‹ Histoire de la Convention nationale, d'après elle-mêmeChapitre 19 sur 34 · AUX ATTAQUES DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

AUX ATTAQUES DE ROBESPIERRE

Prononcée dans la séance du lo avril 1793. (Toir page a45).

J'oserai répondre à M. Robespierre qui , par un roman perfide , artificieusement écrit dans le silence du cabinet , et par de froides ironies , vient provoquer de nouvelles discordes au sein de la G)nventîon ; j'oserai lui répondre sans méditations : je n'ai pas comme lui besoin d'art ; il suffit de mon âme.

Je parlerai non pour moi ; c'est le cœur navré de la plus profonde douleur que , lorsque la patrie réclame les instans de notre existence politique , je vois la Convention réduite , par des dénonciations où l'absurdité seule peut égaler la scélératesse , à la nécessité de s'occuper de méprisables intérêts individuels ; je parlerai pour la patrie , au sort de laquelle , sur les bords de l'abîme où on l'a conduite y les destinées d'un de ses représentans , qui peut et qui veut la servir, ne sont pas tout-à-fait étrangères : je parlerai non pour moi ; je sais

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que dans les révolutions la lie des nations s'agite, et s*élevant sur la surface politique , parait quelques momens dominer les hommes de bien. Dans mon intérêt personnel , j'aurais attendu patienunent que ce règne passager s*évanouit ; mais puisqu'on biise le ressoit qui comprimait mon âme indignée , je parlerai, pour éclairer la France qu'on égare. Ma voix , qui de cette tribune a porté plus d'une fois la terreur dans ce palais , d'où elle a concouru à précipiter le tyran , la portera aussi dans l'âme des scélérats qui veulent substituer leur tyrannie à celle de la royauté.

Je vais d'abord réfuter les ridicules accusations de M. Robespierre ; je parlerai ensuite de la pétition qui vous a été dénoncée par Pétion j et que M. Robespierre a su si bien vous faire perdre de vue ; et à mon tour je ferai connaître à la France les véritables ccmiplices de Dumouriez. Je déclare, au reste, que dans les accusations , tout étant personnel, je n'entends point ravir à mes collègues dénoncés l'avantage de se défendre eux-mêmes , et que je réponds pour moi seul.

Je déclare enfin que je parlerai avec toute l'énergie qui convient à un homme libre , mais que je veillerai sur moi pour me préserver des passions qui pourraient amortir le feu de celle qui doit nous animer tous , de l'amour de 1^ République . En vain l'on cherche à m'aigrir \ je ne seconderai pas les pm-* jets infômea de ceux qui , pour f^liter le triomphe des puis^ sances liguées contre nous , travaillept à distraire notre attention des mesures nécessaires à notre défend , et s'efforcent à nous faire entr'égorger^ copule les soldats de Cadn^us , pour livrer notre place vacante au despote qu'ils ont Vs^udace de vouloir nous donner.

Première inculpation, Robespierre nous accuse de nous éti^e opposés, dans le mois de juillet, à la déchéance de Louis Gapet.

Je réponds que dans un discours que j'ai prononcé le 3 juillet, moi, le premier à cette tribune, j'ai parlé de déchéance, et si , sous le poids de la grande accusa tigii de M. Robes*

J DSTIFICATIV£S . 5o5

pierre , il m'était permis de dire quelque bien de moi , j*ajcMi* terais que peut- être i'éaergie de mon discours ne contribua pat peu à préparer les mouvemens révolutionnaires. A la vérité, des patriote^ ardeo», dont le sèie était inconciliable avec aucune espèce de réSexioas , sans avoir étudié l'opinion pi^K* que, santi avoir pri« les moyens qui pouvaient la former et la mûrir y sans s*étre assurés que dans les départemons on ne re* gardejrait pas la aeule mesure qui pût les sauver comme un parjure de la part de rAssembléè-Législativ« , sans avoir combiné aucune dea précautions qui devaient assurer le succès de cette messire extracordinaire , (gèrent avec emportement 4 la déchéam^e^ Je crus devcur modérer limpétuosité d'un monvenient qiû , bien dirigé , faisait triompher la liberté , qui , dé* sordonné comme celui du ao juin , la perdait à jamais. Oèi daiUeurs nous aurait menés la déchéance , si , c(»nme ils le^le^ mandaient, on Teût prononcée en vertu de la Constitution? A tous les désordres qui auraient pu naître de la minorité dVm nouveau roi et du despotisme d'un régent, au maintien de la Ck>n8titution de la royauté. £b bien ! dans la commission des vingHin dont j'étais membre, nous ne voulions ni dHm roî, ni d'un régent ; nous voulions la République. Ce motif nous détermina , après de grandes discussions , à préférer la mesure de la simple suspension , et de la convocation d'une Convention'^ qui dbargée éit donner un gouvernement à la France , la délivrât enfin du fléau de la royauté , sous lequel die gémis^ sait depuis tant de siècles ^ et cette mesure, ce fut moi qui, après avoir présidé toute la nuit du 9 au 40 août au bruit du tocsin , vins pendant que Guadet présidait le matin au bruit du canon 9 la proposer à l'Assemblée-Législative.

Je le demande, citoyens, est->ce là avoir composé avec \% cour? £stH2e à nous qu'elle doit de la reconnaissance ^ ou bien à ceux qui, par les persécutions qu'ils nous font éprouver, la vengent avec tant d'éclat du mal que nous lui avons fait, (^^ p taudis semeMis.^

Seconde inculpation, Robespierre nous accuse d'avoir inséré.

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dans le décret de suspension , on article portant qall serait nomme on gouverneur an prince rojral ; il prétend que c'était là une pierre d'attente que nous avions posée à la royauté.

