APOTHÉOSE DE M ABAT
facobins ; les seuls hoHimes vertueux et dignes de luver la patrie expulsés et persécutés. 11 avait aussi ^crit une lettre au propriétaire d'Ermenonville pour Ile prier de faire ensevelir son corps non loin du ^tombeau de Rousseau : le disciple près du maître.
Ses amis le détournèrent de ce dessein ; il y
zarenonça difficilement. Après la mort de Charlotte
^Corday, les orages de son esprit devinrent plus impé-
'Sueux encore; il écrivit et fit imprimer un placard
:întitulé : cr Charlotte Corday, par Adam Lux, député
extraordinaire de Mayence. » Ce fut à ce moment que
^e comité de sûreté générale le fit arrêter ; le placard
l'avait encore été ni affiché, ni distribué ; on y lisait
mtre autres passages : « L'assassinat est un crime,
celle qui a assassiné Marat ne peut qu'occuper
ine place distinguée dans l'histoire à côté de Brutus. »
lus loin il disait : « La guillotine est un autel. »
On le laissa longtemps en prison. Ce fut seulement
^ix mois après qu'il fut envoyé à l'échafaud par le
tribunal révolutionnaire.
Au moment où Marat fut assassiné, il ne pouvait JdIus aller aux séances de la Convention ; rongé d'une ^^oûtante maladie, il paraissait n'avoir pas longtemps à vivre. L'attente de cette mort, toute pro* ^^haine et vraisemblable qu'elle était, causait peu cl'émotion dans les esprits. L'Assemblée ne témoignait fias que la santé de Marat fût pour elle un motif cl'anxiété. La société des Jacobins ne lui montra pas l>eaucoup plus d'intérêt; le propos qu'il avait tenu publiquement, le 2 juin, avait été dénoncé. 11 écrivit par deux fois à la société pour se justifier ; il assurait que le mot prononcé par lui était: u. 11 faut un chef^ »
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et non pas : « Il faut un roi ; » et que par chef il entendait un guide , non point un dictateur; il s plaignait d'être abreuvé de dégoûts et se disait ma lade d'une fièvre inflammatoire. Legendre s'afflig qu'on eût attaché trop d'importance à une paroi dite sans réflexion; puis, pendant plus de qpinz jours, il ne fut plus question de Marat aux Jacobins. Enfin-y le 1 2 juillet , comme on sut que sa maladi devenait plus inquiétante , on envoya savoir de se nouvelles. Le conventionnel Maure rapporta qn'i l'avait trouvé dans le bain, et que son indisposition n'était point grave : ce C'est, dit-il, beaucoup de patriotisme renfermé dans un trop petit corps et dont les efforts le tuent. » Marat s'était plaint de l'oubli où le laissait la Convention ; les lettres qu'il écrivait o'é* tarent pas même lues.
Sa mort, si elle eût été naturelle, aurait donc été vue avec indifférence; peut-être eût-elle paru un incident heureux aux hommes politiques de la Mon^* tagne ; il était souvent plus etnbarrassant qu'utile^
Mais il avait péri assassiné; Charlotte Corday venait du Calvados ; elle était recommandée par Barbaroux à un de ses amis. Faire grand bruit de ce crime, l'imputer aux Girondins , en composer une conspiration, était une conduite fort indiquée^ Chabot, au nom du comité de sûreté générale, rendit compte de toutes les circonstances de l'assassinat et des premiers interrogatoires de Charlotte Corday, auxquels il avait pris part; il donna pour certaine la Complicité des Girondins. La faction avait voulu faire assassiner les pluA énergiques patHotes d^ l'Assemblée ; leêl cônspirateurë avaient fanatisé l'imagination dé cette femme. Chabot termina^ en infeulpant fôrmelleiiient Faochet,
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qui n'avait pas en un rapport quelconque avec Charlotte Gorday, et Duperret^ qui se justifia avec une fermeté courageuse, sans désavouer ni ses opinions ni ses amitiés. Tous deux furent à Tinstant même traités en accusés; on les fit descendre à la barre pour répondre au rapport de Chabot. Couthon déclara qu'il était mathématiquement démontré que ce monstre, auquel la nature avait donné la forme d'une femme, était un envoyé de Barbaroux, de Salles, de IBuzot et des autres députés réfugiés à Caen ; puis il développa tout le complot des Girondins. Ils vou- Jaient tirer du Temple le petit Capet et le proclamer i ; ils s'entendaient avec les rebelles de la Vendée. Ils ont assassiné Marat; peut-être demain, ce sera oi ; cela m'est égal, mon parti est pris. » 11 proposa décréter l'accusation de Duperret. Un décret avait éjà déclaré les députés réfugiés dans le Calvados ^Kraitres à la patrie.
