SÉANCE DU CONSEIL DE LA COMMUNE
Le premier usage qu'il en fît, fut de nommer comsiQaodant général de la force armée, Henriot> le même cjui avait pris une part active aux massacres de septembre; ensuite il fut ordonné de tirer le canon d'alarme. Les canonniers avaient refusé obstinément d'obéir aux ordres de TArchevêché, dont ils ne reconnaissaient pas l'autorité; quant au tocsin, il sonnait déjà depuis longtemps dans plusieurs quartiers.
Le ministre de l'intérieur était venu chercher le maire que la Convention avait mandé; une députation fut nommée pour l'accompagner; le conseil général le mit sous la sauvegarde des quarante-huit sections.
Pendant que s'accomplissaient à l'hôtel de ville les formalités de l'insurrection , elle était déjà en mouvement. Depuis plusieurs jours, la section de la Buttedes-Moulins s'était, en grande majorité, et avec quelque courage, prononcée pour l'opinion modérée qui avait semblé prévaloir à la Convention; des émissaires avaient parcouru le faubourg Saint-Antoine, disant que la garde nationale de cette section avait arboré le drapeau blanc et se mettait en contre-révolution.
Les émeutiers du faubourg furent ainsi excités à ^cnir désarmer les gardes nationaux de la Butte-des- Moulins. Ceiu-ci se retranchèrent dans le Palais-Royal. Ayant d*eo Tenir aux mains, on parlementa. La Colère qui avait été inspirée aux séditieux s'apaisa , lorsqu'ils virent qu'on les avait trompés et qu'il n'é- Wit question ni de drapeau blanc, ni de cocarde roya- Uste. Les gardes nationaux prolestèrent qu'ils étaient Ws républicains. Il n'y eut aucun combat. La Convention n'avait donc nul moyen de défense. Les douze elle comité de salut public n'avaient pas même tenté
138 SÉANCE DU 3i MAI.
d'appeler à la défense des Tuileries, les compagnie qu'on pouvait croire dévouées au maintien de l'ordr • public.
A six heures du malin, la séance s'était ouverte vingt ou trente députés seulement étaient dans la salle - Le maire et le ministre de l'intérieur commencèreni par se présenter au comité de salut public, où si trouvait déjà Lhuillier, procureur général du département. Pache rendit compte de ce qui se passait à la commune et assura , mais en prenant une apparence de tristesse, qu'il lui avait été impossible de rien empêcher: il était fort résigné. Lhuillier ne cherchait pas à déguiser sa sympathie pour ce mouvement populaire, seulement il voulait rassurer le comité et promettait qu'il n'y aurait ni combat, ni effusion de sang. « Ce sera, disait-il, une insurrection morale. »
Garât se rendit le premier à l'Assemblée ; il rencontra Danton dans la cour des Tuileries : K Qu'est-ce que tout cela? demanda le ministre. — Rien; il faut leur laisser briser les presses de quelques journalistes, et puis les renvoyer. — • Ah! je crains bien qu'ils ne brisent autre chose que des presses. — C'est à vous d'y veiller. — Vous en auriez les moyens bien plus que moi, » repartit le ministre. Ils se séparèrent, et Garât entra à la Convention.
Il n'avait rien à dire que ce que chacun savait et voyait. Sa résignation était assez semblable à celle de Pache ou de Lhuillier. Il imputa tout ce trouble à la commission des douze , et assura que les patrouilles étaient nombreuses et le bon ordre suffisamment garanti.
Le maire n'en dit pas davantage.
Les canonniers avaient persisté à ne point vouloir ^irer le canon d'alarme; un décret récent avait près- ^^rit de ne le tirer que sur un ordre de la Convention ; ^■ine discussion s'engagea sur cet incident. Valazé de- :Bnanda qu'Henriot, qui avait l'impertinente audace de ^commander ce que la loi défendait, fût mis en jugexnent pour un crime qui comportait peine de mort. Aa Montagne l'interrompait sans cesse. Il proposa que la commission des douze informât sur le fait et fit un :arapport.
Thuriot répondit que ce qui était nécessaire, c'était ï 'anéantissement de la commission.
Comme il parlait, on entendit le canon d'alarme. Vergfiiaud ne fut point d'avis que la commission fît 2s.on rapport, qui irriterait sans doute les passions. «« Ce qui importe , dit-il, c'est de savoir qui a ordonné de sonner le tocsin et de tirer le canon d'alarme. — ^ Test la résistance à l'oppression , crièrent les Montagnards. — S'il y a un combat, continua Vefgniaud, il sera, quel qu'en soit le succès, la perte de la répul>lique. »
Uenriot fut mandé, a Faites auparavant justice de la commission , » disait Danton. Il monta à la tribune; lui aussi voulait et «ppérait une insurrection morale. «c Le canon a tonné ; mais si Paris n'a voulu donner ^u'un grand signal pour vous apporter ses représentations ; si par une convocation trop retentissante il a ^ulement averti tous les citoyens de vous demander une justice éclatante , Paris a encore bien mérité de Aa patrie. Tournez cette explosion au profit de la li- Wlé; réformez vos erreurs.; cassez votre commission, ^ous la croyez irréprochable; moi je crois qu'elle
a agi par ressentiment : il Faut donner justice au peuple.
— Quel peuple? demanda une voix à droite.