Le io août je quittai le fauteuil du président vers les neuf heures du matin ; je me rendis à la commission des vingt-un , où je rédigeai en deux minutes le projet de décret que je présentai ensuite à l'Assemblée. Je suppose que les motifs sur lesqoek je me fondai pour j insérer l'article qu'on ^me reproche aient été de ma part une opinion erronée ; peut-être dans les circonstances graves où nous étions , peut-être au milieu des inquiétudes qui devaient m'agiter pendant le combat que les amis de la Uberté livraient au despotisme , peut-être serai-je excusable de n'avoir pas été infaillible : au moins ne conviendrait-il pas à M. Robespierre , qui alors s'était enseveU prudemment dans une cave, de me témoigner tant de rigueur pour un moment de faiblesse. Mais voici mes motifs : que l'Assemblée les juge.

Lorsque je rédigeai à la hftte le projet de décret j la victoire flottait incertaine entre le peuple et le château. Si le château eût triomphé , Louis eût sans doute réclamé contre sa suspension , qu'il eût soutenu être contraire à la G>nstitution ; mais il n'eût pas pu réclamer contre la nomination d'un gouverneur à son fils, qui était textuellement prescrite par la Constitution. Cette nomination isolait constitutionnellement le fils du père, et Uvrait ainsi entre les mains du peuple un otage contre les vengeances d'un tyran vainqueur et irrité ; et remarquez que les destinées du peuple l'ayant emporté, que la victoire ayant couronné son courage après un très court combat, il ne fut plus question de nommer un gouverneur au fils de Louis , et que le lendemain ou le surlendemain la commission des vingti|n demanda elle-même le rapport du décret qui ordonnait cette nomination : ce n'était donc pas pour établir la royauté que je l'avais proposée.

Cette conduite ne vous semble-t-elle pas franche et courageuse. (^Applaudissemens,)

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3® Nous aifons loué Ijrfe^ette et Narhonne, . . Je déclara que je n'ai parlé de Narbonne qa'ane seule fois; ce fbt lorsqu'on demanda llnserticm au procès-Yeit>al d'un discours qull avait prononcé ; mais ce fut pour m'opposer à cette proposition , en disant que si Naribonne avait parlé patriotiquement^ il n'avait fiât que son devoir , et qu'il ne fiiUait pas faire du patriotisme une chose si étrangère aux ministres , qu'on regardât comme digne d'une mention particulière un discours écrit dans les principes de la liberté.

Nous avons loué Lafayette... Et qui donc a parlé cmitre lui, si ce n^est les membres qu'on accuse? C'est Guadet et moi qui, malgré les murmures et les huées d'une grande partie de l'Assemblée-Législative, l'avons attaqué, lorsque dans ses lettres où à cette barre il a tenté de faire le petit César. Je n'ai pas parlé dans la grande discussion qui s'éleva pour savoir s'il serait mis en état d'arrestation : plus de vingt orateurs étaient déjà inscrits , lorsque je me présentai pour demander la parole ; mais on ne contestera pas sans doute que j'ai voté poui* le décret d'accusation. Or , je prie M. Robespierre de développer tout son talent pour prouver que c'est là un panégyrique.

4^ Rdbespierre nous accuse Savoir fait déclarer la guerre à tAutriehe,

La Convention n'exigera pas sans doute que , pour me justifier y je lui développe les motifs d'après lesquels l'Assemblée- Législative vota à l'unanimité pour la déclaration de guerre. Je ne ferai qu'une seule observation. De toutes parts nous étions cernés par les troupes prussiennes et autrichiennes, et par les émigrés, à qui l'Autriche et la Prusse avaient permis de se former en corps d'armée. La question n'était pas de savoir si nous aurions la guerre , elle nous était déjà déclarée par le fait ; il s'agissait de savoir si nous attendrions paisiblement qu'ils eussent consommé les préparatifs qu'ils faisaient à nos portes pour nous écraser , si nous leur laisserions transporter le théâtre de la guerre sur notre territoire, ou si nous tâcherions de le transporter sur le leur. L'Assemblée-Législa-

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tive se décida pour Faitaque , et si quelques revers ont signalé le commeDcement de la campagne , les victoires qui l'ont terminée justifient asaes la résolution courageuse de rAssenbiée- Législative.

Nous étions trocnpés , il est vrai , par les rapports des ministres ; 'mais nous avions lieu de croire que nos armées seraient bientôt en mesure , et , j'ose le dire y le coulage avec lequel ont cembattu les Françaiis aurait rendu cette guerre encore faeu*reuse, si de nouvelles ti^ahisons ne nous avaient empêchés dVn recueillir les fruits.

$^ On a parlé de l'histoire de six millions accordés k Du* mouriez pour d^ienses secrètes. Je vais à cet égard donner à la G)nvekitîon une explication sur ce qui peut m'étrè personnel.

Dumouriec ayant présenté un Mémoire à rAssemblée-Lègislative pour obtenir les six millions, ce mémoire fnt renvoyé à Texamen du comité diplomatique et du oimiâé des finances réunis : j'étais membre du comité diplomatique. On convint, dans l'assemblée des deux çonùiés , que les dépenses secrètes étaient une source de grands abus et de grandes dilapidations, mais qu'une distribution patriotique des six milUons demandés, d'après notre position avec la Belgique et les puissçmoes ennemies, pouvait, au commencement de la campagne, pr«Mi«iire de grandsavantages, et, après avœr calculé les diverses èhanees, il fiit décidé de proposer à l'Aasemblée^Législalive d'açconder les six millions. Alors il Bat question de nommer un rajqiorteur; personne ne voulut l'être : on instinct secret avertiasatt tous les membres pnisens qu'on tenterait un jouF> pour se populariser, de flétrir l'honneur de celui qui aurait Êtit le rapport. Ili s'adressèrent tous à moi ; ils me dirent : vous seul avez ici assez de popularité peur présenter le projet de décret ; vous seul n'avez pas le dixnt de refaser de vous en charger. Je résistai d'abord fon me pressa : ce fut au risque d'une popularité ffui m'était aus^ chère qu'elle peut l'être à mes acousateure., qœ, consultant plus l'intérêt public que mon intérêt personnel, jis vinspropo^r ce décret à TAîMeiii^lée^Jj^gisialnre. •

