‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 2 sur 34 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

rempUssadent de troopes, quaiul rexéculion de -Louis XVI eut lieo. Ponr sauver le chef de sa maison, le roi d^Espagne avait bien fait offrir sa neutralité; mais OD se rappelle conuoent cette offre avait été accueillie par la G>nveotion. Ainsi^ la guerre avec TEspague était également inévitable.

Les dispositions de TAutriche, de la Prusse et du Piémont s'étaient manifestées depuis long-temps , et les armemens que ces trois cabinets ne cessaient dr Élire, annonçaient assez qu'ils ne se regardaient pas comme battus par Valmv et Jcrmmappes, ni par IcHir expulsion de la Savoie et du comté de ^(ice.

Bien que notre escadre eut obtenu, dans un moment de frayeur, la reconnaissance de la République par le roi de Maples et par les autres petits États d'Italie, placés sur le littoral de la Méditerranée, cette République ne pouvait guère compter que sur la ueutralité de celle de Géoes; toutes les autres coura étant placées sous l'influence de l'Autriche, et d'ailleurs mal disposées pour la Révolution fran«çaise* Au reste, l'Italie était peu à craindre par ellemâoie.

La diète germanique ne se prononçait pas en tore,* mais on ne pouvait pas douter qu'elle ne suivit l'impulsion de l'Autriche et de la Prusse. L'impératrice de Russie se disposait aussi à poursuivre la Révolution française; cependant elle était encore trop occupée du partage de la Pologne pour entrer en ligne.

Ainsi, la coalition contre la République française

allait être presque générale; et, si l'on excepte la Suisse, le Danneroarck et la Suède, qui gardaient sagement la neutralité , la France allait avoir à çom« battre à la fois et les puissances continentales et ies Etats maritimes. De coupables, d'indignes français parcouraient TEurope pour hâter cette lutte, et pour attirer sur leur pays les plus affreuses cala«mités.

Le gouvernement français avait parfaitement jugé toutes ces dispositions défavorables , et , convaincu qu'il avait moins à craindre une guerre ouverte, que des hostilités cachées, il avait rompu avec les gouvernemens qui , sans déclarer la guerre à la Ré* publique , lui faisaient tout le mal possible, et sem* blaient n'attendre qu'une occasion favorable pour fondre sur elle.

Mais, si Pitt était parvenu à populariser la guerre contre la France^ les jacobins avaient, eux aussi, accueilli avec joie la déclaration de la France contre l'Angleterre et la Hollande, et l'avaient mise à l'ordre du jour: ils voulaient , ainsi que l'avait proposé Brissoty que la question de la guerre fut la seule dont on s'occupât dans toute la République; et l'ardeur avec laquelle ils avaient embrassé le parti pris par la Convention , était un sur garant des efforls qu'ils allaient foire pour que la République triom* phat. Les jacobins étaient fiers de penser que c'était à eux principalement que les rois de l'Europe faisaient la guerre; et ils se promettaient bien, nonseulement de les repousser, mais encore d'aller porter

chez eux les principes de la Révolution française.

Le mouvement qui agitait la France leur persua«dait que sa population pouvait être tout entière transportée sur les champs de bataille^ et qu^on pouvait ainsi opposer à quelques centaines de mille sti^ pendiés, trois ou quatre millions d^hommes libres. « Voyez ) disaient-ils^ avec quelle peine les rois recrutent leurs armées : une petite poignée d'individus enrégimentés décident du sort des empires; la population reste spectatrice^ étrangère au sort des combats. Mais supposez au contraire une nation s'arrachant tout entière à la vie privée^ et s'armant pour sa défense; ne doit-elle pas détruire tous les calculs ordinaires? Qu'y a-t-îl d'impossible à wngt-cinq tnillions (f hommes qui exécutent ? n

Pour arriver à ce résultat , et pour soulever toute la France contre ses ennemis, les jacobins n'avaient besoin , disaient-ils, que d'être débarrassés des traîtres dont la Convention et le pouvoir exécutif étaient infestés. C'était peu pour eux que Roland, découragé, eût prévenu le renouvellement du ministère et donné sa démission ; il fallait encore écarter du i^oavcrnement les intrigans , les hommes d*état, les JinssotinSy et les Girondins: il fallait renvoyer du conseil exécutif Clavière et Lebrun^ qu'ils regardaient comme les amis et les continuateurs du srystèmo de Roland; enfin , ils disaient qu'il fallait détvuiro le dangereux reste du royalisme qu'ils avaient cru apercevoir dans tous les députés qui avaient op- |)0.sé (lo IttroMUstancoù Ucondamnalionde Louis XVI.

