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DISCORDE ENTRE LES SECTIONS

retrouvé son langage injurieux et menaçant. « Vous croyez peut-être, disait-il, que, pour avoir incarcéré les patriotes, vous resterez, maîtres du champ de bataille; si les patriotes se portent à uoeinsurreçtien, ce sera votre ouvrage. Je deniande que la commission des douze soit supprimée, elle provoqua Tinsurrection du peuple qui n'est que trop prochaine. »

Paché écrivait que l^t avait été examiné et prévu*; ^ que tout aurait été arrêté., et qu'il n'y aurait eu aucun danger à redouter, sans la mesure prise contre Hébert.

La section de la Cité vint réclamer contre l'arréstatioQ do Dobsent, son président. « Le temps de la plainte est passé/ disait l'orateur^ nous venons vous avertir de sauvéjr la république , ou la nécessité nous forcera à le faire.. Punissez une commission infidèle qui viole les droits de l'homme; traduisez les douze au tribunal révolutionnaire. Nos frères des départements approuveront nos saip tes insurrections. » •

Le président répon'dit : « L'Assemblée pardonne à l'égarement de votre jeunesse; sachez que la liberté ne consiste pas dans des mots ou des signes; sachez que la tyrannie, soit qu'elle se cache dans une cave ou qu'elle se montre sur la place publique, qu'elle soit sur un trône ou à la tribune d'un t^lub, qu'elle tienne un sceptre ou lui poignard , qu'elle porte sur la tête une couronne ou un bonnet, n'en est pas moins tyrannie. » Robespierre demanda là parole. Après un long désordre et beaucoup d'injures coup sur coup renvoyées, la parole lui fut refusée. La gauche demandait l'appel nominal et protestait qu'elle résisterait à l'oppression. « Oui, je le déclare, vociféra Danton,

tant d'impudence commence à nous peser, nous ré — sisterons. Si vous vous obstinez , continuait-il er:^^^' dominait les interruptions, à refuser la parole à urr^^ •^ représentant du peuple, lorsqu'il veut parler pou? un^"»^ ^' patriote jeté dans les fers, je proteste contre votre despotisme. Le peuple jugera. «

Le bruit dura loagtemps. La gauche exigeait toujours l'appel nominal ; le président lui-même ne pouvait se faire écouter. Bburdon de l'Oise lui criait : (ï S'il est assez osé pour proclamer la guerre civile, je l'assassine. » • '

Enfin l'appel nominal était commencé^ lorsque l'Assemblée fut informée , par le bruit qu'on entendait et par les récits de plusieurs représeotants, que les abords de la salle étaient obstrués d'une multitude désordonnée, qu'elle remplissait même les corridors; on annonça aussi que plusieurs compagnies* de garde nationale étaient rangées devant lé palais, du côté du Carrousel.

La commission des douze avait été informée que, selon la résolution prise ,par le comité insurrectionnel , la Convention- devait être attaquée; elle n'avait aucun autre moyen de s'opposer à la sédition que d'appeler la' garde nationale des sections où les Jacobins n'étaient pas en majorité. Afin d'être en règle et pour s'assurer d'être mieux obéie,- la commission avait demandé au maire de requérir les gardes nationaux des sections de la Butte-des-Moutins, du Mail et de Lepelletier. Pache, en même temps que, sous ses yeux et par son encouragement, l'émeute était préparée, n'osa point désobéir à la commission. L'ardre fut donné aux sections, et leurs conipagnies arrivèrent

avec de rartillerie se ranger dan» la cour du Carrousel.

C'était du côté du jardin que la foule avait pénétré par le vestibule et le girand escalier dans les corridors et les grandes salles qui précédaient • la salle des séances. Cette multitude était plutôt iumultueuse que menaçante; il ne semblait pas que les hommes fussent armés : on ne voyait ni fusils ni piques ;. peut-être les poignards étaient-ils cachés. Plusieurs députée étaient venus reconnaître ce qui se passait au dehors; Marat s approcha du cotnmaudant de la Butte-àes-Moulins, qui, selon Tordre qu'il en avait reçu, avançait avec 80Q bataillon pour débloquer l'Assemblée; Marat vint sur lui et le somma de se retirer avec sa troupe de boutiquiers. Raffet, c'était le .nom de ce commandant, répondit qu'il obéissait à l'ordre du président; Marat prit un pistolet et le dirigea à bout pQctant sur la poitrine du commandant : il repoussa dédaigneusement ce nain féroce. .

