‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 101 sur 108 · PRISE DE TOULON · texte numérisé non relu

PRISE DE TOULON

idrôyer la rade; elles n^avaient pas encore commencé feu que l'amiral anglais avait' déjà fait ledignal de rev l'ancre pour quitter la rade. Le conseil des coaes se rassembla aussitôt. L'amiral déclara qu'il n'ait pas un moment à perdre ; tout annonçait qu'une riatiôn dans le vent allait rendre impossible la sortie

la Tade; l'évacuation fut décidée. L^ général Laype f qui commandait le siège au les ant , s'était Bsi emparé par nne attaque énergique des reutes dû mont Faron, principale défense de la place

levant.

Cependant les habitants de la ville ne savaient que nser de tout le mouvement où ils voyaient la, garson et la marine anglaise; rieïi ne les préparait à abandon où ils allaient être livrés. Le siège qui durait puis quatre mois^ sans progrès sensible des assiéants , les avait accoutumés à l'espérance et à la seirité. Ils ne comprenaient pas de quelle importance rayait être l'événement de la veille. Les généraux de garnison et l'amiral anglais gardaient le secfet.^e nr détermination. La terreur qui se 3erait répandue urml la population , le trouble où elje se serait précitée auraient dérangé les préparatifs de l'évacuation

pouvaient empêcher les mesures que les lAnglais Hilaient prendre pour détruire les vaisseaux français

les établissements de la marine. Ce motif écarta ute pensée d'une capitulation qui aurait stipulé )8' garanties pour les malheureux habitants. Ils étaient livrés aux Anglais , afin d'être préservés des engeances du gouvernement révolutionnaire; les Anais les livraient sans pitié aux fureurs d'un ennemi rité^. en s'occupant.uhiquément à préparer les inceu-

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dies. 1^ soin dt; leurs intérêts maritimes ne laissait point pla^eàune pensée d'humanhé^ ilsue songeaient |)as même à procupcn» des moyens d'embarquement à ces milliers de malheureux, iii à IcJur doûaçr asile sur leurs vaisseaux.

Vers le soir du 17 décenibre, on ^'aperçut que les marins anglais étaient rappelés à leur bord et qu'on embarquait les malades. Alors Talarme Se répaadit dans la ville- Les uns cojuraient sur le quai, eherchaDt des moyens d'embarquement, les autres rentraient dans leur maison pour avertir leur famille et emporter quelques effets. Le convité général envoya des députés cht^z le gouverneur; il fit îles réponses évasives à leurs questions.

X la ntiit tombante., les troupes, qui occupaient les retranchements et les postes de l'enceinte fortifiée, rentrèrent dans la \ ille et Ton vit sauter quelques-uns des forts qu'ils venaient d'évacuer.

Au milieu de la nuit, le gouverneur fit publier à la clarté, des flambeaux que les habitants pommaient rentrer dans leurs maison^; qu'on^ ne. songeait point à les abandonner et qu'on emmènerait ceux qui. voudraient s'embarquer. En même temps, les soldats

chassaient du quai la foule qui s'y était .rassemblée ; l(*s ^bonpbes de l'armée assiégeante tombaieat déjà dans la ville.

Nonobstant la consigne , vingt mille individus,, hommes, femmes, vieillards, enfants, se pressaient sur ce quai déjà encombré des blessés et des malades de la garnison. Les embai'catiqns ne suffisaient pas à transporter ces malheureux fugitifs sur les bâtiments qui se trouvaient dans le port. On se poussait , on se heurtait/ on se disputait les places les plus rapprb-

