, contre tout un pays insurgé. Vainement il exposait le danger de sa position aux représentants , au ministre de la guerre y à la Convention , aucun secours ne lui était donné. « Vous ne songez qu'à me prendre mes soldats lorsqu'ils sont à peine^ instruits et aguerris, et vous m'en envoyez de nouveaux qui seront défaits avant d'avoir rien appris. Je veille nuit et jour pour ne pas être surpris par un ennemi qui se .présente sur ma ligne avec trois divisions, chacune de dix à douze mille hommes aussi ardents et braves que les miens sont tièdes et indifférents.... Je veux bien mourir pour ma patrie; mais qu'on ne désorganise pas mon armée. Je souhaite la victoire ou la mort. »
Ainsi s'exprimait la lettre que Tallien, alors en mission à Tours, envoyait à la Convention, en confirmant par son témoignage la vérité des informations de Quetineau.
Deux jours après, Thouars fut investi et attaqué par les Vendéens. Cette petite ville avait une enceinte de vieux murs; la faible garnison résista avec fermeté et courage. Les rebelles se montrèrent animés d'une téméraire ardeur ; La Rochejaquelein et Lescure entrèrent par assaut dans la ville, pendant que les admi-
nistrateurs allaient déjà présenter leur soumission aux chefs qui attaquaient les portes d'un autre côté» Quetineau désespéré n'osait pas conclure une capitulation avec les brigands ; ils le traitèrent avec égard et le laissèrent se retirer en rendant hautement témoignage des vaillants efforts qu'il avait tentés pour une défense impossible ; le malheureux général prévoyait son sort. Tallien le dénonça comme un traître qui y «comme les lâches qu'il commandait, s'était (( lâchement rendu. » Puis il ajoutait un récit imaginaire de la bravoure qu'un bataillon de Marseillais avait montrée. La Convention ordonna l'arrestatioa de Quetineau ; quelques mois après il fut condamné^ à mort par le tribunal révolutionnaire.
L'armée vendéenne réussit moins bien dans l'attaque qu'elle tenta sur Fonlenay ; la déroute fut complète ; presque toute l'artillerie resta au pouvoir desk républicains ; ils firent deux cents prisonniers ; d'Elbée fut blessé ; l'armée se trouva à peu près dissoute. Les représentants et les généraux crurent quela guerre était terminée. La Convention fit une proclamation aux « citoyens des départements troublés; >» elle. s'adressait aux paysans en Ijeur promettant indulgence, attribuant leur rébellion aux artificieuses suggestions des prêtres et des nobles y leur faisant espérer la liberté de conscience et de culte.
Le lendemain de la date de cette proclamation , le général Chalbos, celui même qui avait, dix jours auparavant, vaincu et dispersé les rebelles, éprouvait une défaite complète , évacuait Fontenay en désordre et se retirait à Niort.
Enfin , dans les derniers jours de mai , environ trois mille hommes de troupes régulières tirées , non
des armées y mais des dépôts, arrivèrent à Saumur. En destituant Berruyer, le comité de salut public avait nommé le général Biron commandant en chef de l'armée ; mais il était aux Alpes maritimes et tarda à arriver. On commençait à reconnaître la gravité de rinsurrection. Le ministre de la guerre Bouchotte avait envoyé Ronsin , un de ses adjoints , avec des pouvoirs étendus ; il lui avait associé d'autres commissaires. La commune et même quelques sections de Paris en déléguèrent aussi. La Convention augmenta le nombre des représentants en mission ; c'était autant d'observateurs et de conseillers chargés de surveiller et de diriger les opérations des généraux. Cette foule de commissaires se composait de jacobins et de cordeliers, grossiers, ignorants, rivaux les uns des autres , ardents à dénoncer, portant le désordre et l'anarchie dans l'état-major et l'administration de l'armée.
Ce fut dans cet état que le général Biron la trouva lorsqu'il vint en prendre le commandement. 11 fit au ministre un rapport détaillé et très-raisonnable sur ce qu'il venait de reconnaître en arrivant : « Je n'ai rien vu , disait-il , de plus effrayant et de plus effrayé que la foule immense réfugiée à Niort : on a vainement battu la générale, sans pouvoir rassembler la dixième partie des troupes retirées plutôt que logées chez les liabitants et établies pêle-mêle.... D'après ce que l'apprends des rebelles, de leurs moyens et de leur manière de faire la guerre, ils ne doivent leur force 8t leur existence qu'à l'épouvantable confusion etauv mesures incohérentes qu'on a prises partiellement contre eux; il faut même qu'ils ne soient pas à beaucoup près aussi dangereux qu'on le dit pour n'avoir
pas profité d'aussi grands avantages et fait de plus grands progrès. »
Malgré les plaintes désespérées des généraux , le désordre continuait ; malgré leurs demandes quotidiennes, on ne leur envoyait pas de troupes de ligne; le découragement était de plus en plus grand parmi les nouvelles levées et les gardes nationales qu'on leur donnait à commander; Tindiscipline des bataillons recrutés à Paris dans les sections était déplorable. En même temps Taudace des rebelles s'augmentait par leurs succès; leurs généraux et leurs officiers acquéraient chaque jour l'expérience de la guerre ; la troupe d'élite qu'ils tenaient sur pied s'augmentait en nombre et se composait maintenant d'excellents soldats.
La petite armée républicaine qui , sous le commandement de Leygonnier, protégeait les approches de Saumur, sur là rive gauche de la Loire , venait d'être mise sous les ordres du général Menou. Elle avait reçu pour renfort quelques bataillons recrutés à Paris à prix d'argent parles sections et conduits par le général Santerre. Après plusieurs combats malheureux, Menou se replia jusqu'aux portes de la ville. De fortes redoutes en défendaient les abords.
11 y eut un moment où les Vendéens s'étaient avancés au delà d'une de ces redoutes, s'exposant à être pris en flanc et taillés en pièces. Un bataillon de Paris refusa d'obéir au général Coustard; un capitaine de ce bataillon lui mit plusieurs fois la pointe de son épée sur la poitrine; on le plaça à la bouche d'un canon en ordonnant de faire feu; mais les canonnierâ prirent la défense de leur général. Tels étaient les volontaires que la commune envoyait pour terminer la guerre
GUERRE DE LA VJINDÉE* d*^^^
civile. Leur lâcheté et leur indiscipline rendirent fameux les « héros de cinq cents livres. » Barère parla d'eux à la Coùvention en les nommant ainsi; il est vrai qu'il leur imputait d'être royalistes.
Le général Menou fit de vains efforts pour ramener
ces mauvais soldats. 11 eut deux chevaux tués sous lui
et fut grièvement blessé. Berthier, son chef d'état-
major, le secondait de son mieux ; il fut aussi démonté
et blessé.. Ce fut à cette journée que commença à se
faire connaître Marceau , jeune officier qui ne devait
pas' tarder à devenir un général distingué. 11 sauva la
^ie au représentant Bourbotte, dont le cheval avait été
tué et qui se trouvait à la merci des rebelles. 11 fallut
renoncer à empêcher les Vendéens d'entrer à Saumur,
et se retirer sur la rive droite. Us entrèrent dans la
ville en même temps que les troupes républicaines et
presque pêle-mêle.