Marat courut le dénonxîe> à la Convention; Raffet fut appelé, raconta le fait et fut invité aux honneurs de la séance.

La commission était en permanence; elle avait appelé Pache. Garât y était aussi venu. La Convention manda le maire , çt le ministre jugea convenable de raccompagner. Ce fut lui qui d'abord rendit compte de ce qui se passait aux abords de l'Assemblée.. La commission ne lui' avait donné aucun ordre. Ainsi il pouvait raisonner sur les mesures qui avaient été prises, mais n'en était point responsable; les autorités munioîpales , ne songeant guère à se subordonner à un ministre , ne l'avaient pas non plus consulté.

Garât était un spectateur de la Révolution; il excel-

m SÉAXCE OftACELSE UC 27 MAI.

Uit à analyser une situation, à démèier les mobiles leH pasâions des deux partis ; il obâen ait avec finesi le caractère et le genre d'esprit des personnages pol tiques; mai's il n'a\^it ni assez de courage, ni as8 de décision pour prendre un rôle actif dans les péri H les iQOUvenrents de cette époque eonvulsive. 11 aj pliquaitaux circonstances les plus critiques, auxlei demains les plus menaçants, cette philosophie hisb rique qui se complaît à prouver que ce qui a été a d ^tre; il prononçait, d'après ce système de fatalité, noi seulement sur les catastrophes ou les crimes qui ▼ naient de s'accomplir, mais sur les passions ou l [irojets qui menaçaient Tordre public et .reiistence, < la société. Il conseillait à ses amis les Girondins, patience et les ménagements; il leur détaillait!* causes dif^ leur impuissance; il leur disait que force i peut rester à la loi, quand la loi n'a point de forc< que pour faire des actes de gouvernement, il £ai «'ommeucer par avoir un gouvernement; que la véri et la vertu, destinées sans doute à faire le bonheur (j ^enre humain, déchaînent souvent les passions ^tl4 forfaits, de môme que les lois de la nature, qui établi sent en définitif l'harmonie universelle, déchaîne) <les ouragans qui engloutissent les vaisseaux et ensi velissent les cultivateurs sous les débris de leurs Ci banes.

S(m discours à la Convention était conçu dai cet eîjprit. « Les excuses de Pache lui semblaient ui justification complète. On avait tort d'appeler conc liàbules des réunions qui se tenaient publiquemeûi el conspirations des projets qui n'avaient pas é accueillis. Il blâmait l'arrestation d'Hébert, et feigns de croire que les feuilles du Père Duchesne étaiei

80D seul délit; il ne les lisait point et détestait les écrits c< où l'on prêche la morale et la raison dans un' a ladgage qui ne leur, convient pas. »0n avait toujours {lassêj^gèrement sur des écritsqui invitaient le peuple au meurtre et au pillage, et Garât ne comprenait pas pourquoi on s'avisail maintenant d'avoir tatit de délicatesse.

On ne pouvait ^ire de telles choses sans exciter de violents murmures dans TAsseniblée; mais les Jacobins témoignaient au ministre leur reconnaissance et* rencourageaient par leurs applaudissements. 11 terniiua en ^essayant de rassurer la Convention. « Un nombi'eux attroupement assiégeait, il est vrai, la salle, mais une des portes était restée libre et la force armée suffisait pour prévenir tout danger. » Il protesta de 80D estime et de sa tendre, amitié pour les Girondins et pour la commission des douze; mais il les assura que nul danger ne les menaçait et qu'ils n'avaient pas besoin de courage. « Je le répète à la Convention : elle ne court aucun péril; vous reviendrez tous' en paix dans votre domicile. «

Le maire donna les mêmes assurances, et aflirma. plas expressément que l'arrestation d'Hébert était la seule cause des mouvements populaires. Il nia à peu près qu'il eût donné l'ordre aux sections d'envoyer leurs compagnies aux Tuileries et. démanda qu'elles fussent employées seulement à faire des patrouilles; il voulait que l'Assemblée admît les pétitionnaires qui venaient réclamer la liberté des détenus.

La salle de la Convention semblait en ce moment un champ de bataille ; ce n'était plus seulement des pwles injurieuses qu'on s'adressait mutuellement; on se menaçait dû geste; on était prêt à ^'assaillir.

