‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 94 sur 108 · GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE

naux, à nettoyer les fleuves^ à -transporter les boii=^ de la marine; ce serait le àeul bien qails auraieu fait à la patrie. Dans une république , aucune consi — dération ne doit préVs^loir sur Tutilité commune. IL serait juste que le peuple régnât à son tour sur sess oppresseurs 9 et que la «ueur baignât Torgueil de leur* front. »

Après tant de considérations générales, Saint — Jus t arrivait à la Conclusion, (c Dans les , ciréon — stances où se trouve la république , la constitutior^ ne peut être établie.; on l'immolerait par elle-même. EHe deviendrait la garantie des attentats . contre 1^ liberté; elle manquerait de la yîolence nécessaîr^^ pour les réprimer. Le gouvernement actuel est aussi trop embarrassé. Vous êtes trop loin des attentats. tl faut que le glaive des lois se promène partout avec rapidité. » — «Vous devez diviser Tautorité^ là multiplier^ l'identifier au mouvement révolutionnaire. » — (cll est impossible que les lois révolutionnaires soient esécutées si' le gouvernement luimême n'est pas constitué révblutionnair ement. >> Puis venait un* long exposé de tout ce qui se rapportait à la guerre et aux armées. On y peut voir en quel état elles avaient été mises par Tadministratiou <}e8 comités et du pouvoir exécutif.

' (( L'administration des armées est pleine de brigands : on vole les rations des chevaux ; des bataillon» do l'armée du Rhin ont été vus demandant Taumône sur les places publiques; les canons manquent , oa I)ien il ny a point de chevaux pôuf lee traîner. Oft ne reconnaît aucune subordination : tout le monde vole ; tous^ se méprisent les uns les autres. »

Comme les désordres de Tadministràtion et de la

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discipline militaire^ pouvaient être en grande partie attribués à PautoHté absolue et arbitraire des repré* sentants du .peuple en n^ission. Saint- Just pensait ju'il était utile de les rappeler sévèrement à leurs devoirs. Il indiquait 06 que devait être un eommissaire le la Convention, (f père et, ami du soldat, peu famiier avec les généraux, couchant sous la tente, mandant seul un repas frugal, et ce souvenant toujours ]iie la chute éternelle* des rois est préférable à la nollçsse. » C^était une réprimande adressée à quelques-uns de ses collègues, et il ajoutait : ((Ceux qui "ont des ^évolutions dans le monde, ceux qui veuent faire le bien ne doivent dormir qoe dans le lombeau. »

L'établissement de la république, telle qu*il Ten- ^lidaity était eij effet une œuvre laborieuse pour les çouvernants et terrible pour les gouvernés. (( Il faut combattre la résistance des uns , la paresse des siutres, la superstition des nns pour l'autorité détruite, l'ambition et l'hypocrisie des autres. Ce gouvernement Bouveau s'établit avec difficulté ; il forme avec peine ses maximes et son plan; il demeure longtemps sans résolutioDS décidées ; on n'ose gouverner ni avec rigueur, ni avec faiblesse; La liberté naît d'une salu-^ taire anarchie, tandis que Tordre absolu ramène resclavage. » '

Saint-Jiist se trompait : il ne travaillait point à faire un gouvernement; il voulait former une société nouvelle. Pour cela il commençait nécessairemept par détruire la société existante, et s'acharnait sur ses membres dispersés, craignant de les voir se rejoindre et reprendre la vie. ((Tout a concouru au malheur du peuple et à la disette : l'aristocratie.

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ravance, Tinectie »* les yôleulrs, lies mauvaises m^ thodes. Il faut rectifier le gouvernement tout eitlièr^ la compression de tput mal amènera le bien, m

Le projet de décret, renfermait les'disjXNrftibDs sui-— vaiitcfs : «( Le gouverneinent provisoire de la France^ sen révolutionnaire jusqu'à la paix. » — ic La conseil, exécutif y les ministres^ les généraux, les Corps con-- Stitués sont placés sous la surveillance du comité d^ salut public , qui en rendra compte toujS les huit jours à la Convention. » -^ (c Tou^ mesure * de sûreté doîC être prise par le conseil exécutif , sous ràutorisatioiL dticomitév » — u Les lois, révolutionnaires' doivent être exécutées rapidement. Le gotivernemeni corres— pondra directement avec les districts dans les mesures de salut public. » — i< Les généraux en chef seront nommés par la Convention, sur la présentation du comité de salut public, d — « L'inertie du gouvernement étant la cause des revers , les délais pour *Vtxécution des mesures de salut public seront fixés. La violation des délais sera punie comAie un attëirtat à la liberté. »

. Les articles sur les subsistances, principal motif des Inquiétudes de la Convention, supprimaiept, plus complètement encore que. les lois précédeqtes, la Ii))erté du commerce et la circulation. Lçs .récoltes devaient être inventoriées; la consommation dç chaque département calculée et prévue; le superflu soumis aux réquisitions ; Paris aurait son approvisionnement pour une année entière.

((La direction et/i'emploi de l'armée révolutionnaire seront incessamment réglés dé manière à comprimer les contre-révolutionnaires» » — « Le conseil enverra garnison dans les villes oi!^ il se sera élevé

MÉCANISME DE LA TYRAIflflE RÉVOLUTIONNAIRE. 351

des mouvements contre-révôlationhaires. Ceô garnirons seront payées et entretenue^ par les riebes. » — K 11 sera Âsréé, un tribunal et uii jury nommés par là Convention , qui seront chargés de poursuiTre tous [leuxqui ont manié les deniers publics-^depuis la RévolqUpn> et de leur demande^ compte de leur fortune. »

. Ce décret si pompeusement annoncé par le raplortêur, et qui fut adopté sans discussion ,. changeait )ea Tétat des choses. Il .essajrail de rendre réguière la pratique du gouvernement , tel v qu'il était demis le 31 mai. Une des phrases du discours de Sàinfr- Insl en était Tintctrprétation véritable et témoignait le riiQpossibilité d'en agir. autrement. « Yoos devez liviser Tautorité et Tidentifier au mouvement révolutionnaire, » C'était dire que la France, dana^Jes. détails comme dans Tensemble y dans radministration comme dans la politique , dans les dëparteménts comme dans Paris, serait gouvernée par le comité de salut public , par les réprésentants en ' mission , par les comités réyolotionnaires et les sociétés populaires. Le désordre résultait nécessairement dç cette dispèr^ sion du pouvoir absolu et arbitraire sonnais à Tinfluence des opinions exaltées, des haines locales, des ambitions grandes ou petites. -

'La proclamation du-gouverqement révolutionnaire deyiut même accroître le mal. Àtant que la Convention se déclarât inamovible et Buspendît les élections , ftvant qu'elle .ajournât la constitution , une certaine crédulité inspirée par la peur et Tinertie supposait qu'on y pourrait trouver des garanties , qu'elle renfermait des p^neipes d'ordre et de durée , qu'elle posait des limites et des règles à rexerciee des pouvoirs pTublics.

,Sb3. MÉCANISME DE. LA TYRJLNIilE RÉVOLUTIONNAIRE.

C'était avec cette indolente espérance que la constituK-^-j'^" tien avait été acceptée par le vulgaire; maintenatitB^ ^rt^t, Tillûsion était dissipée , la tyrannie se proclartiait ell^ t ^^^ méime^ sans se déguiser sous aucune. apparence. Voms^^^^^ cela même, elle encouragefiit et donnait toute séofu*-^"^"rité à ses agents çt à la faction d'où elle était so'r^ie^^ ^c*

L'organisation du tribunal qui devait juger lea^^cs coupables et faire enquête sur leur fortune,devait êtr^**"^^^^ l*églée par un décret subséquent. Le comité de iégis- .^^slatipn fut. chargé de le présenter, et il n'en fut plujss..^^ question.' Cet article vivait été placé dan« la loi pouiK ^^^ ôhéÏT à des discours tenus à la tribune des JaCpbins^ ^^

et à des pétitions qui avaient été portées à TAssemblée '^-

.. Tout ce qui avait été réclamé dans la région inTé — ^^^ rieure ardente et tumultueuse du parti révolutionnaire' devait maintenant s'accomplir sans, résistance. Aucune différence n'apparaissait en' ce moment entre' la populace et l'aristocratie de la faction démocratique.

Elle recevait en cet instant une double satisfaction depuis longtemps attendue et demandée avec impatience. La Convention venait d'ordonner que le tri* bunal^ révolutionnaire allait procéder au jugement de la reine; l'accusation 4es députés- girondins avait été auslsi décidée depuis le mois de juillet. ' -

Cambon , au nom du comité de salut public avait annoncé, dès le 11 juillet, que l'ordre de séparer le fils de Louis Capet de sa mère venait d'être donné; le prétexte était la découverte d'un complot tcamé par le général Dillon pour délivrer les prisonaiers du Temple et placer Louis XVII sur le .trône. Cette conspiration, tour à tour iitiputée aux Gir^dins ou à Robespierre et Dapton, fut traitée de fable absurde pa^ Camille Desmoulins, et il avait raison.