Ce fut le plus grand moment de la fortune des Vendéens. Si les chefs avaient eu sous leurs ordres une véritable armée de soldats* disciplinés, ils pouvaient se diriger sur Paris sans rencontrer d'obstacles pour les arrêter. A peine en- eurent-ils la pensée. Charette, qui jusqu'alors n'avait eu aucun rapport avec eux, leur proposa une entreprise sur Nantes et elle fut résolue. Mais il fallait attendre quelques jours; les paysans voulaient retourner dans leurs familles, dont ils étaient absents depuis une semaine.
Les débris de la division républicaine de Saumur s'étaient retirés à Tours , où le général Berthier s'occupa à reformer une nouvelle armée.
Le général Biron, après avoir visité les diverses divisions de son armée réparties sur un si vaste territoire^ persistait à croire que son devoir le plus im-
portant était de préserver la côte depuis la Rochelle jusqu'à Nantes. 11 renouvelait sans cesse ses plaintes sur les désordres de Tarmée et de son administration. (( Un abus que je dois dénoncer , c'est la quantité innombrable d'agents et de sous-agents des agents du pouvoir exécutif : ils vont partout enlevant chevaux et voitures^ et insultant les propriétaires. Ge scandaleux et révoltant pillage produit peu de ressources pour l'armée. La désertion des gardes nationales est si nombreuse que des bataillon» entiers sont partis de nuit sans laisser un seul homme. » Le général déplorait le départ de deux bataillons de la Gironde , les meilleurs de l'armée , qui s'étaient retirés en apprenant le 31 mai et la proscription de leurs représentants.
Les commissaires de la Convention eux-mêmes étaient obligés à user de quelque rigueur contre les émissaires jacobins, que Ronsin avait répandus dans l'armée. H y en avait qui excitaient les pauvres à agir contre les riches et qui les gourmandaient de leur apathie. Les sociétés populaires de province , tout exaltées qu'elles pouvaient être , n'admettaient pas de telles doctrines et de telles prédications; au contraire, elles étaient empressées à les dénoncer.
Ronsin et le parti jacobin, qui s'étaient emparés de la conduite de la guerre civile , se trouvèrent bientôt en lutte ouverte avec Biron et ceux des représentants, qui comme lui étaient ennemis du désordre. L'opinion révolutionnaire allAit bientôt changer le caractère de cette guerre. Elle ne devait plus comporter de ménagement ni d'humanité. Le général Westermann, sans prendre les ordres de Biron , après avoir occupé la petite ville de Parthenay, qui n'était pas défendue.
GUERRE DE Li VENDÉE. AT
poussa jusque dans le Bocage et fit proclamer qu'il brûlerait et mettrait au pillage toutes les communes qui fourniraient aux rebelles des contingents ou autres secours. « Cela, écrivait- il aux représentants, fera trembler le paysan. Cet exemple terrible est nécessaire pour arrêter ce torrent qui perdrait la république. »
Ainsi rinitiative de Tépouvantable destruction qui devait désoler toute une région de la France appartint à un des chefs du 1 0 août.
Pendant que le général Biron travaillait à mettre en ordre l'armée dont le quartier général était à Niort, afin de pouvoir défendre la basse Vendée et la côte, Nantes courait le plus grand danger. L'armée dès rebelles occupait déjà Angers, qui avait été évacué sans combat. Une réunion de représentants se forma en conseil, à Tours, avec les généraux de l'armée défaite à Saumur que le général Berthier s'efforçait d'organiser. Rien ne parut plus important que de sauver Nantes, et ce conseil régla un plan d'opérations en conséquence. 11 en résultait que Biron aurait dû se dégarnir pour venir en aide à cette armée de la Loire. 11 s'y refusa. Le comité de salut public approuva hautement sa conduite et blâma le conseil de Tours.
Le général Caudaux prit de si bonnes mesures pour la défense de Nantes et fut si bien secondé par le zèle de la garde nationale que les Vendéens, après dixhuit heures de combat, furent contraints de se retirer. Ils avaient perdu quelques vaillants officiers ; leur général Cathelineau avait été blessé à mort. La ville avait été attaquée sur la rive droite par la grande armée vendéenne. Charetle avait, sur la rive gauche.
essayé de s'emparer du faubourg et des ponts. Son attaque avait été moins vive et moins obstinée.
La retraite se lit sans ordre : ce n'était plus une armée y mais une foule qui passa la Loire dans des barques et revint dans son pays de la rive gauche. La Rochejaquelein, laissé à Saumur pour garder cette position , n'avait pu retenir les paysans. Ils étaient allés retrouver leurs métairies et leurs bœufs. Lescure, qui avait élc blessé , était resté pour défendre le Bocage contre l'armée de Niort ; il ne se trouva pas en état de résister à Westermann, et revint plusieurs lieues en arrière , jusqu'à Châtillon. Tout était changé dans la situation des insurgés^ Dans la basse Vendée, ils avaient aussi éprouvé un échec devant Luçon. .
H semblait que la guerre civile était surdon déclin et que la république rétablirait bientôt la soumission dans les départements révoltés; la politique révolutionnaire, dans sa passion et son ineptie, devait encore prolonger longtemps cette terrible lutte.
Parmi les Jacobins qui étaient venus apporter \o trouble dans l'armée républicaine et la dévastation dans le pays insurgé, un des plus importants était Rossignol. C'était un ouvrier orfèvre qui , à commencer par le 14 juillet, avait figuré dans toutes les séditions et qui jouissait d'une grande faveur dans la faction démocratique. On l'avait nommé commandant d'une légion de gendarmerie qui faisait partie de l'armée de Niort. A peine y était-il arrivé qu'il avait excité les soldats de la légion du Nord contre leur chef Westermann; lorsqu'on se plaignait de la conduite de ses gendarmes, il répondait : « Je ne connais que 1^^ grandes mesures; il faut chasser les citoyens de leurs
GtERRE DE LA VENDÉE. 477
maisons pour y loger les soldats. » Westermann le fit arrêter.
Danton et d'autres Montagnards prirent la défense de Rossignol et commencèrent à dénoncer Biron. Westermann, après avoir obtenu de grands succès, et s'être imprudemment avancé jusqu'à Chàtillon> avait été surpris et entouré par les Vendéens : sa déroute fut complète, et la Convention, en même temps qu'elle délivrait Rossignol , traduisait Westermann à sa barre.
Le ministre Boucliotte, en envoyant le décret à Biron y écrivait : w Cette justice rendue à un patriotisme pur jette un grand blâme sur la conduite qui a été tenue à son égard. » Le lendemain Tordre lui fut adressé de quitter son armée et de revenir sur-lechamp à Paris pour rendre compte de sa conduite au conseil exécutif.
