PROCÈS DE BAILLY
stipendiés de la commune le suivaient en Taccablai d'injures et parfois en lui jetant de la boue. C'éta -^^^ une journée d'hiver; une pluie froide tombait san^K: \^ cesse. — « Tu trembles, Bai lly! » lui cria un des inKir^isulteurs. — «Mon ami, c'est de froid,» répondit-SL -il tranquillement.
On arriva au Champ de Mars. L'échafaud fut dressé. -^; puis « le peuple, » pour parler comme le procès-verba -^f3i1 du tribunal révolutionnaire , ne voulant point qu^ ^e cette terre sacrée fût souillée par la présence d'un s. ^3&\ grand criminel, s'opposa à ce qu'il y fût exécutée Alor^ ^^s chacun s'empressa à démonter la guillotine pour lut:^^ 'a transporter dans un des fossés qui bornent le Champci^J)
de Mars du côté de la rivière. Là on dressa l'écha -^-
faud parmi les ordures. Bailly fut alors mené dans cr^: fossé,. après avoir ainsi assisté pendant trois heures aux apprêts de son supplice , au milieu des insultes^ et sans cesse menacé de violences dont ses bourreaux seuls le défendaient. On brûla le drapeau rouge devant lui en dirigeant la flamme sur son visage. La douleur lui arracha une plainte. « Vous devez être bien satisfaits , disait-il , car vous me faites bien souffrir. » Il tombait presque en défaillance; mais, recueillant ses forces , il monta d'un pas ferme sur l'échafaud , et reçut la mort comme une délivrance.
(cSa tête tomba, dit le procès-verbal, aux applaudissements des spectateurs et aux cris de « Vive la république ! »
Maintenant aucun jour ne se passait sans effusion de sang, et parmi les condamnés que leur obscurité ou l'infériorité de leur condition n'avait point garantis des vengeances politiques , il se trouvait toujours quelques noms connus. — Un député du Calva-
dos, Cussy, fut exécuté sans jugement, comme étant hors la loi , le même jour que Gilbert de Voisins , émigré rentl*é et placé aussi hors la loi.
Puis vint le procès de Manuel, si récemment encore procureur de la commune, représentant du peuple, marchant en tète de la faction révolutionnaire, complice par docilité des massacres de septembre. Ils lui furent imputés par l'accusateur public, comme complice de Pétion. Les hommes qui avaient ordonné le crime le rejetaient sur ceux qui leur avaient lâchement obéi. L'intérêt timide qu'il avait montré aux prisonniers du Temple n'aurait pas dû lui être reproché, car il n'avait ni empêché, ni même atténué la dureté insolente des geôliers.
Sa conduite pendant le procès du roi était plus répréhensible aux yeux de ceux qui avaient poursuivi avec passion la condamnation. Ce changement complet et courageux n'a jamais été expliqué avec vraisemblance. On ne trouve nulle preuve certaine que Manuel fût en intelligence avec les personnes qui auraient voulu sauver le roi. Un des défenseurs de la reine rapporta même qu'elle avait témoigné quelque crainte, en voyant Manuel appelé en témoignage dans son procès. Rien dans les interrogatoires qu'il subit devant le tribunal révolutionnaire n'éclaircit comment il avait presque soudainement pris, avec vivacité, cause pour la justice et l'humanité. Peut-être une nature mobile et sympathique prit-elle le dessus sur les opinions révolutionnaires qu'il avait jusqu'alors professées. Sa contenance ne manqua point de fermeté pendant le procès ; il en eut moins après la condamnation.