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•bées i\u bopd;.<)n s'entassait pêle-mêle dans leschaoupes. Quand le jour parut, un peu d'owire se rétailit; trois eents chaloupes ou canots transportaient uccessi veulent les îugiti'fs; tout à coup des cris s'éèveut dans Tintérieur de>la ville. « Voici l'armée ! voici ^rt^aux! » L'effroi redoubla; rempressement à s'emiarquer devint furieux; poussés par ceux qui étaient derrière eux, ceux <]|ui sont le plus prè^ du bord tombaient dans la: mer; des'radeiaux ajnarrés au quai s enfonçaient' sous le poid^ de la kiiultitude qui B-y en* tassait. Les naatelots ne panenaient pus à empêcher leurs embarcations d'être ^ envahies par plus de gens qu'elles n'en pouvaient porter. Quelques-unes étaient submergées. Les boulets (jfes batteries assiégeantes arrivaient jusqqe dans le port. La darse fut eu uû insta^nt couverte de malheureux qui se noyaient; lorsqu'ils s'àccrochaieiit aux chaloupes, on les repoussait à coups d'aviron. Un détachement de soldats . napolitain^ ne pouvant parvenir jo8qu'â.ux barques qui devaient les transporter à bord de leurs vaisseaux , se faisaient faire place par leurs baïonnettes ou en tirant des coiips de fusil. Les familles' étaient dispersées par les hasards, de l'embarquement. Le mari <^herchait t3t appelait sa femme ^ la 'mère poussait d^s cris de douleur pour retubuver son 'enfant ; on en vil une qui accoucha au milieu de la foule.

.C'était à bord des navires de commerce que les fugitifs étaient accueillis. Les Espagnols et Napolitains furent pourtant touchés de pitié. « Pauvresi Francis f disait, l'amiral Langara , nous sotnmes venus les assassiner. » Le souvenir recoànaissant dés témoignages sympathiques et des soins touchants que les soldats et Uns généraux de ces deux nations prodi-

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guèrent aux fugitifs s'est conservé par tradition parmi les habitants de Toulon.

Les Anglais, après quelques froids refus^ consenti rent à donner asile sur- leurs vaisseaux et à transpor ter » sur une terre d'exil ces Français menacés d'impi toyables veageauees, par d^autres Français aussH: i étrangers au véritable amour de 1^ patrie qu'aux. sen timents d'humanité. Le gouvernement anglais allou même des secours aux réfugiés toulonnais , qui allé rent attendre en Italie ou en Espagne , le moment où la France serait délivrée de la tyrantiie révolution Dttire.

Pendant que tout se disposait pour le départ de la garnison et xles fugitifs , au moment où l'escadre anglaise quittait la rade/ les mesures étaient prises pour accomplir l'œuvre de destruction , qui était la principale affaire des Anglais. Une goëlette suivie de six chaloupés canonnières, «e détdcha de la flotte. Cette pietite escadre était commandées par sir Sidnéy Smitb ; elle aborda au quaL A la tète de quelques officiers et d'une partie de se» équipages , il se fit ouvrir . le magasin général , le chantier et l'arsenal. Les forçats et le» ouvriers^ habitants de* ces grands établissements, ent)*eprirent de • les défendre : on. pointa des calons sur eux; des matières combu&tibles lufeHt apportées et entassées. En .mèm*e temps un brâlot était amené par de nouvelle^ chaloupes et- placé entre Les vaisseaux français. A un signal donné le feu fut mis à toutes les mèches ou traînées de poudre; sir Sidney Smith et les Anglais se retirèrent. Quelques niinutes après/ rincendi« s'alluma r en une demi-heure le port et la petite rade se couvrirent, de flammes : neuf vaisseaux die ligne et quatre frégates brûlaient à la

fois ; Tarsenal était aussi en feu ; le ciel semblait lumineux; on voyait comme en plèrn jour : c'était le plus grand et le plus terrible spectacle.

Au même moment une patrouille de* deux cents hommes » premier détachement de l'armée républicaine, entrait dans la ville. La terreur y régnait; les habitants se tenaient enfermés dans leurs maisons ; les rues étaient silencieuses et désertes ; le quai était encombré dé malles et .de paquets, que. les fugitifs n'avaient pu embarquer avec eux. Les soldatis se hâtèrent d'arriver au lieu de' l'incendie; aidés par les ouvriers et les forçats, on parvint à sauver l'arsenal et la corderie; le magasin général et le 'chantier de la grande mâture étaient déjà consumés. .

