‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 105 sur 108 · GUERRE D^OUTRE-LOIRE · texte numérisé non relu

GUERRE D^OUTRE-LOIRE

La guerre civile, déjà si cruelle, le devenait chaque jour davantage. On fusillait les prisonniers; on égorgeait les blessés laissés dans les hôpitaux des villes. De sanglantes représailles étaient exercées par les Vendéens, mais sana mesures générales. Il y avait des moments de miséricorde et des chefs plus humains que d'autres , qui se laissaient toucher par des prières de femme ou par les instances de quelque prêtre. Dans les rangs opposés, plusieurs généraux , lorsqu'ils n'étaient pas sous l'œil des représentants , se risquaient à obéir aux émotions d'une généreuse pitié.

N'étant pas assurés qu'on pourrait se maintenir à Rennes, les représentants annonçaient que la ville serait réduite en cendres, comme soupçonnée d'avoir des intelligences avec les brigands.

La démission de Rossignol était refusée. Quelle que fût la malveillance soupçonneuse des représentants, ils se virent obligés de consulter Kléber et de tenir compte de ses conseils. Ce fut lui qui proposa Pélatmajor destiné à être dirigeant et responsable pour le général en chef. Marceau fut choisi pour commandant de l'armée, et Westermann de la cavalerie. Kléber voulut indiquer un commandant de la place pour la ville de Rennes. Prieur l'arrêta, disant qu'il connaissait un ancien militaire , brave sans-culotte que ses talents et son zèle rendaient digne de cet emploi. On le fit venir. C'était un homme qui avait été pendant quelques années ouvrier tailleur dans un régiment. Malgré les instances du conventionnel, l'honnête sansculotte eut assez de bon sens pour refuser, et Ton consentit à nommer un maréchal de camp.

Après cette nouvelle formation de l'état-majop, les

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généraux témoignèrent encore leur étonnement de la position qu'on leur faisait et de ce général en chef sans responsabilité. Prieur s'irrita; élevant la voix, il leur dit : « Oui , le comité de salut public a la plus grande confiance dans les vertus civiques de Rossignol; quand il perdrait encore vingt batailles, quand il éprouverait encore vingt déroutes, il n'en serait pas moins l'enfant chéri de la Révolution. Malheur aux généraux qui ne l'aideront pas de leurs conseils; s'ils l'égarent, nous les regarderons comme les auteurs de nos revers. « Et lorsqu'on remontrait à Prieur combien il se faisait d'illusions, combien ses espérances étaient chimériques : « Eh bien! soit, répliquait-il, je suis le romancier de la Révolution. » Membre du comité de salut public, il en était le délégué plus spécialement que les autres commissaires de la Convention.

Pendant que l'armée républicaine se reformait à Rennes , les Vendéens suivaient , sans trouver d'obstacles, leur route vers la Loire, par Fougères, Laval et la Flèche; les chefs pensèrent que le passage du fleuve serait mieux gardé et moins facile par Saumur; ils se dirigèrent sur Angers. On se logea dans les faubourgs. La ville était défendue par quatre mille hommes sous les ordres du général Beaupuy.

Lorsque cette nouvelle arriva au quartier général de Rossignol, à Chateaubriand, les représentants et lui se troublèrent complètement. On croyait qu'Angers était perdu , et on en imputait la faute à Marceau. Il eut une scène vive avec Rossignol qui le laissa aux prises avec Prieur. Celui-ci , ému de la colère de Marceau , finit par lui dire : « Nous savons que c'est la ni. 33

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faute de Kléber; dès demain nous établirons un tribunal pour le faire guillotiner. »

Kléber alla aussitôt trouver les représentants , leur parla avec fermeté, rappela que, trois jours auparavant, Rossignol, malgré ses conseils, avait retardé l'envoi d'une brigade à Angers. Il rassura Prieur sur le sort de deux conventionnels enfermés dans la ville qui pouvait être bien défendue par sa garnison.

C'est en effet ce qui était arrivé. Les Vendéens avaient, pendant trente heures, renouvelé leurs attaques , sans pouvoir pénétrer à Angers. Les troupes et la garde nationale avaient vigoureusement résisté. Beaupuy, encore souffrant de sa blessure, parcourait les remparts, encourageant tout le monde. Les habitants, les femmes même s'employaient avec zèle pour le service de la défense. La population des villes était en général très-hostile aux rebelles. A Angers , elle devait l'être davantage ; car au dernier moment, lorsque les paysans commençaient à se décourager, les chefs leur avaient promis le pillage de la ville.

A l'approche de la colonne qui arrivait de Chateaubriand , les Vendéens se retirèrent. Ils avaient perdu beaucoup de soldats et quelques officiers distingués. Un général républicain, Marigny, fut tué eu les pou^ suivant dans leur retraite. Sa destitution arriva du ministère de la guerre le jour même où il se faisait tuer.

L'armée vendéenne et la foule qui la suivait reprirent le chemin de la Flèche. Aucune illusion n'était plus possible; toutes les espérances reposaient sur la prise d'Angers. Les soldats étaient découragés , les chefs consternés et rompus de fatigue. Ils ne savaient quel projet former, quelle route prendre, toujours

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harcelés par l'armée républicaine. Ils entrèrent de vive force au Mans, le 10 décembre. Le surlendemain ils y furent attaqués et parvinrent pendant quelques moments à défendre l'approche de la ville; mais ils n'avaient plus affaire à Tavant-garde, qui les poursuivait depuis Angers ; plusieurs divisions de troupes de ligne étaient maintenant en présence. Les Vendéens , après avoir culbuté la première ligne des républicains, voyant qu'elle était soutenue par des troupes plus nombreuses et plus fermes, perdirent l'espoir et le courage; ils abandonnèrent leurs chefs. Trois fois LaRochejaquelein, accompagné de deux officiers, s'avança jusque sur le front de l'armée républicaine sans être suivi d'un seul soldat. Il rentra dans la ville. Tout y était déjà en désarroi et la déroute était commencée.

Weslermann, poursuivant témérairement son attaque, arrivait en ce moment au pont qui est près de l'entrée du Mans. Quelques canons y furent placés et on se défendit encore pendant une ou deux heures. A la nuit tombante, les républicains passèrent un gué et tentèrent de pénétrer dans la ville. Des paysans postés aux fenêtres , tiraient dans les rues , et les arrêtèrent, grâce à l'obscurité, qui ne laissait point reconnaître le petit nombre de ces derniers défenseurs. Pendant ce temps-là, le plus affreux désordre régnait dans cette foule qui n'était plus une armée.

La nuit se passa ainsi, et le lendemain matin, lors* que les républicains occupèrent la ville, ils n'y trouvé» rent plus que des blessés, des femmes, des enfants ou des fugitifs qui se laissaient prendre sans résistance, (c On ne saurait se figurer, raconte Kléber, l'horrible carnage qui se fit ce jour-là , sans compter le grand

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