‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 35 sur 108 · NOUVEAUX ORAGES DANS LA CONVENTION · texte numérisé non relu

NOUVEAUX ORAGES DANS LA CONVENTION

leur qu'il était prêt à se soumettre au suffrage de ses compatriotes, et que si les députés^ auteurs des troubles qui menaçaient le salut public y^ étaient d'aussi bonne foi que lui, ils donneraient leur démission.

A ce moment, les hommes politiques de la faction révolutionnaire n'avaient pas un autre but que d'obtenir la majorité et la domination dans l'AsSiCmblée. L'expulsion paisible des Giropdins leur aurait convenu beaucoup mieux qu'un jnouvement populaire.

Vergniaud répondit à Couthon; après avoir établi par des faits la flagrante usurpatioa de pouvoir de ce comité révolutionnaire, il discuta la prétention de la minorité qui exigeait im appelnominal, lorsqu'un vote constaté avait déjà exprinïé la décision àh l'Assemblée. ILtermiua ainsi : « Je demande acte de l'extrême modération avec laquelle j'ai parlé au milieu des interruptions les plus violentes et .du serment que je fais d'employer constamment tous mes efforts pour prévenir cet incendie des passions qui nous fait tant de mal; mais je déclare, et il est bon que les Parisiens m'entendent, je déclare que si, à force de persécution, d'outrages, de violences, on nous forçait en effet à nous retirer; si l'on provoquait une scission fatale, le département de la Gironde n'aurait plus rien de commun avec une ville qui aurait violé la représentation nationale et rompu l'unité de la république.

— Nous faisons tous la même déclaration , » s'écrièrent un grand nombre de représentants.

L'Assemblée ne pouvait plus avoir une discussion raisonnable et tranquille ; chaque séance se perdait dans un ignoble tapage. Le 18 mai, un incident, indi-

IfOUlTEAUX ORAGES DANS LA CONVENTION. 107

gne de la moindre atteqtioq^ amena la plus vive scène et une grande décision.

Le débat venait de s'ouvrir sur les attributions et les pouvoirs des commissaires que le conseil exécutif avait r-épandus -sur tout le territoire de la république et aux armées; ils agissaient. arbitrairement; ils. se eontrecarraient les ups les autres; ils n'étaient point soumis aux représentants en mission , et pour la plupart ne leur témoignaient nulle déférence.

En ce moment on 'entendit du- bruit dans une «des tribunes publiques; une. femme voulait arracher un jeune homme de la place qu'il occupait; les cris qu'elle poussait couvraient la voix de l'orateur. Le préside^it avait donné l'ordre de. la faire sortir.

Levasseur, qui était alors un des plus bruyants Montagnards , réclama pour cette femme : « Voulezvous, disait-il, que le peuple ne soit pas indigné quand il voit que des tribunes privilégiées sont réservées à des aristocrates tels que Bonneville ^ » Et il désignait UD journaliste assez connu à cette époque. (( C'est un aristocrate infâme ! » criait Marat. On demanda si Marat serait ainsi autorisé à désigner un citoyen paisible aux poignards des asrsassins.

Isnard présidait ; dans son langage de rhéteur, il dit: w Peuple, législateurs, écoutez-moi; jll y va de votre salut. Si vous pouviez ouvrir mon cœur, vous y verriez mon amour pour la patrie. Dussé-je être immolé sur ce fauteuil, mon dernier soupir serait pour elle, et mes dernières paroles seraient : (c Dieu, par- « donne, à mes assassins, ils sont égarés; mais sauve «fia liberté de mon pays. » Puis il accusa les perturbateurs d'être les agents de Pitt et de l'Autriche :

108 NOUVEAUX ORAGES DArjS LA CONVENTION.

c'était toujours rimputatîoQ qu'un parti adressait à l'autre.

Gamon , un des inspecteurs de la salle , rendit compte de ce qui venait de se passer dans les corridors et les tribunes. Les femmes de la société fraternelle avaient délibéré de. ne point laisser entrer dans les tribunes les citoyens qui se présenteraient avec des billets donnés par les représentants ; elles se révoltaient contre le despotisme de la Convention. «Ces femmes, ajoutait Gamon, sont salariées par nos ennemis : elles portent presque toutes les livrées de la niisère; elles vivaient auparavant de leur travail journalier. Maintenant elles passent leurs journées dans les curridorsy et sans même se soucier d'entrer dans les tribunes , elles repoussent les citoyens qui se. présentent avec des billets.

— L'égalité partout, disaient les Montagnards. îfe donnez plus de billets pour les tribunes. »

La salle des Tuileries, qù depuis quelques jours la Convention était venue siéger, avait des tribunes moins vastes que l'ancienne salle du Manège. C^était un grief dont la société des Jacobins se plaignait hautement.

La question devint alors générale, et l'on parla des conspirations ouvertement dirigées contre la Convention, du projet d'assassiner ou d'envoyer au supplice un grand nombre de députés. Comment rAssemblée pourrait-elle être préservée de l'invasion dont elle était menacée?

« Je déclare aux citoyens de Paris, disait Lasource, que s'ils laissent porter atteinte à la représentation nationale, la république est dissoute, le fédéralisme établi, leur ville perdue. Chaqqe département, crai-

KOl'VEAUX ORAGES DANS LA CONVENTION. 109

gnant pour sa liberté, s'isolant au -milieu de Tanarcli je et du désordre, formera une république séparée. L.^ plus beau des empires sera déchiré en lambeaux ; aous serons partagés comme la Pologne. »

Marat, Danton, Barère, demandaient k parole. En passant dans un corridor, Marat venait de dire à un de ses collègues : « Tu es un homme d'Etat; le peuple fera bien tôt justice de toi et dés autres. » Il monta à la tribune. « Vous n'êtes pas amis de Tégalité, disait-il, vous péservez des places privilégiées à vos espions et à Bonneville, qui est l'imprimeur de Roland. Vous avez fait relâcher des hommes accusés de provoquer çiu rétablissement de la royauté. Vous êtes des contre-révolutionnaires; DumoUriez Ta déclaré. Vous craignez que la Convention soit dissoute, si Von vous donne une chiquenaude : elle n'a pas été dissoute, quand on a poignardé ça pauvre Lepelletier. »

Les tribunes applaudirent Marat à plusieurs reprises.

Guadet engagea le combat plus vivement, (c. Avant- Mer, dit-il, à la mairie, dans une assemblée de membres des comités révolutionnaires , votre dissolution a été décidée. Cette réunion a délibéré de mettre en arrestation tous les hommes suspects, c'est-à-dire tous ceux qui n'ont point de patentes des honorables journées du 2 septembre et du 10 mars. Après' vous avoir mis en arrestation, on vous aurait livrés à cette multitnde à laquelle on est parvenu à donner le goût du sang. »

H rappela ce qui se disait chaque jour à la tribune des Jacobins. Il raconta comment un chef de bataillon de la section des Sans-Culottes avait dit devant le co'n-

Page 1