Biron avait déjà reconnu qu'il ne pouvait commander une armée ni faire la guerre à de telles conditions; souvent il avait sollicité son rappel : il retourna à Paris, fut mis en prison, et quelques mois après 1b tribunal condamna à mort pour avoir participé à une conspiration contre la sûreté intérieure et extérieure de la république un général qui la servait avec loyauté , dévouement et intelligence. Trois semaines avant de le destituer, le comité de salut public, en refusant la démission de Biron, lui écrivait : u Notre confiance repose sur vos talents et votre civisme.... vous avez- servi la patrie parce que vous l'aimez ; vous continuerez de servir la république dans des circonstances où vos succès doivent avoir la plus haute influence pour la liberté. »
Le comité de salut public confia provisoirement le
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commandement de l'armée des côtes de la Rocheli^ au général Beysser, qui s'était fort distingué à la d^" fense de Nantes. Pendant que le gouvernement cor^" veAtionnol lui donnait.cette preuve de confiance, Bcy»»— ser se plaçait à la tète d'un mouvement fédéraliste • Les adnlinistrateurs et cette garde nationale de Nant^^^s qui venaient de résister si vaillamment aux Vendéens ^ n'en appartenaient pas moins à l'opinion girondine '- La révolte du Calvados n'était pas encore étou£fée^^ c'était le moment où le général Wimpfen essayait d marcher sur Paris. Les autorités civiles prirent, si jours après la levée du siège, un arrêté pour interdi l'entrée de la ville à tout commissaire envoyé par 1 Convention. Canclaux avait déjà été quinze jours au — paravant destitué pour fédéralisme , puis rétabli pat ^ Tinflueuce des représentants Merlin et . Gillet quS. avaient partagé son erreur et que la Convention avaifc trouvé à propos d'excuser, en fermant les yeux sur' leur conduite. 11 était sorti de iNantes avec une division pour appuyer les opérations de l'armée d'Anjou et se concerter avec Biron.
Beysser, resté dans la ville, adhéra à l'arrêté des administrateurs et fit afficher une proclamation en réponse à la lettre où les représentants l'avaient engagé à rétracter une démarche criminelle. «Citoyens, disaitil, votre général est déclaré traître à la patrie; voici ses crimes : il a sauvé Nantes que les brigands de la Montagne voulaient livrer à leurs complices les brigands de la Vendée; il a reconnu la souveraineté du peuple que les maralistes veulent détruire ; il a opté entre la république que nous voulons maintenir et la tyrannie que les factions d'Orléans, de Cobourg et d'Angleterre voulaient rétablir. »
Gt'ERRE DE LÀ VENDÉE. 479
Cette tentative de rébellion ne dura pas longtemps t fut à peine remarquée. Beysser et les administraîurs se rétractèrent; le général ne fut jjus commànant d'une armée , mais conserva son grade; les dministrateurs furent mandés à Paris. Biron était appelé et accusé; Rossignol venait d'être nommé éoéral en chef de l'armée des cotes de la Rochelle ; i faction jacobine triomphait : c'était elle qui allait ouverner la guerre de la Vendée ; elle était en force ans l'administration et dans les états-majors; la pluart des représentants en mission lui appartenaient u lui obéissaient.
Momoro écrivait à son ami Vincent qui, adjoint à iuepte et docile Boucliotte^ était le vrai ministre e la guerre ; « Sera-t-il toujours dans l'ordre des hoses que nous ayons des généraux qui nous trahisent? Les vrais républicains n'ont jamais pensé que la iberté et l'égalité puissent être défendues par des ens contre lesquels précisément nous avons fait la évolution.... Des chefs républicains! des chefs réublicains ! et nous battrons nos ennemis. »
Lés conventionnels spectateurs de cette guerre talent aussi divisés d'opinions; ils n'étaient d'accord li sur les projets, ni sur les hommes.
Merlin de Douai et Gillet écrivaient au comité de alut public : w Après avoir désorganisé l'armée de a Rochelle,. Ronsin veut désorganiser l'armée des ôtes de Brest; nous lui imposons silence. » — « Les ommissaires du conseil exécutif se regardent comme es directeurs de l'armée, blâmant, censurant, exalant à leur gré les opérations des généraux. — On élève i des grades supérieurs des hommes qui n'ont jamais ait aucun service militaire : Ronsin vient d'être fait
général de brigade; Grammont, qui n'a jamais étJ> que comédien, a été nommé adjudant général. — L-*« ministre se moque de la loi. — Bouchotte est un es^cellent citoyen , mais il ne sera jamais qu'un trèj^ mauvais ministre. »
Merlin aurait pu citer un exemple plus rema quable; Rossignol avait été nommé général de br gade le 12 juillet, et le 27 général de division co mandant en chef.
Les généraux qui avaient de Texpérienee et de E -â capacité, ceux qui appartenaient réellement à Tarra^ ^ française , demandaient à être employés ailleun (c J'ai le cœur navré, écrivait le général La Barollièr de rindiscipline de l'armée , de l'insouciance des o ficiers, du pillage, et de l'ivrognerie des soldats; MJ est dur, quand on a servi trente-six ans avec honneu de voir le mal sans pouvoir y remédier. »-
Quand il se plaignait de la conduite de quelqu bataillon parisien, les représentants écrivaient à 1 Convention que les soldats de Santerre avaient besoi d'être modérés, tant leur ardeur était grande.
Il fallait pourtant, à travers les ménagements gardés pour les officiers et les bataillons jacobins , déclarer à la Convention que cette guerre civile ne pourrait être terminée que lorsqu'on y emploierait des troupes [aguerries. Depuis quatre mois tous les généraux avaient répété le même avertissement; celt^ fois les représentants pouvaient apporter en preuve^ le récit d'une déroute qui avait succédé à quelques^ affaires heureuses.
Le général lîerthier, appelé à Paris, avait rendu un compte sincère de l'état de l'armée^ sans déguiser l'insubordination et la mauvaise conduite des batail-
GUERRC DE 1.A VENDÉE.' 481
Ions de Paris ; mais son tétnoignage avait peu de poids au ministère de la guerre où on ne le regardait pas comipe un -chaud patriote : it fut* obligé de se justifier. La preuve de son dévouement à la- république pouvait être donnée par les services que, depuis plus d'une année/ il avait rendus sur les champs de bataille ; il cessa d'être employé divins la Vendée. C'était une faveur que sollicitaient tous l'es généraux (c qui n'étaient point 8an&-culottes de lîiœurs et de principes... « » cf A commencer par moi, écrivait le général Barbazan, ceux qui ont conservé les formes de l'ancien régime ne peuvent rester dans cette afmée. w
Une nouvelle dér'hu te , qui livra pour quelques jours aux Vendéens les ponts de Ce et la communication entre leâ deux rivçs, témoigna des dangers toujours croissants de cette guerre et de l'insuffisance des mesures désordonnées qui avaient été prises jusqu'alors. Le 26 juillet le comité de salut publrc annonça qu'il allait en prescrire de plus efficaces. « Épurer l'étatmajor et les <;ommis6aires des guerres pour leur substituer des généraux et des commissaires d'un patriotisme prononcé. -^ Tenir rigoureusement la main à Texécution des lois contre les déserteurs, les fuyards et les traîtres. ^^ Choisir d^ns les communes les plus patriotes des compagnies de pionniers et d'ouvriers» — Approvisionner des matières combustibles .pour incendier les bois, les taillis et les genêts. —* Abattre les forêts, détruire les repaires des rebelles; faire couper les récoltes par les compagnies d'ouvriers et les'tran^rter sur Içs derrières de l'armée;. emmener les bestiaux. — Conduire dans Fintérieur les femmes . les enfants et les vieillards; il sera pourvu à leur sûreté et à leur subsistance. — A une époque prochaine, m. 31
/f82 GUERRE DE LA VENDÉE.