V Les représentants n'avaient envoyé ce premier «lëtaehement que* pour reconnaître l'état de laville et s'assurer qu'elle était complètement évacuée. Cette avant-garde était composée de volontaires suisses et Savoyard» que Doppet et quelques réfugiés piéraontais avaient appelés à Paris pour coopérer au 10 âoÀt,et qu'on avait formés en légion des AUobroges : véritable troupe révolutionnaire à laquelle s^étaient joints des sans-culottes, marseillais ; ils passèrent la nuit à piller les malles et le» bagages abandonnés ; ils se i^pandirent ensuite dans lesrues^ forçaht les màisoujs et commettant tous les «xcès que peut souffrir une malheureuse ville {)Fise d'assaut.

Lç lendemain, l'armée entra; le général en chef

rétablit l'ordre et fit cesser le pillage. Maintenant il eût fallu sauver Toulon de la fureur des représentants ; ils y apportaient de sanguinaires résolutions. iDéjà la veille ils avaient écrit à la Convention :

« Notre première lettre sera dat^e des ruines de To ton^ » — ^ « Presque tous les habitants se sont sauvés ceux qui Sjont restés serviront pour-apaiser les mânes: de nos bpaves frères qui* ont combattu avec tant d vaiUance. » • — Le général. Victor, qui avait oommand iipe des colonnes d'attaqui»., a écrit dans fies Mémoires': i< Los représentants^ du peuple marchliient er tête, la face illuminée d'une joie effroyable^ l'œil ëtin— celant et le^ narines gotiflées, comme aspirant déJL Todeul* du càniage. » *

Les géuérau^c étaient loin de participer à cette ragi eévolutionriaire. Dugommiex remontra aux rejMrésen tants que les tixiitrea qui avaient livré Toulon avaien eu .le temps de &e dérober à un juste châtiment qu'on évîiluait ,à quatorze mille le nombre des réfu giés qui s'étaient embarqués ou qui avaient été dé posés par les Anglais dans les îles voisines de la côte. i< Voulez-vous donc, disait-îl, exterminer des vieillards > des femmes et des enfants j peut-être même les citoyens qui se sont opposés à fa trahison ou font déplorée? »

Les conventionnels renoncèrent à un massacre général , rnais non pas à Fexercice de la juridiction révolutionnaire, dégagée de toutes formalités. Ils «commencèrent par faire publier que tou« ceux qtrî avaient 8er%i dans Tarsenal du temps des Anglais^ eussent à se rendre an champ de Mars, afin de donner leurs noms ; on leur insinua même que c'était, pour les employer'. A peu près deux* cents, chefs ouvriers, petits commis où autres sulialternes s'y rendirent saris

' Bféfntfires-dii duc de Hellnno. • ■ Mémoires de Napoléon.

crainte z c'étaient eux qui yenfaîentde sauver Tarsenal ; oh pFÎt Imr nom; on constata qu'ils aVakiit conservé leur einjndi pendant rooeU]f)ation dés : Anglais. Une sorte de* tribunal réuni en plein cfiamp les condamna^ et le bataillon .des sans-culottes marseillais, et allobro- ^es les fusîHa au nombre de deux cents ; leurs corps restèrent quelques heures sans sépulture , broyés sotis les pieds des chevaux et Içs roues de Tartillerie. Après ce premier > massacre, une proclamation enjoignit à tous les citoyens de se rendre dans le même lieu. Des patrouilles parcouraient les. rues prêtes à entrer dans les maisons pour forcer les. habitants à en sortir; tous se voyaient menacés de mort c^t se résignaient; ceux qui essayaient de fuir étaient repoussés par Fe&corte qui les» accompagnait ; le rassemblement ne fut complet qu'à la -nuit tombante. Onassura que le projet d'extermination complète étajt 1*8 venu dans, la pensée des représentants, et qu'un d'eux, Salicetti, était parvenu à en détourner ses ooUègues Ricord , Fréron , Robespierre le jeune et Barras

« Rebelles Toulonnais', rentrez dans vos demeures, eria Fréronv et attendez que la Convention vous fasse €u>niiaître ses voloïités. .» '

*Le lendemain l'ordre fut renouvelé. Une forme de tribunal^ avait été imaginée par les représentants : ils rayaient composé de prisonniers qui pendant le siège' avaient -été détenus suj* le vaisseau /e Thémis'tocle^ et qui avaient p^ S''en échapper lorsque les A nglai^ avaient incendié la flotte ; ils étaient coiffés

• Isnard à Fréï^n! — l^oïse Bayle au ])èu|>lt» frnnraH. — Mémoires de M. Pons.

