‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 84 sur 108 · MESURES RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

MESURES RÉVOLUTIONNAIRES

rintrigue peut y prévaloir. Décrétez deux grandes .assemblées de sections par semaine; que Thomme du peuple qui y assistera reçoive une rétribution de quarante sols. »

(c Mais il reste à punir et les eunemis intérieurs que vous tenez et Ceux que vous avez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire soit divisé en un assez grand nombre de sections pour que 4ous les jours un aristocrate paye de sa tète ses forfaits. Je demandé un rapport sur le mode d'augmenter de plus en plus l'action du tribunal révolutionnaire; que le peuple voie tomber la tête de ses ennemis! Le peuple est grand ! il vous en donne la preuve en' ce moment Il souffre de la disette factice ^ machinée ]^r le mener à la contre-révolution ; mais il sent que c'est pour. sa propre cause; sous le despotisme il aurait exterminé tous .les gouvernements. »

Ce discours mit TAssemblée et les spectateurs dans une crise d'enthousiasme* On se levait, on jetait les cjbapeaux en l'air, on élevait les mains vers le ciel, on criait : u vive la république! » Les conclusions de Danton furent adoptées par acclamation. Billaud* Varennes voulait que les quarante sous payés, aux. aans-culottes, pour délibérer dans les sections, fus* sent pris sur les riches; Romme s'y opposa et en même temps blâma la mesure en elle-même. Ce patriotisme soldé lui semblait une dégradation du véritable amour de la liberté ; il fut peu écouté.

Billaud continua la série de ses propositiotis révolutioRnaires.; il proposa de mettre en accusation, dèsle jour même ; tous les contre-révolutionnaires et les suspects ; de permettre les arrestations et les visites domiciliaires pendant la nuit. A cette occasion il

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parla avec une amère dérision des paroles de philosophie et d'humanité dont les Girondins couvraiônt leurs trahisons, ce Le jour et la nuit ne nous suffiront pas, disait-il, pour arrêter nos ennemis. »

Bazire demanda , non à combattre , mais à expli^ quer cette proposition. Il se plaignit du sens qu'on avait jusqu'alors attribué au mot « suspect; » il avait été appliqué seulement aux' nobles et aux prêtres; c'était une étrange méprise; ces deux classes n'étaient plus dangereuses : les uns étaient émigrés ^ ou s'il restaient en France , ils y vivaient dans l'effroi et la stupeur; les autres avaient été presque tous déportés. On avait donc mal à propos circonscrit les mesures de sûreté à ces gens-là. « Quelles sont donc les ellEisses où se trouvent les suspects ? Ce sont les boutiquiers, les gros commerçants, les agioteurs^ les anciens procureurs, les agents d'affaires, les gros rentiers, suspects par essence, profession et éducation. Tous sont plus naturellement ennemis de la liberté que les nobles ou les prêtres. » Puis Bazire signalait encore une autre classe difficile à définir; les agioteurs,, les hurleurs de section, qui semaient le mécontentement parmi le peuple. Il demandait qu'on procédât à l'épuration des comités révolutionnaires, non par élection, mais par l'autorité de la commune de Paris. Plus tard, dans les départements, ee serait par les commissaires de la Convention. La police devait être entièrement confiée à ces comités ainsi recomposés, et le pouvoir d'ordonner les visites doniiciliaires et de décerner des mandats d'amener Ou d'arrestation leur serait attribué. Billaud-Varennes ajouta qu'ils auraient des appointements. . Cela fut encore décrété.

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Après les propositions des orateurs, vint une adresse portée par une députation des Jacobins et des sections. Elle demandait que la terreur fût mise à Tordre du jour; que Tégalité promenât sa faux sur la tète des Girondins; que Tarmée révolutionnaire , divisée en plusieurs corps y dont chacun serait accompagné d'un tribunal et de instrument terrible de la vengeance, parcourût le territoire de la république^ Moins tolérants que Bazire, les sectionnaires voulaient surtbut Texterminaiion.