— Un peuple immense, un peuple sentinelle avancée de la république. Tous les départements avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous les ennemis de la liberté et l'exécrable modérantisme. Je demande froidement la suppression pure et simple de la commission , sans rien préjuger sur les imputations dirigées contre elle. »
On commença à crier : « Aux voix ! La suppression. » Rabaud Saint-Étienne essaya de parler, celui fut impossible; pendant longtemps les deux côtés de la salle échangèrent d'injurieuses paroles ; les tribunes augmentaient le désordre et le bruit. Vergniaud demanda qu'on les fît évacuer. (( Et la Montagne aussi, » disaiton à la droite. Enfin la discussion fut fermée avant d'avoir commencé. Les délégués de diverses sections venaient, les uns protester contre le comité d'insurrection , les autres annoncer les mesures que les assemblées sectionnaires prenaient de leur propre autorité. Le conseil général de la commune désavouait une députation qui avait parlé en son nom; il demandait à concerter toutes ses déterminations avec le comité de salut public.
Les Girondins ne se croyaient pas encore vaincus ; ils ne laissaient point mettre aux voix la suppression de la commission; ils demandaient des poursuites ou du moins des enquêtes contre les promoteurs de Tinsurreclion, contre les usurpateurs de tous les pouvoirs. Les tribunes accablaient d'insultes et de menaces les orateurs, qui pouvaient à peine se faire entendre.
SÉANCE DU 31 MAI. I4l
Couthon fut mieux écouté, sinon par toute T Assemblée, du moins parles spectateurs; il parla d'une faction infernale qui avait provoqué l'insurrection par des mesures contre-révolutionnaires. S'exprimant dans le même sens que Danton, il disait: ((Nous sommes disposés aux plus grands sacrifices. Je ne suis ni de Marat, ni de Brissot. Que tous ceux du parti dé' la liberté se réunissent, et la liberté sera sauvée. »
Vergniaud sembla accepter ces idées de conciliation. Se félicitant de l'ordre qui régnait dans les rues, des patrouilles qui y circulaient, il proposa de décréter que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie. Sa proposition fut adoptée avec enthousiasraie. L'impuissante majorité cherchait à se faire illusion ; toutefois elle ordonna que le conseil exécutif serait tenu de rechercher qui avait fait sonner le tocsin , tirer le canon , fermer les barrières,
Une députation de citoyens, qui étaient envoyés par le comité d'insurrection, vint rappeler l'Assemblée au réel de la situation. Ils demandaient, avec le ton du commandement, que les intrigants fussent livrés au glaive de la justice; qu'une armée de sans-culottes soldés à quarante sous par jour fût chargée de maintenir Tordre public; que les douze de la commission et vingt-deux autres députés fussent décrétés d'accusation; que le pain fût maintenu à trois sous au moyen d'une contribution sur les riches; qu'aucun noble ne fût conservé dans les grades d'oflicier; que les mouvements contre- révolutionnaires de Marseille et des autres villes du midi fussent sur-le-champ réprimés.
Vergniaud demanda l'impression de cette adresse et l'envoi à tous les départements, afin que la France «"onnût combien les hommes, qui se disaient délégués
des sections, représentaient faussement ropinion et les sentiments des citoyens de Paris.
La séance se prolongeait et il semblait impossible d'arriver à un dénoûment. La majorité n'avait pas le courage de braver l'insurrection; et l'insurrection, soulevée par des influences diverses, dirigée par des chefs* déterminés plus ou moins aux derniers excès, se contentait encore de menacer et d'intimider l'Assemblée.
Barère monta à la tribune au nom du comité de salut public : il commença par accuser hautement l'usurpation des pouvoirs légaux et la conduite irrégulière des autorités subalternes, u C'était la Convention seule qui devait exercer le pouvoir révolutionnaire.» 11 alla jusqu'à demander qu'Henriot, ce soldat insolent, fût exemplairement puni.
A ce moment, Robespierre monta l'escalier de la tribune et dit tout bas à l'orateur. «Vous faites là un beau gâchis. — Le gâchis est sur le Carrousel, » répondit Barère, Puis il continua son rapport.
il proposa un décret : — La force publique était mise en réquisition permanente; les autorités constituées devaient rendre un compte journalier des mesures qu'elles auraient à prendre pour le maintien de la tranquillité publique et la sûreté des personnes ou des propriétés; le comité de salut public était chargé de suivre la trace des complots qui avaient pu être formés contre la sûreté de la république et de la représentation nationale. Enfin, le point important, la seule réalité du décret, était la suppression de la commission des douze et le scellé mis sur ses papiers.
Pendant que cette proposition était lue à l'Assem-
blée, la grande et solennelle adresse, que Danton avait ordonnée, fut apportée par Tadministralion départementale, les autorités municipales et les commissaires des sections. C'était Lhuillier qui était le chef et l'orateur de ce nombreux cortège.
