‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 99 sur 108 · PROCÈS DE GIRBT-DUPRÉ · texte numérisé non relu

PROCÈS DE GIRBT-DUPRÉ

Le général Bouchard se défendit avec éner^^^^* Soldat de fortune , couvert de nobles cicatrices, y^b^^hquelir dans une bataille qui avait arrêté Tinvas^Kon ennemie y il ne s'accoutumait point à la pensée d'è 'tre accusé de trahison et de s'entendre traiter de «lâc^^she par le moine défroqué qui présidait le tribunal réw^-«'o-

hitionnaire et par un représentant du peuple qui, c i>r-

gueilleux et comme étonné d'avoir eu un cheval t -^^^^ sous lui , prétendait donner des leçons de bravou^v^^ et de tactique à un vieux général d'avan^garde. Il ple^^^^" rait de rage en répétant : « Ils m'ont appelé lâche l^B- • *

Un ami de Brissot, Girey-Dupré, qui avait été co^=^^^' laborateur de son journal, fut amené de Bordeai^^-^^^^ tout meurtri des fers dont on l'avait enchaîné. Il s'^ ^ tait trouvé à Caen avec les députés qui avaient tent^ ^^ vainement une résistance à l'oppression. C'était u% *^" jeune homme de vingt-quatre ans, d'un esprit anim» ^^^ et facile, d'une âme ardente, plein de courage et d^ ^^ dévouement. Peu dé 'moments avant de monter au^ -" tribunal , il chantait un couplet qu'il venait de faii sur l'air et le refrain d'un des chants patriotiques qu: avaient cours à cette époque :

Martyrs de la liberté sainte , A l'échafaud marchons sans crainte , L'immortalité nous attend.

Mourons pour la patrie , C'est le sort le plus beau , le plus digne d'envie.

Il se présenta devant ses juges après avoir fait luimême sa toilette de condamné, le col ouvert et sa chemise rabattue. On l'interrogea sur ses relations avec Brissot. «J'ai connu Brissot, répondit-il; il a

écu comme Aristide , il est mort comme Sydney , ïiartyr de la liberté. « On interrompit son interrogaoir€, et la sentence fut prononcée.

Peu après, en vertu d'un décret d'accusation rendu ;)ar l'Assemblée législative seize mois auparavant, Barnave comparut devant le tribunal. Il avait été létenu d'abord à Grenoble, puis au fort Barrault. [Jne évasion eût été facile; il s'y refusa : «Je pourrais '^migrer si j'étais demeuré étranger aux affaires de non pays; mais j'y ai pris une part active, et l'évilence même du danger me défend de quitter ma parie, si malheureuse en ce moment. »

Ce sentiment d'honneur et de résignation inspira lu re&pect à ses compagnons de la Conciergerie. Ce bugueùx orateur, qui s'était jeté en avant de la révoation de 1789, qui avait semblé la pousser hors des imites justes et raisonnables, se montrait homme lage , politique profond , raisonnait avec calme et sagacité sur la politique extérieure et intérieure. Sa situation ne lui laissait aucune espérance et il raisonlait en toute, liberté d'esprit. « Au témoignage d'un le ses camarades de chambrée, il avait plus appris m une année de prison que les orateurs politiques l'auraient pu faire en dix ans. »

C'est qu'il n'avait pas attendu la persécution et la yrannie révolutionnaires pour revenir à la raison; imi de la véritable liberté, il quitta la route qui x>ndui8ait au désordre et à l'anarchie. Les mouvenents populaires, qui succédèrent aux discussions où 1 avait soutenu d'imprudentes opinions, l'éclairèrent'.

* Œuvres de Barnave.

400 PROCÈS DE BÀRNAVE.

(( Le triste succès de ces moyens et le mal-être c^^^ j'en éprouvais m'avertirent de changer. » — ce Pe '^^^' être, ajoute-t-il, ceux qui ont vécu dans les affai^cres publiques et qui ont connu le charme de la popuK^-^' rite m'excuseront-ils de lui avoir fait alors quelqi^^^^ sacrifices en songeant avec quelle éùergie j'ai résifc=^^ depuis. »

11 pouvait honorablement reconnaître qu'il s'ét^^^^^ trompé : en convenir était une preuve de désintére-sî^^ssement et de courage. 11 avait aimé une révolution c^ de liberté, et n'avait point voulu travailler par orgaei ^ i^ par ambition et par envie, à une révolution d'égalit^^^Ké. Il pouvait donc revenir en arrière sacns rien désavoua J^^ de ses sentiments et de ses opinions, tl avait été ^^^^ bonne foi, et il l'était encore.. Inhabile à l'intrigue, i'

s'était retiré dans sa province , et si , par habitude^ 1^ '^ voix publique associait toujours son nom au nom d^^^^ ses amis Adrien Duport et Lameth, il n'en est moins certain que, depuis les premiers jours de 1 79! Barnave ne fut pour rien dans leurs relations avec 1^ ^^ coui*^ II ne vit jamais la reine qu'avec eux, hormis» -^ lorsqu'il alla prendre congé en quittant Taris. 11 lu ^^ fallait la tribune et la publicité. Longtemps après lui^ ' les* fragments qu'il a laissés ont été publiés. C^est \^^ qu'on peut voir combien l'expérience avait éclair^^^ cet esprit accoutumé à l'étude et à la réflexion. Nul parmi les hommes distingués de cette époque, n'j mieux reconnu et indiqué les causes et les e£fets nécessaires de la Révolution qui renversait le trône e1 bouleversait la société.

Ses amis , quand il était encore prisonnier en Dau-

' Histoire de VAssembîée constituante, par M. AlesLandre de Lamelb.

PROCÈS DE BàRNàVE. 401

)hiné, avaient essayé de le sauver en s'adressant à )antony qui déjà avait préservé Duport. Danton ré- K>ndit : (c Baruave a parlé à la tribune « de ces homi mes qui grandissent et grossissent dans les troubles c comme les insectes dans la corruption, n Plusieurs , ^ul sont puissants aujourd'hui, ne lui ont point pardonné ces mots; ce sont eux que nous avons à craindre. Toutefois il fit conseiller à Barnave d'écrire une lettre à la Convention.

. Barnave répondit du fort Barrault : « Leur demander justice serait reconnaître la justice de leurs actes antérieurs y et ils ont fait périr 1q roi. J'aime mieux ftouf&ir et mourir que de perdre une nuance de mon caractère moral et politique. »

Pendant qu'on le conduisait à Paris , il écrivait à Boissy d'Anglas en lui recommandant de donner à sa mère des soins et des consolations : « Quoique je regarde mon sort comme à peu près filé d'avance, je crois devoir à moi-même de ne rien omettre pour ma défense ; et ne fût-ce que pour laisser après moi une mémoire honorable , je donnerai tous mes soins à. ma justification. »

Boissy d' Anglas s'adressa à Bazire , qui avait assurément tous les titres à un grand crédit dans Je gouiremement révolutionnaire. — « Je suis affligé de ce que vous me dites, répondit-il, mais je ne puis rien faire pour y otre ami. J'ai moins d'hnflùence que vous, et vous ne tarderez pas à le voir, n Le pronostic devait se réaliser bientôt.

Barnave fut amené devant le tribunal avec Duport-

Dutertre, ancien ministre de la justice, compris dans

le même acte d'accusation.

Le réquisitoire de Fouquier-Tinville fut d'une exni. 26

402 PROCÈS DE BARMAVE.

trème violence. Il avait incriminé les opinions q^ '^^^ Brissot avait soutenues sur les colonies. Barnave av^^^^ défendu les opinions diamétralement opppsées; ^^ grief se trouvait dans son accusation. Elle fut ^^ haineuse et si mensongère que Tauditoire, to^^rD^^ composé qu'il pouvait être de spectateurs payés, m ^^ témoigna quelque mécontentement.

Barnave se défendit avec une fermeté fière. Uacc^^^^^^^' sateur public et le président Tinterrompaient sor^^^^' vent, mais sans le troubler, sans abattre son énergie S^7^ Le public était ému. Quelques-uns des jurés parais ,0:js saient même attendris.

Le président craignit l'impression que produisa:.-^^^^ la défense de l'accusé; il se hâta de résumer le débas»^^^ en des termes plus passionnés encore que Fouquiec -^^er Tinville. Il fit honte aux jurés de leur émotion , ^ ®^ réussit assez facilement à les ramener aux disposiï:- ^* tions qui leur étaient habituelles, r— Ils se retirèreor^v^o^ pour délibérer et peu d'instants après ils apporr^^ > tèreot leur déclaration.