Le président répondit en témoignant dB la com« plète harmonie qui régnait entre la Convention et les Jacobins.' a Tous les Français béniront la société à la- ' quelle vous appartenez et qui sollicite des mesures impérieuses et définitives;- tous les scélérats périront sur yéchafaud: la :Convention l'a juré solennellement. »

Des députations d'un autre club vinrent redemanderla le>réeen masse, comme la seule conforme à l'égalité; ils se plaignirent de la divisioti en classes diverses et de la réquisition de dix-huit à' vingt-'einq^ans. ^ On avait déjà reconnu que la levée en masse , si pompeusement recommandée par Daûton et d^autres orateurs «eomnife le salut de la patrie, serait la ruine de l'armée. Le président répondit avec dureté aux pétitionnaives, qui étaient trois jeunes gens atteints par la réquisition. • ."'* ■-

Les députés de la section de l'UnifA demandèrent le prompt jugement de la veuve Capet> là destitution de tous les officiers nobles* et douze tribnùaux* révolutionnaires ambulants , autorisés à juger sans autres formes que celles qu'ils jugeraient nécessaires à leur propre conviction. Un autre vœu, que Bazire avait^ déjà exprimé quatre jours auparavant, et qui ne^

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devait pas tarder à être réalisé , c'était la permanence de la Convention et rajournement indéfini de l'élection d'nne nouyelle assemblée. Les pétitionnaires craignaient' les intrigues des aristocrates et se ^montraient inquiets de cette épreuve tentée sur Topinion publique.

Robespierre répondit : ce La Convention, depuis <{u'elle est^dégagée des conspirateurs qu'elle renfermait dans son sein, a pris les moyens de rendre le peuple beureux. Si, pour son bonheur, il ne (aut que le sacrifice de notre vie, nous nous devenions tous ; notre récompense sera Tamour et Pestime de ce peuple pour lequel nous nous serons glorieusemeiit immolés, n

La séance se prolongeait; Une sorte d'émulation féroce entraînait les orateurs à épchérir les uns sur les autres. Drouet, le maître de poste de Varennes, paasa fort au delà de ceux qui l'avs^eilt précédé. «L'indignation et la fureur du peuple sont provoquées pai^ des^ motifs légitimeà^. Votre trop longue indulgence suaeîte de toutes parts la trahison. Â quoi vous a servi votre modération ? le jour est venu d^ètre d'autant plus inflexioles que vous avez été faible^. Voici le moment de verser le sang des coupables. Qu 'avonsnous besoin de. notre réputation en Europe? Enfraîdés par des vulW'fle philosophie, vous* avez épargné des traîU-es; il lÀMis fallait, pour ainsi dire, des actes notariés pour attester des conspirations manifestes. Quel a été' le succès de votre aveugle «lénfience? de teuB côtés ne vous appelle-t^on pas des scélérats^ des brigands, des assassins? Eh bien \ puisque notre Tertû et nos idées philosophiques ne nous ont servi de rien ^ soyons brigands pour le bonheur du

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peuple. » Drouet abusait de renthousiasme de TAs— semblée et se croyait à la tribune des Jacobins. Le murmures étaient violents; on demandait le rappel à i ordre : w Ce mot effraye votre vertu, conti — nua-t il, c'est la justice que je réclame; mais je ne veux pas une demi-justice; nous serons révolutionnaires, mais just,es, et si les tyrans de l'Europe prétendent qu'être révolutionnaire, c'est être brigand : n'importe, vous aurez fait périip les traîtres. — Vous avez ordonné^que les gens suspects seraient arrêtés, déclarez kxes hommes coupables^ que si, par impossible, la liberté était en péril , vous les massacreriez tous impitoyablement. » Les murmures recommencèrent et couvrirent la voix de l'orateur. « Cette mesure paraîtra exagérée; n'importe, .je. vous la propose : la France en jugera. »

Thuriot, qui n'était pas un modéré, fut l'organe du sentiment d'indignation que Drouet avait excité dans l'Assemblée, et fit entendre beaucoup de protestations de justice et d'humanité; elles contraatftiei^t avec le discours auquel il répondait; elles étaient même peu conformes à tout ce qui se faisait, à tout ce qui allait se faire.