Le récit de cette séparation est écrit dan^ les mémoires de la fille de Loui^ XVI. « Ma mère fut atterrée par cet ordre cruel; elle ne voulait pas livrer mou frère et défendait contre les municipaux je lit où elle Tavait placé; ils menaçaient d'«mployer la violence et d'appeler la garde. Ma mère leur dit qu'ils n'avaient donc qu'à k tuer avant de lui arracher son enfant. Une heui^e se passa en résistance de. sa part, en menaces et en injures de le part des municipaux^ en pleurs et en désespoir de nous tous. Enfin , ils la menacèrent si positivement de la tuer ainsi quemoi^ qii'il fallut qu'elle cédât par amour pour nous. Elle le remit entre les mains des municipaux en le baignant de ses larmes^ prévoyant qu^elle ne le verrait plus. «

Le 2 août, conformément à un décret de la Convention, la reine fut emmenée du Temple à la Conciergerie, afin qu'oA lui fît son procès. Ni le sort qui lui était annoncé, ni la douleur d'être séparée de sa fille et de M"* Elisabeth, ne troublèrent son courage. Elle ne dit pas une parole aux hommes de la municipalité qui lui lisaient le décret. Elle embrassa tendrement madame Royale et pressa sur son cœur M^ Elisabeth, en lui recommandant ses enfants.

Elle fut placée dans un cachot dont le sol était abaissé au-dessous du niveau de la cour. Lorsque la rivière était haute, l'eau ruisselait le long des murs. On y avait apporté un lit de sangle; un vieux paravent la séparait du gendarme qui était jour, et nuit sn faction dans cette chambre. On affecta à son serrice un prisonnier, condamné pour ses crimes à quajorze ans de travaux forcés. Le concierge, qui remployait aux travaux pénibles et dégoûtants de la prison, avait obtenu qu'il subirait sa peine à la m. 23

Conciergerie; sa figure était ignoble et féroce; le so de sa Toix était rebutant; il était d'une rudesse gros, sière avec les prisonniers. Un d'eux ^ lui demandaîT comment il traitait la reine. « Comme les autres , r& pondait-il, ça ne peut surprendre que des aristocrate —'Eh! que fait-elle dans son cachot? — La Capet elle est bien penaude; elle raccommode ses chausse pour ne pas marcher nu-pieds. — Comment est-elL vêtue ? — Elle a une robe noire toute déchirée; elle Tair d'une margoton. — Qu'est-ce qui lui apporte manger ? — La citoyenne Richard. »

C'était la femme du concierge. Cédant à des impressions de respect et de pitié , malgré les ordres supérieurs qui prescrivaient l'égalité pour les rations des prisonniers, elle donnait à la reine une meilleure nourriture. Des femmes de la halle lui apportaient quelquefois des fruits pour les remettre furtivement à leur bonne reine.

La bonne volonté de M""" Richard donna à un ami dévoué de la cause royale la pensée qu'il ne serait pas impossible de tirer la reine de sa prison. Sous prétexte de curiosité, il obtint d'un officier municipal qui avait toujours été obligeant et respectueux pour la famille royale, de l'accompagner dans une visite de surveillance. Le chevalier de Rougeville fut donc introduit près de la reine; il avait un œillet à sa boutonnière. Un coup d'œil avertit la reine. Elle dit que cette fleur était jolie, et Rougeville la lui oCTrit. Un billet y était caché, où étaient écrits ces mots : (( J'ai à votre disposition des hommes et de l'argent. » Lorsque la reine voulut lire ce papier, au moment où

* Beaulieu.

-elle allait tracer avec une épingle le refus de cette offire généreuse, un gendarme s'en aperçut et saisit le billet. Rougeville avait eu le temps de sortir. Il réussit à se cacher. Le concierge Richard fut destitué. Michonis, l^ofiicier municipal , fut arrêté ; quelque temps après , il périt sur Téchafaud, de même qu'un de ses collègues^ nommé Toulan, qui avait favorisé, au Tegiplê, quelques intelligences de la famille royale avec le dehors.

Un nouveau concierge, nommé Bault^ fut, ainsi que

sa femme y plus ému de pitié et plus soigneux encore

que son prédécesseur. Telle n'était pas la volonté des

hommes qui se plaisaient à outrager et maltraiter la

reine avant de la tuer. Le concierge demanda un jour

à Taccusateur public du tribunal révolutionnaire la

permission de donner une couverture de coton à sa

prisonnière . (c Tu veux donc être guillotiné ? » lui

répondit Fouquier-Tinville.

Le 3 octobre , au moment où la Convention venait de décréter que les Girondins seraient traduits devant le tribunal révolutionnaire, Billaud-Varennes parla en ces termes : (c 11 reste encore un décret à rendre : une femme , la honte de l'humanité et de son sexe , la veuve Çapet, doit enfin expier ses forfaits sur Péchafaud. On publie qu'elle a été jugée secrètement et blanchie par le tribunal révolutionnaire, comme si une femme qui a fait couler le sang de plusieurs mil- Uers de Français pouvait être absoute par un jury français. Je demande que le tribunal révolutionnaire prononce cette semaine sur son sort. » La Convention adopta cette proposition.

* Récit de M~* Bault.

A raudiénce du 14 octobre , l'afiàire de la veuve Capet^ fut appelée par le tribunal révolutionoaire. Le président lui demanda ses nom, surnoms , âge, quafitéSi lieu de naissance et demeure.

L'accusée répondit : « Je me nomme Marie-Antoinette de Lorraine d' Autriche, veuve du roi de France, née à Vienne, âgée de trente-huit ans ; je me trouvais lors de mon arrestation dans le lieu des séances de TAssemblée nationale. » Alors fut donné lecture de Tacte d'accusation ', il commençait ainsi : « Il résulte de Texamen des pièces qu'à Tinstar des Messaline, Brunehaut, Frédégonde et Médicis, qu'on qualifiait autrefois de reines de France, Marie-Anitoinette, veuve de Louis Gapet, a été le Qéau et la sangsue des Français. » Après ce préambule, suivaient toutes les calomnies les plus absurdes et les plus injurieuses qui avaient été imprimées dans les journaux et les pamphlets, ou débitées dans les clubs. Ses trahisons et ses intelligences criminelles avec un homme . qualifié de roi de Bohème et de Hongrie, avaient commencé avant la Révolution; elle avait dilapidé les finances de concert avec Tinfâme et exécrable Galonné. Le repas des gardes du corps avant le 5 octobre lui était imputé et raconté comme une abominable orgie. Les journaux et les écrits royalistes; la disette; les conspirations contre les droits de l'homme ; toutes les circonstances de la Révolution , vaguement rappelées, sans spécifier aucun fait, étaient présentées comme autant de chefs d^'accusation. La fuite de Yarennes était aggravée par la complicité avec La Fayette, désigné scandaleusement comme son fa-

' Bulletin du tribunal révolutionnaire.

vori ; ce qui donnait occasion d'imputer à Taccusée une complicité dans la répression des désordres du Champ de Mars et la proclamation de la loi martiale. Puis le veto du roi opposé aux décrets sur les prêtres et les émigrés; le comité autrichien; la composition de la garde constitutionnelle du roi ; les changements de ministres; la déclaration de guerre; k communication des plans de campagne à Tennemi ; l'horrible conspiration du 10 août.

Sous ce dernier chef d'accusation étaient accumulés tous les bruits qu'on avait répandus parmi le public. La veuve Capet avait rempli le palais , et même les caves , de chevaliers du poignard; elle avait entretenu les Suisses dans un état continuel d'enivrement; elles les avait aidés à fabriquer les cartouches et elle mordait les balles afin de rendre les blessures plus dangereuses. Une anecdote, déjà misé en.cir^ culation avant le 10 août, et dont aucun témoignage n'a jamais constaté la vérité, se trouvait aussi inscrite dans l'acte d'accusation, (c Elle a présenté un pistolet à Louis Capet en disant : u Voilà le moment ff de vous montrer y et sur son refus elle Ta traité derr lâchée» Enfin l'accusateur public avait terminé son œuvre par cette imputation qui a laissé un souvenir d'horreur sur ceux qui l'inventèrent. « Nouvelle Âgrippine, disait Fouquier*>Tinville , elle a oublié sa qualité de mère, et s'est livrée à des indécences dont ridée seule fait frémir d'horreur. >>

Des témoins furent entendus. Lecointre de Versailles^ un conventionnel révolutionnaire des plus

* On trouva parmi deç papiers saisis chez Dufresne SainULéon une espèce de billet sanâ date. — « Un jour la reine, allant à la messe,

insensés 9 n'eut qu'à répéter ce qu'il avait déclamé ^ le 5 octobre, dans les rues de Versailles, sur le repa^ des gardes du corps , où il rï^avait pas assisté. Il en fut ainsi de presque tous les témoignages : ils con — sistèrent à faire raconter des calomnies ou des exagérations par ceux qui les avaient répandues. Bailly^ Manuel, Valazé, et quelques autres personnages plus* ou moins connus, furent interrogés, et n'avaient rieii. à témoigner sur des imputations vagues et généralesou sur des faits qui en eux-mêmes n'avaient rien d^ coupable.

