IRRÉSOLUTION DES GIRONDINS
l'hôtel de ville furent foudroyées par rartillerie et leurs blessés mutilés ou massacrés ; une nouvelle attaque meurtrière fut encore repoussée. A dix heures du soir y les hommes de Thôtel de ville demandèrent une suspension d'armes. Les deux conventionnels les avaient quittés et s'étaient rendus aux insurgés. Il ordonnèrent à la niunicipalité de se retirer; le plus grand nombre obéit.
Enfin y le 30 y à trois heures du matin , Madinier entrisi dans l'hôtel de ville. Les municipaux qui y restaient furent emmenés en prison et préservés de ta fureur populaire. Cbâiier fut saisi dans une maison de canlpagne où il se cachait.
Les deux représentants écrivirent à la Convention que ce mouvement n'avait rien de contre-révolutionnaire , qu'il avait été provoqué par les procédés vexatoires et arbitraires de la municipalité. Les administrateurs du département protestèrent de leur dévouement à la république. Mais les vainqueurs du 31 mai ne pouvaient ratifier cette insurrection contre leurs amis de Lyon. Ainsi il était de toute évidence que la seconde ville de France n'obéissait plus à la Convention.
Le comité de salut public cachait ou atténuait/ autant qu'il le pouvait^ les informations qui arrivaient de tous côtés y et s'efforçait de ne point laisser eon*naître l'état de l'opinion dans les départements. Malgré le silence des journaux et l'infidélité de la poste, les députés girondins et leurs amis n'ignoraient point «e qui se passait hors de Paris. Ils pouvaient prendre une forte résolution; le courage aurait dû leur revenir avec l'espérance. Ceux qui étaient compris dans le décret de la Convention , étaient gardés par un gen-
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Cependant, dès le 4 juin, le conseil général du département de TEure, apprenant les événements du 31 mai et du 2 juin , s'était adjoint deux membres de chaque administration de district, afin d'.aviser aux moyens de sauver la patrie. Cette assemblée commença par souscrire une déclaration de fidélité à fa république une et indivisible ; mais en même temps une adresse fut envoyée à la Convention pour
RÉBELLION DU €àLVADOS. 183
témoigner quelle indignation inspiraient -tes violences exercées contre la représentation nationale. €e sentiment était général dans le département et beaucoup de citoyens demandaient à marcher sur Paris. Une députation envoyée à Paris par le département du Calvados avait assisté aux scènes du 2 juin; en revenant à Caen, elle s'arrêta à Évreux, fut introduite dans la salle du conseil général, et ses récits animèrent les esprits encore davantage. Puis les délégués annoncèrent que tout le département du Calvados allait assurément se lever pour tirer la Convention de sa captivité. Ce fut seulement le 7 juin que Buzot, Salles et Bergoing arrivèrent à Évreux; ils se présentèrent à la réunion et parlèrent des dangers qui menaçaient la Convention : ils racontèrent que les soudoyés de Pitt voulaient la dissoudre et perdre la république. Leur présence et leurs discours redoublèrent l'enthousiasme des autorités constituées , de U population et même de la société populaire.
Caen est une ville beaucoup plus considérable qu'Évreuz. L'esprit public y était encore plus animé. Ce pouvait être un centre pour la coalition des départements de la Bretagne et de la Normandie. Les conventionnels s'y rendirent et le plus grand nombre de ceux qui avaient quitté Paris, apprenant que là se rassemblait toute la force de leur parti, affluèrent vers ce rendez-vous. Caen devint le quartier général des Girondins. Ils n'avaient ni concerté ni prémédité une résistance ouverte aux décrets de la Convention. Les premiers d'entre eux, qui avaient quitté Paris, n'avaient songé d'abord qu'à leur sûreté; ce fut le mouvement d'opinion des départements, et plus encore la coura-
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geuse détermination des administrateurs locaux , qui suggérèrent aux députés fugitifs la pensée d'élever un drapeau contre leurs vainqueurs. Ils s'associaient à un. mouvement qu'ils n'avaient point prévu. Brissot s'était décidé à s'éloigner ^ mais il avait le projet de chercher un asile en Suisse; il fut reconnu et arrêté à Moulins.
