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LES VENDÉENS PASSENT LA LOIRE

de justice nationale. » Les représentants écrivaient en même temps : « Une solitude profonde règne actuellement dans le pays qu'occupaient les rebelles; on ferait beaucoup de chemin dans ces contrées avant de rencontrer un homme ou une chaumière... Nous n'avons laissé derrière nous que des cendres et des monceaux de cadavres ! »

Pendant la journée du 18, on vit arriver de Saint- Florent à Beaupréau un nombreux rassemblement : c'étaient quatre ou cinq mille prisonniers républicains que les Vendéens avaient emmenés dans leur retraite. Bonchamp mourant de sa blessure, avant de rendre le dernier soupir, avait demandé et obtenu leur grâce. Lescure, qui ne devait pas non plus tarder à mourir, entendant quelques ofiiciers subalternes parler de les fusiller, s'était, d'une voix affaiblie, écrié contre cette horreur. Ces prisonniers proclamaient hautement leur reconnaissance. Léchelle écrivit à la Convention que c'était lui qui les avait délivrés.

Ainsi que Léchelle, les représentants étaient transportés de joie. « Vive la république ! criaient-ils, la Vendée est finie. » Les généraux avaient plus de sangfroid et d'expérience ; ils venaient d'apprendre par les prisonniers ce qu'était lé passage de la Loire, et pensaient que la guerre avait changé de théâtre.

On songea donc à pourvoir à la sûreté de Nantes et d'Angers qu'on avait laissés sans défense, et l'armée passa sur la rive droite. Tout était imprévu dans la nouvelle guerre qu'on allait entreprendre. Personne n'avait imaginé cette émigration de la Vendée entière. Était-ce un plan de campagne conçu d'avance? Que se proposaient les chefs des rebelles? Quelle route allaient-ils suivre? c'est ce qu'on ne savait point.

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Eux-mêmes rigooraient. Bonchamp et les officiers angevins avaient souvent annoncé qu'il en serait nécessairement ainsi; mais c'était une prévoyance vague et non point un projet; d'ailleurs Bonchamp venait d'expirer : on ne savait ce qu'était devenu d'Elbée, blessé grièvement au combat du 15; Lescure était atteint mortellement; il conseilla de prendre pour général en chef Henri de La Rochejaquelein. Il était fort jeune, d'une brillante valeur, adoré des paysans, d'une activité infatigable. Sa blessure au bras ne se guérissait point, mais ne l'avait pas empêché d'assister à une seule affaire; il fut, malgré les objections de sa modestie, reconnu général en chef de cette armée vendéenne, qui comptait environ quarante mille combattants, et traînait à sa suite à peu près le même nombre de fugitifs.

De Varades, les Vendéens marchèrent sur Château- Gontier et Laval ; ils y entrèrent après quelque résistance de la garde nationale, repoussèrent Westermann, qui était venu imprudemment les attaquer avec une avant-garde peu nombreuse.

Deux jours après , le général Léchelle arriva avec son armée ; il prit de mauvaises dispositions, ne voulut pas écouter les conseils de Kléber ni des autres généraux, ne parut pas au combat, donna l'exemple de la fuite. La bataille fut perdue ; beaucoup de braves officiers furent tués ou blessés ; les Vendéens poursuivirent l'armée républicaine jusqu'à Château-Gontier, et y rentrèrent.

Les soldats étaient indignés contre leur général ; ils criaient: w Vive Kléber ! vive Dubayet! qu'on nous le rende! à bas Léchelle! qu'avons-nous fait pour être commandés par un tel poltron? »

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Les représentants virent qu'il n'y avait pas moyen le maintenir le général qu'avaient choisi les Jacobins ît le comité de salut public; ils voulurent confier le 'commandement à Kléber, il refusa: on força Léchelle i demander un congé pour rétablir sa santé. Chalbos e remplaça sous la condition qu'il serait assisté par e conseil des autres généraux.

Cette déroute d'En trames avait porté le désordre lans l'armée. Selon l'avis de Kléber, on la ramena à Ingers pour la réorganiser et remettre le cœur aux loldats. (( En l'état où ils sont, disait-il, on ne )eut en espérer la moindre des choses, m

Le comité de salut public conclut des informations [ui lui parvinrent que Léchelle succombait sous les ntrigues des royalistes et des traîtres; il laissa le commandement à Chalbos, et le donna bientôt après à lossignol; on manda San terre à Paris pour s'éclairer le ses lumières et de ses conseils. En même temps es Mayençais ne devaient plus former un seul corps; )n ordonna qu'ils seraient amalgamés avec d'autres livisions. Les représentants furent chargés d'observer (léber et Haxo comme deux royalistes. A cette époque, {uiconque reconnaissait la nécessité du bon ordre et l'une autorité régulière était bien près de la guilloine^ Sans cesse il fallait en courir le risque; tout 'épublicains qu'étaient les généraux, lorsqu'ils avaient in peu de raison et d'honneur ils ne pouvaient obéir lux ordres du gouvernement conventionnel.

