‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 1 sur 34 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

COWVEIVTIOI^ NATIONALE.

SCDITUE AD raOBAlDOX.

Système iDexorable dans lequel la Convention s'engage après la mort de Louis XVI. — Ascendant de la Montagne. — Efforts pour opérer une réconciliation. — Attaque contre Pétion. — Explications de Danton. — Principes de Robespierre sur la peine de mort. — Mesures de défense générale. — Rapport de Brissot. — Déclaration de guerre à PAngleterre et à la Hollande. — Ligue européenne contre la France. — Vues des Jacobins. — État des partis.

Le jour de rexéculion de Louis XVI, la Convention Nationale siégea comme à l'ordinaire : elle ne* voulut seulement pas entendre la lecture du procés-

TOWB ni. I

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berté ne fussent plus opprimes par les amis du despotisme; qu'il fallait que tous les membres de l'assemblée se prononçassent^ et que ceux qui ne se sentiraient pas le courage de sauver la République, pussent à se retirer. Il demanda que le comité d'instruction rédigeât une adresse au peuple français pour lui faire connaître les principes qui avaient dirigé la Convention dans le jugement de l'exroi.

Legendrc saisit cette occasion pour déclarer que \e comité de surveillance, tel qu'il avait été composé en dernier lieu, n'avait pas la confianee du peuple, et demanda qu'il fût renouvelé, afin qu'il pût s'occuper activement des mesures de sûreté générale que les circonstances exigeaient,

Bréard, après s'être plaint d'avoir aussi été menacé, ajouta qu'il était convaincu que Paris se trouvait rempli de scélérats dévoués à la veuge^nce de Louis XVI; que ces satellites s'étaient partagés les têtes des députés patriotes : il fit sentir combien il était urgent que la Convention prit des mesures pour garantir la représentation nationale. En conséquence, Bréard demanda qu'il fût fait des visites domiciliaires, pour constater quels étaient les citoyens étrangers qui se trouvaient a Paris.

Barrére appuie Ja proposition de Bréard; mais il veut que les visites domiciliaires soient entourées de fermes tutélaires, qui assurent le respect des personnes et des propriétés; il désire que le soleil les éclaire, afin qu'elles ne deviennent pas le signal de vengean-

ces particulières. Barrére attire en même temps l'attention de l'assemblée sur les personnes qui alarment la sûreté publique^ sur les émigrés^ les stipendiés de Goblenlz et les esclaves de Pancien roi : il demande ({ue les citoyens de Paris ^ assez ennemis de la patrie pour receler ces fauteurs de troubles , soient punis sévèrement, s'ils n'en font pas la déclaration à la municipalité.

u II est un principe de tous les temps et de tous les peuples, dit-il, c'est que la souveraineté nationale a tous les droits^ tous les moyens de recenser les citoyens dans des momens de crise et de danger , et de prendre toutes les mesures nécessaires à la sùretë générale. & Passant ensuite à l'attentat commis sur Lepelletier, il demande, qu'au milieu de ces mesures sévères^ la Convention rende hommage à la souveraineté nationale, frappée dans ce martyr de Topinion républicaine. « Que la Convention tout entière, dit-il, se transporte aux funérailles d'un an^i de la patrie, mort pour sa défense et pour ses lois. »

A cette proposition, l'assemblée se lève par acclamation, et tous les membres s'écrient : Oui, oui, tous!

« On a dit, reprend Barrère, qu'il fallait jurer, sur la tombe de Louis, d'oublier toutes haines, toutes les divisions particulières : non, non , ce n'est pas sur la tombe d'un tyran que nous devons le jurer; ce serment serait un sacrilège : c'est sur la tombe du malheureux Lepelletier, que je pleure, que nous devons sacrifier nos passions, et que nous devons

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jurer de le venger ou d'imiter son exemple.... » De nouvelles et touchantes acclamations interrompent encore Torateur, qui s'écrie : « J'admire l'élan de vos âmes vers l'union fraternelle, et vos cœurs émus m'assurent que la patrie sera sauvée. Dans quelle partie de la République existera-t-il donc des frères, des amis, si ce n'est dans cette enceinte? C'est pour la patrie et non pour vous que vous êtes appelés dans cette enceinte.... » Barrère termine sa conciliante motion , en proposant les honneurs du Panthéon pour Michel Lepelletier. « Les honneurs qu'on rend aux morts, dit-il, ne peuvent pas corrompre ceux qui en sont l'objet, et servent encore la patrie, en excitant ses enfans à imiter ûu si beau modèle. »

Robespierre monte à la tribune pour appuyer une partie des mesures proposées par Barrère. Il ne voudrait pas, dit -il, que l'attentat qui doit tourner contre les ennemis de la liberté devint un motif de violer les principes. Il s'oppose à ce que l'on attribue à la Convention la police immédiate, parce qu'une assemblée nombreuse lui parait incapable de l'exercer ; il pense que les autorités constituées étant plus près du peuple et plus à portée de surveiller les événemens, sont plus en état de l'exercer.

