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RAPPORT sur la conspiration et la rébellion qui ont éclaté dans les journées du 12 au 1 4 vendémiaire , et sur les opérations militaires exécutées par l’armée républicaine ; fait par le représentant du peuple Barras, général en chef de l’armée de l’intérieur.
• üu 3o vendémiaire an IV (aa octobre i^gS).
La révolution du g thermidor a véritablement fondé la li berté publique : l’abus de cette révolution sapait les bases de cette même liberté, et malheureusement nous n’avons voulu nous en apercevoir qu’au moment où l'édifice était près de
IMÈCF.S.
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crouU'r. Oui , re|>rt'4cnlaiis du peuple*, notre indulgence nous a fait faire un pas rétrograde; toutes les lois qu’on nous a arrachées en faveur des émigrés , des prêtres , des amis de la tyrannie royale , la proscription des meilleurs patriotes; les assassinats du midi impunis, la vengeance érigée en vertu civique; prestpie toutes les fonctions publiques confiées à des républicains d’un jour, devaient inévitablement relever l’espoir des amis du despotisme, et leur faire tenter une compression dont le résultat était votre massacre et la mort de la république. 11 fallait un point central aux conspiratenrs pour correspondre avec le comité autrichien de Bâle ; ils ne j)ouvaient l’établir que dans la commune de Paris; ils l’ont fait. Cette vaste cité, sur laquelle les départemens ont sans cesse les yeux ouverts pour adopter .ses mesures et suivre sa conduite, offrait .seule, aux parti.sans de la coalition des rois, les éiémens de leur conjuration. Ici une nuée de vils folliculaires, toujours prêts à se vendre à celui qui les.jjaye le mieux, fournissaient aux conjurés le moyen prompt et facile de pervertir l’opinion publique en dirigeant des calomnies atroces ^contre la repré.sentation nationale, en dénigrant les meilleurs amis de la liberté, en insinuant au peuple des inquiétudes sur ses subsistances qu’ils accaparaient, en cherchant enfin â lui persuader que le gouvernement républicain était une chimère qui ne pouvait se réaliser en France ; ici les chefs de la conjuration devaient compter sur une armée d’anciens valets de tour qui , regrettant de n’être plus enchaînés au char de la tyrannie, sont toujours disposés à favoriser le retour de l’ancien ordre de choses, contre lequel nous combattons depuis six ans : ici les nobles , les émigrés et les prêtres, échappant au milieu d’une population immense à l’oeil vigilant du gouvernement, étaient un point d’appui pour les rebelles, et leur donnaient le fol espoir d’un triomphe assuré.
11 fallait achever d’égarer le peuple. Hé bien! les monstres ont profité de l’époque des assemblées primaires, qui devait à jamais fixer la ligne de démarcation entre nos calamités po-
PIÈCES
Syo
litiqucs et le bonliciir que promet au peuple la eonslitiition que vous lui avez donnée , pour l’associer àletir rébellion et l’armer contre l’autorité légitime.
Les conjurés ont levé le masque, et pour être plus libres dansles assemblées ils en ontchassé ou éloigné les meilleurs patriotes , é l’aide du mot insignidanl de terroriste. Ils ont effrontément publié que vous aviez démérité de la patrie; <|ue la Convention nationale n’était qu’un ramas d’usurpateurs , d’assassins delà royauté ; que vos décrets ne devaient 'plus être considérés comme lois de l’Etal , que c’était aux sections souveraines de Paris à diriger les rênes du gouvernement. Les liisen.sés ont poussé l’audace jusqu’à organiser des autorités anarebiques pour juger ceux qui oseraient braver la inaje.slé du trône sectionnaire , couvrir de leurs corps généreux la représentation nationale et sauver la république. Vous avez vu leur perfide scélératesse, et vous vous êtes mis en mesure d’arrêter leurs coupables efforts ; vous avez fait appel aux patriotes de 89 : la voix des pères de la patrie a été pour eux tin cri de ralliement ; tous ces hommes, brûlant d’amour pour^ la liberté, se sont empressés d’accourir autour de vous. Ah ! qu’il a été consolant de voir, dans quelques heures, la Convention nationale, entourée naguère d’une bande d’assassins , devenir tout-à-coup le centre de réunion des vrais amis de la république ! Au milieu de ce bataillon sacré , on distinguait avec intérêt les hommes du <4 juillet et du to août , les vainqueurs de la Bastille, des patriotes de tous les départemens ," et surtout une légion d’ofiieiers, portant d’honorables cicatrices, et couverts plus d’une fois des lauriers de la victoire, destitués parl’intrigue et les complots de la contre-révolution.