' JUSTIFICATIVES. SOQ

J'en piii» sur moi les dangers \ je déclara seulement que je ne ferais le rapport quWtant qu'il y aurait unanimité dans les opinions des deux comités , et que > si lé projet de décret était attaqué dans TAssemblée , tous les niembres des deux comités seièveraient pour le défendre ^ et pour soutenir le rappm'teur qui n'était que leui^ organe : on me le promit. Je fis le rapport; les six miliions furent accordés $ et comme pendant son ministère je n'ai vu Dumouriez qu'au comité , comme dans l'Assem^ blée-Législative , j'ai été étranger à la partie des finances^ aux redditions de comptes , j'ai toujours ignoré de quelle manière les six millions furent remis à ia disposition de Dumouriez et l'usage qu'il en a fait*

6° Robe^ierre nous accuse^ comme membres de laconunis-sien des vingt*-un de l'Assemblée'^Législative , d'avoir laissé , pendant lès mois d'août et de septembre, les -armées de la République dans lé plus grand dénuement ; et il n'est pas inutile de rappeler quê \ sans doute pour donner plus d'activité à notre surveillance , Robespierre , entouré d'assassins , nous dénonçait, le a éeptembre, comme les agens de Brunswick ; qu'il n'est pas de mojens, de calomnies , de menaces que lui ou ses amis n'aient employés pour dissoudre cette commission , qui , j'ose le dire , servait bien la patrie. C'est cette commission , aujourd'hui accusée d'avoir négligé l'organisation ou l'approvidonnement de nos armées, qui, s'occupant jour et nuit, prépara tous les travaux de l' Assemblée-Législative, et les moyens de réparer, autant qu'il était possible , les désordres que les trahisons de Louis et de ses perfides ministres avaient introduits dans nos armées ; et ces travaux, insuffisans-peut-éti^e , si on les compare aux circonstances, fuirent cependant immenses; ils ont concouru avec l'énergie du peuple à préparer nos succès, et ces succès^ dont la Convention Nationale est venue recueillir le fruit, ont été assez éclatans pour être ime réfutation suffisante des reproches de M. Robespierre.

7° Après le lo août, nous a^ons calomnié le conseil ^néral de la commune rét^olutionnaire de Paris , qui a saucé la Repu-

5io ntots

hlique Ma réponse sera simple. Pendant l'adininistralioii

de ce conseil général y des dilapidations énormet cmt été commises sur les biens nationaux^ sur le mobilier des émigrés, sur celui trouvé dans les maisons ci-devant royales, sur les eflfets déposés à la commune. Pour mettre un terme à ces dilapidations, je demandai que le conseil général fut tenu de rendre ses comptes. Cette demande était juste ; je la fis sans aucune espèce de déclamation. Un décret ordonna que les comptes seraient rendus : était-ce calomnier le conseil général de la commune? N'était-ce pas plutôt lui fournir ime occasion de prouver avec quel xèle il avait administré la fortune publique? Cependant , c'est à cette époque principalement qu'on a commencé à me ravir ma popularité ; tous les hommes qui craignirent de voir leurs brigandages découverts se répandirent en calomnies contre moi , et je (us bientôt un mauvais citoyen pour n'avoir pas voulu être le complice des fripons.

8® Robespierre nous accuse d'avoir calomnié Paris Lui

seul et ses amis ont calomnié cette ville célèbre. Ma pensée s'est toujours arrêtée avec effiroi sur les scènes déplorables qui ont souillé la Révolution; mais j'ai constamment soutenu qu'elles étaient l'ouvrage , non du peuple j mais de quelques scélérats accourus de toutes les parties de la République, pour vivre de pillage et de meurtre dans une ville dont llmmensité et les agitations conti/iuelles ouvraient la plus grande carrière à leurs criminelles espéi-ances , et y pour la gloire du même peuple , j'ai demandé qu'ils fussent livr^ au glaive des lois.

D'autres, au contraire, pour assurer l'impunité des brigands et leur ménager sans doute de nouveaux massacres et de nouveaux pillages, ont fait l'apologie de leurs crimes et les ont tous attribués au peuple.

Or, qui calomnie le peuple , ou de l'homme qui le soutient innocent des crimes de quelques brigands étrangers; ou de celui qui s'obstine à imputer au peuple entier l'odieux de ces scènes de sang? {Applaudùsem^ns â droite. "^Marai: Ce sont des vengeances nationales.)