Après une attaque violente contre les Girondins, H qui avaient insulté et menacé la ville de Paris; » après des paroles d'exécration contre le fédéralisme, l'orateur disait : « Il est temps enfin de terminer cette lutte des patriotes contre les forcenés qui les assiègent continuellement. La raison du peuple s'irrite contre tant de résistance; sa colère majestueuse est près d'éclater. Que ses ennemis tremblent; l'univers frémira de sa vengeance.» — Comme on avait cherché surtout à exaspérer l'opinion de Paris , la première exigence de la grande députation , c'était la mise en accusation d'Isnard. L'accusation était aussi demandée contre « des hommes » non moins cruels, non moins ennemis de la patrie, « les douze de la commission, puis Brissot, Caadet, Vergniaud, Gensonné, Buzot, Barbaroux, Roland, Lebrun, Clavières et d'autres encore, tous fauteurs du royalisme. »
Cette manifestation préparée d'avance et qu'attendait la Montagne, fut accueillie avec de bruyants transports. La députation fut introduite dans l'intérieur de la salle et se mêla fraternellement avec les dépotés de la gauche.
Alors fut demandée, avec acclamations, la mise aux voix du projet de Barère. Les modérés protestèrent que la délibération n'était ni libre, ni régulière. Pour prévenir l'objection que suscitait la présence des pétitionnaires sur les bancs du côté gauche, tous les représentants qui y siégeaient se levèrent et s'entasse-
rent à droite avec le parti modéré. Ainsi la moitié de ia salle était occupée par la grande députation insurrectionnelle.
Les Girondins continuèrent à prolester que TAssemblée ne délibérait pas librement; Vergniaud proposa de quitter la salle et d'aller se placer sous la protection de la garde nationale. Il en donna Texemple, sortit^ et quelques-uns le suivirent; puis ils rentrèrent.
Robespierre était monté à la tribune : la suppression de la commission ne lui suffisait pas. « Elle ne contenterait pas les amis inquiets de la liberté. » — Il voulait la mise en accusation ; il lui faiblit toutes les mesures demandées par le comité de l'insurrection. Comme il parlait le langage déclamatoire et vague qui lui était habituel, Vergniaud lui cria : w Concluez donc !
— Oui, je vais conclure et contre vous, contre vous qui , après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux qui l'ont faite; contre vous qui avez provoqué la destruction de Paris; contre vous qui avez voulu sauver le tyran; contre vous qui avez poursuivi les patriotes dont Dumouriez demandait la tète; contre vous dont les vengeances criminelles ont provoqué les cris d'indignation dont vous voulez faire un crime à vos victimes, m
Le projet de Barère fut mis aux voix et adopté. La foule entra dans la salle : les effusions fraternelles , les embrassements , les clameurs d'allégresse succédaient aux vociférations de la baine. Barère proposa que la séance fût levée et que la Convention allât fraterniser avec les trente ou quarante mille hommes qui se pressaient autour des Tuileries. « Improvisons,
disait-il, une fâté civiquCi la fédératien de* tous Ips cœurs. » iJn gi^and nombre de. doutés Vétaienjtreti* rés.; au€uii des membres du bureau n^était resté. Là fin de laséauce fût présidée par Robespie:^!^;. le pfo- (sèsryerbal est sigùé de lui et de ^ six secrétaires, tous siégeant çur la Môutagûe.
hAim se terminai à dix heuitas du soir, la journée du 31 mai.' .
Pour Robespierre et Marat/ comme p))ur les meneurs de Tinsurrection, le complot avait échoue et la victoire n'était pas complète; il fallait donc uae seconde journée. Eniattendanti le copuité insurrecttonoely qui s'était donné le nom et les attributions de comité, général révolutionnaire y lança des mandats d'arrêt que l'autorité municipale' cpnsentit à signer : Clavière et Lebrun, qui étaient ministres/ furent' compris avec Hôland dans cette mesure.
Rolandne fut point trouvé. à son domicile; Tofficier de police . arrêta Mf' Roland. Avec beaucoup de courage et de cd^ljpiei elle protesta contré TiUégalité d un mandat éxïiaxié d'une autorité usurpée. Elle lut emmenée à T Abbaye; des femmes se pressaient autour de la voiture^ crifi^iït : it A lâ^uillotioe!)}
Aucun mandai ne fut expédia contre des repi^entauts; )e8 chefs de la commune n'auraient peutrètre pas osé risquer leur signature txx bas d'un acte si ewbitanU D'ailleurs^ les :penëurs du grand comité révolutionnaire voyaient bien qu'un nouveau coup de force. leur était encorô indispensable. Gela était
évident; chacun d'y attendait.
Néanipôins.la» séa^ce du 1'' juin se passa assez ^((liiilement : une a^dresse au peuple * français, relative aux événements dé' la veille , avait (été prù- III. 10
446 SÉANCE DU 4*' lum.
posée par Barère au nom du comité de salut pobliis; elle était copciliante; toute meuace et tonte oSense adressées au parti vaincu étaient évitées ; de grandes louanges étaient, données > au peuple de Paris pour avoir si bien préservé Tordre public et maintenu la sûreté des personnes et des propriétéa. Les Girondins furent même admis à réclamer que plusieurs ex{Mressions seraient adoucies. Pour éviter toute . occasion de trouble , il fat xésolu que la Convention n'aurait point de séance 4il ^ir.
. Marat, Pache çt quelques meiAbres du comité révolutionnaire se présentèrent au comité de sal,ut public pour réclamer contre cette détermination.. La commune, di^aieni-ils, avait à présenter une pétition.