il sera fait un mouvement général sur les rebelles. — Aussitôt que Tarmée sera réorganisée, les représentants du peuple se concerteront avec les administrations des départements circonvoisins pour faire sonner le tocsin dans les communes environnantes et faire marcher sur les rebelles les citoyens, depuis l'âge de seize ans jusqu'à celui dé soixante. — Les généraux n'emploieront désormais pour mots d'ordre que des expressions patriotiques et que les nom& des anciens républicains, des martyrs de la liberté^ et dans aucun cas le nom d'une personne vivante. »
Maintenant tout le succès de la guerre sembla reposer sur le général Rossignol. Les Jacobins, la Convention, le ministre de la guerre placèrent sur l*i leurs espérances, comme s'il était un grand et habile homme de guerre.* ce Employer donc toutes vos forcée physiques et morales pour terminer cette guerre , ^'^ vous aurez rendu un grand service à la patrie , lu S écrivait Bouchotte; faites surtout usage de la parole^ relevez les esprits abattus; pour l'exemple du courage^^ on peut s'en rapporter à vous. » Rossignol répondit que l'administration militaire était hors de sa portée^ mais qu'on pouvait s'en reposer sur Ronsin« Ilxie^ mandait pour lui le grade de général de division. II le voulait aussi pour Santerrê , à qui il destinait le commandement d'une armée. « Les sans-*culotte3 vont remplacer enfin les intrigants et les traîtres. >^I1 proposait qu'on lui envoyât des brevets pour les patriotes qu'il fqillait employer à la place des malveillants. .
Mais Rossignol insistait sùr'la mesure que tous les généraux avant lui, et aussi les représentants avaient sans cesse réclamée; il demandait quinze ;nille hommes de troupes aguerries.
GCEtiRE DE LA VENDÉE. 483
La^ capitulation de Mayence mettait à la disposition du comité de salut publie une armée qui D,e pouvait plus être employée sur les frontières. On avait d'abord criévà la trahison; on avait voulu accuser et juger Tétat-major de cette garnison : déjà il était mis en détention. Oo comprit qu'il importait de ne point désorganiser des troupes sur lesquelles reposait le seul espoir raisonnable de terminer la guerre civile. Un décret déclara que la garnison avait bien mérité de la patrie ; eu même temps on faisait tomber la tète de Custine, en le rendait t responsable d-une capitulation reconnue honorable. *
L'avéneraent de Rossignol semblait aux Jacobins comme une ère nouvelle. Les héros de Tinâulrrection et des massaeres commandaient les armées. La faction, à laquelle ils appartenaient, dominait la Convention , régnait à la commune et prononçait les arrêts du tribunal révolutionnaire. Ronsin était à ce moment rhomme principal dans cette guerre de la Vendée, qui allait être, sans obstacle ni contradiction > exploitée révolutionnairement; 11 écrivait à Vincent : cr Je ne puis aller à Paris. Rossignol n'a accepté le commandement qu'à la condition que je* resterais près de lui pour diriger toutes les opérations de T-état-major. Je n'en veux pouitant pas être le chef. J'aime raieux agir comme adjoint du ministre de la guerre. J'aurai plus d'occasions de me battre et' de déjouer les traîtres. Tous les patriotes sont au comble de la joie. — Je te félicite d'avoir fait tomber Custine.J'ai un peu contribué à4a chute de Biron; achève sur Beauharnais et sur tous les nobles dont la proscription est si nécessaire au maintien de la république. Envoie-nous du père Ducbesne en grand nombre. »
484 GUEhRE DE LÀ VENDÉE.
Le premier soin de Rossignel et de Ronsin fut de composer un clat-major d'un jacobinisme complet et de suspendre les généraux et dfiiciers supérieurs qui n'étaient pas de leur opinion. Us envoyèrent au ministre de la guerre des notes pour motiver Texclusion de tous les générau]( qui ^ depuis quatre mois, faisaient cette mallieur-euse guerre avec une coDstaoce que n'avaient point découragée le désordre, de l^administration, les fausses mesures prises par le^uvernementy et la mauvaise composition de leur armée. Menou et Duhonx, blessés et malades, devaient être destitués après leur guérison; ils ^tarent, suspects à ceux qui n'avaient jamais cessé'de défendre la liberté et l'égalité. Rossignol ajoutait c « Je regrette Menou, qui n'a contre lui que d'être né d'une caste privilégiée. »
Ce n'était pas le seul motif 'pour exclura les généraux qui savaient la guerre et maintenaient la discipline. L'un était , protégé du représentant Phelipeaux, qui était parmi les commissaires de la Convention, du parti opposé à Rossignol. Un autre était suspect parce qu'il était du pays et y possédait un château et songeait à le préserver plus qu'à sauver la république. Tuncky officier de fartune et fils d'un tisserand, n'appartenait pas à une caste proscrite , mais il avait la morgue d'un général de l'ancien régime et répondait aux réprésentants qu'il n'avait pas besoin de leurs leçons. Sa destitution lui fut signifiée la veille d'une victoire qu'il remporta devant Loiçon contre presque toute l'armée vendéenne réunie aux bandes de Cbarette et de Royrand. C'était la défaite la plu& complète que les rebelles eussent encore éprouvée.
Puisque la garnison de Mayence allait an*îver, il
convenait de l'attendre avant de commencer une guerre active et pour combiner des opérations efficaces. Rossignol et Ronain surtout avaient trop de présomption et d'ignorance de la guerre pour tenir une conduite indiquée par la prudence, lis n' avaient non plus aucune envie de se concerter avec le général Canclaux y qui commaùdait , à Nantes , l'armée tles côtes de Brest indépendante de l'armée des côtes de laRochellç.
Quelques succès obtenus sur la rivé gauche de la Loire augmentèrent l'outrecuidance de Ronsin. La commune de Paris \ attribuant à Rossignol la victoire de Luçouy remportée par une des divisions de son armée y a trente lieues.de lui, célébra hautement les triomphes du général jacobin, r— * Au moment où le commandement d'une armée lui avait été conféi^é, plusieurs des commissaires de la Convention, organes de l'opinion raisonnable, écrivaient qu'à l'armée et sur le théâtre de la guerre , on croyait à peine qu'une telle nomination fût possible.