JI7STIFICATIYES. 5ll

9* Nous avons vovlu faire fuir de Paris V Assemblèe-Légis-

lative Je suis étonné que cette imputation se trouve dans

la bouche de Robespierre', lui qui avait voulu fuir à Marseille! Nous avons voulu fuir de Paris ! C'est une calomnie infâme. Je ne sais si quelques membres de la commission ont eu ce pro^ jet, car il y avait alors des feuillans ; il y avait des âmes agitées par une terreur excusable peut-être , lorsque les Prussiens étaient en Champagne : je ne sais si quelque membre du conseil exécutif se livra , comme Ta dit Robespien*e , aux mêmes fiayeurs et aux mêmes rêves ; mais je sais que cette idée ayant été jetée dans le comité d'une manière vague , je la repoussai avec la plus grande énergie ; je déclarai que c'était à Paris qu'il fallait assurer le triomphe de la liberté, ou périr avec elle; je déclarai que si l'Assemblée-Législative sortait de Paris, ce ne pourrait être que comme Thémistocle sortit d'Athènes , c'està-dire avec tous les citoyens , en ne laissant à nos ennemis poui* conquêtes que des cendres et des décombres , et en ne fuyant un instant devant eux que pour mieux creuser leur tombeau. La proposition fut en effet repoussée par la coi^^ission d'une voix unanime. ( Quelques murmures à gauche, ) Je défie ceux qui murmm^entde prouver la fausseté de cette assertion , dont deux cents membres de l'Assemblée^Législative furent témoins. (Panîs : Moi , je la nie.)

Vous n'étiez pas alors dans la commission.

g" Robespierre nous accuse d^avoir corrompu par notre correspondance V esprit des départemens J'adjure celui auquel je me fais gloire d'appartenir, et qui, je l'espère, ne maudira pas ma mémoire , le département de la Gironde ; j'adjure ce département^ qui, dans les commencemens de la Révolution, a le premier donné l'exemple à la France de la formation d'une armée marchant à ses propres frais pour secourir à cinquante lieues de ses foyers les patriotes opprimés à Montauban sous le joug de l'aristocratie ; qui , malgré les pertes immenses qu'il a faites dans les colonies , n'a cessé de multipUer ses sacrifices pour le grande querelle des peuples contre les

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rois j qui a fourni dix bataiiloâ» à no6 armées ( qui y à la premièi'c nouvelle des Ux>uble8 de la Vendée ^ a fourni quatre mille hommes^ qui dans le dernier rccrutement^aulieu de deux mille huit cents hommes que la loi loi demandait , en a donné cinq mille ; qui , dans un coui*t espace de temps, a fait une collecte en dont patriotiques de plus de six cent mille francs; qui fournit à notre marine six mille matelots , et harcèle le commerce de nos ennemis par ses coi^saires ; je Tabjure ce département ^ qu^on voudrait appeler feuillantin parce qu^il a su se préserver des honneurs de l'anarchie , mais contre Ténergie duquel toutes les calomnies viennent ignominieusement échouer, je Tadjure de déclarer si j'ai tenté en quelque manière d'égarer ses opi-^ nions. Ce n'est pas que je veuille faire entendre que j'ai influé par ma correspondance sur le bon esprit qui s'y est maintenu : sans qu'il soit besoin d'impulsion étrangère , les hommes de la Gironde trouvent dans leur cœur l'amour de la liberté et la haine des tyrans. Quant à ma correspondance y en voici en deux mots le seci*et : je n'écris jamais de lettre^ (Applaudisse* men^)

11* Nous avons ^onj cesse dénoncé et suscité des divisions dans le sein de la Coni^ention Je ne sais si c'est à moi que

s'adresse le reproche ; j'assure que j'en serais fort surpris , car peut-être ne m'a-t-on appelé modéra que parce que je n'ai jamais fait une seule dénonciation.

1 3° Nous avons détourné les députés belges dd la réunion à la ïrance.,.. Je ne sais ce que mes collègues ont pu faire; je n'ai vu qu'une fois deux députés belges : ils vinrent me demander l'admission à la barre , et je les fis sur-le-champ introduire. Si c'est là les éloigner de la réunion , j'avoue que je suis grandement coupable.

i3° Robespierre nous accuse Savoir coté pour t appel au peuple... Lui devais-je le sacrifice d'une opinion que je croyais bonne? J'ai voté l'appel au peuple, parce que j'ai pensé qu'il pourrait nous éviter une nouvelle guerre , dont je redoutais les calamités , parce qu'il déjouait infailliblement les projets

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d^iine faction dont je soupçonnais lexistence , parce qu'en votant poui' la mort de Louis je ne voulais pas voter pour le couronnement d'un nouveau tyran. La guerre que je craignais est déclarée. Resterait-il encore des doutes sur lexistence de la faction d'Orléans? L'appel au peuple pouvait sous quelque rapport être une faute politique : mais à qui faut-il l'imputer? A ceux qui, en refusant de prononcer le bannissement des Bourbons avant d'envoyer Louis au supplice, me donnèrent aussi le droit de soupçonner leurs intentions.

i4° Robespierre nous accuse d'avoir eu de grandes relations avec Dumouriez , et il m'accuse nominativement de l'avoir soutenu dans le comité de défense générale ,. , L'histoire de mes relations est connue. A son retoui- de la Champagne j'ai été d'un souper auquel il avait été invité et où il y avait au moins cent personnes. A son retour de la Belgique , le hasard me l'a fait rencontrer dans une maison oii j'ai dîné avec lui. Je déclare que depuis qu'il commande nos armées , nous n'avons pas eu ensemble d'autres relations. Jamais il n'a reçu de lettres de moi; jamais je n'en ai reçu de lui. Que si c'est un crime de l'avoir rencontré , même avec plaisir, lorsqu'il revenait triomphant de la Champagne ou de la Belgique, et qu'il faisait croire à son patriotisme autant par ses services que par ses discours, je demande le décret d'accusation contre la Convention Nationale , qui l'a reçu dans son sein avec les témoignages de la plus grande bienveillance ; contre tous ceux que le hasard a faii trouver avec lui dans une maison tierce; contre toute la France, qui lui votait des remerciemens. J'ajoute , pour ceux à qui mes moyens de justification ne paraissent pas péremptoires , que Dumouriez a été couronné et embrassé par Robespierre aux jacobins. (^Dat^id. Ce n'est pas par RobespieiTc , c'est par Collot-d'Herbois. ) Vous en avez donc été dupes comme moi. Et ce qui sans doute est bien plus fort , je demande le décret d'accusation contre les jacobins qui l'ont couroniié et embrassé. ( Applaudissemens , )

Pourquoi d'ailleurs nous reproche-t-on avec une méchan- TOMK m. 33

^^4 pifecss

ceté 81 niaise, des 90upei*s faits avec Dumouriez, dans un temps où la France le proclamait Tun de ses plus utiles défen-^ seurs, et se tait-on sur les dîners que nos calomniateui^ ont fait habituellement avec d'Orléans. Il n'est pas indifférent que je dise que dans les premiers jours de la Convention je fus invité à dîner che« un député de Paris, et que j'y tix)uvai d'Orléans. ( Une voix : Nommez-le député.) C'est Robert.