Le comte d'Estaing, qui avait illustré son uon^ dans les armées de terre et de mer, déposa sur les» événements du 5 octobre , comme chef de la garder nationale de Versailles. Ses réponses, sans être men — songèrés, eurent un ton de malveillance. Le lande— main, il lur sembla que le bulletin imprimé du tri — bunal révolutionnaire avait abrégé ou modifié son témoignage. Il réclama avec grande publicité. Cn sen — timent de crainte paraissait avoir inspiré sa démarche plutôt qu'une opinion exaltée ou une animosité personnelle. Quoi qu'il en fût, il voulut qu'on rétablît exactement ses réponses. Lorsqu'on lui avait demandé ses qualités, il avait répondu : «Non point ancien militaire, mais soldat et matelot, » comme titre supérieur à lieutenant général et vice -amiral. — Avant de déposer, il avait promis de ne dire rien que la vérité, « encore qu'il eût à se plaindre de l'accusée, qui l'avait empêché de recevoir la dignité de

arracha un pistolet de la maia d*un courtisan et le présenta aii roi. « Voici le moment dagir, dit-elle, mais la bûche resta muette. » C'est sur cette autorité que Fouquier-Tinville et quelques mémoires contemporains ont admis un tel récit.

taréchal de France, récompense de ses services et a sang qu'il avait répandu en Amérique pour la luse de la liberté. » — Il demandait aussi qu'on n'oit point ce qu'il avait ajouté : « Je la déteste. Peuple ançais, je vous demande pardon de ce que je viens s dire : oui, je la déteste. Mais vous voulez la frite, je la dirai. » Et cette vérité, c'était que la ine avait suivi les conseils des courtisans et refusé s siens.

Cette déposition et le certificat de patriotisme. qui i fut donné en pleine audience par Lecointre ne usèrent point b comte d'Estaing : lui aussi monta lu après sur l'échafaud.

La déposition d'Hébert se rapportait entièrement . séjour du Temple. Il cherchait à établir que la ine n'avait pas cessé* d'entretenir des espérances ntre-révolutionnaires , de conspirer, et d'avoir des telligences hors de sa prison. Il cherchait à comomettre les municipaux qui avaient eu des égards une pitié complaisante pour la famille royale; mais Be présentait devant le tribunal surtout pour mainlîr l'horrible inculpation dictée par lui à FouquieriiTil)e.

De temps en temps Ghaumette et lui se renient au Temple pour vérifier si la surveillance était flRsamment rigoureuse et brutale. Quelquefois ils y riaient après dîner à peu près ivres. Le 8 octobre , arrivèrent avec Pache, David , membres du comité sûreté générale' de la Convention, et plusieurs mu- »paux. ils commencèrent par séparer M*"* Élisa- Ith 'de madame Royale ; puis Hébert et Ghaumette océdèrent à l'interrogatoire de la jeune princesse, cherchèrent d'abord à obtenir des réponses com-

promettantes pour les officiers municipaux suspects de bienveillance. La suite de cette conversation a été ainsi racontée dans les Mémoires sur le Temple : «Chaumette m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusait ma mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur et si indignée que y malgré toute la peur que j'éprouvais , je ne pus m' empêcher de dire que c'était une infamie. Malgré mes- larmes , il insista beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises; mais ce que je comprenais était si horrible que je pleurais d'indignation. »

Ces misérables passèrent trois heures à tortureï ainsi la pudeur et la pureté d'une jeune fille pour en extorquer un témoignage infôme contre sa mèlre, pour lui arracher quelques paroles qu'ils auraient dénaturées et travesties. Ils espéraient l'intimider; mais le malheur et l'exemple de ses parents lui avaient donné de la force d'âme.

M"' Elisabeth répondit avec une hauteur de mépris qui les découragea , et son interrogatoire fut moins long. Ils en firent rapport à la commune; mais il semble qu'Hébert fut le seul qui eût l'impudence de porter ce faux témoignage devant le tribunal. Le président n'adressa aucune question à l'accusée sur cet infâme mensonge; ce fut un des- jurés qui demanda que cette interpellation fût faite. La reine répondit : « La nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère; j'en appelle à toutes les mères qui peuvent se trouver ici. »

Un mouvement d'indignation et d'attendrissement se manifesta parmi tous les assistants. Le cordonnier Simon , préposé à la garde du jeune prince , et dont le témoignage avait été allégué^ ne déclara , lorsqu'il

MORT riE LA RBIME. 361

vint déposer^ rien qui eût rapport à ce qu'ayait dit Hébert.

Le tribunal était en permanence y et Taudience dura trois jours et trois nuits. La reine répondit constamment, pendant ce long interrogatoire et la confrontation aux témoins y avec une fermeté noble et simple. Entendant une femme qui disait : « Vois-tu y comme «lie est fière ! » elle craignit d'avoir montré trop de hauteur. Elle eut pour défenseurs Tronçon-Ducoudray et Cbauveau-Lagarde, qui furent tenus '^n arrestation pendant vingt- quatre heures après le procès.

Les conclusions de l'accusateur public furent moins injurieuses et moins ignobles que Tacte d'accusation, «nais tout aussi éloignées de là vérité et de la justice. Sermann, le président, fit un long résumé où Ton ne pouvait attendre aucune impartialité. Les jurés restèrent environ une heure en délibération, puis rapportèrent une déclaration aflirmative sur toutes les <]uestion8. Le président recommanda à l'auditoire un xespect silencieux pour le malheur et l'humanité. Fouquier-Tinville requit l'application de la peine, et le président prononça que Marie -Antoinette, dite liOrraine d'Autriche, veuve de Louis Capet, était c;ondamnée à la peine de mort.

Le visajge de la reine ne fut nullement altéré. Elle fut reconduite à la Conciergerie ; il était quatre heures et. demie du matin, le 26 octobre.

Aussitôt après, le rappel fut battu dans les sect.ions. Toute la force armée fut disposée sur la route €^ui conduisait de la prison à la place de la Révolution. Des canons furent placés sur les ponts et les

places publiques; et la circulation des voitures fut interdite.

Le bourreau était entré dans le cachot pour couper les cheveux de la reine , blanchis avant l'âge par tant de douleurs. Elle s'habilla d'une robe blanche, la seule qu'elle eût apportée du Temple; elle confia à la femme du concierge une lettre adressée à W^ tX\^ sabeth , qui ne lui fut point remise : elle a été retrouvée parmi les papiers de Robespierre, chez le conventionnel Courtois. C'est l'admirable lettre, inspirée par les mêmes sentiments que le testament de Louis XVIy qui fut publiée en 1816.

A onze heures, elle monta dans la charrette de l'exécuteur; par observance de l'égalité, la conunune n'avait pas voulu qu'elle fût, comme le roi, 'conduite au supplice dans une voiture.

Pendant ce trajet , la reine conservait une physionomie calme , sans abattement ni fierté ; elle promenait parfois un regard indiCTérent sur la haie de soldats qui bordait sa route, et paraissait insensible aux cris de <c Vive la république ! » qui, pour l'insulter, retentissaient sur son pass^age. On lui avait donné pour confesseur un prêtre constitutionnel, à qui elle n'adrei^sait pas une parole. En passant devant le Palais^Royal, elle sembla remarquer l'inscription du nouveau nom : Palais-Égalité. Lorsqu'elle fut arrivée sur la place de la Révolution , elle tourna les yeux vers le jardin et le palais des Tuileries , et son visage pâlit pendant un instant; puis elle monta courageusement sur l'échafaud. Le bourreau montra sa tète à la foule , qui cria : (f Vive la république ! »

La mort de la reine ne fut pas un ai grand événement que la mort de Louis XVL Le jugement qui

m^uisit à Téchafaud n'était pas le dénoûment grand dramp, d'une procédure où la cruelle ini- I avait été contrainte à de longs débats , à une inité de crime qui avait ému la nation. Il y avait

une révolution dans le supplice du roi ; et cette ntion, en tuant la reine , ne faisait que suivre M>urs. Un reste de liberté d'opinion s'était loaniau 21 janvier. Maintenant la terreur comprimait 8 les âmes ; maintenant y et sous une telle domi- Qy Teffusion du sang, même le plus noble, ne ait plus étonner; la muette affliction était par- I sur tant de victimes qu'elle les confondait dans euil universel.

ntefois cette condamnation , précisément parce le n'était pas un événement politique , avait un ^re > non-seulement d'iniquité et de barbarie,

d'ignoble rage. Ils voulurent sa mort comme te encore plus que comme vengeance; ils lui t subir les tortures de la calomnie et de l'injure; \ martyrisèrent comme reine, comme femme, ne mère, et la moindre de leurs cruautés fut a faire monter sur 1-échafaud. La génération tmporaine, là France de 1793, si elle n'avait Ant souffert et tant expié sa patiente faiblesse, it reçu de la mort de Marie-Antoinette une ineflie honte.

»urquoi une si féroce aversion s'était-elle achar- »ur cette malheureuse reine? Quels étaient les Es d'un tel déchaînement?

mais princesse, venant occuper le trône, ne it donnée plus volontiers à la France, n'avait té sa nouvelle patrie avec plus de goût et de lathie. Dans son désir de plaire à la société qui

l'entourait y elle préféra Télégance aristocratique à Sdignité royale : ce fut son tort; elle diminua le pect; elle eut des amitiés, des engouements, un» coterie.