Un décret du 1*' novembre était ainsi conçu : ( Toute ville qui recevra dans son sein des brigands, }ui ne les aura point repoussés avec tous les moyens

■ Mémoires de Kléber.

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dont elle est capable ^ sera punie comme une ville rebelle; en conséquence, elle sera rasée et les biens des habitants seront confisqués. » Cette mesure , exécutée sur la rive droite^ aurait rendu la guerre en même temps atroce et interminable; elle fut appliquée sur les pays de la rive gauche et y fit renaître et durer la guerre civile.

Mais il y avait des généraux plus zélés ou plus dociles. Rossignol écrivait : « Je fais tous mes eiforts pour détruire tout ce qui attente à la liberté, mais il y a encore des gens humains , et en révolution, c'est un défaut. » Les généraux que les Jacobins protégeaient avaient un aiitie défaut^ ils manquaient pour la plupart de talent et de courage.

Les Vendéens, après leur victoire, furent irrésolus sur la marche qu'ils devaient suivre; les uns, et peut-être les plus sensés ou les plus conformes à l'opinion de leurs soldats , auraient voulu retourner dans leur pays en passant la Loire ; d'autres conseillaient de marcher sur Paris ou vers la Flandre afin d'opérer de concert avec l'armée des coalisés. Des lettres apportées de Bretagne promettaient qu'à leur approche tout le pays se soulèverait. Deux émigrés , déguisés en paysans , arrivèrent d'Angleterre ; ils apportaient des dépêches du gouvernement anglais qui offrait des secours aux Vendéens et indiquait Granville comme un port favorable pour un débarquement de troupes auxiliaires. Mais les deux agents, en leur propre nom et de la part des émigrés réfugiés à Jersey qui les avaient envoyés, avertissaient qu'il ne fallait pas compter sur la promesse des Anglais; qu'ils s'occupaient en effet des préparatifs d'un débarquement, toutefois avec si peu de zèle et de véritable

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intérêt pour la cause royaliste qu'on ne devait pas concevoir beaucoup d'espérance.

Cette chance, quelque peu de certitude qu'elle présentât, décida les chefs vendéens à tenter une ittaque sur Granville que Ton savait d'ailleurs peu défendue et assez mal fortiûée.

L'armée s'avança de Laval sur Fougères , de là à 4vranches où furent laissés les bagages et tous ceux :]ui ne combattaient pas. Puis on alla attaquer Grannlle; c'était une entreprise décisive; elle échoua; les faubourgs furent emportés; les premiers ouvrages escaladés ; mais les secours qu'on avait espérés des 4nglais ne parurent pas, encore que de Jersey le canon pût être entendu et que l'attaque durât depuis Lrente-six heures. La défense fut obstinée; un représentant nommé Lecarpentier y montra beaucoup d'énergie; les habitants furent animés de zèle et de courage. Après deux jours d'acharnement et des pertes considérables, les Vendéens se retirèrent 0m^ désordre.

ils étaient de nouveau sans plan et sans but; c'était une armée réduite à errer sans place de sûreté, sans base d'opération. Elle n'avait point d'organisation : vainement on avait tenié de lui donner quelque administration. Pour subsister, il fallait envoyer les cavaliers battre la campagne et faire apporter des vivres; sans cesse on était près de manquer de munitions. Les chefs n'étaient jamais informés de la marche des républicains ; ils n'avaient que des idées confuses sur ce qui se passait dans les armées républicaines , et ne savaient pas bien les habitudes d'yne guerre régulière et d'une armée disciplinée. £n général , la population des campagnes leur était

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favorable ; de sorte que les généraux de la république étaient aussi mal servis en espions.

Il était évident que cette malheureuse armée allait être combattue presque chaque jour et que sa destruction était inévitable. La fatigue et le manque d'espoir n'abattirent point l'énergique constance des chefs et de leurs hommes d'élite. Lescure était mort pendant une des marches de l'armée; Royrand avait été tué. La Rochejaquelein et Stofflet étaient devenus dé plus en plus considérables parmi les Vendéens; ils avaient une entière conflance dans la bravoure, le sang-froid et le coup d'œil de leur jeune général ; ils lui étaient sympathiques; ils aimaient M. Henri, comme ils l'appelaient. Stofflet avait sur eux une autre sorte d'autorité ; il avait été soldat pendant douze ans dans un régiment; il savait commander à ses égaux , à ses camarades ; il pouvait être avec eux sévère, même brutal et ne les point offenser; sans lui les chefs gentilshommes auraient pu entraîner leurs hommes , mais ne s'en seraient pas fait obéir.

Le prince de Talmont, fils du duc de La Trémoille, s'était déjà distingué dans la guerre de l'autre côté de la Loire; il commandait la cavalerie, c'est-à-dire deux cents hommes; à une bravoure brillante et facile, il joignait les habitudes indépendantes et peu réglées d'un jeune grand seigneur.

Un des hommes les plus actifs et les plus énergiques de l'insurrection, Bernard de Marigny, dirigeait l'artillerie; il était dur et même cruel.