Legendre lança uji coup de poing à Guadet, pour repousser de la tri^hune. C'était Danton qui commai dait tout ce mouvement de la gauche; mais elle ii^av£ point la majorité ; alprs elle fit entrer trois ou quat cents hommes de l'émeute qui s'étaient emparés de porte. Us se mêlèrent aux députés, prirent place si les bancs ; de telle sorte qu'on ne pouvait plus distî guer les votants, lorsqu'on opinait pair assis et lev €e fut ainsi qu'il fut décidé que la séance continu rait. Le découragement et même la peur paralysera les hommes de la Plaine. Un certain nombre de repi sentants se retirèrent. Isnard quitta le fauteuil ; H rault de Séchelles le remplaça. La journée était ai Montagnards.

11 était dix ou onze heures du soir ; une députatic de vingt-huit sections de Paris fut admise. Elle d manda la liberté de leur frère , .de leur ami , -de lei plus cher soutien, qui gémissait dans les fers d'ui commission despotique, dont ils réclamaient la su] pression. Hérault de Séchelles leur répondit par ui phrase , qui est restée fameuse : « Citoyens , la fon et la raison du peuple sont la même chose. »

Legendre, Léonard Bourdon , David, appuyaient grands cris les pétitionnaires. Il en vint d'autres de section des Gravrlliers, encore plus violents et menj çant plus explicitement les Girondins des vengeance populaires; puis arriva aussi la section de la Croi: Rouge.

Lacroix, l'anii intime de Danton, convertit en mi tion les demandes des sections, et l'Asseml^lée, pêl mêle a\^c les éniçutiers qui l'avaient envahie ^ vota ! liberté du Père Duchesne et des autres détenus; pu la suppression de la commission des douze.

Le lendemain ^ à La lecture du procès-verbal y Lanjuinais demanda la parole. « II n'y a pas eu de délibération hier au soir, » dit-il. — Les vociférations de la Montagne l'interrompirent^ mais ne troublèrent pas son courage. — « Je soutiens qu'il n'y a pas eu de décret rendu, et s'il y en a eu un, je demande qu'il soit révoqué. » — Le bruit continuait. — « Tout esl perdu, citoyens! le décret d'hier est l'œuvre d'une conspiration atroce. Quoi ! depuis deux mois, il s'est commis plus d'arrestations arbitraires par les représentants envoyés en mission , qu'il ne s'en est commis en trente ans sous le despotisme. Des hommes prêchent l'anarchie et le meurtre, et ils resteraient impunis !. — Si Lanjuinais ne cesse pas de parler, je vais le jeter çn bas de la tribune , » criait Legendre.

Lanjuinais continua; — « H. né peut y avoir impunité pour ceux qui ont voulu renouveler les scènes de septembre et emprisonner les membres de la Convention. Vous seriez déshonorés si un pareil décret souillait vos registres .o)

Les Montagnards poussaient d'injurieuâes clameurs> DoYole par assis et levé^dlécida que le maintien du décret serait mis en délibération. Hérault de Séchelles attesta que la veille, il avait mis le décret aux voix.

« Je ne conteste pas que vous l'ayez proclamé , » répondit Guadet.

w Le président est un contre - révolutionnaire , criait CoUot d'Herbois. — Je demande un décret d'accusation contre Guadet, Gensonné et Yergniaud, disait Bourdon de l'Oise. — Je tiens à grand honneur. Impliqua Gensonné, d'être traité de scélérat par ces messieurs. »

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Guadet fit une peinture des désordres de la veille r— des violences exercées par une foule séditieuse, des^ représentants maltraités el repoussés lorsqu'ils voulaient rentrer dans la salle. Il insistait pour que le décret fût révoqué.

Les Girondins ne pouvaient accuser un acte révolutionnaire sans s'exposer à entendre rappeler les actes qu'ils avaient applaudis et dont ils réclamaient sans cesse l'honneur. Saint-André leur fit remarquer que les décrets de l'Assemblée législative au 1 0 août . avaient été votés avec des circonstances pareiUés et sous la contrainte d'une invasion populaire.

Un vote par appel nominal prononça la révocatioii du décret qui avait supprimé la commission des douze. La majorité fut de quarante voix seulement. Condorcet fut remarqué parmi ceux qui votèrent pour le. maintien du décret de la veille.