Les accusés entendirent leur sentence sans éton^ ~^i' nement. Quelques voix dans l'auditoire dirent -

« C'est dommage. » Cette parole fut douce à Barnave-^^^^ et il la répéta avec satisfaction dans sa prison.

Le lendemain les condamnés furent conduits au:^' ^ supplice, dans la même charrette qu'un pauvrt^^^ curé et sa sœur, un horloger et un maitre d'hôte' ^^' garni, tous convAincus de conspiration contre la^^-* république.

Barnave ne fut pas insulté pendant la route. Montr^^ ^ sur Téchafaud , il voulut parler encore une fois à ce-^=^^^ peuple, dont il avait été l'idole, et qui souvent l'avait^ ^^ couvert d'applaudissements. On lui laissa prononcer'^ ^

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quelques paroles qui furent éloquentes et semblèrent écoutées avec bienveillance. — « C'est donc la récom- ;)ense qne je reçois de mon amour pour la liberté l » Ce furent ses dernières paroles.

Ainsi était inauguré le gouvernement révolutionaaire; évidemment ce tribunal était son institutian fondamentale. En disant que la terreur était à Tordre iu jour, les orateurs et les pétitionnaires avaient prodamé que leur république ne pouvait s'établir que par Téchataud .

Maintenant le sang allait y couler chaque jour sairs nul intervalle et en progression croissante. Nous avons accompli un. devoir en racontant les derniers moments des condamnés illustres, par où commencèrent les massacres juridiques-; le courage et la noble contenance des victimes relèvent Thonneur national souillé par les bourreaux.

M$iis ce n'était pas à Paris seulement et sous les yeux de la Convention que le sang coulait ce pour affermir la république , » comme disait un des chants patriotiques, qu'on criait sous les fenêtres des prisons'.

Les départements, livrés à l'autorité absolue des représentants en mission y devenaient le théâtre de jugements plus informes y plus dépouillés de garanties, et d'exécutions plus sanglantes.

Collot d'Herbois était arrivé à Lyon au commencement de novembre, le jour même où Couthon allait en partir. Sa mission lui était donnée bien plutôt par

* Il faut du sang , il faut du sang ,

Pour affermir la république.

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ies Jacobins y les Cordeliers et la commune, que par le comité de salut public, qui peut-être eu ce moment hésitait à exercer sur la malheureuse ville de si vastes et si cruelles vengeances. CoUot d'Herbois était destiné à appliquer dans toute son étendue le système d'extermination révolutionnaire. Avant de quitter Paris, il avait dit à la société des Jacobins « je reviendrai vous dire, que le midi ;est purifié et qu'il n'y reste que des patriotes, ou je mourrai dans cette ville \ » — Lui-même fut chargé de choisir les missionnaires jacobins dont Couthon avait iadiqué la nécessité. •

Les mêmes hommes qui chargeaient CoUot d'Herbois de cette terrible commission, lui firent donner pour collègue Fouché de Nantes , dont le nom était alors à peu près inconnu , hormis dans les départements de la Nièvre et de l'Allier, où il avait été envoyé depuis quelques mois. Fouché ^ en arrivant à la Conveotion, t>'était placé au côté droit, parmi les modérés et les Feuillants ; lorsque commença le procès du roi , il se proposait de défendre ouvertement et avec courage la cause de la justice et de l'humanité. Il l'avait ainsi annoncé à M. Daunou, son ancien confrère dans la congrégation de l'Oratoire. Bientôt après il vit où était le danger et où serait le succès. Il fit imprimer une opinion, et donna son vote pour la mort du tyran; désormais il siégea sur la Montagne.

Lorsque des représentants furent envoyés en mission dans les départements pour hâter les levées d'hommes, Fouché alla à Nevers : c'était le pays de Chaumette, Il l'accompagna, et pendant quelques

' Séance du 8 brumaire an h. .

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jours ils parcoururent eosemble le département , 8*attachant d'abord à abolir complètement le culte catholique. Chaumette avait une passion violente et presque fanatique contre la religion.'Les églises furent fermées et dépouillées. Fouché écrivait à la Convention : (( Les prêtres sont enfermés et le peuple demande, avec instance, justice de ces conspirateurs^ craignant de voir échapper ces grands coupables. »

Le premier essai pour établir le culte de la raison ou de la nature, que Chaumette devait bientôt inaugurer à Paris , se fit à Nevers. Fouché , dans sa souveraine autorité y prit un arrêté , où considérant que le peuple français ne pouvait reconnaître d'autre culte que celui de la morale universelle; d'autre dogme que celui de sa souveraineté et de sa puissance, il était ordonné que tous les signes religieux qui se trouvaient sur les places, sur les maisons , et généralement dans tous les lieux publics , seraient anéantis ; que le drap mortuaire, dont seraient couverts les citoyens décédés, de quelque croyance qu'ils fussent, porterait, quand on les conduirait à la sépulture commune, non plus un emblème religieux, mais la figure du sommeil; qu'au milieu de ce lieu de sépulture, d'où tout signe de religion serait proscrit, s'élèverait une statue allégprique et profane du sommeil , et qu'on écrirait sur la porte de ce cimetière : h La mort est un sommeil éternel. »

u J'ai débarrassé les autels, écrivait-il à la Convention , des monceaux d'or qui alimentaient la vanité des prêtres , et je leur ai tellement donné la chasse , qu'il n'y en a plus un dans la Nièvre. Quelques-uns s'avisent encore de jouer leurs comédies, mais les sans-culottes les surveillent, renversent tous leurs

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théâtres y et plantent sur leurs débris Tarbreiinmor^^^ de la liberté. »

Le rôle de Fouché ne se bornait point à persécu Mxx les prêtres. Toutes les mesures révolutionnaire^ s , toutes les intentions des plus extrêmes Jacobins étai^^nt accomplies; de sorte que les départements de 1^ Nièvre et de T Allier subirent le régime des clubs^ S ^^ comités révolutionnaires et de la loi des suspects, de^ ^^^ ou trois mois avant les départements voisins; c'est-^à' dire qu'ils furent livrés aux volontés, aux fantaîsL ^^ des révolutionnaires exaltés de chaque ville, de chaq^-^^ district. C'était une tyrannie exercée par le voisin s^--^^ le voisin qu'il enviait ou qu'il haïssait. Le despotisnr^^ du gouvernement devenait plus vexatoire et plus cru ^'^ quand il était remis aux mains des petits* tyrans (9^ la localité. Or, c'était en leurs mains que les repr^^^ sentants en mission confiaient l'autorité.

Ainsi Fouché, aprèsavoir créé à Moulins un comi^^ révolutionnaire, composé d'hommes détestés et m^^" prisés, lui conférait le pouvoir de prononcer, contr"'^ quiconque s'opposerait à ses arrêtés, la peine d ^ l'exposition publique sur l'échafaud.

(( Je suis étonné de votre embarras, leur écrivait-il ? il vous manque du blé : organisez votre armée révo — lutionnaire , et mettez sur l'échafaud les fermiers er ^ les propriétaires qui seront rebelles aux réquisitions -^ 11 vous manque des logements : emparez-vous der=^ hôtels de vos suspects détenus. En un mot, marche^^ d'un pas ferme et hardi à la régénération uni ver selle. »

Tel était le compagnon que Collot d'Herbois s'étai donné. Deux jours après l'arrivée de Fouché, ils écri valent au comité de salut public. — «Nous menons no

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rpératious aussi rapidement que possible ; nous avons onné aux tribunaux et commissions une marche plus ive. Hier^ six coupables ont reçu la mort. Un nouveau ribunal va se mettre en activité à Feurs. La guillotine éc^ssaire pour consommer ses jugements est comlandée et partira sans délai. La mine hâtera les délolitions. » — - « Mais les subsistances-; vous ne ouvez concevoir combien cet objet fait perdre de îinps. »

Le culte -catholique fut interdit , comme à Nevers, vec les plus horribles profanations. Une procession , îï un âne habillé en évèque, traînait dans la* fange es rues la croix et TÉvangile, était en même temps estinée à solenniser la mémoire de Châlier, « ce dieu aiuveur, mort pour la république. » Fouché j à une es stations y parlait ainsi : xc Martyr de la liberté, is scélérats t'ont immolé; le sang des scélérats est la eule eau lustrale qui puisse apaiser tes mânes rrités. Le sang des aristocrates te servira d'encens, d

Une commission de surveillance républicaine fut composée avec les Jacobins venus de Paris. Elle était chargée de veiller à Texécution des ordres donnés par les représentants, de recevoir les dénanciations , de faire démolir la ville , d'envoyer des icolonnes révolutionnaires dans les campagnes , de dresser les listes de proscription.