. (c Un brave grenadier qui n'aurait d'ailleurs aucun talent, mériterait autant que Rossignol ce poste. Sa division s'est partout livrée au pillage. Les' officiers désespèrent de pouvoir contenir le soldat qui saura que lé général en chef souffre et autorise le pillage. Le3 propriétés n'ont. été que trop souvent violées dans cette malheureuse guerre. L'esprit public s'e^t «onsidérablemént refroidi parmi les plus zéléd patriotes; déjà pillés par les rebelles, ils craignent que le peu qui leur reste leur soit enlevé par ceux même qui doivent les défendre. Nous cherchons à les rassurer; la nomination d^ Rossignol n'est pas faite pour les convaincre. »
48G GUERBE DE L\ VENDÉE.
Le représentant CaVaignac écrivait : « Je ne vois à la tète de l'armée des^ côtés de la Rochelle que de» généraux sans talent et sans expérience, le matin invisiblesy et Taprès-dîner intraitables. Avec des géné-^ raux comme Rossignol et Ronsin, péut-on faire de bonne besogne? Je crois qu'ils veulent prolonger la guerre. »
Lorsque, la veille de la bataille de Luçon, arriva i'trdre ministériel qui ôtait à Tunck son commandement, Bourdon de TOise et Geupilleau, qui se trouvaient auprès derlui, n'avaient pas bésité à le continuer dans ses fonctions. La victoire avait justifié cette mesure, a Tous les jours, écrivaient-ils à la Convention y. on accorde des brevets de généraux à des hommes qui n'ont peut-être jamais monté la. garde, et l'on suspend un brave citoyen qui , avec une poignée de soldats, a remporté trois victoires en dix-huit jours. »
La Convention approuva la conduite de ses commissaires; mais ils avaient des collègues qui n'étaient pas de même a\is. Bourbotte et Rossignol arrivèrent quelques jours après au quartier général de Tunck; 11 y eut, dô part et d'autre, dje vives explications, et l'on se sépara mécontent et exaspéré.
Le 22 août. Bourdon et Goupilleau prirent l'arrêté suivant, preuve écrite du désordre qui régnait dans le gouvernement de la république ; « Considérant que notre premier devoir est de ne laisser à la tête de nos armées que des citoyens qui, par une conduite sans reproche, méritent la confiance des troupes; que le citoyen Rossignol, nommé commandant en chef de ceHe armée, s'y est comporté antérieurement d'une manière qui l'a rendu indigne de cette confiance, ar-
rêtons que Rossignol demeure suspendu des fonctions de général en chef, et qu'il sera tenu de se retirer à vingt lieues de distance des armées delà république.»
En rendant compte à la Coi^vention des motifs dé < leur détermination, ils terminaient ainsi leur exposé : « Tant que la Convention nous conservera au poste que nous occupons 9 nous ferons usage de la latitude de nos pouvoirs pour fermer la porte aux intrigants qui par leur immoralité et leur ineptie porteraient la désorganisation dans Tarmée. »
Lès représentants joignirent à leur rapport le» plaintes d'un administrateur de la petite ville de Partheuay. Il avait prié le général Rossignol de prendre des diepositions militaires pour préserver son district des incursions des brigands. Rossignol avait répondu qu'il y mettrait bon ordre en fiiisant d'abord retirer les bestiaux et les grains, puis en brûlant tout le pays. <t Quoi ! vous brûlerez notre ville , et vous priverez des moyens de subsister les habitants où plutôt leurs femmes et leurs enfants, qu'ils ont laissés en partant pour l'armée.? — Votre pays est insurgé, puisque les brigands y sont déjà venus deux fois. »
Des faits de pillage ayant été dénoncés par le conseil général de Fontenay,^ Bourdon et Goupilleau prirent un nouvel arrêté : — k Considérant que si de pareils brigandages doivent être réprimés dans la personne d'un simple citoyen , il est encore plus important 'qu'ils le soient lorsqu'ils sont commis par. un homme qui commande' la force armée, arrêtons que ledit Rossignol et ses collègues seront livrés au tribunal criminel militaire. »
Bourbotte était du parti de Rossignol et de Ronsin. U prit, d'autre part, un arrêté qui interdisait att gé-
néral Cbalbo^ d'exécuter les ordres qui lui étaient donnés par les représentants Bourdon et Goupilleau.
Un adjudant qui.avait reçu ordre du général Chalbos d'exécuter l'arrêté de Bourdon 6t de Goupilleau, se trouva enibarrassé entre deux autorité& souveraines et contradictoires : il engagea les autorités constituées, réunies aux che^ militaires , à en délibérer. « Ce brave offioier, écrivait Chalbos. , sait mieux se battre que juger les actes du pouvoir. »
La Convention aurait pu éprouver le même embarras. Les représentants des départements ée^ Touesl attestaient les faits que Ëourdon et Goupilleau avaient signalés, et demandaient que Tinstruction judiciaire fût suivie. •
Tallien prit violemment la défense de Rossignol : i( C'est un des vainqueurs de la Bastille. Je n'examinerai point s'il a pillé, s'il s'enivre, mais si nos commissaires ont eu le droit de le destkuer. Je sais que Biron ne pouvait souffrir l'âpreté de son caractère républicain: il s'est montré en héros. Eh! que m'im* portent à moi quelques pillages particuliers! » — (Od cria : A Tordre ! ) — w Je parle seulement du pillage des maisons d'aristocrates : ce sont là les effets de la guerre. Du reste, nous avons fait punir de mort des pillards. » — Tallien demandait et obtint le renvoi au comité de salut public.
Peu de jours après , .Bourbotte arriva à Paris pour défendre Ja cause.de Rossigaol, qui se présedta luimême à la barre, demandant justice. Sa destitution était devenue une affaire de parti : Bourbotte accusa ses collègues bien plus qu'il ne justifia Rossignol. Il leur reprocha de s'être opposés à l'exécution des mesures de rigueur ordonnées par la Convention, de
gi;erre de« la vexdée. 489
les avoir -traitées d'absurdes, d'atroces , de contrerévolutionaaires. Il imputa la mollesse de leur conduite à la position fausse crû ils se trouvaient , en mission dans un pays qui était le leur et où nécessairement ils étaient portés à manager les personnes et les propriétés.
Les orateurs de la Montagne se succédaient pour célébrer Rossignol et inculper les deux commissaires. TalHen insista pour que la Convention envoyât à Tarmée un général qui exécuterait. les grs^ndes mesures décrétées contre les rçbelles; il termina par une phrase qui disait le vrai motif de la faveur dont Rossi^ol jouissait aux Jacobins : « Il sera beau de voir Rossignol, sorti de cette classe tant- dédaignée p$ir la noblesse, succéder à monseigneur le duc de Biron. » Cela importait aux puissants de cette époque bien plus que le salut de Farmée et le sang des soldats prodigué par des généraux ineptes.