Son caractère et ses frivoles penchants ne lui inspi raient aucun désir de se mêler aux affaires, d'intervenir dans le gouvernement. Elle n'avait et ne pur jamais avoir nul ascendant sur le roi ; mais dans 1 distribution des faveurs et des emplois de la cour o de la diplomatie, son inQuence n'était pas sans action. Sa bonté, son désir de rendre service, une complaisance qui cédait aux jexigeantes importunités l'entraînèrent à user ainsi de son crédit; elle se mèl non point des affaires, mais des personnes^, ce qu est beaucoup plus dangereux.

De là les rancunes des mécontents , le contact ave les intrigues de cour et de ministères ; de là les commérages et les calomnies de Versailles , qui d'exagération en exagération, de mensonge en mensonge, allaient semer contre elle le blâme et la déconsidération jusque dans la populace de Paris.

Jamais un acte arbitraire, jamais une vengeance, jamais une mesure de rigueur ne furent ni conseillés, ni conçus par elle; si elle ne songeait point à la liberté des peuples , elle ne désirait pas le despotisme des rois.

La Révolution arriva, et la reine, ainsi que son entourage, y vit d'abord l'atteinte portée à la haute aristocratie, bien plus que le péril où était exposée l'autorité royale. Toutefois elle fut contraire à l'émigration , et ne tarda point à comprendre qu'elle serait funeste à la monarchie. Mais pouviût-elle s'incliner docilement devant cette puissance populaire qui se

manifestait par de sanglantes émeutes , et qui faisait arriver jusque dans son palais , des bandes d'assassins pour la massacrer? Pouvait^ elle consentir et pardonner à des opinions qui, comme le lui prédisait Mirabeau , n'allaient pas à moins qu'à traîner dans la rue les cadavres de la famille royale? Elle n'avait point cette patience de martyre qui rendait le roi indécis et immobile. Elle aurait voulu sauver la vie de son mari /de ses enfants , la sienne, et peut-être aussi sa couronne. Elle pouvait croire , et on le lui annonçait, que si elle descendait du trône , elle monterait sur Téchafaud.

Elle cbercbait donc des moyens de salut. Tantôt elle se méfiait de tous les projets et de toutes les promesses de recours; souvent elle appelait les dangers de la lutte, et bravait les menaces de la Révolution; puis ; lorsqu'elle la voyait en face d'elle , prête à accomplir son œuvre, elle s'effrayait comme une simple femme, mais toujours avec une noble constance, avec une imperturbable fierté.

Telle était cette reine qui fut poursuivie avec une si haineuse fureur, et dont le supplice ^fut réclamé sans relâche par le^ chefs de parti comme par la bande féroce des révolutionnaires. Ce n'était pas seulement un fanatisme de liberté qui abolissait en eux toute idée de justice et d'humanité; il y avait dans cette volonté un calcul qui présida à toute leur politique. Us avaient résolu que leur république serait en rupture définitive avec tous les sentiments d'honneur et de respect, avec tous les souvenirs et les affections du passé. Il leur conveiiait de braver l'indignation de tous les cœurs honnêtes, de se séparer de toutes les sociétés civilisées, de jeter un nouveau défi '

à lEurope en faisant monter sur Téchafaud une archiduchesse d'Autriche. Ils étaient résolus à rendre le peuple français , tel qu'ils le faisaient , incompatible avec le retour de toute autorité, de toute opinico qui pourrait les punir ou les flétrir.

Le jour même du supplice de la reine , Barère donnait à dîner à Robespierre , à Saint-Just et à un jor^ du tribunal révolutionnaire qui a raconté les propos de table tenus par ces trois hommes. On lui demanda les détails du procès où il venait de remplir son office. Lorsqu'il eut raconté la déposition d'Hébert, la réponse de la reine et l'émotion du public, Robespierre fut pris d'un mouvement d'impatience , et brisa son assiette, (c Cet imbécile d'Hébert ! dit-il ; ce n'est pat assez qu'elle soit réellement une Messaline, il faol qu'il en fasse encore une Agrippine, et qu'il lui donne, à son dernier moment, ce triomphe d'intérêt public ! »

Les convives restèrent étonnés. Saint-Just répondit : « Les mœurs gagneront à cet acte de justie< nationale. » Et puis Barère ajouta : (c La guillotine s tranché là un puissant nœud de la diplomatie dei cours de l'Europe. »

Robespierre, malgré ce nouveau pas fait sur h route de la Révolution', s'inquiétait du grand nombn d'ennemis qu'avait encore la république. Barère ei faisait l'énumération : «Tous les nobles, tous les prfr ires, ton» les hommes de palais, et même les médecins, c'étaient, disait -il, autant d'existenees in* compatibles avec l'égalité. » Saint-Just en conciliai la nécessité de déporter toutes les classes de suspects et de confisquer leurs biens, a Peut-ètn le vaisseau de la Révolution ne peut-il arriver as

»ort que sur une mer rougie de sang, » disait îarère.

Robespierre voyait deux écueils dangereux : « L'efision excessive de sang révolterait Thumanité; une lusse sensibilité envers le petit nombre rendrait iniffîsantes les mesures nécessaires au bonheur de ms. ') — La conclusion fut rédigée par Barrère : (c II lut commencer par les constituants et les plus marnants de la législature. »

Au moment où Barère indiquait ainsi le premier an des victimes qui devaient être immolées pour Tékblissement d'un régime d'égalité incompatible avec >ute supériorité et toute indépendance, le procès des îirondins était déjà commencé. C'était une consé- [uence nécessaire du 31 mai; du moins Robespierre 'avait entendu ainsi, de m^me que les politiques des lacobins et de la commune. Probablement la majorité le la Convention , toute décimée qu'elle était, n'avait MIS voulu un tel résultat ; mais elle avait voté impli- ^tement l'extermination du parti vaincu , en fermant es yeux pour ne rien prévoir. Tant qu'il était resté |uelque doute sur le succès définitif, lorsque le plus prand nombre des départements protestaient contre es actes de violence qui avaient fait passer la représentation nationale sous le joug d'une faction, il n'eût >as été possible de décider cette assemblée mutilée à envoyer au bourreau des hommes dont véritablement îlle s'honorait. Mais à mesure que la résistance était lomptée , quand la constitution était acceptée, quand a Normandie se soumettait sans combat , quand Borleau]^ demeurait immobile, quand Marseille était conquise, et Lyon bloqué sans espoir de salut , la Con-

veDtion devenait plus docile. D'abord les députés qui s'étaient soumis à leur arrestation, au lieu d'être gardés à vue dans leur domicile , furent mis en prison; ceux qui avaient fui avaient été déclarés par décret traîtres à la patrie, c'est-à-dire niis hors la loi. D'autres furent arrêtés et ramenés à Paris. Dès le mois de juillet, l'accusation de Vergniaud, Gensonné, et quelques autres , avait été décrétée.

Détenus ou fugitifs , les principaux Girondins conservaient tout leur courage, non pas un courage d'action et de décision, mais une profession hautaine et méprisante de leurs opinions et de leurs sentiments.

ce Lâches, écrivait Vergniaud au comité de salut public, qui vendez vos consciences et le bonheur de la république pour conserver une popularité qui vous fuit. » — « Je vous dénonce à mon tour à la France comme des imposteurs et des assassins. » — ce Ma vie peut être en votre puissance.» — « Mon cœur est prêt, il brave le fer des assassins ou des bourreaux. Ma mort sera-t-elle le dernier crime de nos décemvirs ? » — a Loin de la craindre, je la souhaite, le peuple éclairé par elle, se délivrerait de leur horrible tyrannie. »

Plus tard, Brissot adressait aussi une lettre au comité. t< Le peuple vous demande du pain, vous lui promettez mon sang; vous ordonnez ma mort avant même que je sois traduit devant un tribunal, vous insultez au peuple en lui supposant le goût du sang. » — (( On veut des victimes; frappez donc; et puissé-je être le dernier républicain qu'immole l'esprit de parti . »

Le langage et la contenance des Girondins ne

PMCÈS DES GIRONDINS.. 369

pouvaient qu'accroître leur danger; il devenait chaque jour plus pressant. Évidemment Robespierre avait Tinvariable volonté de les faire périr. A lui seul , il n'aurait pas eu le courage de décider rinstant de Texécution^ Saint-Jus t, Cbilot et Billaud lui dictaient une dét<ermination prompte et ne lé' laissaient pas Hésiter.

Garât y à ce moment^ était encore ministre; il pouvait se soumettre aux horreurs d^une révglution , et leur trouver des explications atténuantes; mais, avant qu'elles fussent commises ,. il les détestait ei\ de tout son cœur, aurait voulu les empêcher. Elles répugnaient à son caractère et à sa raison. D'ailleurs il était ami des Girondins et voulut essayer de les sauv.er. \

Il savait que tout dépendait de Robespierre ; que s'il voulait dû sang, le sang serait versé; que s'il n'en demandait point, personne n'oserait en demander. Il obtint un entretien de Robespierre.

S'adresser à des sentiments d'humanité, de sympathie, de miséricorde, c'eût été peine perdue ; Garât tenta de séduire son orgueil; mais il js'apei^*çnt aussitôt que Robespierre mettait son orgueil et sa grandeur à écraser impitoyablement ses enûémis. Ensuite, il chercha à le toucher par un point où il était accessible, par la peur. Alors il vit que c'était justement par peur que Robespierre voulait tuer lés hommeâ qui lui avaient inspiré des

craintes.