Cette commission publia aussitôt une sorte de manifeste ou d'instruction pour les comités révolutionnaires et les municipalités. C'est un des documents les plus curieux de cette époque. Il expose d'une façon précise et systématique les opinions et les projets d'avenir, sinon de la Convention et du comité de salut public, du moins des Jacobins et des Corde-

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liera. Cette pièce fut approuvée et contre-signée pa Collot d'Herbois et Fouché.

Elle avait pour épigraphe : « Le but de la révolutio est le bonheur du peuple. » La commission eommen — -çait par déclarer qu'elle prétendait seulement indiques: ^t aux autorités patriotes le but où elles devaient tendre ^ -f mais non point leur prescrire des bornes. « Tout est -«t permis pour ceux qui agissent dans le sens de la Révo— ^c)lution; il n'y a d'autre danger pour le républicain quc^^ e de rester en arrière des lois de la république. Quicon — ^que les prévient, les devance; quiconque semblés^ -c outre-passer le but, souvent n'y est pas encore arrivé, im^^^ — a Le peuple est l'universalité des citoyens français ;^e. î ce n'est pas cette classe privilégiée par ses richessesa^s s qui avait usurpé toutes les jouissances de la vie et tou les biens de la société! Lo peuple : c'est surtout 1 classe immense du pauvre qui donne des défenseurj -w^"^ à no& frontières , qui nourrit la société par ses travaux, qui l'embellit par ses talents, qui l'honore par ses vertus. — Ce serait une dérision insultante pour l'humanité que de parler d'égalité, lorsque des intervalles immenses de bonheur séparent l'homme de l'homme.... Ceux qui ont su saisir l'esprit de la Révolution et en favoriser les progrès, ont vu qu'elle tendait à faire disparaître les monstruosités inhumaines; si une égalité parfaite de bonheur est malheureusement impossible entre les hommes , il est du moins possible de rapprocher davantage les intervalles. »

Puis, suivait une peinture de toutes les misères du pauvre et des délices de la richesse et du luxe, départis exclusivement aux sangsues du peuple, à des scélérats couverts d'opprobre et de dorure. c< Le mépris de ces superbes poursuit le pauvre dans sa chau-

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mière; ces monstres au lieu de s'attendrir sur les maux qu'ils ont causés, les aggravent par leurs dédains y se croient déshonorés s'ils sont approchés par le malheur, et indignent de respirer le même air que le pauvre. »

H Dans ce renversement des principes , dans cette humiliation de la vertu, il fallait une révolution totale; car on ne peut tergiverser avec les principes.

(t L'aristocratie bourgeoise produirait bientôt l'aristocratie financière; celle-ci eût renouvelé l'aristocratie nobiliaire, car l'homme riche ne tarde pas à se regarder comme étant d'une pâte privilégiée; on en reviendrait au point de protéger ces usurpations par des institutions. Ainsi ressusciteraient le clergé et ses dogmes. Un autel isolé dans une république n'a point une base solide; on lui donnerait un trône pour l'appuyer. »

La commission annonçait ensuite comme conséquences inséparabfes de la royauté, la dîme, la corvée, la torture, les cachots.

ic Pour être vraiment républicain , il faut que chaque citoyen opère en lui-même une révolution; ses principe^, ses sentiments et ses actions, tout doit être nouveau. Vous êtes opprimés , il faut que vous écrasiez vos oppresseurs. Vous ne devez pas avoir d'autre eulte que la liberté, d'autre morale que la nature. »

Après un tableau des devoirs, des vertus^ des nobles jouissances de l'homme qui aime et qui sert une patrie libre, il lui était interdit de donner des larmes aux ennemis du peuple; « sa sensibilité doit être réservée pour les martyrs de la liberté. Quiconque a d'autres sentiments n'est pas républicain et

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doit fuir le sol de la liberté; s*il y est reconnu, son sang impur Tarrosôra. I^ république ne veut plus dans son seiD que des hommes, libres; elle est déterminée à exterminer tous les autres. »

Ces généralités étaient suivies d'instructions spéciales pour chacune des grandes mesures révolutionnaires. Ainsi Tairrestation des gens suspects était expliquée par les développements suivants : « Le républicain ne peut plus vivre avec Tesclave; ses (;rimes et ses bassesses ont fatigué notre patience. Depuis cinq ans nous lui tendons les bras; il a dédaigné nos avances; il est temps qu'il expie ses dédains; il apprendra le prix de la liberté par la privation de la sienne. Le désir d'une vengeance Légitime devient le besoin de l'intérêt public» Il faut répandre la terreur parmi nos ennemis, rompre les fils de leurs conspirations , punir leurs crimes et les priver d'un bonheur qu'ils ne veulent pas connaître. Ici doivent s'évanouir tous les attachements individuels; la voix du sang mêiûe se tait devantJa voix de la patrie. Citoyens, magistrats du peuple, il faut que tous ceux qui ont concouru d'une manière directe ou indirecte à la rébellion, portent la tête sur un échafaud. Remettez-les entre les mains de la vengeance nationale. »

Les prêtres, les nobles, les parents d'émigrés, les fonctionnaires fédéralistes se trouvaient suffisanmoient désignés par la loi; mais il fallait comprendre dans les suspects ou dans les accusés, les hypocrites qui alléguaient le respect des lois, les honmies durs et insensibles qui par état ou habitude ne peuvent aimer la Révolution; les hommes de loi qui vivaient des dissensions de leurs frères, et qui servaient de chiens

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courants à la féodalité; ceux qui ont marqué aux prêtres ou aux aristocrates un intérêt parricide, (c Vous ne serez pas assez imbéciles pour regarder comme des actes de patriotisme une obéissance forcée et extérieure aux circonstances et aux lois. Faire le service de la garde nationale , payer ses contribution»' et même déposer des offrandes sur Tau tel de la patrie ; envoyer ses enfants à la défense de la frontière; tout cela importe peu j il faut avoir le patriotisme, dans le •cœur. Ces citoyens obéissants n'aiment point le peuple ; Tégalité leur semble une chimère ; ils osent sourire au nom de sans-culottes; ils conservent du ^superflu, tandis que leurs frères meurent de faim. » — * M Vous ne les faites point siéger à votre table; aussi le peuple vous vomira éternellement de son sein et vous condamnera I à votre tour, à porter des fers en punition de leurs manœuvres criminelles ou de votre insouciance. »

c( Républicains y voilà vos devoirs: agissez sans •crainte; ne respectez .que les sans-culottes; que la foudre ne s'égare point dans vos mains. Souvenez- TOUS que votre devise doit être : Guerre aux châteaux, paix aux chaumières. »

L'instruction, quant à la taxe révolutionnaire sur les riches, était donnée dans le même sens. «Vous devez déterminer, d'une manière grande et vraiment Tévplutionnaire, la somme que chacun doit payer. Il ne s'agit point d'exactitude mathématique, ni de scrupule timoré. Prenez tout ce qu'un citoyen a d'inutile; le superflu e^t une violation des droits du peuple : tout homme qui a au delà de ses besoins ne peut plus user, il ne peut qu'abuser. »

Les municipalités ne devaient pas se borner à taxer

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les riches selon leurs revenus , il fallait requérir ches eux les objets qui pouvaient être utiles aux défenseurs de la patrie, (c De quel droit un homme garderait-il dans ses armoires un amas de chemises, de draps, de serviettes et de souliers ? Ces objets appartiennent de droit à la réquisition révolutionnaire. »

Elle devait porter plus rigoureusement encore sur ces métaux vils et corrupteurs que dédaigne le républicain : les rois ceignent leur front d'une couronne d'or et boivent dans des coupes précieuses le sang, les larmes, et la sueur du peuple; le républicain ne doit connaître que le fer. « Qu'à votre voix tous ces métaux s'écoulent dans le trésor national , qu'ils soient purifiés par le feu, et reçoivent l'empreinte de la république. »

L'approvisionnement des marchés et les mesures à prendre sur les subsistances étaient recommandés aux autorités locales. Les patriotes étaient appelés à vérifier les fausses déclarations dictées par la cupidité, et à confisquer impitoyablement ce qui serait marqué du sceau de l'imposture.

