DÉROUTE DES VENDÉENS
nombre de prisonniers de tout âge, de tout sexe, de tout état. » Les Vendéens calculèrent que la déroute du Mans avait coûté la vie à quinze mille personnes. A en croire les rapports que les représentants adressèrent à la Convention, le nombre des victimes aurait été beaucoup plus grand. Prieur, Bourbotte et Turreau écrivaient : « Tout ce qui était resté dans la ville tombe sous les coups de nos soldats. Des chefs, des marquises, des comtesses, des prêtres à foison sont tombés en notre pouvoir. Les rues, les maisons, les places publiques sont jonchées de cadavres. Depuis quinze heures, ce massacre dure encore. » Quelques jours après, un autre conventionnel écrivait : w DaDS l'espace de quatorze lieues, il n'y a pas une toise où il n'y ait un cadavre étendu. »
La joie du triomphe et le désir d'annoncer de bonnes nouvelles aux Jacobins et à la Convention portaient les représentants à l'exagération. Les généraux et les soldats ne méritaient pas d'être flétris de tels éloges ^ La vérité était déjà assez cruelle.
La foule confuse qui échappait au massacre avait, dans sa fuite, pris la route de Laval, la seule qui ne fût pas occupée par les forces républicaines. L'état de dispersion de ces restes de l'armée rebelle était mal connu des généraux républicains. On ne se hâta point à poursuivre les Vendéens; ils arrivèrent à Laval et y passèrent la nuit sans être attaqués. La Rochejaquelein et les officiers, quoiqu'on en eût perdu beaucoup au Mans, réussirent à rallier un assez grand nombre de soldats. Ils marchèrent vers la Loire espérant parvenir à Âncenis avant les républicains, et avoir
' Mémoires de Kiéber et de l'adjudant général Savary.