« C'est pour l'intérêt des peuples, continue- t-il, pour rintérét de la liberté, que la hiérarchie des pouvoirs a été instituée; et quand il arrive que ces autorités sont déléguées à des hommes populaires , comme dans les circonstances où nous sommes, ce

n^est pas le moment de les leur ôter. Barrére a trouvé avec raison ^ la mesure des visites domiciliaires effrayante pour la liberté , si elles étaient exercées sans modifications. Ces modifications doivent être prises dans les principes^ pour punir les conspirateurs^ sans nuire aux propriétés. ••• » Robespierre demande lui aussi, les honneurs du Panthéon pour Michel Lepelletier: « car cet honneur^ dit-il^ sera moins rendu à un individu qu'à la république. « Je fais des vœux autant qu'un autre^ ajoute-t-il^ pour que cette union se rétablisse parmi nous; je l'ai appelée cette union ^ par des cris impuissans; mais l'union qui nous convient^ ce n'est pas celle des individus^ c'est celle des principes. Il est beau que les députés s'embrassent ; mais il est plus beau qu'ils se précipitent pour embrasser ensemble la statue de la liberté. C'est à la patrie que je vous rappelle tous. C'est par des opinions populaires^ c'est en bannissant la calomnie de cette enceinte, c'est lorsque nul cri factieux n'osera s'y faire entendre, c'est lorsque nous, travaillerons à cimenter l'édifice de la République, c'est alors que nous prouverons notre union »

Robespierre concluait en demandant que la Convention se fît rendre compte des sommes desti* nées à former l'esprit public, et employées par le ministre Roland à répandre, dit-il, des écrits liberticides.

Pétion , qui n'avait encore pris la parole que pour porter des paroles de paix , fit entendre sa voix pour émettre des vœux de conciliation^ et crut

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devoir contribuer à imposer silenoe aux passions, à étouffer toutes les haines. «Combien d'hommes dans cette assemblée ^ dit-il, se soupçonnent et se détestent , qui s'estimeraient s'ils se connaissaient mieux! Oui, je me plais à le dire, les hommes les plus opposés en apparence veulent également la liberté. Je ne sais quelle fatalité empoisonne tellement les intentions , qu'on ne se regarde plus qu'avec l'air du soupconj qu'on voit toujours et partout, des machinations, des trames et des complots »

Fétion en était à ces mots de son allocution aux partis, lorsqu'il fut interrompu par M. A. Julien, qui lui cria : « Dans des temps critiques comme ceux-ci, les hommes faibles doivent se taire, et laisser parler les hommes vigoureux. » — L'apostrophe était dure, poignante. Pétion la releva avec indignation.

« Il est difficile de croire, dit -il, que ce soit à moi que ce lâche discours s'adresse. C'est avec ces sentimens qu'on parait se disposer à une union tellement nécessaire que, si elle n'a pas lieu, la chose publique est perdue?.... » — « Nous la sauverons, s'écrie Duhem. »

L'animosité se développait ainsi contre Pétion. TalUen lui reprocha d'avoir calomnié Lepelletier dans son opinion sur le roi. Thuriot Taccusa de faire le piocés aux assassins de septembre, tandis qu'il devait être le premier puni pour sa négligence à cette époque. CoUot-d'Herbois rappela que Pétion avait avancé des faits faux dans son opinion lors

des élections , et lai dit qu'il n'était qu'un calomniateur.

Etourdi par toutes ces attaques^ Pétion ne savait plus où il en était. Reprenant enfin la parole, il se plaignit amèrement du système de calomnie dirigé contre lui. « Voilà huit jours, dit-il , que celai qui a rendu peut-être quelques services à Paris , à la cause de la liberté, est menacé de perdre sa tète.... C'est la première et dernière fois que j'en parlerai.... » Il se défendit ensuite sur tous les griefs qu'on lui imputait j continua de recommander l'union des représentans^ et les invita à déposer toute haine personnelle. 11 finit par rejeter les visites domiciliaires et l'attribution de la police à la Convention; vota pour le projet d'une adresse aux départemens, et appuya la proposition d'assister > en corps, aux funérailles de Lepellelier.