Robespierre n'avait pas assisté aux séances de la Convention aussi exactement qu'aux réunions des Jacobins ; il n'avait point figuré dans les scènes orageuses. Telle avait toujours été sa conduite aux moments où il fallait se rendre directement responsable de quelque détermination hasardeuse et passer de la parole à l'action. II demanda à parler. (( 11 était malade, disait-il, el sollicitait Tindulgence de l'Assemblée; car il était dans l'impossibililé physique de dire tout ce que lui inspirait s(i sensibilité pour les dangers de la patrie. » Alors il recommença le discours qu'il avait fait si souvent : le récit de sa conduite mise en opposition avec la conduite des Girondins. Parlant de ce qui venait d'être voté contre ce qui avait été décrété la veille, il craignait que « le triomphe de la vertu fût passager et le triomphe du vice éternel* «

H fut souvent interrompu; et comme si son découragement et la faiblesse de sa voix Tempêchaient de continuer : « Je leur abandonné la tribune; qu'ils y distillent leurs poisons; qu'ils y secouent les brandons de la guerre civile; qu'ils finissent leur carrière; que ce qu'il y a de plus lâche, de plus vil, de plus impur, triomphe et ramène à l'esclavage une nation qui voulait être libre. C'est aux républicains à les replonger dans l'abîme de la honte. »

Danton fut plus énergique. « Si les magistrats du peuple ne sont pas rendus à leurs fonctions et entourés du respect qui doit les accompagner, après avoir prouvé que nous passons nos ennemis en prudence, nous prouverons que nous les passons en audace révolutionnaire.

— Oui ! oui! tous ! » s'écrièrent à la fois les députés de la gauche applaudis par les tribunes.

Rabaud Saint-Étienne voulut faire un rapport au nom de la commission des douze; il lui fut impossible d'être entendu , tant étaient continuelles les ▼ociférations des Montagnards. « Nous demandons la priorité pour le canon d'alarme, » disait l'un d'entre eux.

La majorité en fut réduite à ordonner que le rapport serait imprimé. Elle céda sur la mise en liberté des détenus, et consentit à leur élargissement provisoire. L'abattement des modérés était si complet que Rabaod Saint-Étienne offrit la démission des douze de la commission.

Pendant ce temps-là, les sections de Paris étaient

livrées à la plus alarmante agitation : les unes de plus

en plus disposées à l'insurrection; les autres, en

ïHoindre nombre, animées de quelque courage pour

la défense de l'ordre public et du parti modéré, étaient menacées d'avoir à combattre les attaques qui leur étaient annoncées.

La section des Gardes-Françaises venait dire à la Convention : « Vous n'avez qu'à prononcer un mot, vous serez entourés de défenseurs dignes de votre cause; on verra d'un côté le courage des bons citoyens et de l'autre la lâcheté et la perfidie de quelques brigands. »

Ce langage réveilla le tumulte, qui était devenu l'état habituel de l'Assemblée. Les députés de la gauche descendaient vers la barre pour injurier et menacer les pétitionnaires. Après une longue agitation, l'orateur de la section continua à parler dans le même sens; il risqua une phrase plus choquante encore w pour ces ambitieux agitateurs qui, disait-il, veulent nous lasser de la liberté. — Vous avez laissé trop longtemps entre les mains du peuple les instruments révolutionnaires. »

Danton ne put endurer de telles paroles, et s'opposa à l'impression demandée par la droite. Il était facile de comprendre que les pétitionnaires sollicitaient la clôture des clubs et des réunions qui troublaient la paix publique.

(( Nous ne pouvons accorder cette demande; le peuple est au-dessus de nous; il est digne de se servir de ces instruments de révolution; il est tout prêt à les tourner contre ses ennemis. Quand il le voudra, avec ces mêmes instruments, il fera en un seul jour rentrer dans le néant les hommes assez stupides pour faire une distinction entre le peuple et les citoyens. Il est temps que le peuple ne se borne plus à une guerre défensive et qu'il attaque tous les fauteurs du rao-

dérantisme.... Paris sera toujours la terreur des ennemis de la liberté; ses sections, dans les grands jours, lorsque le peuple se réunira en masse, feront toujours disparaître ces misérables Feuillants, ces lâches modérés, dont le triomphe n'est que d'un moment. » La demande de l'impression fut rejetée.

La séance du 29 mai se passa sans incident. Les -adresses présentées par les sections se succédaient et 'témoignaient entre les divers quartiers de Paris.

Dès le lendemain, on put s'apercevoir que la majo-<-

«•ité était déplacée; Mallarmé, député jacobin, fut élu

résident; il succédait à trois présidents successifs

hoisis parmi les Girondins. Une décision de l'As-

emblée chargea le comité de salut public de présenter

n nouveau projet de constitution , et lui adjoignit

^Dour ce travail Hérault deSéçhelles, Ramel, Couthon,

int-Just et Mathieu.

