‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 107 sur 108 · DÉROUTE DES VENDÉENS · texte numérisé non relu

DÉROUTE DES VENDÉENS

le temps de traverser le fleuve. La Rochejaquelein y arriva le 16 décembre; toutes les barques , tous les moyens de passage avaient été emmenés sur la rive opposée qu'occupaient des postes républicains. Il se mit avec Stofflet dans un petit bateau trouvé sur un étang du voisinage; on réussit à en découvrir un plus grand, et les deux généraux, avec dix-huit soldats, passèrent sur l'autre bord pour s'emparer de quelques barques qu'on y voyait. L'entreprise était diflicile et hasardeuse; elle ne pouvait être confiée à d'autres. A peine les deux chefs et leurs soldats étaient-ils débarqués qu'une forte patrouille dispersa cette poignée d'hommes. En même temps une chaloupe canonnière vint se placer devant Ancenis et tirer sur les radeaux que l'on commençait à construire.

Le général Marceau avait prévu que les Vendéens se dirigeraient vers ce point et tacheraient d'y passer la Loire. Des précautions avaient été prises pour les en empêcher, et comme on ignorait leur affaiblissement, on prévoyait qu'une importante et dernière bataille aurait lieu à Ancenis. A l'instant où la petite armée vendéenne était privée de son général, où les officiers ne savaient que résoudre, Westermann, à la tête d'une avant-garde de hussards^ se présenta. Son détachement était peu nombreux; l'entrée de la ville était barricadée. Elle fut à peine attaquée. Quelquesuns des principaux officiers restaient encore. Plusieurs, espérant trouver moyen de se rendre sur la rive gauche, se répandirent dans la campagne, ainsi que beaucoup de soldats. Trois cents fugitifs , mais non point des combattants, crurent à une amnistie dont le bruit s'était répandu; ils se rendirent à Nantes : c'était marcher à une mort certaine.

518 BATAILLE DE SAYENAY.

La troupe Yendéeone se donna pour chef M. de Fleuriot, et s'enfonça dans Tintérieur du pays, marchant au hasard , et toujours poursuiYÎe par Westermann.

Enfin y le 23 décembre, les derniers Vendéens de cette grande armée furent attaqués auprès de Savenay par toute l'armée républicaine. Marceau la commandait, mais c'était réellement Kléber qui dirigeait tous les mouvements de la bataille. Elle fut très-disputée; de part et d'autre il y eut des prodiges de valeur. Marceau écrivit au ministre de la guerre : « Il me serait difficile de détailler les belles actions de cette journée; mais je dois parler des généraux qui, par leur bravoure et leur talent, viennent de terminer cette guerre. Kléber a donné des preuves de courage et d'un talent supérieur. Westermann , Canuel , Tilly, Dembarrère, Savary et tous les officiers généraux se sont montrés vrais républicains. »

Les Vendéens combattirent en désespérés. Plusieurs des officiers furent tués; quelques-uns, après s'être soustraits aux poursuites, réussirent à retourner sur la rive gauche, où ils ne tardèrent pas à retrouver la guerre civile ; d'autres furent pris après le combat ou saisis dans leurs asiles et conduits au supplice. Plusieurs se mêlèrent aux bandes qui , peu après, allaient parcourir la Bretagne et y braver les efforts du gouvernement révolutionnaire.

Le plus éclatant témoignage qui ait été rendu à la valeur des Vendéens est dû au général Beaupuy, un des chefs de la garnison deMayence, celui qui, daos cette funeste guerre, avait le plus payé de sa personne. 11 écrivait après le combat de Savenay à Merlin de

BATAILLE DE SATBNAY. 519

Thionville : « Je les ai bien vus, bien examinés; j'ai reconnu de mes figures de Cholet et de Laval , et, à leur contenance, je t'assure qu'il ne leur manquait du soldat que Thabit. Des troupes qui ont battu de tels Français peuvent se flatter de vaincre aussi les peuples assez lâches pour se réunir tous contre un seul , et encore pour la cause des rois. » — « Cette guerre de brigands de paysans, qu'on regardait comme ridicule et méprisable, m'a toujours paru pour la république la grande partie. »

La faction dominante en avait jugé ainsi ; et coinme toute opposition à l'établissement de la république provoquait des mesures sanguinaires; comme les dangers qui menaçaient son autorité tyrannique lui inspiraient toujours la fureur et la vengeance, plus cette résistance et ces dangers avaient été grands, plus horribles devaient être les volontés du gouvernement conventionnel et la conduite de ses agents. Ainsi ce qui se passa durant plus d'une année dans les provinces de l'ouest est assurément le plus détestable souvenir inscrit dans nos annales révoIutionnaire#«

Une guerre civile, surtout lorsqu'elle est prolongée et qu'elle couvre un vaste territoire ; lorsqu'elle est animée, comme le fut la guerre de la Vendée, par les passions politiques et religieuses; lorsqu'elle est soutenue par des armées mal disciplinées, produit nécessairement de grands désordres, de cruels excès, de sanglantes représailles. Dès les premiers moments de l'insurrection, il y avait eu de part et d'autre dee actes de barbarie; mais les principaux chefs des febell|pl avaient témoigné la volonté de les arrêter et de lès prévenir. Leurs sentiments d'humanité et d'honneur n'ont pu être contestés. De même, les premiers gêné-

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