La Convention leva la suspension de Rossignol et rappela Bourdon et Goupilleau. Rossignol remercia l'Assemblée de la justice qui lui était rendue. « J'ai juré d'exterminer les rebelles et de détruire leurs asiles; je le ferai : les créatures de Bii*on et de Westermann ne tiendront pas auprès de moi; elles ne peuvent àoufTrir mon caractère. Je ne capitulerai jamais avec les ennemis du peuple : c'est lui/ c'est moi-même puisque j'en fais partie > que je dois sauver. »• . ,
Robe^iiierre présidait; il répondit : « Rossignol, on connaît ton courage; on t'a vu au feu de la Bastille; depuis ce temps,- tu as marcfaé ferme dans le sentier du patriotisme. »
Pendant les discordes des représentants et des gé-
néraux républicains , les Vendéens formaient dB nouveaux rassemblements dans toute Tétendue de leur territoire; mais ils ne faisaient aucun progrès dans la région occidentale. La division du général Tunck, aprè^ la victoire de Luçon^ s'avançait et allait se trouver en communication avec l'armée des côtes de Brest qui occupait Nantes. Le général Canclaux continuait à la commander; il* avait sous ses ordres le général Grouchy. Les représentants Gillet et Cavaignac, plus sensés que leurs collègues Bourbotte et Choudieu, moins soumis à l'influence de Ronsin et des agentst jacobins^ maintenaient ces deux généraux /tout nobles qu'ils étaient. « Canclaux et Grouchy, écrivaient-ils à la Convention, se battent en vrais républicains; ils ont déposé entre nos mains le serment "que, quoique nés dans une classe ci-devant privilégiée, ils n'abandonneraient point le poste où la- confiance de la république les a placés jusqu'au moment où elle jugera leur ostracisme nécessaire. »
Ainsi cette armée était' conservée en bon ordre et en discipline. Encore que peu nombreuse , elle avait pu défendre avec avantage les postes qu'elle occupais en avant de Nantes, sur la rive gauche de la Loire.
Cependant la garnison de Mayence allait arriver sur le théâtre de la guerre. Le comité de salut public avait déjà décidé qu'elle se rendrait à Nantes pour être réunie à l'armée des cotes de Brest. Lorsque la basse Vendée et la côte seraient soumises et la jonction opérée avec les divisions de l'armée de la Rochelle» on devait pénétrer dans le Bocage; puis successivement désarmer les campagnes. Ce plan d'opérations avait été présenté par le général Grouchy. Les représentants Cav^ignac et Phelipeaux L'avaient adopté, et Phéli-
GUERRE DC Là VENDÉE. 491
[leaux était allé Tappuyer auprès du comité de salut public (c Si vous envoyez^ disait-il, la garnison de Mayence à Saumur^ elle sera bientôt corrompue et perdue dans la fange de cet état-major : le seul pacti à prendre, c'est de la joindre à Tarmée de Nantes. L'armée de Tours et de Saumur servira de réserve; elle fera beaucoup de bien, «n ne faisant pas dé mal. » » . •
Le parti Ro.nsin mit une vive opposition à oe plan de campagne. Déjà il avait été proposé par Biron: c'était Grouchy qui le reproduisait. Canclaux allait se trouver à la tête d'une armée considérable et puissante. La république allait confier son salut à des hommes appartenant à une caste privilégiée. Ronsin avait conçu un autre projet et voulait qu'on Padoptât. Il divisait les armées en cinq colonnes, qui devaient parcourir le pays dans des directions difiTérentes , et le soumettre en le ravageant.
A ce projet se mêlaient les plus étranges rêveries. Santerre écrivait au ministre : « Ce qu'il nous faut, ce sont des mines! des mines, à force! — des fumées soporatives! — et puis tomber dessus! » Un chimiste était déjà arrivé avec une composition quv, soumise à l'action du feu, dégageait des vapeurs au moyen desquelles on asphyxierait tout être vivant, fort loin à la ronde. Les représentants en ordonnèrent Tessai'dans une prairie. où paissarient des moutons , qui n'en furent aucunement dérangés.
Le comité de salut public remit en question le plan qu^il avait adopté : un conseil de guerre, composé des représentants et des généraux, devait en délibérer. Le procès-verbal existe : il donne l'idée de ce que pouvait être un gouvernement qui traitait ainsi de
la guerre y du sort de trois provinces et de la vie de tant de braves soldats.
Il y avait vingt-deux votanXs dans cette commission qui se réunit à Saumur. Aux représentants en missioR près des armées de Touest étaient venus se joindre Reubell et Merlin de Thionville, spécialement attaches à la garnison de Mayence, avec laquelle ils avaient soutenu le siège. Outré les généraux révolutionnaires Santerre et Rossignol, en comptait des géneranx distingués par Leur expérience et leurs. services, Ganclauxy Menou, Aubert du Bayet, Dembarrère et d-autres moins connus. Dix voix fuirent pour la marche sur Nantes, dix pour Saumur. Bourbotte s'abstint» et le général Chalbos,. qui commandait à Xiôrt, proposa d'entamer les opérations par Niort. Alors les représentants demandèrent qu'un projet fût concerté entre les généraux et soumis à la commission. La marche sur Naiites fut acceptée â une grande majorité; Canclaux rédigea un plan de campagne conforme à cette décision. Il fut aussi voté par la commission, et Rossignol le signa. A son tour Rossignol proposa un projet d'opérations pour son armée et Canclaux l'approuva.
Rossignol n'envoya pas moins au comité de salut publip une réclamation ou plutôt une protestation. Il disait qu'on avait indisposé l'armée de Màyence contre les généraux sans-culottes et que l'intrigue, Tamoitr^ propre et Tambition avaient détermine l'opinion du conseil de guerre.
La garnison de Mayen'ce ou, comme on le disait, les Mayençais, formaient trois divisions, -sous les ordres du général Aubert du Bayei.* Leiir avant-garde était commandée par un général dont cette guerre allait commencer la renommée. Kléber, né en Alsace, avait
d'abord servi dans les armées autrichienDes et fait la guerre contre les Turcs. Il avait, été remarqué pour sa bravoure, son intelligence /par la distinction de son caractère. et de son esprit. Il était d'une taille élevée, d'une figure superbe. Des j^rotecteurs puissants s'intéressaient à hii; mai« il Vit que l'obscurité de sa position dé famille ne devait pas lui laisser espérer une carrière et un avancement dont il se sentait digne. 11 quitta lé service autrichien et rentra en France; pendant six ans il exerça l'emploi d'inspecteur des bâtiments publics. La Révolution le trouva dans cette situation. Il partit comme volontaire dans un bataillon et se distingua de telle sorte que Gustine, justiB appréciateur du mérite militaire, lui donna ua avancement rapide. Pendant le siège de Mayence , il elit occasion de montrer 4;e qu'il valait, et lorsque la ville capitula, il était adjudant général. 11 fut, d'abord mis en détention comme tout l'état-major de la garnison de Mayence. Appelé comme témoin dans le procès de'Custijre, il rendit hautement témoignage de la bravoure et de Tactivité de son général; en ce moment c'était un acte de courage plus rare que d'affronter la mort dans les batailles. Lorsque les Mayençais' furent envoyés dans la Vendée, Merlin et Reubell, qui connaissaient le mérite de Kléber, le firent nommer général de brigade. Il refusa. <( C'était, dit-il dans ses mémoires, un brevet pour marcher à l'échafaud ou, ce qui était pis encore, pour languir dans nue prison, le glaive suspendu sur la tête. ».
