‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 34 sur 108 · PAMPHLET DE CAMILLE DESM0UL1N · texte numérisé non relu

PAMPHLET DE CAMILLE DESM0UL1N

tion. Tout en restant fidèle à cet ordre d'idées et à ce goût de style 9 il prêtait ou vendait complaisamment sa plume à tel ou tel parti révolutionnaire; on marchandait son opinion sur telle ou telle question. Avide de jouissances eï d'argent*, bon vivant et joyeux convive, il portait ce genre de gaieté dans la camaraderie de Danton, dont il accepta le patronage. Il était secrétaire général, lorsque les circulaires du 2 septembre furent expédiées du ministère de la justice, et il trouvait Temploi bon et commode. La nature de son esprit et une sorte de bégayement ne rappelaient pas à la tribuoe. Député à la Convention, il n'y était pas pris au sérieux et se bornait aux interrupticms ou aux mots lancés à& sa place.

Ce fut lui que Robespierre et Danton chargèrent de faire aux Girondins une guerre de plume. Pendant plusieurs années, il avait été en rapport de familiarité avec quelques-uns d'entre eux, avec Brissot surtout. Ce souvenir ne l'arrêta point. Sa verve et ses épigrammes furent employées sans scrupule et sans délai à cette rédaction. Écrire était pour lui une habitude ou un métier. Il lui semblait que ses paroles écrites ou proférées sans conviction sérieuse, sans hésitation de conscience, ne le chargeaient d'aucune responsa* bilité.

Son pamphlet, offert d'abord à la société des Jacobins sous le titre : les Hommes d*Elal démasqués ^ reçut ensuite une grande publicité sous le nom A' Histoire des Brlssotins. Toutes imputations vraies ou fausses, absurdes ou vraisemblables, y étaient

' Correspondance de Mirabeau et de M. de Lamarck — Mémoires de Barbaroux.

recueillies avec une légèreté railleuse. La vie privée, les conversations intimes, les souvenirs d'une familiarité amicale fournirent des arguments et des preuves au frivole accusateur. Il représentait les hommes du côté droit comme des conspirateurs travaillant à la ruine de la république , en intelligence et complicité avec les royalistes, les aristocrates, les émigrés et lès cabinets étrangers. Sa dénonciation n'était pas seulement dirigée contre une opinion ou un parti ; le mensonge et la calomnie atteignaient les personnes; chacun des ennemis de Robespierre et de Danton était nommément attaqué. C'était surtout comme complices de Dumouriez et du duc d'Orléans qu'il représentait les Girondins. Il s'était naguère opposé avec une extrême vivacité à leur proposition , quand ils iavaient demandé le bannissement de toute la famille d'Orléans. 11 lui fallait prévenir cette objection. « Ils nous ont envoyé, disait-il, le buste inanimé de Philippe, automate dont ils tenaient les fils. Je ne crois pas qu'il lui soit arrivé une seule fois d'opiner autrement qu'avec le sommet de la Montagne. lè me suis souvent dit à moi-même : Il serait fort singulier que Philippe d'Orléans ne fût de la faction d'Orléans. Cela n'est pas impossible. La faction cependant existe; elle siège au côté droit avec les Girondins. » Tout en raisonnant de cette façon badine, Camille Desmoulins disait : w Je suis bien convaincu que ce que je dis contre eux les conduira à la guillotine. »

Les pamphlets, les journaux montagnards, la tribune des Jacobins, tant de menaces proférées sous toutes les formes ne pouvaient enlever aux Girondins la majorité qu'ils avaient acquise à la Convention.

Tout au contraire, les représentants modérés, et hors de rAssemblée, les bons citoyens se rangeaient chaque jour avec plus d'empfessement sous leur drapeau. Cette disposition des* esprits devenait manifeste même pour la société des Jacobins; elle perdait -son influence dans les départements; elle était désertée par un grand nombre de députés. « Ceux qui ne viennent aux Jacobins ne sont pas plus assidus sur laMon- ;ne*; je n'en vois pas quinze dans notre salle , » disait Legendre.

Il était évident que les modérés allaient devenir les plus forts, qu'ils réussiraient à écrire une constitution et à composer un. gouvernepient, si l'on n'agissait pas contre la Convention comme on avait fait contre la monarchie constitutionnelle. Un nouveau 10. août semblait indispensable, et les mêmes hommes commencèrent à le préparer ouvertement. .C'était une conspiration tramée en toute publicité : d'autant plus dangereuse que ceux qui tendaient au même but n'avaient pas même besoin de se concerter , tant ils étaient certains de ne rencontrer aucune résistance.