Le chapitre relatif à l'extirpation du fanatisme était conforme à la conduite de Fouché et de Chaumette dans le Nivernais ; les commissaires de la Convention s'étaient complu dans les lieux conununs d'une phir losophie irréligieuse, vulgaire et intolérante.

Cette très-longue instruction où les déclamations philanthropiques étaient entremêlées aux injonctions d'une tyrannie sanguinaire , se terminait par une exhortation sévère aux autorités locales, u Vous avez tous de grands torts à expier : les crimes des rebelles lyonnais sont les vôtres ; si vous aviez eu l'attitude fière et républicaine de l'homme libre, jamais des scélérats

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n'auraient osé tenter un effort contre la patrie. Regagnez promptement le terrain que vous avez perdu sur le chemin de la liberté.. •. » — « Nos regards Dfe s'écarteront pas un seul instant de dessus vous ; nous emploierons avec sévérité toute Tautorité qui nous est confiée; nous punirons comme perfidie tout ce qu'en d'autres circonstances on« pourrait appeler lenteur^ faiblesse y ou négligence: le temps des. demi-mesures et des tergiversations est passé. Aidez-nous à frapper les grands coups, ou vous serez les premiers à les supporter. La liberté ou la mort : réOéchissez et choisissez. »

Sous la volonté suprême des deux représentants , la commission jacobine gouverna la ville de Lyon d'après le programme qu'elle venait de prescrire aux administrations subalternes; elle se subdivisa en trois 4!omitéSy des séquestres, des démolitions et des dénonciations ; les deux premiers furent soupçonnés, et plus tard convaincus d'être, dans leur activité, inspirés au moins autant par la rapacité que par le patriotisme. Le comité de dénoncfation employa un moyen certain pour trouver des délateurs : il les paya; chacun recevait une récompense de trente livres. Lorsque la dénonciation portait sur un prêtre, sur un noble, sur quelque citoyen riche ou connu par l'estime publique, le prix était double.

Aussitôt après le siège , un grand nombre d'habitants avaient fui dé la ville. Un nouvel et plus grand effroi se répandit parmi la population lorsque se fut annoncée une si épouvantable tyrannie. Nulle condition sociale, nulle opinion, qui n'était pas au plus haut degré de l'exaltation révolutionnaire , ne rassurait personne contre la persécution. Les uns, sous les

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plus humbles travestissements, fuyaient à travers champs, évitant les routes et les villages pour gagner la Suisse ou pour trouver un asile dans quelque retraite parmi les forêts ou les montagnes ; beaucoup furent saisis et ramenés à Lyon. Quarante-cinq jeunes hommes s'étaient enrôlés dans les bataillons envoyés devant Toulon ; la commission les réclama , et ils revinrent pour être fusillés.

D'autres se blottissaient dans les recoins des caves ou des greniers y dans les niches que masquait ^épaisseur des murailles, et se confiaient au courageux dévouement de leurs hôtes. Il y en eut qui passèrent sept mois sans communiquer avec les virants et presque sans voir le jour.

Pour échapper à ce gouvernement, occupé du bonheur du peuple, beaucoup d'ouvriers qu'on pouvait soupçonner d'avoir combattu poyr défendre leur ville , émigrèrent en Suisse, et y portèrent leur industrie. La première émigration ne leur montra nulle sympathie; ils avaient, disait-on, combattu pour défendre leurs boutiques I sous le drapeau tricolore et sans renier la république*.

Le comité de démolition réunit des milliers d'où* vriers pour hâter la destruction de la ville. Artisans qui ne trouvaient plus de travail, femmes, enfants, mendiants , vagabonds furent employés à cette tâche comme en un atelier de charité; la plupart, assurés de leur salaire, assistaient paresseusement au travail des autres. 11 y en avait en qui .on avait exalté l'ardeur révolutionnaire et qui criaient ; « Vive la république }> en voyant tomber les pans de murailles ou en brisant

* Mémoires de Tabbé Guillon.

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quelques lambris dorés. Comme daos leur empressement les ordonnateurs avaient mis les démolisseurs a ToDUTre sans donner aux habitants des maisons le temps de déménager^ roccasion était favorable pour les voleurs et les repris de justice ; ils travaillaient avec zèle et le pillage accompagnait la destruction. . Mais les démolitions semblaient encore trop lentes aux deux conventionnels : « Il faut, écrivaient-ils, des moyens plus rapides à T impatience républicaine. L'explosion de la mine, Tactivité dévorante de la flamme peuvent seules exprimer la toute-puissance du peuple. »

La furie révolutionnaire était plus rapide encore dans Textermination des victimes. Du 21 octobre^ au 29 novembre, cent personnes périrent sur Téchafaud ; un nombre à peu près pareil fut condamné par la commission militaire et fusillé. La commission trouvait ces procédés bien lents, et, comme on Ta ifu, elle s'en plaignait à la Convention. Lorsque vers la fin de novembre , l'armée révolutionnaire de Paris fut venue tenir garnison à Lyon, les représentants jugèrent que, sans imprudence, il était possible de Lâter le cours des exécutions révolutionnaires. Cette armée était' commandée par Ronsin, qui était allé l'année précédente imiter les massacres du 2 septenv- Iire dans les prisons de Meaux et qui depuis était resté important dans la faction des plus féroces révolutionnaires. 11 arrivait de la Vendée, où il avait porté le désordre dans l'armée; le comité de salut public n'avait osé le rappeler qu'en lui confiant l'importante mission d'appuyer et d*exciter Collotd'Herbois; d'ailleurs la société des Jacobins l'avait, par scrutin, élu général de l'armée révolutionnaire. Avant de quitter

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Paris il avait déclaré à la tribune des Cordeliers, qu la république y telle que Tentendaient les vrais pa triotes, ne pouvait être établie sans exterminer u tiers de la population. Cette proportion des massa cres n'avait pas été déterminée par lui seul; Vincent, adjoint au ministère de la guerre, Tavait appuyée; elle était devenue un point arrêté dans ropinion révolutionnaire. Antonclle, le juré du tribunal révolutionnaire, avait imprimé une brochure pour en expliquer là nécessité. On en parlait dans les conversations familières, et Carrier disait qu'il fallait aller jusqu'aux deux tiers.

L'armée de Ronsin se composait de tout ce qu'il y avait de plus féroce et de plus insensé dans la population des émeutes. Il avait pour commandant en second un nommé Parein , orateur du faubourg Saint- Antoine, qui plus d'une fois était venu haranguer et menacer la Convention.

Trois JOUES après leur arrivée, fut af&ché un arrêté des représentants. — « Considérant que la justice est le plus fort lien de l'humanité; que son bras terrible doit venger subitement le3 attentats commis contre la souveraineté du peuple; que chaque moment de délai est un outrage à sa toute-puissance; que l'exercice de la justice n'a besoin d'autre forme que d^ l'expression de la volonté du peuple ; que cette volonté énei^quement manifestée doit être la conscience des juges; que presque tous ceux qui remplissent les prisons de «ette commune ont conspiré l'anéantissement de la république, médité le massacre des patriotes^ que par conséquent ils sont hors la loi , et que leur arrêt de mort est prononcé; les représentants arrêtent ce qui suit : — 11 sera établi dans le jour une commis-

COLLOT d'hERBOIS A LYON. 417

sion réyolutionnaire ; cette commission fera traduire les détenus devant elle pour y subir un dernier interrogatoire. » «' — L'innocent sera sur-le-champ mis en liberté, et les coupables envoyés au supplice. — Tous les condamnés seront conduits en plein jour en face du lieu même où les patriotes furent assassinés, pour y expier sous le feu de la foudre une vie trop longtemps criminelle. )>

Les membres de cette commission étaient choisis parmi les Jacobins envoyés de Paris. Trois d'entre eux refusèrent l'oflice horrible qu'on leur imposait. On en nomma d'autres, et elle se trouva formée de cinq membres. Parein, chef d'état- major de Ronsin, la présidait.