Le comité de salut public ne disposait d'aiicun moyen de résistance ; presque tous les membrcrs qui le composaient auraient voulu défendre la Convention et ne la point livrer à la tyrannie de iMlarat, de Robespierre et des démagogues ; du moins cherchaient-ib à ne pas envoyer leurs collègues à récbàfaud. lia conjurèrent Danton d'^employer sa volonté et son influence à, arrêter le* mouvement. Garât, qui se trou vait présent, plaida avec chaleur la cause de Thumanité et .de. la raison; ii proposa que les députés, qui s'étaient signalés par leurs Baines mutuelles et dont la rivalité troublait et divisait la représentation nationale, s'offrissent d'eux-mêmes à sortir de là Convention pour la laisser suivre le cours de ses travaux et.as^uver le pays. Il s'animait en parlant de ce qiagnifique ostracisme siibi volontairement^ afin d'établir le règne des lois et pour se soumettre au jugement du peuple.
SÉANCE m V JUIN. 447
D^aion était> mobile et se laissait facilement attendrir; il se leva, les larmes aux yeux : « Eh bi^n» dit-ily je vais proposer cette jd^e à la GonveatiAà, et jem'oSre le . premier .à aller.' me' mettre^ en ptage à Bordeçkux pour répooidre de la vie des Giroudlua* n Barère. Cambou et les autres membres du comité s'empressèrent à profiter du l>Qn moiivement.de Danton. RéeUeineiit il ne voulait point la mort des Giron«dins^ mstis seulement lei^r expulsion ; dès longtemps il redoutait la situation où lui-même! se trouveraiti si Robespierre et ses partisans devenaient maîtres., absolus de la Conveption. II .promit d appuyer le wpport où Barère proposerait ce moyen d'acbommodement.
Eb sortant du comité » Danton renconira Pénières et HeiU^ qui étaient du pai:ti girondin. U les écouta à peioe et répondit à leurs in^quiétudes sur la séance du soir: « Nous^ avons envoyé chercher cette cornmuoe pour«j9avoir ce. qu'elle veut. Les choses ne^ peuvent 3ller aipsi; il faut qu'un des deux p^Us doi^ie sa démission. »
Meillan^essaya.de toucher son amour-propre^. ({ Cela va bien, mal , Danton \ et n'ira jamais bien ^ tant qu un- homme vigoureux ne se .mettra pas à la tête : vou^ êtes cet honmie. » — Il 1(» J^egarda, puis répondit : « Ils n'ont' pas confiance. » — Meillân répli*qua : « La confiance renaîtra, si vous contenez lés fripons et les firénétiques qui désojent la France^ Vous pouvez diriger le t^NBoiité. » «-—Dantoa. secoua fat tête et' répéta : a Us n'ont, pas confiance. »
ttar^tet Pache se rendirent ^lussitôt ,à la- commune et annoncèrent que )e comité de salût public avait convoquée QQff séance du .soir. « Autrement il était à craindre^ jdisait le maire , que le peuple de Paris |
148 sétàmce du 1" jeiw.
frustré dans^ son attente , oe sis portât à quelques excès. »
Marat prêcha phxs ouvertement rinsurreçtioD. te Sites représentants du peuple trahissent sa çonûance; s'il s'aperçoit qu'il s'est trompé dans son choix ou que ses délégués àoient corrompus,' alors il doit se sauver lui-même. -^ Levez-vous, peuple souver^n. Présentez-vous à la Convention , lisez votre adresse et ne désemparez pas que vous n'ayez obtejQiu une réponse affirmative. »
Puis il monta lui-même tirer la corde, pour somier le tocsin à l'horioge de l'hôtel de viliet.
Il n'était point vrai que le comité de salut public eût convoqué, les députés pour une. séance du sour; mais au bruit du tocsin et de la générale qui rassemblait la forcée armée autour de la salie, .une .centaine de représentants se trouvèrent réunis. Plusieurs d'entre eux, même de zélés jacobins, ne voulaient point que cette réunion fortuite s'appelât une séance. Le côté droit était presque désert. On savait d'avance que les vingt-deux Girondins, dont la commune allait demander la têtç, ne. se rendraient pas à la Convention. Depuis le iO mars, ils avaient souvent cherché ac^ile hors de leur logement, dans la crainte d'être saisis 'pendant la* nuit; ils avaient toujours à s'inquiéter d'être attaqués dans les rues et ne marchaient point saïis armes. Maintenant ils n'étaient plus en sûreté , même dans l'enceinte de l'Assemblée nationale.
^assenfratz était à ce moment un des plus furieux révolutionnaires parmi les Jacobins, là commune et l'Archevêché^ il fût l'orateur de la députation , et parla avec autorité, comme assuré d'être obéiv ce Les
du 44^111et et dû 40 iatoût» di8ait-«i(, ont ité-eAsanglantëes parce que les citoyens et la forcç arotiée étaient divisés. La journée dii 31 . mai ne verra point répandre de sang, parce que le peuple et les iatorités soùt réunis dan« les mêmes sentiments, h Oed paroles violenteà contre les Girondins se terminaient par la demande d'un décilet d'accusation contre vingt-sept membres de la Convention. « If faut en finir; il faut terminer cette contre-révolution ; il- faut qiB6 tous les conspirateurs tombent sous le^ glaive -deik loi, sans aucune considération. »
Cest ainsi que les hoibmes de Tarrière-ban de la
Révolution comprenaient que le 31 mai ne coûterait
pas' de sang; ils renonçaient à le répandre par' le
fliassacre, en exigeant qu'il coulât sur li^s écha-
buds.