Déôeispérant de pénétrer ce cœur d'airain , Garât xemontrà à Robespierre combien il était grave de

* Mémoires de Garai.

traduire des représentants du peuple devant l6 tribunal révolutionnaire. •

— a II est assez bon pour eux, » fut la seule réponse.

Oii supposait d'abord que Robespierre voulait seulement la mort de deux Girondins , Brissot et Gensonné. Bientôt on sut qu'il comptait en faire juger vingt-deux.

Garât ^ épouvanté^ songea d'abord à Danton , qui avait agi et parlé^ depuis le 31 mai, de fiçon à conslSF^ ver sa popularité. Il le trouva découragé-, malade, et consterné de tout ce qu'il prévoyait. Danton était facile à émouvoir; il avait une sensibilité nerveuse, qui n'agissait pas sur son âme. En parlant du sort des Girondins, il s'attendrit et les larmes coulèrent sur ce visage .dur et féroce, te Je ne pourrai point les sauver, » disait-il. Depuis deux mois il les poussait sur la route de l'échafaud, encore qu'il sût jprévoir que bientôt il les y suivrait.

Tel était l'homme : ni ses émotions sympathiiques ^ ni son esprit, ni son bon sens nq pouvaient le détourner de la voie révolutionnaire. Il y était knainteau par sa passion démocratique, par son orgueil, par la crainte de déchoir, de se trouver sans appui et sans défense s'il ce3sait d'être le meneur de la Révo-. lution.

De sorte que, malgré son apparent^ générosité et bien qu'il ait soustrait furtivement quelques victimes au massacre ou à l'échafaud, il n'a jamais défendu* personne avec courage par un acte politique pa par un discours officiel. On le vit au contraire s^acharâdr sur des accusés qu'il aurait voulu arracher à leur sort.

A Tépoque où les Gitondins allaient- succon^beri le comte de Mercy, s'adressa par un intermédiaire çûr à Danton y pour Teng^er à ètce favorable à la reine, qui venait d'être conduite à la Conciergerie» Danton répondit que la mort de la reine n'était jamais eutriée dans ses calculs politiques^ et qu'il la défendrait sans aucune vue d'intérêt personnel ; il refusa même Tar^ gent qui lui était ofiiprt. *

Garât avait. aussi parlé àLegendre pour l'intéresser au stort des Girondins. C'était un homme du genre de DantoDiy plus grossier et plus capable de férocité; maïs çomùie lui facile à émouvoir. Carrier iotenriû); dans la conversatit^n (c Non, non, dit-il, il feu^ que Brissot et Gensonné tâtent de> la guillotine; il faut qu'ils la dansent. »

Saint- Just logeait, depuis plusieurs mois , dans le même hôtel que Salles. Les. locataires se réunissaient habituellement chez la maîtresjse de l'hôtel et formaient ainsi une société assez intime. M""'' Salles crut pouvoir solliciter l'intercession de Saint-Just pour son mari, niis hors la loi. Il se montra durement inflexible* La pauvre femme était grosse; elle se jeta à ses ge* noux; il la repoussa d'un coup de pied.

JjB 3 octobre, Amar présenta, au nom du comité de sûreté générale , un acte d'accusation contre plusieurs membres delà Convention nationale. Il y avait, .ppur la composition de ce genre de pièces, un procédé qui était toujours le même. On suivait la vie politique oa même la vie pi;ivée deâ accusés en remontant au commeneenient de lia Révolution ou même à une époque antérieure, en ramassant tout ce qui avait été écrit ou dit contre eux, le vrai, le faux, les calomnies ou-* bliées ou répétées > les imputations contradictoires

372 PftOCÈS DES GIHONDINS.

venues dç partis différents ; on travestissait les Taits. On appelait conspirations les discours , les écrits^ les relations de société, les opinions présumées ; et ces conspirations, quel qu'en fûl le caractère politique, étaient imputées aux accusés.

De toutes les dénonciations si souvent portées à la tribune, peut-être aucune n'avait-elle montré tant de haine et un si ardent désir de vengeance. En résumé^ il n'y avait de véritable, dans cette diatribe, que Teiposé de la conduite des Girondins pendant rassemblée législative. Ils avaient alors éié plus ambitieux qu'amis de la liberté ; c'était à s'emparer du pouvoir et à le faire exercer par des ministres leurs amis qu'ils iOrvaienj; travaillé; leurs opinions républicaines s'étaient prêtées facilement à des négociatioas avec la cour; ils avaient voulu une insurrection, non pour renverser le trône, mais pour s'emparer du roi, tout au plus pour établir une régence sous le nom de son fils. Le 10 août s'était fait sans leur concours, et les véritables auteurs et les combattants de cette journée les avaient contraints à changer de visées. ,

Il ne s'ensuivait pas qu'pn pût leur reprocher avec justice d'avoir trahi cette république qu'ils avaient acceptée volontiers ; elle convenait à leurs opinions. Ils l'avaient servie en toute sincérité et avec ardeur. Trop tard pour leur honneur, ils s'étaient séparés des hommes qui firent le 2 septembre. Mais ils ae conspirèrent point contre l'autorité de la Convenlioa; au contraire, ils réclamèrent sans cesse son indépendance ; ce fut à la tribune seulement qu'ils exercèrent leur action et obtinrent parfois quelque influence; leurs succès et leurs talents étaient le grand crime

pour lequel Robespierre et ses suivants le& envoyaient à la mort.

Amar proposait un décret d'accusation qui traduisait devant le tribunal révolutionnaire trente-neuf représentants. En outre , le décret qui avait déelaré vingt et un .autres représentants traîtres à la psitrie et hoirs la loi était maintenu. Ejifîn soixante et quatorze représentants qui avaient signé une protestation contre les actes du 31 mai et du 2 juin étaient envoyés en détention dans une maison d'arrêt.

Amar avait demandé, avant de commencer la lecture de ràQcusatjon, que les portes de la salle fussent gardées et qu'aucun représentant ne fût autorisé à sortir. La plupart de ceux^ qui devaient être seulement détenua, étaient présents. Ils n'avaient pas été prévenus. Chacun dans le parti modéré , et même dans cette fraction docile qu'on appelait 1^ Plaine , attendait son sort^ sans espoir d'être admis à se défendre ni de trouver un défenseur. Les listes avaient été écrites avec tant de précipitation , que neuf des noms portés parmi les détenus se trouvaient aussi compHs, soit panai les accusés, soit parmi les proscrits.

Fonfrède était entré dans la salle ^ où il ne se trouvait pas au commencement de là séance. Il voulut relever un fait faux imputé à Ducos et à lui. ff Les conspirateurs parieront au tribunal ; la trahison de' Toulon , la dévastation de la Vendée , le sang qui coule à Lyon les accusent; i> répondit Albitte. ,

Billaud-Yarennes fit remarquer comme une omission que le nom du duc d'Orléans n'était pas sur la liste; il y fut ajouté; puis it demanda que le décret fût voté par appel nominal comme la sentence du

tyrati. — « 11 faut, dit-il, oue chacun se prononc et s'arme du poignard qui doit percer le sein de traîtres. »

Robespierre s'y opposa. « 11 n'est pas nécessaire di ttupposer que la Convention est divisée en deux clas ses. Tune des amis du peuple , l'autre des conspira teurg «t des traîtres. 11 n'>est personne d'assez stupid^- ^^ pour n'être point frappé de la lumière des flammes ^^* de Lyon , de la Vendée et de Toulon que les conspi — -*' rateurs ont allumées. »

Le décret fut voté sans objection ^ aux cris de w vive-^^ ^^ la république ! » Mais quelques Montagnards ne troiji--^ *" Yaàt pas les listes complètes , proposèrent d'y com- -^^ ^" prendre plusieurs collègues qu'ils avaient particulièrement en haine. On ajouta Bichoux ,. un députa de l'Ëure, à la liste des soixante et treize. Yigée fut mis en accusation. Encouragé par l'admission facile de ces dénonciations, un membre de la commune du 40 août, Osselin, proposa de mettre en accusation tous les signataires de la protestation. 11 ne voulait pas qu'on se bornât à les tenir en prison; C'eût été envoyer soixante et dix représentants de pl\is. devant le tribunal révolutionnaire. Amar fut de cet avis.