CoUot et Fouché n'avaient reçu aucune instruction qui les autorisât à employer « le feu de la foudre » pour faire périr les nombreux condamnés par leur commission nouvelle. Ils ne demandèrent même pas cjue leur projet fût approuvé. Il était public à Lyon cjue les massacres allaient remplacer les supplices. Un révolutionnaire de Moulins, amené par Fou- Cîhé, écrivait: « L'opération que la nouvelle commission va faire, doit se considérer comme l'organisation de la septembrisade ; ce sera le même procédé , mais légalisé par l'arrêté des représentants. » — Foudroyer les ennemis du peuple est une manière beaucoup plus digne de venger en grand sa souveraineté, que le jeu mesquin et insufiisant de la guillotine.

CoUot avait voulu préparer la Convention à l'emploi qu^il allait faire des pouvoirs sans limites dont elle l^avait investi, a Les exécutions, écrivait-il , ne font pas tout l'eflet qu'on en devait attendre. Le siège et les périls journaliers que chacun a courus, ont inspiré nu 27

418 COLLOT d'hERBOIS à LYON.

une sorte d'indifférence pour la vie. Hier, un spectateur revenant d'une exécution , disait : — Cela n'est pas trop dur; que ferai-je pour être guillotiné? Si j'insultais les représentants? — Jugez combien ces dispositions sont dangereuses dans une population énergique. »

Une autre lettre disait qu'il fallait licencier la {>opulation de Lyon, et en faire sortir cent mille ouvriers en soie qui n'avaient point la dignité et l'énergie des hommes libres. En les disséminant parmi des patriotes, ils prendront de meilleurs sentiments. « 11 me tarde que les conspirateurs aient disparu. L'impatience du peuple souverain retentit sur toutes mes fibres et dans mon cœur. Plusieurs fois vingt coupables ont subi le même jour la peine due à leurs forfaits ; cela est encore lent pour la justice d'un peuple qui doit foudroyer ses ennemis à la fois. Nous nous occupons à forger la foudre. »

Le 4 déccQibre , soixante-quatre jeunes gens furent amenés, garrottés, devant la commission, et de là aux Brotteaux. On y avait creusé deux fossés parallèles que séparait une sorte de chaussée d'environ trois pieds de large. Les prisonniers furent placés à la file dans cet espace, attachés deux à deux. Une haie de soldats, le sabre en main , bordait chaque fossé , pour qu'aucune des victimes ne pût s'écarter de son rang. Deux canons chargés à boulets avaient été braqués de manière à enfiler la longueur de cette allée. La plupart de ces jeunes hommes avaient combattu pendant le siège, et ce n'était pas la première fois qu'ils bravaient le feu du canon. Le courage ne les abandonna point; ils ne proféraient pas une plainte; on n'entendait pas un gémissement, mais ils répétaient le refrain

COLLOT D HËRBOIS À LYON. 41 9

iii avait déjà servi de chant de mort à d'autres vicmes:

Mourir pour la patrie ,

C'est le sort le plus beau, ^

Le plus digne d*envie.

Ils chantaient encore lorsqu'un roulement de tammrs donna le signal : les canons tirèrent, et les >ulets emportaient aux uns la tète, aux autres le bras, i des lambeaux de chair. Un tiers environ tomba aippé à mort y les autres cruellement mutilés. Le .ng ruisselait dans les deux fossés. Les bourreaux étaient mépris dans leur calcul; ils rechargèrent les .nons à mitraille , et la fusillade fut en même temps rmmandée. Des victimes respiraient encore , et l'on itendait les cris que leur arrachait la souffrance, lors il fut ordonné aux soldats qui formaient la haie i les achever à coups de sabre. Ces soldats étaient t l'armée révolutionnaire, mal exercés au maniement ^8 armes. Le troisième acte du massacre se prongea ; de sorte que cette scène de carnage dura deux (ures.

Quelle que fût la stupeur qui régnait sur la poilation, le sentiment public éclata avec une indilation dont s'irritèrent les représentants. Us firent, 58 le lendemain, aflicher une proclamation; on y jait: — « Lorsque les hommes énergiques sont ipatients d'arriver au terme heureux de la révolu- 3n , vos perfides ennemis, vos hypocrites amis, lerchent à égarer votre raison, à briser le ressort B vos âmes, à donner le chai^ge à votre sensibilité; is ombres des conspirateurs sortent du néant pour lercer sur vous leur funeste influence. On veut

420 COLLOT d'hERBOIS a LYON.

arrèter la volonté du peuple par des calculs pusilla - — nimes et méprisables; on ose insulter à sa toute puissance y et circonscrire sa justice éternelle dan^^s les limites des tribunaux ordinaires où souvent le^s- '^ formalités ne servent qu'à couvrir la scélératesse. >- — w Quels sont les hommes qui ont conçu le projet" -^t d'enchaîner la sévère justice du peuple , et qui pren nent le masque de la touchante humanité?... Hypo crites audacieux! ils se disent les amis de Thuma nité f et ils ont fait gémjr la nature et couvert de san^ la statue de la liberté! » — « On effraye votre imagination par quelques décombres , par quelques cadavres qui n'étaient plus dans l'ordre de la nature et qui Si ^^ vont y rentrer. Quelques destructions individuelles, «: ' quelques ruines ne doivent pas même être aperçues par celui qui, dans la révolution, ne voit que Taffranchissement des peuples de la terre , et le bonheur universel de la postérité.

cf Les représentants du peuple resteront impassibles dans l'accomplissement de leur mission; le peuple a remis entre leurs mains le tonnerre de sa vengeance; ils ne le quitteront que lorsque tous ses ennemis seront foudroyés; ils auront le courage énergique de traverser les vastes tombeaux des conspirateurs et de marcher sur les ruines pour arriver a la régénération du monde. »

ÇoUot, Fouché et Albitte, qui avaient signé cette proclamation, firent, dès le même jour, ce qu'elle annonçait. Des soldats de l'armée révolutionnaire vinrent prendre cent neuf détenus qui restaient dans la prison et les emipenèrent pêle-mêle, tellement qu'ils entraînèrent avec eux deux personnes au service du concierge. La commission révolutionnaire, où ils

COLLOT d'hERBOIS A LYON. 421

furent conduits, les fit seulement comparaître devant elle, en demandant à chacun son nom. Ils étaient garrottés à mesure qu'ils passaient; puis réunis dans la place des Terreaux, ils entendirent prononcer leur sentence. Les juges de la commission présidaient à cette signification sur le balcon de Thôtel de ville. La sentence, après avoir énuméré les crimes imputés aux condamnés, ajoutait : « Ainsi que les coupables , dans leur interrogatoire, en sont eux-mêmes con- A'enus. » A ces -mots les condamnés s'écrient : « Cela est faux! — On ne m'a point interrogé! — On m'a pris pour un autre! — Ce n'est pas moi. » La foule qui occupait la place avait été composée avec précaution de manière à ne point risquer qu'elle fut émue de pitié. Ses féroces clameurs étouffèrent les voix des victimes. On les entraîna au champ de carnage; ils furent comptés encore une fois et l'on en trouva cent dix : le mandat portait le nombre cent neuf, on alla consulter Collot. « Qu'importe un de plus, répondit-il, ce sera pour aujourd'hui ^u lieu d'être pour demain. » Cette fois on avait renoncé à employer le canon; mais on persistait dans l'idée de frapper les victimes du même coup de foudre. Chacun des prisonniers ^vait les mains liées derrière le dos et la corde se rattachait à un long câble fixé de distance en distance aux tiges des saules plantés en allée ; en face de chacun de ces malheureux un piquet de soldats de l'armée révolutionnaire devait, au signal donné, les fusiller au même instant. On a raconté que Collot d^Herbois, pour donner l'exemple à un soldat qui hésitait, avait pris son fusil et tiré sur un prisonnier ^

* Rapport de Courtois sur le 9 thermidor.

422 COLLOT d'iIERBOIS a LYON.

Cette exécution fut plus affreuse encore que li

première. Beaucoup ne furent point frappés à mort --

Les uns y tombés à terre, essayaient de se relever touW -M\.

mutilés ; les soldats eurent l'ordre de les achever **•

« Tuez-moi tout de suite , » criaient les blessés; ne^^ e m'épargnez pas; » d'autres, dont les liens avaient^ ^t été rompus par les balles, essayaient de s'enfuir, « '» ralentis par leurs blessures. Des dragons, lancés à^^ ^ leur poursuite, les hachaient à coups de sabre. Les^s -^ fossoyeurs, qui arrivèrent ensuite, en trouvèrent qui

respiraient encore; ils furent achevés avec les bêches et les pioches.