La très-peu nombreuse minorité qui se' trouvait dans la salle ne pouvait pas voter un décret. Legendre f^ même Marat n'x)sèrent point le proposer expresses ment Us se bornèrent à demander le renvoi dé la pétition au* comité de salut public, afin qu'il fît un rap^ port avant trois jours. C'est ce qui fut adopté. Barère ^cpielques autres mirent en avant le projet de démistàoûy dont il avait été question te matin même au comité. ^
Le 2 juin y les. abords de là Conventioti ^étaiçnt occupés par la (orbe armée, sous le commandement d^nriot. La séance était beaucoup plus nombreuse (fue la veille au soir; mais la plupart des Girondins ne s'y étaient pas rendus. Elle Commença par la lecture de plusieurs lettres qui annonçaient des soulèvemente dans les départements de l'Ardècbe et- de la
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Lozère. Une nouvelle plus grave était rinsurrectton d Lyon. Une révolte sanglante avait renversé la tyranni^^ révolutionnaire, qui posait sur la ville, et installé xm municipalité nouvelle. En. même temps on apprenai chaque jour qde la guerre civile faisait de vastes progrès dans les provinces de Touest.
De telles cirConstan(;es exaltaient encore davantage les fureurs de la faction Jacobinte. Les popqlâtions révoltées avaient été exaspérées et poussées à bout par des mesures vexatoires et arbitraires ; en exagérer -la rigueur , paraissait à ceux qui les avaient ordonnées, un énergique, moyen d'obtenir la soumission à leurs volontés.
LanjuinaiS' denianda la parole. « tant qu'il me sera permis de faire entendre ici ma voix, je ne laisserai pas avilir en ma personne le caractère de représentant du peuple. Je vous dirai des vérités; mais' non pas de celles qui tuent la liberté. Depuis trpis jours vous ne délibérez plus ; vous êtes soumis à une puissance qui vous commande ;^ elle vous environne ici de ses salariés, au dehors, de ses canons. Le peuple blâme et déteste les factieux et rànarchiç; mais il est leur instrument forcé; une autorité usurpatrice ordonne des arrestations : bien plus, elle commet des crimes, que la loi punit de mort; elle a osé faire tirer le canon d'alarme. Un voile officieux a été jeté sur ce désordre ; il a continué le lendemain ; , le surlendemain il recommence* »
La voix de Torateur fut couverte par les clameurs de la Montagne. Billaud - Varenne^ et Guffro^lui adressaient les plus grossières injui*es. Legendre, élevant lé poing, puis rabaissant, faisait le geste*^ boucher qui frsippe d'un marteau litiête du bétail', et
SÉANCE DU 2 JUIN. f54
criait. : « Descends de la tribune y ou je vais t'assommer.
— Fais décréter que je suis boeuf , et tu m'assom^ merasy » répliqua Lanjuinais; et il continuait sans se troubler; ses paroles interirompues ne cessaient point il'ètjre fermes et courageuses.
Chabot, Thuriot, Drouet, Robespierre jeune ^.s'é^ lancèrent à la tribune pour Ten arracher; Legendre lui mettait un pistolet sur là gorge. Pénièries, Defer-^ mon et d^autres amis arrivèrent à son secours , armés aussi de pistolets. On vit le moment où la tribune allait être ensanglantée. Lanjuinais restait avec une impassible obstination..
Le tumulte finit toutefois par s'apaiser. « La scène (|Ui vient de se passer est affligeante , dit le président; la liberté périra si vous continuez à vous conduire ainsi. Je rappelle à l'ordre ceux qui se sont portés à la tribune. J'invite Lanjuinais à se renfermer dans la question. ^ -
Lanjuinais -conclut en demandant que toutes les autorités révolutionnaires de Paris^ notamment rassemblée de r Archevêché et son comité exécutif, fussent cassées et leurs actes annulés. Il proposait aussi que tous ceux qui s'arrogeraient une autorité nouvelle et illégale fussent déclarés hors la loi y et qù il fût permis à tous les citoyens de courir sus.
Une députation se présenta au nom de ces mêmes autorités que Lanjuinais voulait abolir; elle disait: tt Les citoyens de Paris n'ont pas quitté les armes depuis quatre jours; depuis quatre jouï's les représentaoth, leurs mandataires, se rient de leur calme ^t de H|r inaetlve patience^ les contre -révolutionnaires lèT6Qtleurt|te i^g^leote. .. . qu'ils tremblent ! la foudre
gronde ! elle va les pulvériser. Nous veuoDd^, pour la dernière fois, vous les dénoncer. Décrétez à TiDStant leur arrestation. Nous en répondons tous sur nos tètes à leurs départements, l^e peuple est las d'ajouré jifiT son bonheur; il voys laisse encore un instant; sauvez-le, ou nous vous déclarons quHl se sauvera lui-môme.; » .
Les applaudissements et les bruyantes approbations des spectateurs accompagnèrent cgnstailMiient la lecture de cette adresse. Le président essaya de mettre quelque dignité dans sa réponse et d'indi(j[uer aux pétitionnaires qijiUls n'avaient pas montré assez de respect pour la représentation nationale; il les invita aux honneurs de la séance*
Billaud-Varennes^ et Tallien demandèreat que le comité de salut public présentât spa rapport séance tenante.