Vos comités de gouvernement, ne dissimulant plus les dangers qui menaçaient la république, firent organiser en compagnies ces vieux soutiens de la révolution , et en donnèrent le commandement , sous le nom des patriotes de 89 , au général Berruyer , vieillard respectable , qui joint à des talçns militaires une moralité pure : nous étions alors dans la jour-
née du la. lié bien! ruprésentans du peuple, l’eutelidrez-vous sans frémir d’indignation, Menou , général en ehef de l’armée de l’intérieur , et commandant de la force-armée de Paris se présente à lacummission'dcs cinq à deux heures après midij il était suivi de plusieurs personnes de son état-major; et prenant le ton arrogant d’un officier de cour; Je suis instruit, dit-il, qu’on arme tous les bandits (c’est ainsi que les tyrans appellent les républicains); je vous déclare formellement que je ne veux , ni sous mes ordres , ni dans mon armée, ni marcher avec un tas de scélérats et d'assassins organisés en patriotes de 89. La commission répondit: Ces sincères amis de la liberté ne seront point sous vos ordres ; ils marcheront sous ceux d’un général républicain , sous la direction des représentans du peuple, et resteront près de la Convention nationale pour la défendre. Menou sortit avec la physionomie très-agitée , et fit écrire a Raffet que les patriotes de 89 étaient consignés. Cette lettre fut lue à la séance d’une assemblée de section qui l’applaudit et l’inséra dans ses registres. A dix heures du matin , une section députe è la commission des cinq trois de ses membres (Chosal, qui la présidait, était du nombre) pour déclarer art gouvernement qu’il avait perdu sa contiance, et qu’il était responsable de tous les événemens. Il n’est plus possible de se faire illusion sur les malheurs que les royalistes préparaient à la patrie : les conjurés, disséminés dans tout Paris, excitaient les citoyens à s’armer, et appelaient a grands cris , sur la représentation nationale, la dissolution et la mort. Des électeurs s’étaient réunis au Théâtre-Français, recevaient des députations, requéraient la forceurmée des .sections. Ils ont pour eux le nombre , et cependant ils s’inijuiètent , ils pâlissent, ils invoquent la periidie et la corruption; mais tous leurs elForts ne sont qu’injurieux; la Convention et ses intrépides amis, composant les troupes de ligne, ne forment qu’un faisceau compacte devant lequel vont s’évanouir toutes les espérances criminelles.
Vos comités de gouvernement et votre commission des cinq
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avaient d^à réitéré l’ordre impératif de faire nvaneer des colonnes sur le Théâtre- Français et la section Lepelletierr l’exécution de ces ordres fut éludée sous difï'crens prétextes ; ce ne fut «ju’à l’entrée de la nuit Vju’on mavuhu sur le Théâtre-Français : les rebelles, alors instruits des mesures prises par le gouvernement, avaient eu" le temps de se disperser. Ou renouvela l’ordre de marcher sur la section Lepellelier, fo^er de la conspiration, pour dissiper les rebelles et s’emparer des chefs; vous eûtes bieiitdt la douleur d’apprendre que celui à qui vous aviez donné le commandement de votre force-armée, avait eu la lâcheté de transiger avec les révoltés. ' Pour rassurer ceux-ci et effrayer nos braves frères d’armes, comme si la terreur pouvait pénétrer l’ame d’un républicain,- Menou vociféra cette phrase liberticide : ytte/ywe jo/</nr
s'avise d’ insulter les bons citoyens de la section l.epelletier , je lui passerai mon sabre à travers le corps.
Braves défenseurs de la patrie , vainqueurs de tant de rois, la fierté de vos cœurs s’indigna de voir cette honteuse trahison ! Vous fîtes éclater par des murmures votre colère civique ; vous étiez avides de verser votre sang pour la république, et quelques-uns de vos chefs la livraient impitoyablement aux poignardssacriléges des assassins! Mais vos murniures vertueux échauffèrent la pensée du gouvernement, doublèrent .son courage et sa confiance; il prédit la victoire que votre patriotisme bouillant et impétueux allait remporter sur la multitude des conjurés.
Les troupes étaient retournées vers le Palais-National , et l’on avait négligé de leur assigner les points de ralliement, lorsqu’on vint nous faire part de l’infâme conduite de Menou.