Vainement les représentants redoublaient de férocité, ils ne pouvaient imposer un silence complet à l'horreur publique : elle retentissait jusqu'à Paris, et ils commencèrent à craindre d'encourir le blâme et le désaveu de la Convention. Ils avaient écrit lettre sur lettre à leurs amis * pour les préparer à ces massacres ; Collot avait surtout recherché l'approbation de Robespierre. Mais ils n'avaient point expliqué précisément leur projet. C'était avec des figures de rhétorique et une emphase révolutionnaire qu'ils avaient parlé de la foudre et de la rapide vengeance du peuple. Après le second massacre, ils écrivaient que leur mission était diflicile et bietï pénible; que les administrations, quoique composées de républicains persécutés et opprimés par les rebelles, oubliaient trop l'outrage fait à la liberté, et voulaient pardonner à leurs ennemis, u On emploie tous les moyens pour jeter dans les cœurs la semence d'une pitié cruelle et pour nous peindre comme des hommes avides de sang

Pièces Jointes au rapport de Courtois

COLLOT d'hERBOIS A LYON. 423

et de destruction. » — « Notre énergie et notre courage croissent sous les difTicultés : nos ennemis ont besoin d'un exemple. La partie méridionale de la république a été enveloppée d'un tourbillon destructeur; il faut en former le tonnerre pour les écraser. Il faut que tous les amis des conspirateurs du midi , tous les correspondants, qu'ils avaient à Commune- Affranchie, tombent sous la foudre de la justice et que leurs cadavres ensanglantés, précipités dans le Rhône, offrent sur ses deux rives, à son embouchure, sous les murailles de l'infâme Toulon, aux yeux des féroces Anglais, l'impression de l'épouvante et l'image de la toute-puissance du peuple français. »

Les fusillades continuèrent, moins nombreuses ef un peu moins semblables à une boucherie. Le nombre des prisonniers ainsi exécutés en deux semaines fut d'environ trois cents, et pendant ce même temps, plus de cent périssaient sur l'échafaud. Un jour les représentants donnaient un grand dîner où se trouvait Ronsin; on entendit, pendant le repas, le bruit de la fusillade; le général de l'armée révolutionnaire, et à son exemple tous les convives se levèrent en criant : Vive la république ! Mort aux traîtres ! Puis Collot fit un discours sur l'avantage de cette forme d'exécution. Celui qui avait proclamé que le 2 septembre était le grand credo des révolutionnaires , ne pouvait cette fois imputer cette septembrisade au peuple. Ce discours se ressentait sans doute de l'habitude que Collot avait de s'enivrer à peu près tous les jours. liCs réquisitions qu'il adressait pour que des bouteilles du meilleur vin lui fussent apportées par centaines existent encore dans les archives lyonnaises.

Un fait grave devait appeler l'attention du comité de

424 coLurr » beeiois qoitï lto5.

falot public sur les horreurs ordonnées par les com — mbsaires de la Convention. Les dragons du cinquièm régiment avaient été deai fois commandés pour assis — ter anx fusillades et pour achever les malheureus^cri blesses. Le colonel Beaumont, indigné de l'emplo qo^on donnait à ses dragons, en parla sévèrement àrf^^ G>llot d^HerboiSy qui le fit aussitôt mettre en prison — >•

Le régiment se présenta en masse devant le rcprésen ^'

tant, demandant la liberté du colonel; CoUot refusa. — ^- Alors éclata une vraie sédition militaire. Un bataillon M^^^^ de TAude se joignit aux dragons et ils se rangèrent -^ ^^ en bataille, vis-à-vis Tannée révolutionnaire que Collet avait requise. Si le combat se fût engagé, les brigands de Ronsin n'auraient pas fait une longue résistance. Tout furieux révolutionnaire que fût le général jacobin, il comprit la nécessité de céder et le colonel fut rendu à son régiment.

Dès lors une division se manifesta ouvertement entre les troupes de la garnison et Tannée révolutionnaire. C'étaient chaque jour des rixes qui souvent dévenaient sanglantes. Les représentants s'en irritaient et redoublaient le nombre des condamnations et des exécutions.

Cependant la Convention, ni le comité de salut public n'avaient encore donné nulle marque d'approbation à la conduite de ses conmiissaires : ils envoyèrent Ronsin à Paris pour solliciter un décret solennel qui ratifiât leurs mesures et les autorisât dans toute la France. — Ronsin fut arrêté deux heures après son arrivée; CoUot, surpris de cette nouvelle, quitta Lyon pour retourner au comité de salut publie.

Les horreurs insensées, qui étaient commises à Lyon

COLLOT d'hERBOIS QUITTE LYON. 425

et dans d'autres départements , inquiétaient moins l'Assemblée et les hommes politiques que Tindépendance de jour en jour plus audacieuse des agents imposés par la commune et les Cordeliers au conseil exécutif. Ils affectaient, même à Paris sous les yeux de la Convention , une sorte de pouvoir supérieur à toute autorité régulière. Les membres du comité de salut public y et peut-être Robespierre, voulurent tenter une résistance au mouvement qui les entraînait. Phelipeaux et Fabre d'Églantine, amis de Danton, commencèrent l'attaque, et le même jour on décréta l'arrestation de Ronsin, de Vincent et de Maillard; mais aucune parole ne fut prononcée contre les représentants en mission. Leur conduite ne fut pas improuvée; il ne fut pas question des mesures atroces qu'ils avaient prises ; ils ne reçurent point d'instructions en sens contraire. Le comité de salut public parut songer seulement à maintenir l'autorité du gouvernement conventionnel.

Ainsi, lorsque Collot s'expliqua à la tribune des Jacobins, il n'avait point à se défendre; loin de là, il réclamait contre l'arrestation de Ronsin et se joignait à Hébert pour demander qu'il fût mis en liberté.

« il a rendu de grands services à la patrie; il est UD ardent ami de la liberté ; son caractère est bouillant; il ne sait pas composer avec les aristocrates et les modérés.

On nous a accusés d'être des anthropophages; on examine avec une attention scrupuleuse de quelle manière sont morts le9 contre-révolutionnaires. — Qui «ont donc ces hommes qui réservent leur sensibilité 2)our les contre-révolutionnaires, qui ont des larmes ^e reste pour les cadavres des ennemis de la liberté? —

426 coLLOT d'herbois quitte ltok.

Une goutte de sang versée des veines généreuses d*t^^ patriote me tombe sur le cœur, mais je n^ai point ^^ pitié pour les conspirateurs. Nous en avons fait fo«^droyer deux cents d'un coup, et l'on nous en fait i-^û crime. C'est encore une marque de notre sensibilit ^• Lorsqu'on guillotine vingt coupables, le dernier ex< cuté meurt vingt fois, tandis que deux cents eonspi] teurs périssent ensemble; la foudre populaire li frappe et semblable à celle du ciel , elle ne laisse qi le néant et les cendres. — Les Jacobins ont toutes h vertus^ ils sont compatissants, humains, généreux mais ils réservent ces- sentiments pour les patriol qui sont leurs frères; les' aristocrates ne le seroïc: it jamais. »

Ainsi, les représentants en mission et les ageal ^^ qu'on leur adjoignait continuèrent à exercer leur ar^"*** bitraire et horrible tyrannie. Au moment où Collo^*^^ d'Herbois semblait rappelé, où Ronsin était mis ei^^^ arrestation, quelque espérance était rentrée dans Tâm^^ -^ des Lyonnais; ils avaient penàé que la Convention n^^ ^ serait plus inaccessible à la pitié. M. de Fontanes étaiP^ ^^ alors à Lyon , se dérobant , dans un asile caché , au)[ persécutions et à l'échafaud. Il écrivit une pétition aussi noble et courageuse que le comportait une telle terreur. Présentée à la Convention , elle y excita quelque intérêt; elle fut renvoyée aux comités de salut public et de sûreté générale. Collot en prit occasion pour faire un long rapport sur sa mission et les mesures qu'il avait prises; il ne dit pohvt tout, il allégua beaucoup de fausses circonstances. Au total , il s'applaudit de ce qu'il avait fait et ne renia aucun de ses actes. Après l'avoir entendu, l'assemblée décréta, comme il le demandait, que les arrêtés et

COLLOT d'hERBOIS QUITTE LYON. 427

toutes les mesures prises par les représentants du peuple en mission à Commune-Affranchie , étaient approuvés.