ISfaintenant jenie formellement que j'aie soutenu Dumouriez dans le comité de défense générale. J'ai pu ne pas croire d'abord qu'il îùt d'intelligence avec les Autrichiens ; et ni Danton ni Camus ne paraissaient le croire : j'invoque à cet égard le compte qu'ils ont rendu eux-mêmes à la Convention. Mais sur les faits, comme je ne pouvais pas les connaître, je déclarai m'en réfiérer entièrement à ce que diraient les commissaires ; je déclarai que leur rapport seul pouvait déterminer la conduite de l'Assemblée : j'interpellerais Camus , s'il était présent , sur la vérité de ce que Je dis , et je ne crains pas d'interpellée Danton.

1 5° Robespierre nous accuse , comme membries du comité de défense générale , de n avoir pris aucune des mesures conpenobles aux circonstances.

Rappelez-vous , citoyens , que vous aviez composé un comité des hommes <[ue vous supposiez les plus divisés par leurs haines : vous aviez espéré que , sacrifiant leurs passions à la chose publique , ils consentiraient à s'entendre mutuellement; que s'ils s'entendaient , la raison et le danger commun les auraient bientôt mis d'accord ; et que de là il résulterait plus de calme dans les discussions de l'Assemblée et de promptitude dans ses délibérations. Empressés de seconder vos vues , nous nous sommes rendus franchement et loyalement à ce cdtùité. Robespierre et ses amis n'y ont presque jamais paru ; mais s'ils ne remplissaient pas la tâche que vous leur aviez imposée, ils en remplissaient une bien chère à leur cœur; ils nousicalomniaient. Ils ne venaient pas au comité^ dit Robespierre ^ à cause de l'influence que nous y exercions... Ils sont donc bien

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lâches , puisqu'ils n osaieut entreprendre de la combattre î Je dois dire comment on a paralysé ce comité , comment on J'a contraint à se dissoudre. Lorsqu'il se réunissait, il se rendait habituellement au lieu de ses séances, cinquante, cent, quelquefois deux cents membres de la Convention : ce n'était plus un comité , c'était un club où il était impossible de travailler , parce que tout le monde y parlait à la fois , et que les membres du comité étaient ceux qui souvent éprouvaient le plus de difficulté pour obtenir la parole.

Qu'arrivait-il si , après avoir surmonté ce premier obstacle , le comité parvenait enfin à mettre quelque objet important en discussion? Alors mi des assistans venait vite à la Convention proposer en son nom le projet de décret qui se discutait au comité, de sorte que quand le comité avait fini son travail, il apprenait que la Convention l'avait devancé, et Ton se donnait le plaisir d'accuser le comité de ne rien faire.

A ce misérable manège , si indigne de la représentation nationale , j'ajouterai un fait qui mettra dans tout son jour le caractère de mon délateur. Le comité avait arrêté de faire pour Tannée une adresse qui serait signée individuellement par les membres de la Convention : Condorcet et moi nous fûmes nommés commissaires pour la rédaction. Je crus convenable , dans les circonstances , de nous faire adjoindre un membre de ceux sur qui repose la popularité, et dont la coopération aurait prévenu tout débat dans l'Assemblée : Robespierre était présent; je priai le comité de l'engager à se réunir à nous : Robespierre répondit qu'il n'avait pas le temps. Je le demande à la France entière, est-ce à l'homme qui, quand on le presse de faire quelque chose pour la patrie , répond qu'il n'a pas le temps; est-ce à un être ou aussi morose ou aussi apathique que peut appartenir le droit , je ne^ dis pas de calomnier , ce droit infime n'appartient à personne, mais de censui'er les hommes qui consacrent à la chose publique toute leur existence, et n'ont de temps que pour elle^ (^Applaudis s emens à droite, ) Je demande si les membres du comité qui , par leur

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iicgligeiice , nous laissaient tout le travail du comité, peuvent nous accuser de nous en être rendus les meneurs?

( Panis : On ne voulait pas aller dans un comité où il y avait des conspirateurs. Bruit. )

Je ne dirai qu-un mot à Panis ; cV'st qu'avant d'avoir le droit lie m'interrompre , il faut qu'il rende ses comptes.

Après avoir suivi Robespierre dans les détails de son accusation , je vais le suivre dans les généralités. A son avis , nous sommes des meneurs , des intrigans , des modérés.,,,

16® Nous sommes des meneurs!,.,. Robespien^e a-t-il voulu dire que nous dirigeons les travaux de la Convention Nationale , que nous influençons , que nous ne désemparons pas la tribune, que nous faisons rendre les décrets? Mais c'est là une impostui*e dont toute la Convention peut rendre témoignage. Donne-t il un autre sens à ce mot de meneurs? Qu'il s'explique, ou qu'il me dispense de lui répondre.