/f48 VENGEANCES £XERCÉE8 CONTRE . TOULON.

du bonnet rouge et tenaient à la main une baguettcF^ -^le surmontée de IVcriteau : « Patriote opprimé. » II^s Is

traversèrent en tous. sens celte foulé muette et trem ^-

blante^ y faisant le triage des victimes selon leur'^i r haine , leur rancune ou leur caprice : « Passe de ces^e côté f » disaient ils ù ceux qu'ils destinaient à I mort. Ils n'écoutaient ni réclamations ni prières ; souvenirs d'enfance , les liens de la parenté ou d'une ancienne amitié ne touchaient, point ces hommes exaspérés par leur captivité et heureux de se venger. Ceux qui ne furent pas désignés reçurent Tordre de rentre^ dans la ville , et aussitôt, la fusillade commença; comme il en restait encore debout,, plusieurs * • * .-

autres décharges se succédèrent jusqu'à ce que -tous fussent abattus; mais il y en ^^ait qui étaient seulement blessés ou qui restaient couchés .par terre pour éviter les balles,: on annonça , au nom de la république, grâce poujr ceux qui yivaient encoire; quelques-uns se relevèrent , on tira sur eux ou on les acheva à coups de sabre.

C^s malheureux étaient au nombre de deux eents où à peu près. Les soldats- favorisèrent la fuite de quelques-uns; d'autres, lôràque la nuit fut venue , se traînèrent pour aller se cacher dans quelqbe asile. Un commis de' marine, nommé Roux, ^aé^rit* depuis rhorrible récit de cette exécution- Âpriès- quatre fusillades qui ne l'avaient poiM atteint, il se laissa tomber à terre ; mais les soldats tirèrent ensuite ea baissant leurs fusils, et- il re^ut tlçux coups defçu; puis on parcourut ce champ de carnage, en distribuant des coups de sabre aux morts et aux mourants : il fut frappé de deux coups à la tête. En revenant d'un long évanouissement, il aperçut des hommes qui, à la

clarté d'une lanterne , dépouillaient les cadavres en égorgeant ceux qui respiraient encore. Échappé a ce danger^ îf se releva avec peine et chercha si son père, condamné comme lui, n'était point aussi animé d'un rfemier souffle de vie ; il le retrouva moins grièvement blessé, et ^e soutenant l'un l'autre ils gagnèrent une masure voisine. D'autres blessés furent jramenés âux bourreaux par les hommes chez qui ils avaient cherché refuge.

Les fusillades furent renouvelées pendant trois jours. Cette première ardeur de massacre étant apaisée^ les représentants instituèrent une commission militaire; elle était composée de six membres, sans jurés , ni ministère public ; .elle pouvait délibérer au nombre de trois juges, et faisait monter de la prison ceux qu'elle voulait condamner : on leur demandait leur nom, leur profession, quelle était leur fortune; une charrette était devant la porte de la prison , ils y étaient placés ; elle était conduite sous le balcon d'où les juges prononçaient leur sentence devant le peuple.

Nul témoignage ne peut attester ce qu'étaient, à celte époque, des conventionnels en mission, aussi bien que leuK propre correspondance.

« La vengeance nationale se déploie ; on fusille à force : déjà tous les officiers de marine sont exterminés ; la république sera vengée d'une manière digne d'elle. »

ce La justice nationale s'exerce journellement et exemplairement sur le champ dé Mars. Tout ce qui se trouvait à Toulon et avait été employé à la marine et dans l'administration navale ou militaire , a été fusillé aux cris mille fois^.répétés de « vive la république* n Il y a déjà huit cents Toulonnais de fusillés. »

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