Ainsi , Fouché qui restait à Lyon put continuer à exercer son pouvoir comme par le passé. Les commissions envoyèrent journellement à la mort un nombre moins grand de victimes , mais elles siégèrent longtemps encore.

fouché apprenant la prise de Toulon , écrivait a CoUot : « Mettons à profit cette mémorable victoire. Soyons terribles pour ne pas devenir faibles ou cruels. Anéantissons dans notre colère et d'un seul coup , tous les rebelles et les conspirateurs, pour nous épargner la douleur, le long supplice de les punir en rois. Exerçons la vengeance à l'exemple de la nature; vengeons-nous en peuple.... Adieu, mon ami, des larmes de joie coulent de mes yeux; elles inondent mon âme, nous n'avons qu'une manière de célébrer la victoire. Nous envoyons ce soir deux cent treize rebelles sous le feu de la foudre. »

Encouragé par l'approbation que Collot avait obtenue, Fouché réprimandait la Convention de l'intérêt que pendant un instant elle avait paru accorder aux pétitionnaires lyonnais. « Nous avons été aussi étonnés qu'affligés de l'indulgence avec laquelle vous avez accueilli ces* perfides ennemis du peuple. Ils avaient aussi essayé d'émouvoir notre sensibilité et de nous arracher à la méditation de nos devoirs.... Oui, nous osons l'avouer, nous faisons répandre beaucoup de sang impur ; mais c'est par humanité et par devoir. »

Les Jacobins des départements voisins ou de Paris, et venus à Lyod pour y être employés par les repré-

A28 coLLOT d'herbois quitte lton.

sentants y étaient en correspondance habituelle ave leurs amis. Un grand nombre de ces lettres saisie ou retrouvées ont été publiées ; elles formeraient 1 plus infâme recueil qui puisse être imaginé. Les ha bitants des bagnes , lâchés avec plein pouvoir sur 1 société y ne parleraient pas un langage plus abomi nable.

Un nommé Achard écrivait une lettre pour êtr montrée à Robespierre ; elle a été trouvée dans se papiers. — « Encore des têtes et chaque jour de têtes tombent. Quelles délices tu aurais goûtées , si t eusses vu avant-hier cette justice nationale de deu cent neuf scélérats ? Quel ciment pour la république ! Quel spectacle digne de la liberté ! En voilà plus de cinq cents. Encore deux fois autant y passeront , et -^ -^ puis ça ira ! »

Les représentants accomplissaient leurs devoirs d'exterminateurs^ non-seulement sur les habitants de Lyon, mais par complaisance pour quelques Jacobins de leur entourage , ils appelaient devant leurs tribunaux des suspects tirés des départements environnants. Un jour on fit venir de Bourg quinze détenus, qui furent aussitôt envoyés au supplice.

Trente-deux citoyens de Moulins avaient réclamé contre la répartition de l'emprunt forcé pendant que Fouché exerçait encore ses pouvoirs dans ce département. Selon son ordre, ils avaient été exposés pendant quatre heures sur Téchafaud; puis, remis en prison. Lorsqu'il fut à Lyon, le procureur général de la commission temporaire amené de Moulins et choisi par lui pour cet emploi, écrivit au comité révolutionnaire de TÂllier en demandant qu'on lui envoyât des fédéralistes et autreô ennemis du peuple.

lNSURRECT10l«i DE TOULON. 429

ce Nous faisons partir, répondit le comité, trentedeux de ces coquins, qui malgré ce qu'ils pourront dire d'astucieux, sont la quintessence de l'aristocratie. Fais-les participer à l'honneur de la grande fusillade.... Ne te jette point dans le labyrinthe des formes pour faire juger nos brigands, prends le comité qui te les envoie pour un jury national. »

La commission procéda selon ses habitudes; on constata que les individus dénommés dans la liste étaient présents. Sans interrogatoire, sans procèsverbal , sans témoins , sans aucune formalité , ils furent envoyés sur la place publique et montèrent à l'échafaud.

Tel fut le régime qui pesa sur la seconde ville de France pendant plus de quatre mois. Les dangers qui de toutes parts menacèrent la république avaient irrité les révolutionnaires, les victoires donnaient un libre cours à leurs vengeances. La prise de Toulon acheva de les enivrer.

Depuis la fin de juillet 1792, cette ville avait été livrée aux excès et aux cruautés des Jacobins. Des magistrats avaient été massacrés ; des autorités installées par la société populaire accomplissaient ses volontés; Tinfluence des représentants, qui siégeaient à la Convention sur la Montagne, maintenait ce pouvoir tyrannique; les prisons renfermaient les plus honorables citoyens. Lorsque Marseille et Lyon ^e furent affranchies du joug révolutionnaire, les Jacol)ins qui fuyaient les villes insurgées vinrent chercher refuge à Toulon et poussaient leurs amis aux dernières extrémités. Des lettres écrites par les conventionnels de ce parti commandaient les massacres. « Le moment

430 INSL'RUECTION DE TOULON.

est arrivé de frapper sans distinction les ennemis di la patrie. Prenez des mesures rigoureuses. Que l glaive de la loi frappe quiconque sourcillera contre 1 Révolution. 11 faut décidément ôter aux nobles et au prêtres tout moyen de nuire Il n'est plus temps d

balancer, d*ouvrir vos cœurs à la pitié, ni de recule] vos coups. »

La garde nationale s'assembla; deux représentants, .^ ^, qui se trouvaient en mission, prirent de leur côté dei mesures pour se défendre contre cette insurrection ; ils réunirent les réfugiés, donnèrent leurs ordres autorités civiles et militaires , firent afilcher des proclamations menaçantes.

La garde nationale était très-animée contre les Jacobins; elle envoya des députés à Thôtel de ville pour présenter une pétition qui réclamait la réunion des assemblées de sections. Les clubistes étaient venus prêter main-forte à la municipalité ; mais ils étaient inférieurs en nombre. Les députés furent insultés, saisis par les hommes de Témeute. Ils étaient en grand péril, la garde nationale vint à leur secours et les délivra. Sans attendre la délibération de la municipalité, les assemblées de sections se constituèrent: le tocsin fut sonné, et bientôt la garde nationale se trouva, presque sans résistance, maîtresse de la ville. Les sections s'établirent en permanence et nommèrent un comité général qui devint, sous leur autorité, le gouvernement de la cité. Les administrations furent renouvelées. Les deux représentants furent mis en détention. Mais toute autorité continua à être exercée au nom de la république. Les marins de Tescadre et la garnison embrassèrent la cause des sections.

LNSURKECTION DE TOULON. A3I

11 était rare y surtout dans les pro\ iuces méridionales, que la liberté reconquise sur une odieuse Dppression, par voie d'insurrection, s'arrêtât dans de justes limites et restât pure de tout excès. A l'exemple de Lyon et surtout de Marseille, un tribunal popuaire fut établi pour juger les hommes qui s'étaient nstallés dans la tyrannie à la suite des massacres de 'année précédente.

L'amiral anglais , qui commandait l'escadre de la Wéditerranée , lorsqu'il apprit ce qui venait de se i)asser à Toulon y envoya un parlementaire, sous le >rétexte de négocier un échange de prisonniers. 11 *econnut que les propositions qu'il était autorisé à aire, les secours qu'il aurait pu offrir, ne seraient )as acceptés. Les autorités et la population étaient i ce moment très-éloignées de semblables pensées. Toutefois, on était résolu à ne se point soumettre L la Convention. La nouvelle constitution proposée au suffrage populaire fut brûlée publiquement ['après la délibération des assemblées sectionnaires. In même temps, le comité général publia une adresse

tous les Français, où après avoir expliqué les lotifs de la sainte insurrection des Toulonnais, i protestait encore de leur dévouement à la répu- •lique.

Cependant, quelques bataillons de la garnison, un arti considérable parmi les marins et les ouvriers du lort, tentèrent de renverser le gouvernement des ectians et de rendre le pouvoir aux Jacobins. Une sédition éclata pour s'opposer au supplice de deux :^ndamnés, jugés par la commission populaire. Le conflit fut sanglant et l'avantage resta à la garde mationale. L'amiral Trogoff, qui commandait la ma-

rine , était en complet accord avec le comité de^ sections.