Danton, Robespierre, Maraf et quelques conventionnels avaient des conciliabules à Charenton, avec Pache et des hommes importants à la commune ou aux Jacobins. C'était peut-être là qu'il y avait le plus de réserve et d'hésitation , hormis de la part de Marat dont les propos n'avaient jamais été plus sanguinaires. C'était cette réunion qui avait inquiété le cojnité de salut public, où l'on ne cessait point de craindre les ambitieux projets de contre-révolution que pouvaient former les révolutiqnnaires politiques.

Pache tenait à la mairie des assemblées nombreuses, mais point publiques. L'insurrection et le massa-

cre y étaient mis en délibération. Lorsqu'on y discutait les moyens d^OKécutiou, il s'effrayait de& horribles propositions qui pouvaient le compromettre.

La réunion des délégués choisis par les comités révolutionnaires de chaque section siégeait, par la permission du maire, à rarchèvèôhé; là se trouvaient les hommes de septembre. Ils ne concevaient pas un autre mode pour se débarrasser des Girondins et des modérés. Les enfermer et les massacrep : tel était le thème de leurs délibéi^ations.

Le club électoral était aussi un des ateliers de ce vaste complot.

Dans la salle des Jacobins, les orateurs exprimaient ouvertement T intention d'une journée révolutionnaire, sans pourtant qu'on en discutât le projet. Mais tard dans la soirée , lorsque la séance était finie , dix ou douze membres de la société se réunissaient dans un café, arrangeaient d'avance l'émeute, traçaient sa marche et conversaient sur l'usage de la victoire. Presque tous avaient préparé le 10 août; cette fois ils prévoyaient moins de dangers et un succès plus assuré. Là se trouvaient des hommes de la plus ignoble renommée :Desfieux, un des meneurs des Jacobins, banqueroutier et fripon avéré, que Robespierre protégeait sans nier son infamie et qu'il envoya plus tard à l'échafaud ; Proly Gusman , aventurier espagnol soupçonné aussi d'être agent et espion des étrangers ; Chabot, qui fut ensuite enveloppé dans la même conspiration et qui périt comme eux condamné par le tribunal révolutionnaire. Collot d'Herbois était assidu à ces réunions; elles n'étaient pas ignorées, et lors du 10 mars. Garât en avait même entretenu l'Assemblée.

La conspiration était donc partout ; t^'était ce qui la

rendait insaisissable. Pour la prévenir il aurait fallu, oomme elle, agir par la force, et avoir une autorité eïxécutive aux ordres de la Convention. Mais le -ministre de la guerre était un docile instrument de la com- YTiune et des Jacobins. Garât,. ministre de ^intérieur, ^raisonnait déjà sur Tinévitable fatalité révolutionnaire; il disait a qu'on peut combattre les excès ^e la démocratie seulement, lorsqu'ils ont répandu une xirtiverselle épouvante > et qu'avant d'être arrivé au oomble des horreurs et deâ fureurs, il faut user de profonds ménagements. »

Le comité révolutionnaire de la section- de TUnité venait de faire- arrêter, de sa propre autorité, sans ordre de la commune, un officier de la garde nationale. Son crime était d'avoir signé une adresse que la Convention avait entendlie et approuvée, et par laquelle il avait protesté contre un acte illégal àe Chaumette. Sa réclamation fut apportée à l'Assemblée. Après une discussion où Maràt et Legendre hiontrèrënt beaucoup de violence, un vote de la majorité prononça la mise en liberté.

L^ appel nominal fut demandé à grands cris par la Montagne : « C'est la contre-révolution ! 11 faut que l'appel nominal fasse connaître au peuple ses ennemis.— Nous mourrons à notre poste pour la cause du peuple. » Telles étaient les clameurs que faisaient entendre les députés de la gauche.

Après un long tumulte, Couthon, qui ne pouvait marcher, fut porté à la tribune par un de ses collègues, aux grands applaudissements des spectateurs. La majorité l'interrompit souvent. On lui reprocha de mettre en combustion, par sa correspcmdance, le département du Puy-de-Dôme. Couthon répondit; à Finterrup-

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