. La peur s'était emparée de la Plaines un .député modéré parla ainsi : « Vous avez entendu le .vœu dû peuple impérieusement exprimé; Tofage gronde et menace. Sauvez au peuple des malbeurs/et à la république sa ruine. Décrétons rarreàtation provisoire des représentants que les magistrats accusent. Ne se sontils pas rendus garants de leur sûreté? ainsi l'exigent les circonstances. »
Mais la Montagne voulait l'arrestation déûaîtive et la procédure révolutionnaire sans délai.. Levasseur parla en ce sens et chercha surtout à établir que la Convention délibérait en pleine liberté.
.Cependant la foule enccmibrait toutes les issues 4e la salle et ne permettait pas aux députés d'ei^. sortir; le commandant du poste fut mandé, et annonça qi^l venait de faire retirer lés femme^qpii^|i|iaent témoi
SÉANCE DU 2 jum. 153
le dé^iic à^ W laisser sortir aucun député ayaut la fin de la séance. . , .
Alors Barère présenta le rapport concerté la veillç
avec Daaton. Il proposait que les députés dénoncés par
le département de Paris lussent invités à se suspendre
volontairement de leurs fonctions pendant un temps
déterminé.
Plusieurs des Girondins étaient venus à la séance, malgré les instances de leurs arais, qui n'étaient point d'avis tle braver inutilement le danger. Isnard accepta là. condition proposée par Barèrè et o&it. sa démission; LantheYias, Fauoll^tet Dusauk rimitèrent.
Comme le capucin Cha))ot avait, selon son habitude, adressé quelque injure grossière à Isnard, Lanjuinais s'indigna. « Je dirai au prêtre Chabot : On a vu dans l'antiquité traîner à Uautel des. victimes ornées de fleurs, mais le .prêtre qui les inimolait ne les insultait pas. Quant à moi , n'attendez de mon consentement ni démission ni suspension, li^es sacrifices doivent être libres, et vous ne^ Têtes pas. »
Barbarpux déclara que le peuple TaVait élu et lui con^rvait sa confiance; qu'ainsi il nis déposerait point les pentoirs dont il avait été investi.. « N'attendez de moi aucune démission; j'ai juré de^mourir à mon poste, et je tiendrai mon serment. »
Marat s'opposa à la proposition^ du comité de salut pablic. c< Pour offrir des sacrifices à la patrie, il faut être pur. C'est à moi ^ martyr de Ja liberté, qu'il appartient de me dévouer. J'offre ina démission, aus$itôt que vous aurez ordonné l'arrestation des contrerévolutionnaires, »
^ Et comme il était le souverain de cette journée, il ^nna^ uojSi^^JNNitification de la liste des proscrits.
154 SÉAHCB DC 2 JUIH.
u Pourquoi, dit-il, y avoir plaeé Dosaok qui est un vieux radoteur, et Lanthenas, an pauvre d^eaprit qui ne mérite pas qu'on pense a lui. Dueoa ne^l pas y être; il a eu quelques opinions -erronées, dont on ne saurait, lui faire un crime. Mais il &nt i^nter Fermon et Valazé. »
La foule continuait à se presser aux portes de la salle, et par intervalle on entendait retentir le cri : (f Aux armes. » Les soldats semblaient avoir reçu la consigne de ne point laisser sortir les* députés. Dusaulx fut maltraité; Boissy^d'Ânglas rentra dans la salie, et montra que ses vêtements avaient été déchirés ; Lacroix lui-même fut repoussé et vint réclamer la punition sévère de rofiicier qui avait pu donner un pareil ordre.
Barère s'indigna, u Ce n'est point aux esclaves à faire des ^ois; la France n'obéirait pas aux décrets d'une assemblée asservie. Si vous les votiez entourés de baïonnettes, comment seraient-ils respe<;tés? Des tyrans nouveaux nous tiennent en surveillance. » Puis il parla des complots de l'étranger et dénonça Gusman, un des membres du comité insurrectionnel, en appelant la vengeance des lois sur ceux qui attentaient à la liberté des représentants.
Lacroix proposa et la Convention ordonna que la force armée s'éloignât du lieu des séances.