Le triomphe des Jacobins fut encore mieux constaté ar un vote surprenant. Le conseil général de la com- XEiune envoya une députation pour dénoncer un représentant membre de la commission des douze. Gardien avait été membre de l'Assemblée constituante, xïiais fort ignoré. ïallien, qui était en mission à Tours, a\ait fait saisir des papiers où s'étaient trouvées deux lettres de Gardien datées de 1790; elles prouvaient que son opinion avait été contraire à la création des assignats et à la confiscation des biens du clergé. En arrivant à la Convention^ il s'était d'abord placé sur la Montagne;' puis, reprenant courage, il n'avait pas ^oté la mort du roi et s'était rangé parmi les modéré». Il n'y avait contre lui aucun grief; toutefois personne ne songea à prendre sa défense; il fut décidé

qu'on mettrait le scellé sur ses papiers et qu'on lui donnerait un garde.

Enhardi par ce succès, Bourdon de l'Oise dénonça la commission des douze tout entière, en produisant un ordre émané d'elle, lorsque, disait-il, elle avait donné sa démission et cessé d'exister. Fonfrède répondit que la démission n'avait pas été acceptée par une délibération de l'Assemblée.

Lanjuinais , pour prouver l'indispensable nécessité de la commission , donna connaissance des informations qu'elle avait recueillies. Il cita un discours tenu à l'ArcheMêché par Hassenfratz, un ami intimé de Pache, membre du comité d'insurrection, orateur furibond à la commune et aux Jacobins. Après avoir assuré qu'on pouvait compter sur les départements qui environnaient Paris, et qu'une armée nombreuse arriverait de Verailles au premier signal du canon d'alarme, il avait dit : « Alors nous tomberons sur les riches et les égoïstes; l'insurrection est un devoir contre la majorité corrompue de la Convention, » Lanjuinais cita aussi des paroles à peu près semblables de Chabot et de Varlet; il parla de projets annoncés dans la section du Contrat-Social, et demanda que des précautions fussent prises pour la sûreté de l'Assemblée.

Lanjuinais n'exagérait point le danger; seulement il avait le courage de le faille connaître, tandis que la commission des douze était paralysée par lépouvante; le peu qu'elle avait osé pour défendre la Convention et pour sauver le parti modéré, contribuait à augmenter son trouble.

Les hommes prudents de la Plaine avaient trouvé téméraire l'arrestation d'Hébert; Garât l'avait fort reprochée à ses amis de la commission y en leur disant

cjii'ils n'étaient pas en état de soutenir cet acte d'auforité. Ils se désavouaient les uns les autres; ils ne s'étaient point opposés à la libération des détenus ; ils avaient donné leur démission , mais la Convenlion les ayant maintenus , ils restaient en fonctions xinalgré eux, sans prendre aucune mesure.

Pendant ce temps-là Danton s'était décidé; il avait ^u encore une fois la pensée de se rapprocher des Girondins; mais Talliance des personnes et Tunion dans Isj, conduite étaient impossibles, lorsque ni les uns ni les autres ne pouvaient changer ni d'opinion ni de drapeau. <t Ne nous faisons pas la guerre, » disait-il à Vergniaud. — J'aime mieux une guerre ouverte <^u*une fausse paix, » répondit l'orateur de la Gironde. €€ Vous n'êtes qu'un sot, et vous périrez, * » repartit l>anton.

Westermann était venu trouver Vergniaud et lui

raconter les complots sanguinaires formés contre lui

et ses amis; il lui offrait d'en prévenir l'exécution et

d^agir contre leurs ennemis. « J'aime mieux être

assassiné qu'assassin,» avait répondu le Girondin.

Il était évident que la Convention ne se laisserait

pas entraîner ou gouverner par la Montagne, tant que

\ les Girondins n'en seraient pas exclus, et qu'ils ne

pouvaient l'être que par une insurrection. « Je sais

bien, disait Danton , que nous sommes en minorité

dans l'Assemblée ; nous n'avons pour nous qu'un tas

de gueux qui ne sont patriotes que quand ils sont

soûls. Nous sommes un tas d'ignorants; Marat n'est

qu'un aboyeur; Legendre n'est bon qu'à dépecer sa

viande ; les autres ne savent que voter par assis et

* Toulongeon.

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