Les chefs des Vendéens voyaient quçls efforts allaient Hre dirigés contre eux et se préparaient de leur côté à une énergique défende. Leurs divers rassemblenients Staient. nombreux. Les gentilshommes du pays ou des
provinces environnantes avaient de jour en jour afflué vers la rébelUoù; le nombre des déserteurs s'était aussi augmenté ; les paysans devenaient plus aguerris. Les décréta menaçants de la Convention exaspéraient la population et même les patriotes; de telle sorte que \^ représentants et les généraux furent- obligés d'expliquer que ce n'étaient point des mesures générales et qu'elles seraient appliquées seulement dans les cas de trahison ou de révolte ouverte.
La levée en masse opérée dans les départemenlg limitrophes n'9,vait d'auti^e effet que d'exciter le mécontentement et d'accumuler autour de Tarmée des rassemblements auxquels on ne pouvait pas distribuer des armes en quantité suffisante. Barèi*ej soit pour rassurer l'opinion publique , soit poui;. épouvanter les ennemis, avait dit à la Conveotioû que cette grande mesure avait produit une levée de quatre cent mille combattants. La vérité fut qu'environ cinquaqte mille hommes furent inutilement entassés dans les petites villes de la région limitrophe qui était alternativement envahie par les Vendéens ou larmée de Rossignol. Ces rassemblements se dis* persaieqt lorsque l'enqemi approchait.
Rossignol et son état-major, irrités de ne *pas avoir le premier rôle dans cette guerre, essayèrent pourtant d'agir : ils se portèrent en Rivant du pont. de Ce et de Saumur. Cette marche ne leur réussit points L'armée éprouva des échecs successifs que Ronsin, dans sa corres])ondance, présentait comme des succès. Les Vendéens achetaient chèrement leurs avantages;- ils imitaient le courage de leurs chefs, qui, en leur donnant l'exemple, s'exposaieiit sanâ cesse an danger. Bonchamp, La Rochejaquelein, StofQet furent blessés.
GL'ERBE DE LA VENDÉE. 49r>
Ln chef moins important et moins connu ^ M. de Piron^ obtint à Coron une des plus t^omplètes victoires qu'eussent remportées les insurgés. Il mit en déroute toute la division de Santerre et lui prit son artiHerie. Ce fut le dernier terme de la prospérité des Vendéens ; le moment -de leur ruine approchait. Désormais leur gloire allait consister dans une résistance désespérée; seulement leur détresse pouvait encore s^'honorer par quelques combats victorieux.
Les Mayençais et Taritiée de Caixclaux avaient pkssé la Loire y délivré 4es abords de Nantes des attaques de Dharette et des bandes de la basse Vendée. Ils avaient passé la Sèvre nantaise et allaient s'avancer dans le Bocage > en combinant leur mouvement d'une part avec Tannée de Saumur, d'autre part avec les divisions de Luçon et de Fontenay.
Les généraux vendéens voyaient qu'il s'agissait du sort de l'insurrection. Déjà Charette, poussé hors de son territoire accoutumé, arrivait sur les bords de la Sèvre , emmenant avec lui non-seulement ses soldats, mais la population entière , qui fuyait le fer et le feu dont elle était menacée par les décrets de la Convention. Toutes les forces vendéennes, environ quarante mille hommes , se réunirent et marchèrent aux républicains y qui s'étaient avancés de Clisson sur le village de Torfou. Jls l'emportèrent après une forte résistance; mai & la retraite des Vendéiens ne fut pas une fuite. lia se rangèrent derrière les haies et les fossés, et l'affaire s'engagea de la manière.la plus vive. Les Mayenç^is n!étaient pa3 encore, habitués à cette rinanière de combattre. Bientôt, sut leurs flancs et derrière eux, ils se virent environnés de tirailleurs, a Nous 8omme3 coupés, » s'écrièrent quelques voix. Les mou-
vements ordonnés par les généraux parurent une retraite ; rien oe réussit à arrêter le désordre. Les canons ne purent être emmenés et; tombèrent au pouvoir des Vendéens. Des troupes fraîches' arrivèrent, rallièrent les bataillons 'de Tavant-garde et arrêtèrent la poursuite'. C'était. Kléber qui commandait cette division. Il avait été blessé d'une coup de feu au commencement de l'action et n'alla se faire panser que lorsqu'elle fol terminée. Il en avait eu meilleure espérance, ce On ne vit jamais, dit-il 4stns ses mémoires^ un combat, un acharnement plus terribles. » De part et d'autre il y eut une foule d'actes héroïques. Lescure,. Bonchamp, Charette et les autres chefs inspirèrent aux paysans un courage et un dévouement plus animés encore que par le passé. C'est à cette affaire de Torfou que Kléber ordonna à Chevardin , commandant des chasseurs de Saône-c^-Loire, de défendre le passage du pont de Boussay.. i< Tu seras tué, lui dit-il, mais tu sauveras tes camarades.— ^ Oui, mon général, » répondit Chevardin. Ils s'embrassèrent en se disant adieu.
Le lendemain , Charette et Lescure réussirent phu complètement, en attaquant le général Beysser sur la route de Nantes à Mon taigu. Puis, poussant Jusqu^à Saint-Fulgent, ils forcèrent à la retraite la division du général Mieczowski. Bonchamp et d'Elbée furent moins heureux, en essayant d'enlever un convoi défendu par les Mayençâis.
Il semblait que les Yendéeds allaient rester maîtres de leur pays; mais ils n'avaient encore 'combattu qu'une avant-garde de l'armée de Mayence; ils avaient profité de l'ignorance où étaient» le gouvtr nement , les généraux et les représentants , sujtje nombre , la position et les ressources des armées dé
Tinsurrection. Il fallait reconnaître que de tels ennemis n'étaient point à mépriser, s'avancer avec précaution et agir avec ensemble. C'est ce qui avait été impossible avec l'armée de Saumur, où Rossignol ne se conformait pas au plan convenu et se faisait battre en détail. Il avait même, malgré les ordres du comité de salut public, retenu une partie de la garnison de Mayence.
La querelle entre les généraux et les représentants de Saumur et de Nantes recommença. Phelipeaux écrivait au comité de salut public : « Personne ne pourra plus douter que les agents de Saumur sont dirigés par l'Autriche et l'Angleterre : au moins veulent- ils éterniser la guerre de la Vendée.... Le général Rossignol, qui, depuis un mois, annonce à la Convention de prétendues victoires obtenues par sa vigilante bravoure, tandis qu'il n'est pas sorti de son lit ou de sa baignoire , n'a dirigé dans le fait que des mouvements désastreux. L'armée de Mayence a plus fait en six jours que toutes les armées de l'Ouest en six mois. »
Les représentants de Saumur étaient obligés de convenir que les divisions de Saumur et d'Angers étaient maintenant dans un tel état qu'il était impossible de les faire avancer, sans s'exposer infailliblement à un nouvel échec.
Caudaux adopta donc un nouveau projet : il voulait entrer dans le Bocage par Mortagoe, tandis que les divisions de Niort et de Fontenay y pénétreraient par la Châtaigneraie et Bressuire.