Danton insista pour qu'on votât sur -le-» champ.
^Paujchet fut décrété d'arrestation, mais non encore
^mccusé. Ainsi , comme le disait le montagnard Benta-
SdoIIc^ la mort de Marat était utile à la république»
^K'our qu'elle le fût davantage encore, on laissa les
^uiis particuliers que Marat avait à la Convention,
^Hhabot, David, Maure^ Drouet, épancher leur douleur
déclamatoire; on accueillit les orateurs de section^
i venaient faire des oraisons funèbres où le ridi-
ule l'emportait sur l'enthousiasme ; quelques-unes
^^"^ssemblaient à des parodies, et sans doute lourd
Moiteurs ne lés avaient pas composées sérieusement:
On proposait des fêtes funèbres; on demandait les bon-
Tueurs du Panthéon, par exception à une loi qui pres-
CTÎtait de ne les décerner que vingt nui après la mort;
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La Convention décréta qu'elle assisterait aux fu nérailles de Marat. David , Maure et Bentaboll furent choisis pour être présents à l'exposition d corps, dans Tancienne église des Cordeliers, où Vo avait disposé une sorte de chapelle ardente. 11 ne fi possible ni aux commissaires, ni au public, de reste en ce lieu, tant Tinfection était grande. On fut obligé d hâter les obsèques, a 11 sera inhumé sous les arbre où il se plaisait à instruire ses concitoyens ; sa sépa ture aura la simplicité convenable à un républicai incorruptible, mort dans une honorable indigence Que sa vie vous serve d'exemple. Gaton, Aristide Socrate, Phocion, je n'ai pas vécu avec vous, mai j'ai connu Marat; je l'ai admiré comme je vou admire ; la postérité lui rendra justice. » Ainsi parlai David qui, plus qu'aucun autre des révolutionnaire de cette époque, s'était épris d'un tendre enthou siasme pour Marat.
Les obsèques furent célébrées pompeusement. 0 promena le corps de Marat dans beaucoup de rues i le cortège passa deux fois d'une rive à l'autre,. avai de revenir aux Cordeliers d'où il était parti. Aussi I cérémonie dura de cinq heures du soir à une heui du niatin. Peu à peu le plus grand nombre des coi ventionnels s'en étaient retirés. Le corps fut dépos dans les caveaux de l'église, en attendant qu'on e( construit, dans l'ancien jardin du couvent, une sort de grotte ouverte ; sous la voûte était le tombeau ; 1 baignoire et un bloc sur lequel Marat avait coutum d'écrire, furent déposés auprès; des lampes funéraire brûlaient jour et nuit.
Les Cordeliers voulurent célébrer une fête plus se leuucUc encore. La société avait décidé que le.cœv
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de Marat serait conservé dan& la salle de ses séances. Cette traDBlatioo, à laquelle la Convention^ la munieipalité et toutes les autorités parisiennes assistèrent en corps ) fut solennisée par plusieurs discours. Un Dommé JuUian- prononça une oraison funèbre qui avait pour texte :-« Q cor Jesu! o cor Maraè! —Sacré coeur de Jésus! sacré coçur de Marat ! vous avez les mêmes droits à nos hommages.!. Marat et Jésus , hommes divins que le ciel avait accordés à la terre pour diriger^ tes peuples dans la voie de la justice et de la vérité.- » Puis Torateur comparait les travaux de Jésus aux travaux de Marat 9 les {premiers -chrétiens aux Jacobins et aux Cordeliers ^ les aristocrates aux pharisiens. Les derniers mCts étaient : (( Si Jésus fut un prophète ^ Mjuratfuiun dieu. ».
Il semblait que rien ne pouvait surpasser cette abominable profanation. Elle ne fut point suffisante. Un juré du tribunal révolutionnaire réclama «ontre l'insuUe faite à l'ami du peuple ^ çn le comparant à l'auteur d'une religion stupide, qui. avait ordoni^é d obéir avix rois^. tandis que Marat les écrasait. — ^ Qu'op cesse donc de nous parler de. ce Jésus. »
Cette espèce d'idolâtrie révolutionnaire. ne laissait pas d'avoir quelque influence sur une certaine partie de la population oisive, dépravée et dont on avait troublé Tespcit. Elle conservait une certaine exigence de rimagination , un besoin d'impressions produites psùr des objets e^Ltérieurs. Il j avait ^ la Convention^ et surtout 4 la commune, des hommes qui, en haine de la religion, se coniplaisaient à en travestir les cérémonies ou à les remplacer par des sQlennités théâtrales. Marat devenait, comme un niiartyr de là sainte révolution.
Il avait ses autel» et ses sanctuaires. .Déjà on; avait ui. 14