Robespierre remarqua qu'on allait trop loin. 11 voulut que la Convention se bornât à demander au comité de sûreté générale un rapport sur les signataires de la protestation. '

«Le décret que vous venez de rendre honorera à jamais la Convention et fera passer le nom de ses membres à la postérité. Ce n'est plus un tyran , son ennemi naturel^ qu'elle a frappé, ce sont plusieurs de^ 8^s membres capables d'une lâche perfidie. Quel homme maintenant, prêt à commettre uû crime ^ ne

PROGÊrS DES GIRONDINS. 375

s'arrêtera pas eb voyant' un pareil exemple? Qui pourra douter que la Convention ne sç soit vouée au salut de la patrie^ puisqu'elle n'a pas même épargné ses membres? » — a La Convention ne doit pas chercher à multiplier les coupables ; c'est aux chefs^ de la faction qu'elle doit s'attacher. La plupart de ces grands criminels sont compris dans l'acte d'accusation, s'il en est d'autres parmi ceux que vous mettes en état d'arrestation, vous serez toujours libres de les frapper. »

Puis il se risqua à dire que dans le nombre , il y en avait beaucoup d'égarés qui avaient donné leur signature par surprisQ; des murmures s'élevèrent, sur la Montagne. — « Je prends le peuple pour juge de mes intentions. Sachez que vous ne serez véritablement défendue que par ceux qui ont le courage de vqUs dire la vérité* » La proposition de Robespierre fut adoptée. Il prévoyait déjà que ce n'étaient pas les Jacobins et la Montagne qui lui assureraient une majorité obéissante dans la Convention. Comprenant combien il pourrait avoir besoin des votes de la Plaine , il se proposait de ménager ce reste du parti modéré, et surtout de s^assurer ses votes. Leur suffrage lui était acquis à la condition de leur persuader que toute autre domination était plus à craindre que- la -sienne, et qu'ils avaient «n lui un protecteur contre lès fureurs des révolutionnaires extrêmes. Peut-être sa pensée allait-elle jusqu'à admettre qu'un jour pourrait venir, où il lui serait utile d'être le libérateur des représentants détenus et de les faire rentrer à l'Assemblée. En attendant, il les retenait hors de Tatteinte des Montagnards et refusait de les envoyer à Péchafaud.

Pour le moment f au moyen 4es trois listes des ac cuséSy des proscrits et des détenus, il retraochait d la représentation nationale cent vingt-sept élus peuple et membres du souverain.

On fit l'appel des trois listes. Les députés qui étaient compris et qui se trx)uvaient présents furentS^ ^^ à rheure içème arrêtés; on ordonna la saisie de^^ ^ leurs papiers, ^t l'un d'eux fut dénoncé pour le fait*" ^* grave., d'avoir remis la clef de sa chambre à un de ^^ ® ses amis.

Avant que le procès fût commencé , Gorsas , qui ^^ ^ était mis hors la loi, fut trouvé caché à Paris; il fut -^ ^ conduis au tribunal , qui se borna à constater Tiden- — titQ, et le 7 octobre il fut exécuté. C'était le premier représentant du peuple, qui montait à l'écfaafaud. Cette tète qui tombait au mépris de Tinviolabilité constitutionnelle du député ; ce supplice infligé pour des opinions librement exprimées et .pour des votes indépendants , inspira l'étonnement et l'effroi. On était certain que beaucoup d'autres tètes allaient être abattues. Même parmi ceux qui livraient leur collègue au bourreau, aucun membre de la Convention ne pouvait se défendre d'un retour sur soi-même.

Les vingt et un accusés, qui étaient soûs la ndàin de la justice révolutionnaire^ comparurent le 27 octobre devant le tribunal. Leur procès ne ressembla nullement à un acte judiciaire: il eut l'aspect d'une séance dç la Convention et d'une lutte entre deux partis politiques , l'un vainqueur, l'autre vaincu^ L'accusation ne pouvait porter sur aucun fait^ il n*y avait point de corps de délit, surtout lorsqu'on réunissait dans une même accusation un si grand nombre d'accusés qui n'avaient entre eux d'autre lien qu'une

PROCÈS DES GinONDlNS. . 377

communauté d'opinions , même a^sez difficile à prouver.

Les fémoins étaient les adversaires politiques des iccusés et venaient répéter les discours qu'ils avaient tenus contre eux à la tribune de la Convention , des facobins ou de la commun^; aussi le président se croyait- il obligé /de répéter souvent , que le tribunal de prétendait pas juger des opinions, mais les consilérait comme indices de la conspiration.

Pache, Chaumette, Hébert , Chabot , Montant, Fab^e d'Églantiae, Léonard Bourdon, Dufaem, Dèsdeux se présentèrent successivement, répétant avec létaii ce qu'Amar avait résumé dans Tacte d'accusa* don.

\Les ordres donnés par la commission des douze, l'arrestation d*Hébert et de Dobsent , les précautions prises pour défendre la Convention étaient les seuls ODibtifs d'accusation qui pouvaient être qualifiés de faits; et çncore cette commission avait été instituée par la Convention; elle avait rempli la mission qui lui était donnée et exercé l'autorité qui lui avait été Minfiée.

La haine et la soif de vengeance éclataient dans tous ces témoignages. La très4ongue déposition de Elhabot est un document curieux pour l'histoire de la dévolution. A travers beaucoup de mensonges ou de irérités défigurées, on y retrouve un tableau des intrigues 9 des complots, des différences de projets st d'espérances qui séparaient le^ deux factions révolutionnaires , lof s même qu'elles travaillaient Tune et Tautre à* renverser la monarchie constitutioandlé. L'ambition des Girpndins, la haine envieuse qu'ils inspiraient déjà à Robespierre ,. leurs

luttes aux Jacobins y rinsurrectioa fermentant to jours aux Cordeliers, l'argent de la liste civile pandu dans l'un ou l'autre parti , appsu*aissent ir évidence dans ce récit ; c'est une révélation do beaucoup de. détails sont entachée de fausseté, mkLdont Tensemble est singulièrement instructif.

A lire dans le bulletin du tribunal révolutionnairr^^* la défense des: Girondins , elle semble avoir manqu de noblesse et d'énergie. Sans les rendre solidaires d ignobles faiblesses où s'abaissa Boile^u de rYonnes^^» -qui les désavoua , qui les dénonça , qui protesta d ^^ son repentir et assura que maintenant il était fran^ ^^ montagnard et bon jacobin y il est à remarquer qu^ -^ chacun chercha à se justifier personnellement sur 1 imputations particulières portées contre lui, et qu'il n'avouèrent pas une communauté d't)pinion8 , projets et de conduite. Ceux, qui avaient fait parti de la commission des douze rejetèrent les uns sur le&^^ autres l'arrestation d'Hébert ou les ordres donnés à la niairie et à la garde nationale. Guadet et ceux qui étaient contumaces furent chargés par les accusés présents au procès.

Mais ce qui ôtait toute fierté à leur apologie , c'était la position où ils se plaçaient devant le tribunal, comme auparavant a la Convention. Contre révîdence, ils persistaient à se proclamer, auteurs ou complices 4u 1 0 août et fondateurs de la république } Hb avaient entrepris de renier leurs efforts et leurs intrigues pour s'emparer du ministère ou pour dominer la cour; ^ dans leur indignation du 2 septembre , ils oubliaient qu'elle s'était manifestée seulement quand ils avaient été menacés; ils avaient pour la plupart voté la mort du roi par contrainte et p^^* peur, et maintenant ils

^ rantai^nt d'a^roir prononcé la mort du tyran : une )Ile^ apologie manquait de sincérité. Elle offrait rîse^ leurs détestables accusateurs , non assurément

a point de vue de la justice , mais sous le rapport de i dignité politique.

Cependant leur attitude au procès était noble , accent de leurs réponses était ferme; ils avaient, ar le langage ^^ les manières et ta physionomie une jfle supériorité sur les vils ennemis dont le témoiaage était scandaleux de haine et de calomnie'^ que intérêt du public, et presque de l'auditoire composé lèiQç comme il Tétait, se portait i^ur éfix. Ils n'auent eu encore qu'à s'expliquer dans leur confrontûon avec les lémoinB / et Vergniaud , répondant à ébert quelques paroles prononcées de cette voix hiétranté qui avait si souvent ému la Convention, OBnait déjà aux jugés la crainte de voir les 'jurés onblés dans leur habitude de condamnation* «

Hébert se hâta d'aller le soir même , porter IX Jacobins ses plaintes et ses inquiétudes, a La lase, qui se débat au tribunal révolutionnaire /doit >peler toute votre sollicitude ; les hommes qu'on va iger sont les plus faux et les plus astucieux qu'on t jamais connus; ils ont de grands avantages sur un accusateurs qui ne sont que les défenseurs du ^uple; ils peuvent écrire pour leur Justification , ndis que les accusateurs occupés de leurs fonctions ibliques, ne peuvent se livrer à l'accusation que 'une manière insuffisante. M existe un projet d'ar- M^ber ces scélérats au glaive des lois. »

Il dénonça les- journalistes qui, disait -il, renatMit un compte mensopger deâ débats et des dépoitkms; il inculpa le bulletin du tribunal révolution-

naire comme plein d'astuce et 4e danger; c'était iin journal qui ne pouvait avoir d'autre tort que de :m^' produire avec une exactitude sténographique les séances du tribunal. Les autres journaux le copiai^n^ en l'abrégeant plus ou moins. Hébej*t attribua au fi^î à' la faction criminelle qui voulait sauver Brissot ^^ consorts les attroupements qui ne cessaient de ^^ presser à la porte des boulangers. •

Hébert et Chaumette montrèrent même quelq»^* inquiétudes sur le prononcé du tribunal ; ils cr gnaient de voir acquitter quelques-uns des accusé et parlaient, avec amertume de Tinlérêt accordé p l'assistance y et surtout par le$ femmes , à Vei^niai^-^ pour son éloquence ; à Ducos et Fonfrède pour lec^^ jeunesse^ leur beauté et leur fraternelle amitié; * Fauchet pour son retour à la religion. Ils s'alarmaié aussi de la plaidoirie que pourraient tenter des av catSy s'il en était admis pour la défense des accusé Hébert ne concevait pas qu'il s'eû fût trouvé deu disposés à défendre la scélérate qui venait d'être ço ^damnée. Pour donner l'idée de ce que pouvaient êi ces hommes, il cita une parole que l'un d'eux avait os dire : « N'est-ce pas assez de deux grandes victimes • eu faudrait- il d'autres encore 7^) — k Y a-t-îl, disai * Hébert, rien de plus hardi, de plus criminel? » .