Le comité de salut public était trop soumis aux Jacobins pour donner tort à Ronsin, qui exerçait leur autorité dans les armées de l'Ouest. Canclaux, Grouchy et les autres généraux connus et éprouvés, furent m. 32
suspendus ; Aubert-Dubayet fut appelé à Paris ; les deux armées de Nantes et de Saumur furent réunies en une seule, sous le nom de l'armée de TOuest, et placées sous les ordres de Léchelle, homme obscur, récemment devenu général, et qui n'avait paru qu'un instant dans la Vendée. Rossignol fut chargé de commander l'armée des côtes de Brest, dont on détachait les divisions qui servaient sur la Loire. — Eq même temps , en accordant aux Jacobins les destitutions des généraux, le comité de salut public reconnut que Ronsin était l'homme funeste et dangereux. La société des Jacobins avait pour attribution d'élire les officiers de l'armée révolutionnaire; elle choisit Ronsin pour la commander; ce fut alors qu'il alla pratiquer à Lyon les maximes et les instructions de ceux qui lui accordaient une si juste confiance.
Par un reste de bon sens, les généraux de brigade de la garnison de Mayence conservaient leur emploi. Kléber, Haxo et Beaupuy étaient des hommes distingués.
Le projet de Canclaux ne fut point changé; l'exécution en était commencée avant le déplacement des généraux, et les diverses colonnes avaient suivi la route qui leur était indiquée. Bressuire avait été occupée, puis Châtillon , après un combat très-vif, où presque tous les chefs vendéens avaient combattu corps à corps dans la mêlée comme de simples soldats, même ceux qui étaient blessés et qui portaient leurs bras en écharpe. — De leur côté, les Mayençais avaient remporté une complète victoire sur l'armée de Bonchamp et de d'Elbée.
Ce fut à cet instant qu'arrivèrent les destitutions de tant de généraux qui venaient de rendre des ser*
vices si importants, et qui avaient la confiance des soldats et des ofiBciers. « Veut-on, disait Kléber, les punir de leurs succès? «
Léchelle n'était pas arrivé , non plus que Rossignol, qui devait, selon les ordres du comité, commander en l'attendant. Phelipeaux et Gillet prirent sur eux de confier le commandement en chef à Kléber.
Voici en quels termes il appréciait le général en chef, à qui le gouvernement conventionnel donnait une si difficile mission : « Le comité de salut public annonça Léchelle comme réunissant l'audace et les talents nécessaires pour terminer cette trop longue et trop cruelle guerre. Selon le témoignage, donné sans exagération par ceux qui l'ont connu, il était le plus lâche des soldats, le plus mauvais des ofliciers, le plus ignorant des chefsqu'on eût jamais vus. Il ne connaissait point la carte, savait à peine écrire son nom, et ne s'était pas une seule fois approché de l'ennemi à la portée du canon. Rien ne pouvait être comparé à sa poltronnerie et à son ineptie, que son arrogance, sa brutalité et son entêtement. »
Les représentants Hentz et Prieur de la Marne l'annonçaient par une proclamation : u Les Dumouriez et les Cusline, pour voiler leur trahison, avaient signalé leurs commencements par des victoires. Leur exemple donne à la nation de justes inquiétudes, sur les hommes d'une caste qui a soulevé l'Europe contre nous et qui grossit les rangs de nos ennemis. Il n'y en a plus à la tête de nos armées. Canclaux et Dubayet, ci-devant nobles, sont rappelés; Léchelle, homme du peuple, ancien soldat, est votre général en chef. — La guerre a formé des républicains; nous pouvons nous passer des nobles , dont la plupart sont
des conspirateurs. Tout a les yeux sur vous; les représentants du peuple sont là; les traîtres sont livrés à la justice. »
Léchelle, accompagné de Carrier, commissaire de la Convention , vint, le 8 octobre , prendre le commandement de l'armée. Kléber voulut lui expliquer le plan de campagne adopté par le général Canclaux : sans même jeter les yeux sur la carte dépliée sous ses yeux, il dit : « Oui, ce projet est fort de mon goût; mais c'est sur le terrain qu'il faut se montrer. Il faut marcher en ordre, majestueusement et en masse, i) Les généraux demeurèrent confondus de la stupidité du commandant en chefqu'on leur envoyait. Lorsqu'il se présenta aux soldats et les passa en revue, il eut le dépit d'entendre quelques voix crier : « Vive Dubayet. >> Dès lors il conçut une haine implacable contre la garnison de Mayence. Kléber en conserva le commandement : il avait dix mille hommes sous ses ordres.
Les colonnes républicaines s'étaient avancées et se concentraient sur Mortagne et Cholet. Toutes les divisions de la grande armée vendéenne s'étaient aussi réunies. Un premier combat, où Lescure fut mortellement blessé, les refoula jusqu'à Cholet, où ils ne tentèrent pas de se défendre. Les républicains occupèrent la ville; la division du général Chalbos y arriva de Châtillon. Le lendemain, 17 octobre, les Vendéens, au nombre de quarante mille hommes, revinrent attaquer Cholet. Bonchamp, d'Elbée, LaRochejaquelein, Royrand, Stoffiet, étaient là avec leurs meilleurs soldats; tous combattirent avec le courage du désespoir. Cette fois ils marchèrent en colonnes, comme Tinfanteriede ligne, et chargèrent les bleus avec une telle fureur,
qu'ils pénétrèrent jusque dans le faubourg de la ville. Le général Beaupuy fut blessé, deux fois renversé de son cheval, et peu s'en fallut qu'il ne fût pris. La victoire fut longtemps indécise; Kléber qui commandait, car il n'était pas question du général Léchelle, eut quelques moments d'inquiétude ; les rebelles se ralliaient et retournaient à l'attaque après avoir été repoussés.
Cette sanglante et mémorable journée se termina à la nuit tombante. « Jamais, selon le récit de Kléber, les rebelles n'ont donné un combat si opiniâtre et si bien ordonné, mais qui leur ait été si fu];ieste; ils combattaient comme des tigres, et nos soldats comme des lions. »
Boncbamp et d'Elbée furent grièvement blessés; des prodiges de valeur honorèrent aussi Tarmée de Mayence, et la victoire fut chèrement achetée. « J'ai perdu, dans les journées du 15 et du 17 octobre, quatorze chefs de brigade , chefs de bataillon ou oflîciers de mon état-major dans ma seule division ; tous mes compagnons d'armes de Mayence et mes amis. » Ainsi s'exprime Kléber dans ses Mémoires.
Les Vendéens ne furent point poursuivis dans leur retraite, qui ne fut pas une déroute ; ils purent relever et emmener leurs blessés. On pouvait croire leur armée détruite et la guerre terminée ; elle devait se continuer avec le même dévouement et le même courage, mais sur d'autres champs de bataille. Les chefs avaient prévu que désormais la défense du pays devenait impossible, et ils s'étaient déterminés à l'abandonner. Les dispositions étaient prises pour passer sur la rive droite de la Loire. Le prince de Talmont et M. d'Autichamp, pendant la bataille de Cholet,.