17® Nous sommes des intrigans I,,., Et où avons- nous intrigué? Dans les sections? Nous y a-t-on vus exciter les passions du peuple par des discom^s bien féroces et des motions bien incendiaires? Le flatter pour usurper sa faveur et le précipiter dans un abime de misères, en le poussant à des excès destructeurs du commerce , des arts et de l'industrie ? Non , nous n'avons pas été jaloux de cette gloire ; nous l'avons laissée à nos adversaires. Est-ce dans le sein de la Convention , pour faire passer tel ou tel décret , nommei* tel ou tel président, tel ou tel secrétaire? Eh bien^s'il est un membre de cette Assemblée dont il me soit arrivé , dans une seule occasion , de solliciter le suffrage , soit pour une opinion , soit pour une personne , qu'il ose se lever et m'accuser !

Pourquoi avons-nous intrigué? Pour satisfaire notre ambition personnelle? Mais, le 10 août, nous a-t-on vus proposer de prendre les ministres dans le sein de l'Assemblée-Législative? Nous jouissions cependant d'une grande popularité : l'occasion était belle , nous pouvions croire , sans présomption , que le choix tomberait sur quelqu'un d'entre nous ; nous

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ne l'avons pas fait. Où sont donc les preuves de cette passion de fortune ou de pouvoir dont on nous accuse? Aurions-nous du moins intrigué pour faire donner des places à nos parens, à nos amis? Danton s'est glorifié d'avoir sollicité et obtenu des places pour des hommes qu'il croyait bons citoyens? Quant à moi , à l'exception de cinq ou six attestations de civisme que j'ai signées y et auxquelles il est possible que les ministres aient eu quelque égard, je n'ai jamais sollicité individuellement ni auprès d'eux , ni auprès de leurs agens, ni dans les comités de l'Assemblée-Législative , ni dans ceux de la Convention Nationale , et je n'ai pas fait donner même une place de garçon de bureau. ( Applaudis s emens, ) Ceux qui m'accusent d'intrigue ou d'ambition , pourraient-ils faire la même déclaration?

18**. Enfin, Robespierre nous acccuse d'être devenus toutr à-coup des modérés j des feuillans,,,. Nous modérés! Je ne l'étais pas, le lo août, Robespierre , quand tu étais caché dans ta cave î Des modérés I Non , je ne le suis pas dans ce sens que je veuille éteindre l'énergie nationale ; je sais que la liberté est toujours active comme la flamme , qu'elle est inconciliable avec ce calme parfait qui ne convient qu'à des esclaves : si l'on n'eût voulu nourrir que ce feu sacré , qui brûle dans mon cœur aussi ardemment que dans celui des hommes qui parlent sans cesse de l'impétuosité de leur caractère , de si grands dissentimens n'auraient pas éclaté dans cette Assemblée . Je sais aussi que , dans des temps révolutionnaires , il y aurait autant de folie à prétendre calmer à volonté l'effervescence du peuple , qu'à commander aux flots de la mer d'être tranquilles quand ils sont battus par les vents ; mais c'est au législateur à prévenir, autant qu'il le peut , les désastres de la tempête par de sages conseils ; et si , sous prétexte de révolution , il faut , pour être patriote , se déclarer le protecteur du meurtre et du brigandage , je suis modéré !

Depuis l'abolition de la royauté , j'ai beaucoup entendu pai>- 1er de révolution. Je me suis dit : il n'y en a plus que deux possibles , celle des propriétés , ou la loi agraire , et celle qui

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nous ramènerait aa despotisme. J'ai pris la ferme résolution de combattre Tune et l*autre y et tous les moyens indirects qui pourraient nous y conduire. Si c'est là être modéré, nous le sommes tous , car tous nous avons voté la peine de mort , contre tout citoyen qui proposerait Tune ou l'autre.

J ai aussi beaucoup entendu parler d'insurrection ,. de faire lever le peuple , et , je l'avoue , j'en ai gémi. Ou l'insurrection a un objet déterminé ou elle n'en a pas : au dernier cas , c'est une convulsion pour le corps politique , qui, ne pouvant lui produire aucun bien , doit nécessairement lui faire beaueoup de mal ; la volonté de la faire naître ne peut entrer qiie dans le cœur d'un mauvais citoyen. Si l'insuiTCction a un objet déterminé , quel peut-il être? De transporter l'exercice de la souveraineté dans la République ? L'exercice de la souverainetsé est ^confié k la représentation nationale : donc oeux qui parlent d'insurrection veulent détruire la repré^ntatioil nationale ; donc, ils veulent remettre l'exercice de la souveraineté à' un petit nombre d'hommes , ou le transporter sur la tête d'un seul citoyen ; donc , ils veulent fonder un gouvernement aristocratique ou rétablir la royauté. Dans les deux cas, ils ■conspirent contre la République et la liberté , et s'il faut ou les approuver pour être patriote , ou être modéré en les combattant , je suis modéré ! (^^Applaudîssemens.^ Lorsque la statue de la liberté est sur le ti'ône , Tinsui^rection ne peut être provoqtiée que par les amis de la royauté. A force de crier au peuple qu'il fallait qu'il se levât, à force de lui parler, non pas le langage des lois , mais celui des passions , on a fourni des armes à l'aristocratie , prenant la livi^ et le langage du saos-culottisme , elle a crié dans le département du Finistère : F^ous êtes ^malheureux ; les assignats perdent ; il faut vous Isper en fnassel Voilà comme ces exagérations ont nui à la République.