Chaumette ajouta que tout homme qui se chai^eaiP^ ^ de. défendre un assassin du peuple devait être vou au mépris et à l'exécration.

Puis la société délibéra qu'elle se rendrait en mtasse et même avec les spectateurs des tribunes, à la Con vention pour demander qu'il fût enjoint aiu tribunal d prononcer le jugement dans les vingt-quatre heures.

Cette grande députation fut donc envoyée dès

PROCfcS BES GiaONDIMS. 381

le&deraain à la ConTention ; elle avait pour orateur Jkudoin, uo prêtre marié à la fille de Pache.

w Le tribunal révolutionnaire est encore, dit-il, asservi à dès formes qni compromettent la liberté. Quand un coupable est saisi commettant -un assassinat^ avons-Aous besoin de compter Ije nombre des coups qu'il a donnés à sa victime? Les délits des députés sont-ils plus difficiles à juger? N'a-t-on pas eu le Bquelette^ du fédéralisme? Des citoyens égorgés^ des villes détruites ^ voilà leurs crimes. Pour que ces monstres périssent , attend - on qu'ils soient noyés dans le sang du peuple? Vous avez le maximum de l'opinion, frappez. Nous, vous proposons : 1"" de débarrasser le tribunal révolutionnaire des formes qui clouffent la- conscience et empêchent la eonvictioç ; ^*^ de donner par une loi la faculté aux jurés de d4^ ^arer qu'i|&sont suffisamment instruits. »

Ia seconde proposition fut aussitôt convertie en un décret qu'on envoya au tribunal. Robespierre y avait «Ô<Hité ^^ développement qui le rendait vpécialement applicable au procès des Girondins : «Apres trois jour^ de débats., le président du tribunal demandera «lux jurés si leur conscience est assez éclairée. S'ils répondent négativement, l'instruction continuera jusqu'à ce qu'ils déclarent qu'ils sont en état de prononcer. »

De son côté y le tribunal avait sollicité le comité de saint public pour que Ta- marche de la procédure fût accélérée. On ;doiina lecture de sa lettre : la Conventien aviait prévenu le vœu dés juges.

' ce Nous sommes arrêtés par les formes que prescrit la loi. Depuis cinq jours le procès des députés est commencé ^ et neuf témoins seulement ont été enten- 43u8. Chacun veut faire un historique de la Révolution.

382 PR0Cè8.]>ES QlROltMirS.! .

Les accusés répondent; les témoins r^liquBnt. I>^ loquacité, des accusés rend cette sdiscussion . très-IoD^ gue. Après ces débats particuliers , chaque accudé voudra-t-il faire une défense générale ? Ce procèd.ser^a donc interminable? Pourquoi des témoins? La Frano^ entière accuse , les preuves de leurs crimeg sont évî* dentés. C'est à la. Convention k faire dis:paraître le^^ formalités qui entravent la' marché du tribunal. - ^> C'est ainsi <iue les magistrats dii gouvernement révc^-lutionnaire entendaient ta justice; telle était l'impar*— tialité que les accusés avaient à attendre.

•BiHaud-Varennes remarqua avec justesse que l^'tribunal avait pour titre officiel « tribunal çrimiael ej^-^ traordinaire >i, et que c'était seuleitient la voix publi^ — • que qui Tavait intitulé révoiutionAairC' « J.e demanda que Vous .lui donniez le nom qu'il doit avoir^v» Ceb fut décrété.

.Muni de la loi qu'il avait sollicitée , le président tribunal demanda au die.f des jurés si leur cpnscielici était sufûsaoïment éclairée. Le chef du juury éVàiC::^ Ântonelle, qui souvent exerça cet offîee et qui passait;::;^^ pour avoir influence et autorité sur ses collègues—-* dont .pourtant le ^ zèle n'était pas douteux. Il pensa- — qu'il n'était pa« convenable d'user sur-le-champ de "* la faculté que la loi venait d'accorder. Il répondit — que leur religion n'était pas encore «assez éclairée. On continua à interroger les accusés , puis-l'audiènto "^ fi;t suspendue .pendant trois heures. Ensuite lès juges reprirept leur siège ^. le^ accusés furent ramenés; les jurés revinrent de leur salle ^ et aussitôt aprèâ Antonelle déclara que leur conscience étaitéclairéei Les débats furent fermés.

Il n'y eut ni conclusions xle l'aceusateâr public , ni

PROCÈS DES GiaONDlMS*. 383

teofle des accusés. Aucun défenseur ne se présenta leur nom; •

Il était sept heures du 3oir;.le jury entra en délibé- )on4 Le% accusés furent ^emmenés hor^ de la salle. ois lleures apfèft, l'audience fut reprise. Les jurés irinrent* Un d'entre eux*, nommé Broobet,^ prononça

nouveau résumé des criines imputés aux. accusés ^

la termina par la dédaratiOH affirmative -qne le ry venait de délibérer.

Alprfi Içs accusés furent ramenés^ et le président ur donna lecture de cette, déclaration « Us se levèrent. IU8 à la fois; et comnie le président leur interdisait la arolé ,' ils ^'abandonnèrent à .toute leur indignation DBtre un tel déni de justice ^ contre ce mépnsvdes innés légales et du droit de défense. Leurs cris , mrs gestes jetèrent Témotion et le trouble parmi les Dectateurs. La force armée fut appelée ^ans que le unnlte s'apaisât Au milieu de ce désordre, l'accuiténr public prononça son réquisitoire concluant à

peine de mort contre les vingt et un accusés. m La loi vous pe;rmet de parler^ dit le président, sur pplieati^m de la loi invoquée contre vous. » — -Gen- Kiiié demandait la parole , lorsqu'on entendit un des imséB dire : «Je meurs, n C'était Valazé qui venait

«e frapper d'un coup de couteau^ et qui tombait irtellement atteint.

Le tumulte redoublait; l'émotion gagii^ait une uide partie des assistants. .Camille De^moulins ait 4eu la curiosité de venir à luette scène • xiont le noûment ne pouvait être imprévu pour. lui. Facile JL impressions, sympathique par mobilité > il disait 'ec un accent douloureux : ^ Ab ! mon Dieu ! c'est LOI qui les tue! c'e&tma brochure qui les tuè! Je

384 PROCÈ« DES GJ1I.0ND1K$.

veux sortir, je veux m*en aller. » El la voix du président qui prononçait l'arrêt pouvait à peine êtrç entendue parmi ce trouble. • ,

Les condamnés s'écriaient : (cYiV^ lai -république ! Peuple, on te trompe i npiis ne sommes: pas coupa — bles.»i — Bris^ot <5onsterné laissait tomber sea bras ^ et sa tête se penchait sur sa poitrine^ — ^..Boilea p^urait en disant: « Je suis iniiocent. » >-^. Sillery qui était goutteux, rejeta ses béquilles : «C'est 1 plus beau jour de ma vie 1 >y — Fonfrède,. serrant Ducos^dans ses bras : t< C est moi qui te donne la mort * -T- Console-toi > nous mourrons ensemble, » répon — dalt son! frère^ — Vergniaud paraissait souffrir vlwl ^ douloureux enîiui de<;e spectacle déchirant» Presque tous les autres témoignaient une mâle fermeté. . Cependant le président ne pouvant rétablir le^calm dans l-audience, avait ordonné aux geQdaroies d'em mener les. condamnés. Us ne firent nulle rési&tance et n'essayèrent ()as Tascendant de leur parole pou remuer ce public, dont ,une partie^ semblait aifligé et irritée de cet assassinat juridique. Us auraien produit peu d'effet*; l'intérêt qu'on leur téîooignai n'était pas , de natui^e a altérer le resp^ci crainti qui soumettait -toutes les âmes. Us jetèrent dieaassi gnah parmi la foule, sans doute{)arin,épris;9 sachan l)ien que ceux des spectateurs «qui applau^àiss^ent leur condamnation étaient payés pour ce rôle. En sor tant et sur 1- escalier de la Conciergerie ils chanièren en choeur un couplet de :1a Marseillaise ^ dont il avaient changé quelques paroles :

, Contre nous de la ivraïiriîfe-, •' ^

« Le couteau » sanglant^eât levé.

ux sortis^ le président acheva la lecture de Tarrèt. fut ajouté y après réquisitoire de Fouquier-Tin- I f que le cadavre de Valazé serait placé sur une Tette qui accompagnerait les autres condamnés u'à Téchafaud.