Ces débats avaient laissé quelque chose de pénible. Danton chercha à en diminuer l'acrimonie. « Je ne suis point l'accusateur de Pétion , s'empressa-t-il de dire; à mon sens il eut des torts; Pétion peut avoir été faible; mais je l'avoue avec douleur, bientôt la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance.*... Quant aux attentats dont nous avons tous gémi, l'on aurait dû vous dire clairement que nulle puissance ne pouvait les arrêter. Ils étaient la suite de cette -rage révolutionnaire qui animait tous les esprits. Les hommes qui connaissent le mieux ces événemens terribles sont bien convaincus que ces actes furent une suite nécessaire de la fureur d'un

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peuple qui n'avait jamais pu obtenir justice. » Obligé de parler de lui-même , Danton adjurait Brissot de dire s'il n'avait pas fait tous les efforts possibles pour conserver la paix dans le pouvoir exécutif. « N'ai-je pas montré , dit-il, une extrême déférence pour un vieillard dont le caractère est opiniâtre, et qui aurait du épuiser tous les moyens de douceur pour rétablir le calme. » Il n'accusait point les intentions de Roland j mais il demandait , au nom du salut public , et pour le bien de tous, qu'il ne fût plus ministre.

« Un autre ministère, continuait-t-il , est entre les mains d'un bon citoyen (Pacbe),mais il passe /ses forces. Je ne demande pas qu'on le ravisse à ses fonctions , mais qu'elles soient partagées. Quant à moi , je ne suis pas fait pour venger des passions personnelles; je n'ai que celle de mourir pour mon pays : je voudrais, au prix de mon sang, rendre à la j)atrie le défenseur qu'elle a perdu.... ô Lepelletier! ta mort servira la République! je l'envie ta mort!....

« Maintenant que le tyran n'est plus , ajoutait Danton , en terminant sa cbalcureuse improvisation^ tournons toute notre énergie, toutes nos agitations vers la guerre. Faisons la guerre à l'Europe. 11 faut, pour épargner les sueurs et le sang de nos concitoyens , développer la prodigalité nationale Citoyens , prenez les rênes d'une grande nation, élevezvous à sa hauteur, organisez le ministère, qu'il soit immédiatement nommé par le peuple. Quant aux

DS LA CONVEKTION NATIONALE. It

visites domiciliaires,. je m'oppose à cette mesure^ dans un moment où la nation s*éléve avec force contre le bill des étrangers; mais il vous faut un comité de sûreté générale qui jouisse de la plénitude de votre confiance »

Cette longue et importante séance se résuma enfin par le renvoi au comité de législation des propositions relatives aux visites domiciliaires, lequel fut chargé de présenter, le lendemain, un mode qui ne blessât ni la liberté individuelle, ni les propriétés; par Tajournement de la proposition de Robespierre relative à la réorganisation du ministère, jusqu'au moment ou Sièyès , qui devait présenter un rapport sur cette organisation, l'aurait terminé; par un décret qui ordonnait la suppression du bureau de l'esprit public formé au ministère de l'intérieur, et la reddition du compte des fonds; et enfin, par le renouvellement du comité de surveillance^ qui fut composé en entier de députés siégeant à la Montagne, savoir: Bazire, Lamarque, Chabot, Legendre (de Paris), Bernard (de Saintes), Rovère, Ruamps, Maribon-Montaut, Tallien^ Ingrand^ Jean Debry, et Du hem.

Je crois devoir rappeler ici un incident qui marqua la fin de cette séance; il fera voir de quelle manière la Montagne se proposait d'exercer son énergique domination. Il fut demandé , par Bazire , que la Convention décrétât la peine de mort contre quiconque aurait caché l'assassin de Lepelletier, ou favorisé sa fuite. Robepicrre se leva aussitôt , et atta-

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qua la motion de Bazire^ coaime contraire à tous les principes. : « Quoi! dit-il ^ au moment où vous allez èfiacer de votre code pénal la peine de mort, vous la décréteriez pour un cas particulier? Les principes d'éternelle justice s'y opposent. Pourquoi d'ailleurs sortir de la loi, pour venger un réprésentant du peuple? vous ne le feriez pas pour (in simple citoyen ; et cependant l'assassinat d'un citoyen est égal aux yeux de la loi, à l'assassinat d'un fonctionnaire public. Je demande que les lois existantes soient exécutées contre le meurtrier de noire malheureux coU lègue, et que, sur les propositions qu'on a faites, l'Assemblée passe à l'ordre du jour. » L'ordre du jour fut décrété.