D'autres officiers, presque tous jeunes et pleins d'ardeur, d'Auti champ, Scepeaux, Bourmont, Duhoux , donnaient , en toute occasion , l'exemple de la

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bravoure, se faisaient suivre des soldats; quelquefois même les ralliaient et les ramenaient au feu.

En abandonnant le siège de Granville y les chefs vendéens avaient d'abord voulu prendre la route de Normandie et marcher sur Caen. La Rochejaquelein et Stofflet, avec une avant-garde, s'étaient même portés sur laVilledieu; mais le gros de Tarmée , resté à Avranches , voyant qu'on prenait une route qui ne ramenait pas aux bords de la Loire, se refusa absolu* ment à suivre cette direction. Il fut impossible de faire entendre raison aux paysans; ils demandaient à grands cris à retourner dans leur pays et maudissaient les généraux qui les en avaient éloignés. En vain un prêtre essaya de leur parler du haut de la chaire de la cathédrale ; c'était une complète sédition ; il fallut céder. On se mit en marche sur la route qui conduit vers Angers par Rennes.

Les généraux républicains avaient ignoré Tentreprise des Vendéens sur Granville. Rossignol avait pris le commandement de l'armée. On tint encore un de ces conseils de guerre où siégeaient cinq représentants et les généraux, rc Jamais on n'a vu, raconta Kléber, une collection d'hommes aussi peu propres à conduire des troupes; ils divaguaient et déraisonnaient; de sorte qu'on fut obligé de s'en remettre au général Vergues, chef d'état-major de Caudaux, destitué comme lui, mais que les représentants avaient conservé. »

Un général, à qui selon le récit de Kléber le sansculottisme tenait lieu détalent militaire, était placé avec quatre mille hommes et de l'artillerie à Pontorson ; c'est la première ville qui se trouve sur la route que suivaient les Vendéens en quittant Avranches.

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« Son ignorance et son impérilie causèrent la plus entière défaite; il perdit son artillerie. Ce succès sembla miraculeux aux Vendéens eux-mêmes ; ils continuèrent leur marche et arrivèrent à Dol sans résistance. »

Les représentants rendirent le général Vergues responsable de l'échec éprouvé àPontorson, où il n'avait point commandé, et le firent mettre en prison.

Le désordre et l'anarchie qui régnaient dans le commandement de l'armée républicaine; l'autorité des représentants intervenant sans cesse dans les combinaisons des généraux ; Rossignol incapable, selon son propre aveu , de diriger les opérations militaires; l'indépendance que s'attribuait chaque général qui conduisait une division, amenèrent une déroute bien plus complète que la première. Au moment où les Vendéens se croyaient perdus, où, avec quelques jours de patience et des mesures bien concertées, on pouvait les entourer de tous côtés à Dol; lorsque ce plan était adopté, Westermann, qui certes ne manquait pas de bravoure , mais dont la présomption téméraire avait plus d'une fois été funeste, proposa d'attaquer sans plus tarder les rebelles. Les dispositions furent mal prises. On attaqua avant l'arrivée des divisions commandées pour cette entreprise. Les Vendéens , qui avaient commencé par prendre la déroute , furent ramenés par les efforts des généraux, des prêtres, des femmes même; tous croyaient qu'il s'agissait d'une entière destruction. Le prince deTalmont, à la tête de quatre cents hommes, masqua ce désordre et arrêta les républicains sur la route d'Antrain, tandis que LaRochejaquelein les repoussait sur la route de Pontorson.

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Les généraux républicains Weslermann et Marceau firent aussi de vaillants efforts. Kléber, arrivé plus tard , essaya vainement de rallier les troupes. Ce ne fut pas même une retraite, et Tarmée ne put s'arrêter à Antrain. Les Vendéens y entrèrent le soir même. Il régnait un tel désordre parmi les vainqueurs comme parmi les vaincus , que les uns ne purent profiter de leur victoire , ni les autres saisir l'occasion de venger leur défaite.

L'armée républicaine se retira à Rennes pour s'y remettre en ordre , et les conseils de guerre recommencèrent. Rossignol dit aux représentants : « Citoyens , j'ai juré la république ou la mort, je tiendrai mon serment; mais je vous déclare que je ne suis pas fait pour commander une armée. Qu'on me donne un bataillon , et je ferai mon devoir. Voici ma démission ; si on la refuse , je croirai qu'on veut perdre la république. »

Prieur répliqua : « Rossignol, tu es le fils aîné du comité de salut public; point de démission. La responsabilité ne pèsera point sur toi, mais sur ceux qui t'environnent et qui doivent te seconder par leurs conseils, leurs lumières et leurs talents. »

Prieur et ses collègues se consolaient plus facilement que les généraux des désastres de Tarmée et des soldats qui y périssaient. « Les brigands^ disaient-ils, ne peuvent nous battre sans perdre du monde; or, comme ils n'ont pas les mêmes ressources que nous pour se recruter, nos défaites mêmes peuvent être considérées comme un avantage pour la république. »

En même temps les délégués du comité de salut public veillaient, autant qu'il dépendait d'eux, a l'exécution des mesures ordonnées par la Convention.

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