Ce succès ne pouvait donner aueune sécurité à 1;

ville insurgée. Il était de toute évidence que son sort

dépendait de ce qui adviendrait de la rébellion de — ; Marseille et de Lyon, et qu'après leur soumission -j Toulon n'aurait nul moyen de se défendre.

Le général Carleaux avait repoussé les Marseil

lais, qui s'avançaient au secours de Lyon; il avait, sans trouver de résistance, occupé Avignon et Aix : z il était entré à Marseille, où les deux partis étaient.^:^ aux prises, les armes à la main. L'autorité de h Convention y avait été rétablie; elle était exercée par les plus violents Jacobins, qui avaient à venger des injures récentes. Une persécution sévissait, en représailles de la persécution qui l'avait pré cédée.

Au moment où toute espérance de se défendre était perdue, la commission insurrectionnelle de Marseille était entrée en négociation avec l'amiral Hood, commandant de l'escadre anglaise, pour obtenir la libre entrée des bâtiments chargés de grains; car la ville souffrait une cruelle disette.

L'amiral anglais avait répondu , qu'avant de prendre une décision, il lui fallait savoir en quelles dispositions était la ville de Toulon. Ce concours était indispensable pour qu'il se déterminât à prêter aide et secours aux populations de la côte de Provence. Les Marseillais firent connaître cette réponse au comité toulonnais les pressant de se ré*- Boudre.

Le 26 août, le lieutenant Edouard Cook se présenta en parlementaire à l'entrée du port; il était chaîné

de remettre aux. autoritéa une proclamation jde son amiral.

Cette pièce semblait traduite du français et rédigée avec une parfaite CQnnaissadce de la situation politique. Elle rappelait avec une 'grande justesse d*expresôioa, les désordres qui avaient accompagoéT le renversement du gouvernement monarchique , Taflarchie qui lui, avait succédé , la sanglante tyrannie qui maintenant couvrait' la France d'échafauds et.de massaci^Sy l'hypocrisie des prétendus amis' de la liberté,- le «mensonge de la souveraineté du peuple, les violations de la propriété, la ruine du commerce, la disette^.en un mot toutes les calamités infligées par le gQuvernement de la Convention.

Les puissances coalisées ne vjoyaient, disait Faniir rai, d'autres remèdes que le rétablissement de la monarchie française. Il offrait le secours des forces, qui lui étaient confiées par son souverain, pour éeraser plus promptement les factieux et rétablir en France un gouvernement régulier. « Décidez-voiis définitivement et avec précision ; ayez confiance en la générosité d'une nation, franche et loyale : je volerai à votre secours pour briser les chaînes qui vous, accablent. » En même temps, H deniandait, comme .conditions préliminaires ^ que les vaisseaux du port fussent désarmés et tjue Ton mit à sa disposition les forts qui commandaient l'entrée de la rade, s'^ngageant à les rendre dès que prochainement la paix serais conclue.

Accepter les offres de l'amiral était une grave et

triste détermination ; livrer aux Anglais le plus beau

port de la France, sa flotte, ses arsenaux; recevoir

dans une ville forte une garnison ennemie ; il y m. S8

434 iiisunRECTioN de toulon.

avait de quoi soulever tous les sentiments patrioti ques. La jalousie et la méfiance contre l'Anglet qui régnent parmi les habitants des ports , donnàien plus d'énergie encore à l'opinion nationale.

D'autre part, on songeait que nulle amnistie, nul! miséricorde n'était à* espérer de la Convention; le représentants Fréron et Barras publiaient déjà de proclamations menaçantes» Les réfugiés des. ville soumises par Carteaux affluaient à Toulod pour

chercber un refuge contre les cruautés d'qn partK^ j victorieux. Toutes les autorités du département et d< la ville^ l'amiral et la plupart des officiers de la marine, les administrations navales étaient compromis les meneurs des sections, les officiers de la gàrd( nationale n^étaient pas moins préoccupés^ ides vengeances qui tarderaient peu à les atteindre. Les crû de H vive le roi! vive Louis XVllJ » se faisaient déjà entendre dans la rue , lorsque le comité général délibérait encore.

Les conditions de l'amiral Uood furent acceptées f avec quelques modifications auxquelles il adhéra. Dans ce douloureux abandon de l'honneur national, un reste d'opinion libérale dicta une stipulation qui garantissait la constitutioiï de 1791. — Les vaisseaux ne furent pas désarmés , seulement . ils rentrèrent dans le port; lé pavillon tricolore, devait être maintenu y- taut que les atrtorités françaises le voudraient. . * .

L^amiral Trogoff était malade. Le contre-amiral Saintr<Julien 9 qui commandait à sa place , apprenant la résolution prise par le comité et les sections, protesta qu'il n'y obéirait point et que jamais il ne consentirait à l'entrée des Anglais. Par son iordre» Fesca-

INSURR^CrtolV DE TOULON. A35

dre s'embossa de manière à fenner l'entrée de la rade rt à faire feu surJa -ville.

Les troupes de la marine . montraient les niêmen dispositions que Tescadre; on parvint à lés raihener; on parlementa avec Tamiral Saint-JuIién : il pouvait brûler la ville ;^ mairies batteries de terre pouvaient briller seB vaisseaux. L'amiral et les officiers s'ofiraient à défendre I^a ville contre Cartéaux et l'armée républicaine, à périr, s'^ilJe fallait, pôiir cette cause; mais \h ne voulaient rien entendre , lorsqu'on leuïr parlait d'admettre les Anglais;

Le comité fit publier que 'tous les marins étaient libres de stiivre leur opimqn, et que ceux qui ne voudraient plus -servir pourraient revenir en ville ou être ramenés dans leurs pgrts, eu rectBvant ht solde arriérée, .payée en numéraire. En même temps, l'amiral Trogoff se trouva en état de reprendre le commandement. Il arbora son pavillon sur une des frégates, ^onna le signal de ralliement et alla jeter l'ancre dans la petite rade. Seize vaisseaux lui obéirent d'abord; après <iuelques moments de refus obstinés, les deux derniers suivirent leur exemple. Saînt-Juliea, dont les effbrts impuissants n'auraient pas suffi pour le sauver des vengeances que les commissaires de la Coiivention exerceraient ^près leur victoire, se constitua prisonnier 'de guerre des Anglais.

Le' 28 a^ût, les Anglais occupèrent :1a ville ao-tiom (te-LoujsXVH; et vers la fin dé septembre elle* 6ut une garnison de quatopzemille bonïmes espagtiols , napolitains , anglais ou sardes, sous le cotb'mandeàienî du général espagnol Ohara.

Pendant ce temps, la ville se remplissait dé réfu-

giés marseillais., fuyant la réactioa sans pitié q avait* suivi Feutrée du général Carteanx. Leurs réci augmentaient l'effroi qu'inspirait aux* Toulonnais pensée d'un sort.semblàble.

Carteaux se bâta de marcher sur Toulon 4 11 avafer Jt environ huit tfiille hommes de troupes tant bomi que mauvaises , et ne pouvait se risquer à fore les passages qui se trouvenf entre Marseille et Torulon Du côté de la frontière , six mille hommes furent

taohés de -l'armée des Alpes maritimes pour attaqu Toulon à l'aspect du levant. , -^

Carteaux fut* nomihé Commandant du siège par 1 Convention : ses succès lui avaient valu toute la fîàtice du comité de salut pyblio. Il était pourtabt fo incapable. Aucun plan étudié , auoûné disposit calculée ne présidait aux préparatifs incomplets, don lui-même ne savait pas Tinsuffisanee ; les Hiémoires de Napoléon racontent ce qu'était ce général. 11 fu ^^^

remplacé par le général Doppet; il venait de com ^"

mander l'arméequi était entrée à Lyon. C'était encoiL^ ^ un choix déterminé par la préférence donnée au opinions révolutionnaires sur les mérites militaires (c Jl avait plus d'.esprit que Carteaux : Savoyard, mé decin, coryphée des Jacobins^ ennemi de tout cequ Avait 4u talent., ignorant de tout ce qui tenait k V de la guerre *. »

Bientôt on entendit les soldats répéter hautement : (( Quand donc finira-t-on de nous envoyer des peintres ou dés médecins pour nous commander? » Il fiàttlut donc choisir un autre général ; Doppef fut envoyé

' Mémoires de Napoléota.

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