Nous sommes des modérés! Mais au profit de qui avons-nous montré cette grande modération? Au profit des émigrés? Nous avons adopté conti'e eux toutes les mesures de rigueur que commandaient également et la justice et l'intérêt national. Au

prdfit des couspii'ateui's du dedaus? ^ou^ li'avoos cessé d'appeler sur leur tôte le glaive de la loi ; mais j*ai repoussé la loi •qui menaçait de proscrire rinnocent comme le coupable. On parlait sans cesse de mesures terribles , de mesures révolutioanaii'es.... Je les voulais aussi ces mesui^es terribles, mais conti^e les seuls ennemis de la patiie ; je ne voulais pas qu'elles compromissent la sûreté des bons citoyens j parce que quelques scélérats avaient intérêt à les perdi'e ; je voulais des punitions , et non des proscriptions. Quelques hommes ont paru faire consister leiu* patriotisme à tourmenter, à faire verser des larmes : j'aurais voulu qu'il ne fit que des heureux. La Convention est le centre autour duquel doivent se rallier tous les citoyens j peut-être que leurs regards ne se fixent pas toujours sur elle sans inquiétude et sans effroi j j'aurais voidu qu elle fi\t le centre de toutes les affections et de toutes les espérances. On a cherché à consommer la Révolution par la terreur ; j'aurais voulu la consommer par l'amour. Enfin , je n'ai pas pensé que , semblables aux prêtres et aux farouches ministres de l'inquisition , qui ne parlent de leur dieu de miséricorde qu'au milieu des bûchers , nous dussions parler de la liberté au mi-^ lieu des poignards et des boun'eaux. (^App(audissemens).

Nous des modérés ! Ah ! qu'on nous rende grâce de cette modération dont on nous fait un crime. Si , lorsque dans cette tribune on est venu secouer les torches de la discorde et outrager avec la plus insolente audace la majonté des représentans du peuple; si, lorsque l'on s'est écrié, avec autant de fureur que d'imprudence : Plus de trêve ^ plus de paix entre nous y nous eussions cédé au mouvement de la plus juste indignation , si nous avions accepte le cai'tel contre-révolutionnaire qu'on nous présentait, je le déclare à mes accusateui^, de quelques soupçons qu'on nous environne , de quelques calomnies qu'on veuille nous flétrir, nos noms sont encore plus estimés que les leurs , on aurait vu accouiir de tous les départemens , pour combattre les hommes du 2 septe&bre , des hommes égaletalent redoutables à l'anarchie et aux tyrans î Nos accusateurs

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et nous , uouâ serions peut-être déjà consumés par le feu de fa guerre civile. Notre modération a sauvé la République de c^ fléau (errible , et par notre silence nous avons bien mérité d« la patrie. (^AppUutdissemens^.

Je n*ai laissé sans réponse , aucune des calomnies , aucune des divagations de Robespierre. J'examine maintenant la pétition dénoncée par Pétion ; mais , comme cette pétition tient à un complot général , permettez que je prenne les faits d*uB peu plus haut.

Le 1 0 mars , une conjuration éclata conti'e la Conyention Nationale , je vous la dénonçai ; je nommai quelques uns des chefs ; je vous lus les arrêtés pris au nom de deux sections par quelques intrigans qui s'étaient glissés dans leur sein. On feignit de révoquer les faits en doute ; on regarda conmie incertaine lexistence de ces arrêtés : cependant les faits étaient attestés même par la municipalité de Paris ; Texistence des ai^ rétés fut confirmée par les sections , qui vinrent les désavouer çt vous en dénoncer les auteurs.

Vous ordonnâtes , par un décret , que les coupables seraient poursuivis devant le tribunal révolutionnaire. Le crime est avéré : quelles têtes sont tombées? Aucune. Quel complice a été seulement arrêté? Aucun. Vous-même avez concoui*u à i^ndre votre décret illusoire. Vous aviez mandé Fournier à votre barre : Fournier convient qu'il s'était trouvé dans le premier rassemblement formé aux Jacobins ; que de là U avait été aux Cordeliers , lieu du rendez-vous général ; que dans ce rendez-vous il avait été question de sonner le tocsin , de fermer les barrières , et d'égorger une partie de la Convention ; mais parce qu'il ajouta que dans ces scènes , où il avait été acteur, il n'avait apporté aucune mauvaise intention , et comme si celle d'égorger une partie de la Convention n'eût pas dû être réputée mauvaise , vous lui rendîtes la liberté , en ordonnant qu'il serait entendu comme témoin , s'il j avait lieu , devant le tribunal révolutionnaire. Cest à-peu-près comme si, à Rome,

S'il

le sénat eût décrété que Lentulus pourrait servir de témoip dans la conjuration de Catilina.

Cette incroyable faiblesse rendit impuissant le glaive des lois , et apprit à vos ennemis que vous n^éties pas redoutables pour eux. Aussitôt il se forma un nouveau complot qui s'est manifesté par la formation de ce comité central , qui devait correspondre avec tous les départemens : ce complot a été dérjoué par le patriotisme de la section du Mail , qui vous Ta dénoncé. Vous avez mandé à votre barre les membres de ce comité central : onl-i)s obéi à votre décret? Sont-ils venus? Non. Qui étes-vous donc? Avea^vous cessez d*étre les représentans du peuple? Où sont les hommes nouveaux qu'il a in« yestis de sa toute-puissance ?