était près de minuit lorsqu'ils rentrèrent dans prison. Ils avaient pour compagnons de captiplusieurs hommes persécutés comme eux, qui, d'heureux hasards ^ ont échappé à la mort et ont (é des récits où sont retracés les souvenirs de s derniers moments. Ces témoignages ont jeté un id intérêt sur les Girondins , sur leur courage , la constance de leurs opinions , sur le charme de s relations personnelles. Une sorte de poésie s'est i répandue sur cet épisode de la révolution. La té simple n'est point trop différente de cette au-

8 revinrent du tribunal dans une disposition rélée, ferme et presque insouciante , comme la plu- ; des condamnés de cette époque. Brissot était «^e y mais calme. Gensonné silencieux , avec une ression de mépris , en songeant aux hommes qui iroyaient à la mort. Comme tous ses amis^ et ttç plus qu'eux, nourri de la philosophie de son le, il repoussait toute pensée religieuse. Vaineit l'abbé Fauchet essayait de les rappeler à des iments meilleurs et plus en harmonie avec la mort Is attendaient dans quelques heures. Pour lui , » avoir professé le fanatisme révolutionnaire , il t revenu aux convictions de sa jeunesse^ à sa science de prêtre; il disait chaque jour son brére, et parfois, dans la conversation, s'animait ne exaltation mystique conforme à la nature de III. 25

son esprit. Fonfrède laissant couler quelques larm en parlant de sa femme et de ses enfants , sVn exe sait; Ducos et lui rappelaient leur courage en s'e brassant.

Vergniaud rappelait la parole prophétique pronorm^ ^ncée par lui à la tribune : « La révolution , comme S^ Saturne, dévore ses enfants. » Us ne dormirent point *^ it, et passèrent le reste de la nuit ensemble autour d*u .kl Jin bowl de punch. Quelques-uns répétaient les chansonflr::Kiis patriotiques de ce temps-là.

Le' lendemain y à midi, ils furent conduits à Téchs faud. Une foule immense se pressait partout sur leu passs^e. Les Jacobins avaient réparti leurs homme sur la route que devait suivre le cortège , et les clameurs qu'ils devaient pousser étaient réglées d'à vance.

Les condamnés conservèrent pendant ce traget leuL ^^r attitude courageuse et facile : les injures payées qu flc-ii leur étaient adressées les laissaient impassibles o\j^^ i* excitaient un sourire de dédain. Duchatel s'abaisscs^ ^^ pourtant à répondre à quelques-uns : ce Pauvres Pari— ^^siensy nous vous laissons entre les mains de gens qui: vous feront payer cher votre plaisir d'aujourd'hui. >- Mainvielle» Duprat, Gardien , et quelques autres « chantèrent des airs républicains et le refrain :

Plutôt la mort que l'esclavage , C'est la devise des Français.

Arrivant à l'échafaudy Ducos et Fonfrède s'embrassèrelit encore. Sillery fut exécuté le premier , et salua gravement les spectateurs à droite et à gauche. Quelques-uns crièrent : « Vive la république ! » D'autres essayèrent de parler^ et ne furent pas entendus.

PROCÈS DU bvc d'orléans. 387

Ducos, que sa gaieté n'abandonna pas un instant , disait avant de passer sous la hache : « La Convention aurait dû décréter l'indivisibilité du corps et de la tête. »

Dès que le comité de salut public eut constaté par cette grande épreuve que nulle résistance n'était à craindre y et que la population parisienne était soumise et tremblante devant le peuple des clubs , des sections et de Tarmée révolutionnaire ^ il s'abandonna sans réserve aux volontés de Robespierre , s'associa à ses projets ou, pour parler plus exactement, à ses orgueilleux désirs de vengeance et de domination. Les Jacobins et la commune conquirent une influence sans bornes; pour quelque temps rien ne fut refusé à leurs exigences.

La principale était l'activité du tribunal révolutionnaire et la pratique du système d'extermination sous forme juridique, sans garantie pour les accusés, sans nul retard dans les procédures. — L'histoire politique des dix premiers mois de l'an ii de la république n'est guère que la chronique de l'échafaud.

Cinq jours après le supplice des Girondins, Philippe-Égalité, qui avait été compris dans le même acte d'accusation, arriva de Marseille, où il était emprisonné. Aussitôt son procès commença devant le tri< bunal révolutionnaire.

Un député, porté aussi sur cette liste, Coustard, fut compris dans la même procédure. Carrier, alors en mission à Nantes, Vy avait découvert dans un asile où il était caché, et l'envoyait au tribunal.

Le duc d'Orléans avait déjà, par les ordres de la Convention y subi plusieurs interrogatoires devant le

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président du tribunal criminel de Marseille. Ce commencement de procédure n'avait pas eu de suite , et^ ^ le prince était demeuré enfermé en prison avec ses deui filsy M. de Montpensier et M. de Beaujolais. Yoidely un ancien membre de l'Assemblée constituante y fort attaché à la famille d'Orléans , publia un mémoire justificatif et réclama la mise en liberté du duc et de ses enfants. Le comité de salut public n'en continua pas moins à les tenir dans une rigoureuse détention 9 jusqu'au moment où un décret comprit Philippe-Égalité parmi les Girondins traduits devant le tribunal révolutionnaire.

11 était ainsi accusé de complicité avec un parti qui depuis l'ouverture de la Convention avait constamment demandé qu'il fût banni ou emprisonné, en lui imputant des complots formés avec les Jacobins. Une pareille accusation n'avait pas même d'apparence; cela importait peu dans la jurisprudence du tribunal.

L'interrogatoire ne fut pas long. Avant le 10 août, Brissot et surtout Pétion, avaient été en relation habituelle avec M"* de Sillery-Genlis, gouvernante des enfants de M. le duc d'Orléans et qui avait alors beaucoup d'autorité dans sa maison. Sillery était ami des Girondins. Les questions furent relatives à ces indices. L'accusateur public insista aussi sur la complicité avec Dumouriez, démontrée ^ selon lui, par la confiance que le général témoignait au duc de Chartres, qui servait sous ses ordres. — Une explication fut demandée à l'accusé sur la différence de son vote avec le vote de Sillery qui n'avait point prononcé la mort du tyran. — N'étaitrce point une combinaison politique ? Le duc d'Or-

puacÈs DU DUC d'orléans. 389

léans répondit : « J'ai voté en mon âme et conscience. »

Voidel fut admis à le défendre. Dans un long plaidoyer, il exposa quelle avait été la vie politique de Taccusé depuis le commencement de la révolution; comment il avait prouvé par toute sa conduite , son patriotisme ^ son amour pour la liberté et la république, et par conséquent encouru la haine des contre-révolutionnaires.

Le duc d'Orléans s'était fait illusion sur le sort qui l'attendait : il était irréprochable envers la république et supposait que justice lui serait rendue. 11 entendit son arrêt avec le plus grand calme, a Vous étiez décidés à me faire périr; mais vous auriez dû chercher des prétextes plus plausibles. Vous ne me croyez sûrement pas coupable des crimes dont vous me déclarez convaincu , dit-il à ses juges. — Vous surtout qui me connaissez bien, » ajouta-t-il en regardant Antonelle, chef du jury, qui allait en efTet beaucoup au Palais-Royal. Puis il demanda qu'on ne le fît pas languir et qu'on le conduisît à la mort sur-le-champ. Il fut ramené à la Conciergerie. Un prêtre alsacien nommé Lothringer, s'y trouvait enfermé. Le prince se confessa, et, selon le témoignage de cet ecclésiastique S il montra des sentiments de piété et de repentir. Il venait, pour ainsi dire , de renouveler son cruel vote, en répondant à l'interrogatoire. Aux pieds du confesseur il exprima ses remords ; parlant de son espoir en la miséricorde divine, il disait : « Saint Louis, Vauteur de ma race, sollicitera pour moi , et Louis XVI qui avait tant de bonté, implorera mon pardon. »

* Récit de Tabbé Lothringer.

390 PROCÈS Dt DUC d'okléams.

Ou vint le chercher pour le conduire à Téchafaud. u Je l'ai vu, raconte un témoin oculaire', prisonnier à la Conciergerie et point suspect de partialité , traverser les cours et les guichets suivi d'une douzaine de gendarmes qui l'entouraient le sabre nu, et on l'eût pris pour un capitaine qui commande à ses soldats plutôt que pour un malheureux conduit au supplice.

On lui avait donné pour compagnon sur la charrette fatale, Coustard, qui avait été condamné par la même sentence , et un pauvre couvreur de Savignysur-Orge, accusé d'avoir crié : « Vive la royauté, » et d'avoir dit que si elle était rétablie par les Vendéens, il trouverait mieux à gagner son pain. Le quatrième condamné était un ancien subdélégué de Mortagne, d'une famille noble , vieillard de soixante-treize ans, dont le Qls était émigré, et qui par sa conduite, son langage et ses correspondances , avait manifesté constamment ses opinions royalistes; c'était plus quil n'en fallait pour être déclaré coupable d'un complot tendant à allumer la guerre civile dans le sein de la république. En quittant la prison, il disait: ce Je ne regrette plus la vie puisque celui qui a perdu mon pays reçoit la peine de ses crimes; mais je suis humilié de mourir sur le même échafaud que lui. »

Le duc d'Orléans entendit ces paroles et ne répondit rien. Durant tout le trajet, il fut souvent insulté par la foule sans paraître y faire attention. On arrêta la charrette devant le Palais-Royal. Lisant sur la façade l'inscription : (( propriété nationale, » il détourna les yeux et pendant un instant parut accablé. Quelques moments après , comme il approchait de la place de

* Beaulieu.

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