Danton avait promis au comité de salut public d'appuyer les conclusions du rapport de Barèrç; 'mais soit passion révolutionnaire, soit impossibilité de ronipre avec son parti, on ne pouvait jamais compter sur lui. En vain une détermination hii était conseillée par son discernement politique ou dictée par un 8en<%, timent sympathique, il y renonçait pour ne point
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€fnitier sa route. Ainsî-, s'abandonner à un bon mouvement, en se réservant de ne s'en plu9 soucier 91 les circoQstanoeft en ordtonnaient autrement, n'était guère en lui. qu'un mode d'hypocrisie.. Les Oirondîns' avaient raison de ne pas avoir confiance. Il parla du. projet des démissions à Robespierre qui traita avec .mépris et risée ce piège tendu aux patriotes. Barèré/>pendant qu'il lisait son rapport à la- tribune, voyait Danton passer de banc en l>anc sur la Montagne pour consulter ses amis;* de sorte que lorsqu'il demanda la parole «. ce ne fut point pour défendre le rapport, mai» pour accusier Us aristoci^atès du tumulte qui interceptait les issues de la salle, et de la consigne donnée aux soldats de repousser les représentants qui voulaient sortir. ••
Oo fit venir l'officier qui commandait le poste; il répondit que loiki d'avoir donné un pareil ordre, luimèffle avait été consigné par des gens à moustaches qui s'étaient emparés du^ poste. Au milieu du trouble de rÀssemblée et des cris de la Montagne, Barère Hionta précipitamment à la tribune : « Citoyens^ dit41, nous ne sommes plus libres; je demande. que la Convention aille délibérer au milieu de la force armée, qui sans doute la protégera. » '«
Cette proposition était peut-être faite de bonne foi. Henriot et^es meneurs dé cette journée avaient réuni au moins quatre-vingt mille hommes, avec un immense appareil de canons, et jusqu'à des grils à rougir les boulets; tout était disposé pour tenir la popula-^ ^Q dans la stupeur; mais. la masse des gardes natioïïaux n'était point placée auprès du château dés Tuileries; elle formait un large cercle autqur du jardin et
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des cours ; elle oepupait sur^ut le Carrousel et la place Loui4» XV.
Le comité d'insurrection et la commune ne comptaient guère sur la g$^rde nationale^ qui avait bonne volonté pour le parti modéré, et surtout nulle envie de se battre. Le blocus de la Conventicm avait été confié à quatre ou eiôq mille hommes déjà formés en bataillons, ^omme avant-garde de l'armée révolutionnaire/ et destinés à mettre les dépa,rtement8 de l^ouest à feu et à' Bang. Ils avaient été pris dans Içs cabarets, panni les habitués des émeutes, recrutés par Tappàt d'une solde de quarante sous par jour, et par Uqe prime d'en^ rôlement. Ce sont eux qui, sous lenomdeh^rosdecinq cents livres, devinrent fkmeux.dans la guerre de là Vendée, par leurs.pillages, leur cruauté et leur manque de courage. Cette troupe dont chaque homme avait reçu le matin même un assignat de cinq livres et une forte ration de vin,^ avait laissil entrer une populace d'hommes et de femmes, iv^es et payés aussi, qui occupaient les. corridors^ les portes et les tribunes de la Convemtion. .Beaucoup de députés Supposaient, avec quelque vraisemblance , que si r Assemblée pouvait communiquer avec la garde nation,ale,.elle y trouverait fidélité et protection.
Ausaitât après la motion de Barère , Hérault de Séchelles,< qu'on appelait au fauteuil dans les occasions difliciles, se couvrit, jdescendit de Testrade, et se mit eii marche à la tète de la Convention. Les députés de la Plaine le suivirent avec empressenient; la droite, 9^ nombre de cent environ, se disposait à les imiter; mais voyant que la Montagne demeurait paisiblei^ent en place ^ ils s'arrêtèrent.* Les représentants , de la gauche qui siégeaient au-dessous des Montagnards,
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hésitèrent .im moment. Marat; leur commandait.de rester; les femmes des tribunes s'avançaient à micorps, leur criant .comme des furies de ne pa» sortir. La plupart quittèrent' leurs bancs et se joignirent au •cortège.
Le. président et cette nombreuse suite descendirent
'^lans la cour et s'avancèrent vers k porte de la longue
doison de planches qui séparait cette cour de la plaee
lu Carrousel y où se trouvait rangé un corps considërar
A% de gardes nationaux ; c'était avec eux. que i'Assem-
.■Dlée voulait se mettre en communication ,. espérant
es troc^ver disposés à la défendre.
Des.canouH étaient placés au-devant de la porte.
lenriot s'avança à latèted'nn détachement de canon-
liers et de soldats desbat^llons révolutionnaires. Qé-
*ault Séçhelles le requit de faire ouvrir' la porte- En
ième temps on cria à Henriot.: « Otez donc votre
:r hapeau/ c'est le président de l'Assemblée nationale ! »
1 n'était point prévenu de cette sortie de la GoQven-
mon ; elle n'était point dans le programme de la jour-
ée^' fcNon, répondit-il en jurant, je ne les saluerai
'E^oint} je n'ai pas déménagements à garder; ils ni'out
nnanqué de parole , je ne les ménagerai pas. » -^ Le
I>résident fit lecture du décret qui ordonnait la* levée
d^s consignes et la libre sortie des représentants.
^Henriot .répliqua par des menaces. « Que veut donc
le peuple? dit le président, la Convention n'est occupée
que de son bonheur^ — ; Le peuple ne s'est pas levé
pour écouter des phrases , reprit Henriot, mais pour
donner ses ordres souverains; il lui faut des victimes;
la force armée ne se retirera point, avant qu'on ait
Uité au peuple les trenle-quatre députés dénoncés par
la Commune. — Des victimes ! s'écrièrent les dé-
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pûtes y. nous le sommes tous! » Le présidjB&t ordonna, au ûom de la loi, d'arrêter ce rebqllei qui^coutinuiaût à, répéter: c< Perscmue ne sortira. >> f— Delacroix, député de la Marne, s'avança sur luif ub pistolet; à la main; Henriot, faisant reculer son cheval de quelques pas f commanda : . ù Canpnniers , àx vos pièces ! » — L'état^major à cheval s'avança, 1^ sabres tirés, comnle pour charger sur Ici groupe des députés; les fusils de Tiafanterie furent dirigés sur.evixu
Le «président ne se retirait p^s et montrait bonne contenance : on Tentraîna sous le vestibule du château. A sa suite, la Convention se retira dans le jardin, sans être ni menacée, ni insultée parles lignes de soldats^ rangés dans la cour. Les représentants de. I4 nation s'en allaient, essayant de sortir par une grille, puis par une autre> toujours repoussés, sans que les hoiji* mes d'^aucun des postes témoignassent le moindre respect pour leur autorité,* la moindre pensée de le.ur obéir. .