Cette séance, suite naturelle de l'exécution de Louis XVI, avait produit une sorte de révolution dans la République, et celte révolution avait été toute à l'avantage de la Montagne. Elle avait obtenu les honneurs du Panthéon pour l'un de ses membres, ayant voté la mort de Louis XVI; elle avait provoqué des mesures vigoureuses de sûreté générale ; elle avait fait supprimer le bureau de l'esprit public dont disposait Roland j elle avait ébranlé le ministère de manière à ce qu'il ne pût plus tenir; enfin, elle avait fait renouveler le comité de sûreté générale , et l'avait composé de ses membres les plus énergiques. C'était un triomphe, qu'elle mit à profit pour imprimer à toute la nation un grand mouvement vers la défense extérieure autant que vers les précautions à

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prendre à Fîntérieur. La Montagne avait, par la voix de Gouthon^ demandé que la guerre et les finance» fussent incessamment à l'ordre du jour, et les jaco* bins s'étaient emparés de cette proposition avec l'ar* deur qui présidait à toutes leurs déterminations.

A cet effet, ils s'empressèrent de stimuler le lèle de toutes les sociétés affiliées^ et de les préparer a la lutte terrible qui s'annonçait pour le printemps. Au reste, il y avait en ce moment là, en France, un accord, une unanimité presque générale pour se défendre, et même pour provoquer l'ennemi : aussi applaudit-on vivement le rapport que Brissot présenta, au nom du comité diplomatique, pour démontrer que l'Angleterre voulait la guerre, et qu'il fallait la lui déclarer, ainsi qu'au statbouder de Hollande.

Il fut facile à Brissot de montrer que Georges et Pitt méditaient depuis longtemps la guerre contre la liberté du peuple français, et que, s'ils en avaient différé la déclaration, c'était parce qu'ils n'étaient pas encore en mesure, et parceque, pour populariser la guerre, ils avaient besoin de pouvoir accuser la République d'une aggression. «Maintenant qu'ils sont parvenus à corrompre le commerce et la nation anglaise, disait Brissot, les moteurs de cette guerre fratricide vous la déclarent en ordonnant à votre ambassadeur de sortir de l'Angleterre sous huit jours; ils vous la déclarent en demandant au parlement une

addition considérable de forces de terre et de mer

«Citoyens, continuait Brissot, il ne faut pas vous dissimuler les dangers de cette nouvelle guerre :

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c'est FEurope entière, ou plutôt ce sont tous les tyrans de l'Europe que vous avez maintenant à combattre, et sur terre et sur mer. Vous n'avez point d'alliés y ou plutôt tous les peuples le sont; mais ces peuples ne peuvent rien pour vous; ils sont dans les fers, et ces fers doivent tomber auparavant. Tous vos moyens sont donc dans vous, dans vous seuls : il faut que votre sol, votre industrie , votre courage suppléent à tout ce que la nature et les circonstances vous refusent; il faut que le commerçant oublie son commerce pour n'être plus qu'armateur; que le capitaliste consacre enfin ses fonds à soutenir les assignats et à subvenir aux besoins du numéraire; que le propriétaire et le laboureur , renonçant à toute spéculation, portent l'abondance dans nos marcbés; il faut que le citoyen soit prêt à marcher comme un soldat romain , c'est-à-dire , non-seulement avec ses armes, mais avec des provisions pour un temps déterminé, et parla vous déjouerez les calculs de vos ennemis sur le vide de vos magasins; il faut que la grande famille des Français ne soit plus qu'une armée, que la France ne soit plus qu'un camp, où l'on ne parle que de guerre, où tout tende à la guerre, où tous les travaux n'aient pour objet que la guerre : il faut surtout s^altendrc aux revers, se préparer à l'infortune par les privations, par une vie simple et fru. gale; il faut enfin que bientôt ce soit un crime pour un citoyen d'avoir doux habits, si un seul dé ses frères est nul

« O vous qui calculez pour l'avenir, s'écriait Bris-

DB LA COlfVEIfriOIf HATIOlfALI. l5

^t^ abjurez vos inquiétades : vaincus^ vos richesses ne seront que trop tôt la proie de vos maîtres;. vainqueurs, Funivers est à vous : votre industrie aura bientôt réparé toutes ses pertes, sous les auspices de la liberté. Français, si, destinés à combattre la ligue des tyrans, vous n'aviez qu'un roi à votre tête, votre perte serait assurée; mais la liberté vous commande : la liberté crée seule des miracles, et vous vaincrez 1 »

Brissot terminait son rapport en disant que, déclarer la guerre à F Angleterre, c'était la déclarer aussi au stathouder de Hollande, qui était plutôt le sujet que Fallié du cabinet britannique, et qui, se prêtant à toutes ses passions, armait pour joindre ses vaisseaux aux vaisseaux anglais.