Les circonstances devenaient de plus en plus critiques. Les Vendéens avaient remporté une complète victoire sur l'armée commandée par le général Menou t renforcée des bataillons parisiens qu'amenait Santerre; ils avaient pris Saumur et tenaient les deux rives de la Loire. La grande majorité des départenîents envoyait des adresses d'adhésion à Bordeaux , à Lyon ou à Caen. Tout s'apprêtait en, Normandie et en Bretagne pour diriger une armée sur Paris, afin de délivrer la Convention.
11 y avait même des sections à Paris où les Jacobins perdaient la majorité. Henriot, qui n'avait commandé la garde nationale qu'à titre provisoire, fut soumis à une réélection. Au premier tour de scrutin, Râffet, qui avait défendu la Coqvention à la tête du- bataillon de la Butte-des-Moulins, l'emporta sur lui de plus de quatre cents voix. 11 fallut tous les efforts de la commune et des Jacobins pour qu'Henriot fût élu au ballottage.
Le parti modéré de la Convention devenait de jour en jour plus hardi à réclamer une décision sur le sort des représentants tenus en détention. La Montagne n'en était que plus animée à les proscrire comme conspirateurs.
Robespierre qui, en ce moment, régnait aux Ja'co-
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bina et à la commune, semblait Mtièremen^ Livré à la satisfaction d'avoir triomphé de ses ennemis/ de se trouver maître de leur sort et de ne plus avoir d'adversaires , ni de rivaux dans la Convention. Le reste ne lui donnait point d'inquiétude. Ses préoccupations politiques ne se rapportaient jamais qu'à sa propre situation. Les revers de nos^ armées sur la frontière^ les progrès de la guerre civile, la rébellion desdépar* tements ne paraissaient point le troubler. Les révolutionnaires, et lui plus qu'aucun autre, avaient déjà.re. eonnu que les dangers et la détresse de la patrie étaient toujours une occasion d'accroître leur pouvoir et d'abolir la liberté; elle aurait été en effet leur plus dangereux ennemi. D'ailleurs, sa vue politique ne se porta jamais ni sur la conduite de la guerre, ni sur l'administration intérieure; on eût dit qu'il les regardait comme un détail indigne du gouvernement. 11 ne songeait alors qu'à donner une constitution à la France. Rien, selon lui, n'était plus urgent; il y voyait le rétablissement de l'ordre, le calme d.'une soumission universelle, l'anéantissement de tous les partis. Il entretenait les Jacobins de ses espérances et de son contentement; il pressait l'Assemblée de décréter ta constitution. « La simple lecture du projet va ranimer, disait-il, les amis de la patrie et épouvanter ses ennemis. L'Europe entière sera forcée d'admirer ce beau monument élevé à la raison humaine et à la souveraineté d'un gi^nd peuple. »
Les membres du comité de salut public ne partageaient point cette sécurité. La pensée d'une transaction leur semblait de plus en plus raisonnable; ils cberchaient à négocier. Garât les encourageait à suivre cette voie. Les délibérations des conseils généraux de
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département y les adresses injurieuses ou menaçantes n'étaient point mises sous les yeux de la Convention. La plupart des hommes politiques, parmi les révolutionnaires , craignaient les déterminations , dont Tefifet eût été irréparable.
Garaty toujours ami des Girondins, encore qu'il se fût, en toute occasion, résigné à servir leurs ennemis, s'offrit pour aller à Caen porter des paroles de coDciliation. Il s'assurait qu'il en reviendrait avec la paix. Son émotion le rendait souvent éloquent, et il se croyait persuasif, parce qu'il se faisait à lui-même une vive impression. Peut-être avait-il réussi à émouvoir Saint-Just, qui assistait à cette conversation dans le comité de salut public et qui parla d'accompagner Garât dans cette missjon, « Je pense absolument comme vous, lui disait-il ; je crois qu'on peut mener les hommes avec un cheveu. » Un mois après, il demandait la tête des Girondins.
La proposition d'envoyer un ministre traiter avec les députés réunis à Caen, ne fut pas adoptée par la Convention. Mais la voie des négociations ne laissa point d'être tentée d'une manière moins officielle par le conseil exécutif et le comité de salut public. Des agents subalternes furent envoyés sous divers prétextes, pour engager les Girondins à renoncer aux projets de résistance armée. En cas de refus, on menaçait de leur jeter le petit Capet aux jambes; ce qui voulait dire sans doute qu'on les compromettrait dans une conspiration royaliste. Ces démarches n'étaient pas complètement sincères, et se continuèrent pendant plusieurs semaines.
Cependant la Convention et ses comités ne semblaient prendre aucune mesure pour réprimer, par la