DS LA CONYSHTION NATIONALE. Ift

Les Girondins y effrayés de la marche de l'opi«> nion et des projets des jacobins, cherchèrent à arrêter le torrent révolutionDaire, qni menaçait de déborder, et ils eurent encore assez de pouvoir pour maintenir Clavière et Lebrun au conseil exécutif, et même pour en faire éloigner Pache, qu'ils peignirent comme un homme incapable , ayant laissé désorganiser ses bureaux en les ouvrant aux jacobins. Pache n'avait probablement d'autre tort que celui de s'être chargé d'une tache à laquelle un seul homme ne poui vait suffire; néanmoins U Convention crut devoir le sacrifier à la paix publique. Elle pensait avoir fait beaucoup en éloignant les deux chefs qui se partageaient le ministère, et dont les noms étaient deve-. nus deux points de ralliement opposés : comme si, en éloignant les hommes qui servaient les passions ^ on eût détruit les passions elles-mêmes et leur cause!

Le ministère de la guerre fut donné au général Beurnonville, qui n'était encore connu que par sa bravoure et par l'amitié qui le liait à Dumouriez, dont il était Vjijax. C'était néanmoins beaucoup pour les Girondins que le remplacement de Pache: ils avaient obtenu en outre que les assassins de septembre seraient poursuivis; mais ce n'était là qu'une concession insignifiante par laquelle la Convention avait seulement voulu prouver qu'elle ne protégeait pas le crime; de même que les Girondins, en votant la mort de Louis XVI, avaient cherché à repousser le reproche de royalisme.

Par ces impuissantes transactions, la majorité

oonveotionnelle, celle qui n'épousùt pas sjslémaliqaemCTt aocan des deux partis qai diTisaieat œlte Assembla, croyait aToir trooré le mojen de calmer ces partis; maisilDj en avait aacon de satisfait et de rassuré: la Montagne ne cessa de voir dans les Girondins des répoblicains Ëiibles, et même des royalistes d^aisés, dont il fallait se méSersans cesse; et les Girondins Tirent tonjonrs dans leors adversaires des scélérats, dont le système atroce devait jeter la République dans des mesures violentes, et lui faire parcourir une sanglante carrière.

Cependant , il était.des hommes dans la Convention qui s'imaginaient que les maux auxquels la République était en proie dans son intérieur^ n'avaient pour cause que l'absence de la constitution , et que lorsque ce pacte fondamental serait ùiiy toutes les divisions cesseraient. Ceux-là se raltadiaient à cette constitution^ qu'ils ne cessaient d'appeler de tous leurs vœux, et se plaignaient des retards qu'on apportait à sa proclamation. Ils pensaient toujours que leur mission était de constituer la France et de se retirer ensuite : ils ne s'apercevaient pas quela force des événemens changeaient tous les jours la nature du mandat de la Convention ; que , convoquée pour constituer, elle était appelée à combattre; qu'avant de donner à la France un gouvernement répubhcain, elle devait la faire passer par la plus violente des dictatures j qu'elle se trouvait dans la nécessité de faire triompher les piincipes , envers vl contre cous, avaut de les formuler on lois; que les décrets qu'elle

DB LA GOBlYSimON 0IATIOIIAI.B. a3

poi-terait durant la lulie dans laqu«lk ellese itoa*' vait irr<^vocableinent engagée^ ne seraient que des inouyemens de colère ; que la seule et terrible mia^ sipn qu'elle liot deB circonstances, qui devaient la maîtriser , c'était de sauver la liberté de la fureur des rois; et enfin, qu'au lieu de procéder comme pouvoir constituant, elle avait à agir comme pouvoir révolutionnaire.

O combien, parmi les membres de la Convention, qui, se trouvant engagés dans ces fonctions imprévues et dont l'immensité les effrayait , ne sentaient plus leur courage à la hauteur des événemens! Ceuxlà auraient bien mérité de la patrie en se retirant ^ et en faisant place aux hommes énergiques qui pouvaient seuls sauver la Révolution. Mais retenus par un faux point d'honneur, ils restèrent : non pour prêter Tappui de leur silence aux mesures extraordinaires que la situation violente de la France demandait ; mais pour se placer sans cesse au travers des déterminations que les circonstances exigeaient impérieusement. Sans doute qu'ils voulaient eux aussi la République, et ils auraient été propres à la gouverner sagement si elle eut eu un demi-siècle d'existence ; mais dans la crise de son enfantement ^ au milieu des dangers inou'is dont son beixeau était entouré, il faillait autre chose que de brillantes théories pour sauver celte République, et avecelle^ la liberté du monde : il fallait violer toutes les lois faites pour des temps ordinaires, et leur substituer l'impérieuse loi du salut public : il fidlait posséder

a4 HISTOIAB DE LA GONYliNTIOIf NATIONALE.

le Stoïcisme nécessaire pour considérer d'un œil sec les perturbations passagères^ les maux particuliers^ les calamités publiques^ qui devaient nécessairement résulter d'un système inexorable. Ce stoïcisme manqua au parti de la Gironde.