Cependant les Montagnards, restés dans la salle, ne furent pas d'abord «ans quelque inquiétude ; ils n'avaient point prévu cette -détermination soudaine de la majorité; ils savaient que les gens de la commune avaient peu de confiance dans la garde nationale et qu'on ne pouvait m^me pas attendre beaucoup de dévouement ni d'ardeur des bataillons révolution-^ naires. Si :1a Convention ava^it pu sortir de l'enceiii.te où elle était enfermée, 1^ journée aurait pu avoir up dénoûment inattendu». , ^
Danton, impatient de eavoir ce qui se passait hors de la s^Ue, amva sur le Carrousel au moment oùHenriot^refusait brutalement le passage au président. Dn aide de camp du .commandant vint lui dire à deifii-voix
SÉANCE DU 2 JCl^. t59
^ù ron en éUit^ a Cest.bieti cela; cela la bkn. »
Jui répondit Danton, en lui serfant la main. Depuis,
^ans son.proeè^, il raconta que, sans un billet ^crit
xiu crayon qu'il fit passer à-Henriot, le. général révo-*
J^utionnaire aurait laissé, passer les conventionnels*
MJn municipal s'approcha de parère et lui dit :
Voilà conune yous êtes tous. Pourquoi sortiez-vons?
vec vos demi-mesureSf vous faites manquer tous (es
oups.. .»
Pendant que la Gonventiçn errait de porte en porte
jms 1^ jardin/ Marat survint,, suivi d'une foule de
polissona déguenillés, qui criaient: » YivpMarat! »
C^ 'était assez souvent. le cprtége qui s'attachait à lui,
^^^mrne à ces fous au. costume hizarre, aux façons
étranges^ que la police laisse se promener dans les
rues pour l'amusement de la populace. 11 se présenta
au-devant de ses collègues, a Mandatairçs du peuple ,
leur dit-il ^'un. ton impérieux, je vous somme,. en
son nom, de retourner à votre poste et d'y reprendre
vos fonctions. »
Les députés de la gauche obéirent sans hésitation, le8 autres suivirent. L'Assemblée nationale, bravée et insultée par un des plus vils massacreurs de septembre.,' poursuivie par les huées des gamins de la rue, rentra honteusement dans la salle des séances*
Couthon fut porté à la tribune* « Citoyens, dit-il^ tous les membres de la Convention doivent être maintenant rassurés pour leur liberté. Vous ave% marché vers te peuple; partout- vous l'avez trouvé bon, généreux, iTïcapablè d'atlenter à là sûreté de ses manda<-
wes, mais indigné contre les conspirateurs qui veulent Vasservir. »
160 SÉANCE m 2 ajiN.
A ce moment Toràteur demanda qu'on lui portiàt à bûÎFe. -r- « Goutbon a soif , s^écria Vergniaud / dionneslui un verre de sang^ — Maintenatit que vous reconnaissez, continua Couthon^ poiQbiçn vos délibérations sont libres, je demaùde, non pas quant à présent, un décret d'accusation , mais d'arrestation contre les vingt*deux membres déponcés , contre les*^ douze de la commission et contre les mimstred Clavière et Lebrun; ils seront, non pas détenus ,^ mais en arrestation ebez eux. M
Nulle contradiction ne s'éleva. Legendre demanda qu'on reti:^chât de la liste Fonfrède et SaintrMairtÎD, qui, dans la cominission, s'étaient- opposés à l'arrestation d'Hébert. MaraJ; renouvela sa prôpositioa en faveur de.Ducos, Lauthenas et Dusaulx. Il y eut, paomi la Montagne, quelque hésitation sur le nom*de Lanjiiinais ; il n'appartenait nullement à la coterie de la Girpnde. Son courage et sa «incérité lui avaient, acquis une haute .(Bstime. €habot demanda , eh proférant des jurements, qu'on le retranchât de ia liste; d'autres criaient : « Non , il est catholique. » -^ Le président mit aux voix par ^ssis et levé; deux épreuves lurent douteuses. Beaucoup.de spectateurs entrés dans la.àalle ^'étaient assis sur les bancs et votaient avec les députés. Le bureau les comptait. dans la majorité; ce fut ain&i que la proscription de Lanjuinais fbf
prononcée. ,
L'ensemble dû décret fut yoté de la lùême f!aç^; un certain nombre de députés de la Plaine se levèrent avec la gauche. « il vaux mieux faire un petit mal que de s'exposer à de grands malheurs.. Le peuple l'exige. Les députés eéront en arrestation chez eux ; ils ne sont pas fort à plaindre. » — • C'était* ainsi que