Ainsi , on insulte à vos décrets : ainsi , vous êtes honteusement ballottés de complots en complots! Pétion vous en a dévoilé un nouveau dans la pétition de la Halle-aux-Blés : on prépare la dissolution de la représentation nationale , en accusant sa majorité de corruption ; on y verse suî* elle l'opprobre^ à pleines coupes ; on y annonce la volonté bien formelle de changer la forme du gouvernement, puisqu'on y manifeste celle de concentrer l'exercice de l'autorité souveraine dans le petit nombre d'hommes que l'on y représente comme seuls dignes de la coniSance publique. Ce n'est pas une pétition que l'on vient soumettre à votre sagesse , ce sont des oixlres suprêmes qu'on ose vous dicter. On vous prévient que c'est pour la dernière fois que l'on vous dit la vérité ; on vous prévient que vous n'avez plus à choisir qu'euti^e votre expulsion ou subir la loi qu'on vous impose !.... Et sur ces insolentes menaces, sui* ces outi*ages sanglans , on vous propose ti'anquiilement l'ordre du jour ou une simple improbation. Et comment voulez-vous que les bons citoyens vous soutiennent , si vous ne savez vous soutenir vous-mêmes? Citoyens , si vous n'étiez que de simples individus , je vous dii*ais : Etes-vous des lâches? eh bien abandonnez-vous au hasard des événcmens ; attendez avec stupidité que l'on vous égorge ou que l'on vous chasse.... Mais il ne

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8*agit pas ici' de votre saiut péraoniiel: ; voua êtes les reprësentans du peuple : il y va du salut de ia République ; vous êtes les dépositaires de la liberté et de sa gloire. Si vous êtes dissous, Tanarchie vous succède, et le despotisme succède à ranarchie. Tout homme qui conspire conti*e vous est Talhé de rAutriche : vous en êtes convaincus , puisque vous avez dé- , crélé qu il serait puni de mort. Voulez-vous être oons^uens , faîtes exécuter votre décret , ou rapporte»*le , ou ordonnez que les barrières de la France seront ouvertes aux Autrichiens^ et que vous serez les esclaves du premier brigand qui voudra yous enchslnerl (^ApplaueUssemens^ '

Vous cherchez les complices de Dumouriez. Les voilà , les voilà! Ce sont ceux qui ont conspiré le lo mars, et les hommes qui leur ont accordé protection et assuré l'impunité ! Rappelez-vous la coïncidence de cette première conjuration avec les premiers désastres de la Belgique. Pensez-vous qu elle soit un simple effet du hasard?

Ce sont ceux qui ont formé le comité central , dénoncé par la section du Mail , et les faux patriotes qui les ont protégés.

Ce sont les provocateurs de la criminelle adresse adoptée par quelques intrigans, par quelques scélérats, au nom de la section de la Halle-aux-Blés , qui , j*en suis sûr, ne la connaît pas. Tous ces hommes veulent, comme Dumouriez, l^anéantissement de la Convention, tous ces hommes, comme Dumouriez, veulent un roi.

Là je reprends le reproche de complicité avec Dumouriez que ' Ton a Timpudence de nous adresser. Pour qui travaille Dumouriez? Ce n'est pas pour lui; il n'a pas la folie de vouloir être roi; ce ne peut-être que pour le fils aîné de d'Orléans , qui sert dans son armée, et dont plusieurs fois il qous a feit l'éloge , et qui s'est déclaré pour être de moitié dans l'exécution de ses complots. Quoi ! nous les complices de Dumouriez ! et <;'est un Bourbon qu'il veut mettre sur le tpone ! On a donc oublié que nous avons demandé l'expulsion de tous les Bourbons? Nous les complices de Dumouriez ! On a donc oublié qtiels sont ceux

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qui ont combattu notre demande? Nous les complices de Dur mouliez ^•0n a donc oublié t|ue nous avons sans cesse dénoncé la faction d'Orléans? Nous les complices de Dumouriez ! On a donc oublié les persécutions que nous ont attirées oeè dénôn'^ ciations courageuses? Noiis les complices de Dumouriez ! On a donc onblié qu'au milieu des orages d une séance de plus de huit heures, nous fîmes rendre le décret qui bannissait tous les Bourbons de la République ? Nous les complices de Dumouriez? On a donc oublié quels furent ceux qui firent rapporter ce décret? Quoi ! Dumouriez conspire pour un Bourbon ; nous avons lutté sans cesse pour obtenir le bannissement des Bourbons, et c'est nous qu'on accuse ! Quoi! Dumouriez conspire pour un Bourbon : nous avons voulu qu'on expulsât les Bourbons de la République, et ceux-là qui les ont ouvertement protégés accueillent avec des applaudissemens scandaleux l'accusation dirigée contre nous! Non, cet excès d'audace , de méchanceté et de délire n'égarera pas l'opinion sur les vrais coupables. (Applaudissemens !)

J'ai répondu à tout ; j'ai confondu Robespierre dans chacune de ses allégations ; j'attendrai tranquillement que la nation prononce entre moi et mes ennemis.

Citoyens, je termine cette discussion, aussi douloureuse poui* mon âme que fatale pour la chose publique , à qui elle a ravi un temps précieux. Je pensais que la trahison de Dumouriez produirait une crise heureuse, en ce qu'elle nous rallierait tous par le sentiment d'un danger commun ; je pensais qu'au lieu de songer à nous perdre les uns par les autres , nous ne nous occuperions que de sauver la patrie : par qu'elle fatalité prépare-t-on au-dehors des pétitions qui viennent dans notre sein fomenter la haine et les divisions? Par quelle fatalité les représentans du peuple ne cessent-ils de faire de cette enceinte le fojer de leurs calomnies et de leurs passions? Vous savez si j ai dévoré en silence les amertumes dont on m'abreuve depuis six mois, si j'ai su sacrifier à ma patrie les plus justes ressentimens; vous savez si,' sous peine de lâcheté, sous peine de m'a-

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vouer coupable , sous peine de compromettre le peu de bien qu'il m'est encore permis d'espérer de faire, j'ai pu me dispenser de mettre dans tout leur jour les impostures et la méchanceté de Robespierre. Puisse cette journée être la dernière que nous perdions en débats scandaleux !

FIN DV TA01SliM£ YOLUM£.

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