En conséquence de ce rapport , la Convention ^Nationale déclara, au nom de la nation française, qu'attendu les actes multipliés d'hostilité et d'aggression du gouvernement anglais, la République française était en guerre avec le roi d'Angleterre, et avec le stathouder des Provinces-Unies.

Ce décret, rendu par enthousiasme, et accueilli par les acclamations de tous les spectateurs, fut suivi d'une brillante allocution adressée à la Convention et au peuple français par Ducos. « Je jure, en présence de l'Europe et de la postérité, dit ce jeune et intéressant républicain, que, grands dans votre longanimité comme dans votre courage, vous avez long-temps sacrifié le juste ressentiment inspire par les dédains , la malveillance et les outrages du gouvernement anglais , à l'estime obstinée que vous gar-

dicz pour one nation qui fat lilx>e , aa désir de vous unir a elle par les liens frateroels. Pitt et Geor«res cet rêpooda à ^os vœdx d'alliaDce par des insaltes. à votre modération par rinsolence et le mépris. Les ministres d"an roi, ces grands hommes d'état, vous ont crus sans vertes p^irce que vous étiez sans préjugés; ils vous ont crus sans gouvernement para' que vous étiez sans roi ; ils vgus ont méprisés parer qu'ils n'étaient pas dignes de vous connaître y et leur audace, croissant avec ropinion de votre faiblesse, ils ont voulu parler en maitres a des hommes que le destin lui-même ne pourrait maîtriser.^., s Ducos terminait son éloquente haran^e en deur.andant la publication des pièces officielles et de la correspondance ministérielle de la coiîr de Londres, pour prouver au monde Tinique mauvaise foi du cabinet de Saint-James.

Fabre d'E^lautiue émit le vœu , qu'indépendam* ment de cette correspondance, la Convention fit imprimer une proclamation au peuple anglais. Barrère Tappuya , étoile fui décrétée: T Assemblée chargea Barrère, Fabre, &>udorcet et Thomas Pavne de la rédiger. Marat dit qu'il se gardait bien de combattre une mesure réclamée avec chaleur par des patriotes; mais il fit observer que Ton se trompait fort si Ton croyait que le peuple anglais fut pour nous; que nous n'avions en laveur de nos principes que les phi« losophes^ et que cotte classe n'ét-^it pas nombreuse. Il voyait d'ailleurs une ^^rande difBculté à faire circulor cette adresse on Angleterre.

DE LA COmnilTION IfATIOllALI. f^

Il n'était que trop vrai que le gouvernement anglais avait profité habilement des crimes de septembre ^ et même de la condamnation de Louis XYI, pour désenchanter le peuple de la Grande-Bretagne de la Révolution Française, et qu'à force de dire du mal des révolutionnaires Républicains dans les journaux qu'il soudoyait, il était parvenu à faire embrasser la cause de l'aristocratie par le peuple même. Donnant alors un champ libre à leur haine contre la liberté^ le roi Georges et son ministre Pitt avaient , non^seulement tout préparé pour faire la guerre à la France , mais encore ils lui avaient suscité des ennemis dans toute l'Europe. Le Stathouder de Hollande était venu au-devant des désirs de Pitt: se méfiant de son peuple qui l'avait déjà menacé d'une révolution, et ne voyant de secours contre l'envahissement des idées françaises que dans les flottes de l'Angleterre, il avait, lui aussi, fait de grands armemens^et ses intentions ne pouvaient être douteuses.

Pitt avait éprouvé plus de difficultés en Espagne, pour faire entrer cette puissance dans la coalition contre la France révolutionnaire; le sage comte d'Aranda, tant qu'il avait été premier ministre, avait résisté aux intrigues de la Cour de Londres et des émigrés; mais le ministère espagnol ayant passé entre les mains de Manuel Godoî ( depuis prince de la Paix), le cabinet de Saint-Ildefonse, livré aux conseils de rimpéritie, avait enfin accédé k la ligue européenne, et déjà la Catalogne et la Navarre se

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