Bar^re se présenta au nom du comité de salut, pu?blic. 11 avait, dans sa prompte et facile rédaction, reprodmt toutes les violences que la Goaveniian Tenait d'entendre et d'applaudir. Le mécontentement général, inévitable effet de la disette^ de l'anéantis^ sèment du commerce et de ce recrutement im*mense.qui atteignait toutes les familles, était présenté comme unc^ vaste conspiration des atistocrates et de l'étranger. « Une armée révolutionnaire exécutera ce grand mot que noi^s devons à la commune de Parie 2

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« Plaçons la terreur à Tordre du jour. » — u Les royalistes veulent du sang, nous leur donnerons celui de Marie-Antoinette, de Briôsot, de tous les conspira* leurs. Ce ne seront pas des vengeances illégales; ce sont les tribunaux révolutionnaires qui les accompliront. Brissot et les royalistes veulent faire périr la Montagne : elle les écrasera. »

C'était , selon Barère , les aristocrates ; les fédéralistes et les modérés, qui arrè.taient la circulation des grains, qui: accaparaient les denrées, qui retardaient le recrutement, qui calomniaient la Convention, qui décriaient la république. Ainsi il n'y avait pas une des propositions présentées pendant cette séance, qui ne dût être convertie en loi. Toutefois, en approuvant avec éloge* le projet d'une armée révolutionnaire^ destioée fi exécuter les mesures de salut publie partout où des mouvements contre-révolutionnaires^ pourraient être à craindre et à balayer tous les conspirateurs, le comité ne demandait encore que l'armée révolutionnaire de Paris, composée de six mille hommes et de douze cents canonniers.

Barère proposait aussi une surveillance sévère, exercée sur les - militaires en congé ou qui avaient <<lonné leur démission ; il promettait, mais en prenant un délai, la destitution de tous les officiers nobles, <D ayant raio de dire que telle .était son opinion personnelle.

L'armée révolutionnaire de Paris fut recrutée à la diligence des comités révolutionnaires des sections.

Le comité de salut public,, sans oser heurter de :froDt les pétitionnaires jaci^ins et les orateurs de la Montagne, ne voulait réellement point d'autre

300 l'armée révolutionnaire est décrétée.

armée révolutionnaire que celle de Paris. 11 craignait^ de jeter le désordre dans les. départements. Les livrer* à la tyrannie des sociétés populaires et des toiùités. révolutionnaires était une conséquence nécessaire du despotisme de la Convention ; mais les traiter en pays conquis et les faire occuper par des brigands indisciplinés eût été une trop grande absurdité; d'ailleurs la guerre civile était encore flagrante ; la* révolte de Lyon n'était pas encore vaincue. U avait tenu à bien jpieu (Jue, dans f^luBieurs départements , des batatlUns. de volontaires se fussent formés pour porter secoursaux rebelles. Les plus exaltés Jacobins s'alaraièrenlr de cette . possibilité - et cessèrent d'insister sur ce peint.'

U en fut des armées révolutionnaires comme de la levée en masse et de quelques autres- mesures sollicitées- par la folie révolutionnaire; elles furent mises en pratique par des représentants en mission , qui* usaient souvent de leur pleine puissance contre le gré ou la directioti du comité de salut public ^ mais qu'on n'osait ni réprimer pi blâmer; ainsi l'Alsace eut à subir l'expérience d'une armée révolutiqmiaire. Plus tard on envoya à Lyon un détaohemeut de celle .de Paris.

Saint-Jûstet Lebas établirent /au quartier, général de l'armée du RhiUyAin tribunal névolutionàaire ; le dénoi^ciateur n'était ni connu ni confronté ; point de défenseurs; point d'écritures; point d'instruction préalable, un simple interrogatoire dont on ne tenait .pas note^ un jugement' non enregistré. Le dénoncé était fusillé deux heures après la • délation , et les délations étaient provoquées et récompensées à prix d'argent.

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