CSAPITES IL

Comité d« défense générale. — lïrtvaux de Carnot. — Organuatiou de l'armée. — Guerre aux chAteaux, paix aux chaumières. — Marine militaire. — Reproches que les Jacobins adressent à Dumouriez. — Héunion de la Belgique à la France. — Ouverture de la campagne. — Succès en Hollande. — Revers sur la Meuse. — Yifi débats au sujet des journées de septembre.

La guerre et les finances étant à l'ordre du jour, la Convention s'en occupa durant les momens de calme qui succédèrent aux terribles agitations produites par le procès de Louis XVI. Outre son comité de la guerre 9 elle venait d'établir un comité extraordinaire de défense générale : il était fort nombreux^ et tous le3 membres de l'Assemblée avaient même le droit d'y assister. L'objet de cette institution^ était de faire travailler les partis opposés au salut commun; de les mettre à même de se voir et d'apprendre à se connaître afin de s'estimer. Mais ce but conciliateur fut encore manqué^ du moins rela-

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livement aux chefs de ces partis, car Robespierre^ voyant que les girondins étaient très assidus à ce comité, ne s'y montra que rarement. JSéaumoins, beaucoup de mesures utiles y furent conçues et proposées« Dumouriez, qui était retourné à Paris, ne dédaigna pas d'y porter ses mémoires et ses plans de campagne.

Carnet surtout, dont le génie militaire imaginait un nouveau système de faire la guerre, Carnot, infatigable dans son dévouement à Ia République, passait les nuits à méditer ses hautes combinaisons, et les jours à en tracer Texécution : du sein du comité, il organisait la victoire sur tous les points de la France.

Pour résister à l'assaut terrible de tant dé puissances conjurées contre cette République^ il fallait mettre en mouvement les ressources que l'enthousiasme révolutionnaire offrait : il fut donc arrêté que les armées seraient portées à cinq cent soixante^lix mille hommes. Sur ces cinq cent soixante-dix mille hommes, il devait y en avoir cinquante mille de cavalerie, et vingt mille d'artillerie. On devait en outre organiser une réserve et un grand matériel à Gfaà-* Ions. • •

C'éUit beaucoup si l'on compare ces fo4*C0s à ceU les que levaient autrefois les rois de France; mais c'était peu relativement aux nombreux enûefâts que la République allait avoir à combattre. On concevait que la France pourrait fiiire de plus grands efforts, s'ils devenaient nécessaires; mais dans la conviction

DB LA comrcmnoff ratiojulb. 2j

que l'on avait qoe chacun des soldats de la liberté valait quatre des automates employés par le despotisme y on trayaiUa à mettre sur pied ces cinq cent soixante-dix mille hommes de guerre.

Us étaient destinés à former une ligne défensive dans l'Est et au Midi, et à prendre audacieusement Tofiensive dans le Nord. Nice et les Alpes maritimes devaient être gardées par une armée de soixante-dix mille hommes. Une autre armée de même force devait occuper la Savoie et ses gorges. Quarante mille hommes étaient destinés h observer l'Espagne. Les côtes de l'Océan et de la Bretagne devaient être gardées par quarante-six mille hommes. Le Rhin^ depuis May ence jusqu'à Huningne^ devait être surveillé par œnt cinquante mille hommes. Cinquante mille étaient chargés d'occuper le pays entre la Meuse et la Sarre; et enfin ^ cent cinquante mille hommes devaient prendre l'offensive en Belgique.

tt Marchons en Hollande, disait Anacharsis Glootz, au nom du comité diplomatique; marchons en Hollande si nous voulons déconcerter et les contre-révolutionnaires de la Belgique, et les fédéralistes do la France. Le Batave nous attend avec ses troupeaut nombreux; et un peuple riche et brave, qui a com-i battu quatre-vingts ans pour la liberté, nous offrira des bataillons, des escadi^ons, des flottes, des magasins, des chantiers, des fabriques, des munitions de toute espèce pour achever brusquement la guerre du genre humain. Je ne compte pour rien les florins et les ducats : les gueux du seizième siècle, et les sans--

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