Dans ces circonstances difficiles et périlleuses , les comités de gouvernement et la Convention nationale crurent que je pouvais être de quelque utilité à ma patrie ; et par décret , dans la nuit du 12 au i 3 , je fus nommé général en chef de l’armée de l’intérieur. Je ne vous cacheitti pas , représentans, que je fus un instant effrayé de l’immense responsabilité qui
HKCES.
«allait peser sur ma tête. Je voyais nos moyens de force insufTisans , je les voyais disséminés. Cela pouvait-il être autrement ? Le chef de l’armée paraissait protéger la conspiration. Mais je vis votre sang près de couler : mon dévouement parut utile à la patrie ; je ne délibérai plus. Je m’entourai aussitôt de patriotes : j’appelai à moi les ofllciers destitués ; je ralliai le peu de troupes que nous avions ; j’établis des postes à toutes les avenues des Tuileries; je désignai des réserves; je donnai à chaque officier-général un ordre de commandement circonscrit; le général Buonaparte, connu par ses talens militaires et son attachement à la république , fut nommé , sur ma proposition , commandant en second. L’artillerie de position était au camp des Sablons, et mal gardée; je la fis de suite traîner ici ; je fis chercher des canonniers dans les bataillons des patriotes de 89 et dans la gendarmerie; deux obusiers furent placés aux points les plus intéressans. Le dépôt important de Meudon ii’ctait point gardé : je donnai l’ordre à deux cents hommes de la légion de police casernée à Versailles, a cinquante cavaliers de quatre arme.s et à deux compagnies de vétérans de s’y rendre. J’ordonnai également l’évacuation des effets de Marly sur Meudon. Les magasins de vivres étalent dispersés dans Paris : le commissaire-ordonnateur reçut les ordres les plus précis pour les faire arriver dans les Tuileries : l’ordre pour la fabrication du biscuit fiM expédié , ainsi que celui de préparer des cadres et une ambulance. Il fut assigné un dépôt pour les munitions de guerre. Quelques-uns de nos collègues furent au faubourg Antoine dont nous connaissions rattachement à la liberté. J’avais fait aussi armer des corps de gendarmes de la Convention ; j’avais fait éclairer les routes de Saint-Germain, Versailles et Franciade ; je passai la nuit à faire préparer tout ce qui était nécessaire pour repoufiscr les rebelles. Je fis exécuter des mouvemens aux troupes; ces ebangemens aux dispositions précédemment prises, et peut-être convenues, étonnèrent singu-
l'IÈCKS.
lièrement l'ennemi , et suspendirent pendant la nuit toute
entreprise de sa part.
Le i3 au matin je fis la visite de tous les postes; je rectifiai tout ce que je trouvai de défectueux dans chacun d’eux. Je haranguai mes compagnons d’armes; je leur prêchai surtout d’être avares du sang des citoyens , d’être fermes à leur poste et d’obéir à leurs chefs. On est bien sûr de faire impre.ssion quand on parle à des hommes déjà convaincus. Représentans , vous étiez alors défendus par le poste des Feiiillans, ceux des rues de la Convention , de l’Echelle , du Carrousel ; ceux du Pont-Neuf, du quai de la Galerie, du Pont-National , et par tous ceux que j’avais établis aux avenues de lu place de la Révolution.
Si les efforts de nos républicains eussent pu un instant succomber sous les coups de nos nombreux ennemis , j’avais ménagé à la Convention une retraite honorable à .Saint-Cloud. J’étais maître de toutes les hauteurs ; là vous auriez délibéré avec sécurité; votre énergie s’accroi.ssant au milieu du bruit des armes, vos' décrets eussent été la fondre lancée à la tète des rebelles; la victoire était retardée, mais elle était complète ; le désespoir se -mêlait à l’agonie des tyrans ; nous terminions la révolution: puissions- nous n’avoir pas à regratter un jour une défaite, et pleurer sur le sommeil étrange qui a suivi nJs premiers suecès !
Cependant toute la nuit et toute la journée du t3, jusqu’à quatre heures du soir, la générale avait battu dans plusieurs quartiers de Paris. Le citoyen Valentin , adjudant-général et suspendu de ses fonctions, vint m’annoncer dans la matinée que la Convention serait attaquée à quatre heures du soir : il avait entendu ce propos de la bouche indiscrète de quelques jeunes gens. Des commissaires de la section Lcpelletier, accompagnés de huit tambours, proclamaient l’ordre impérieux de marcher contre la Convention pour la forcer de reconn.aître la souveraineté des .sections de Paris, et, en cas de refus, de massacrer tous ses membres.., le me trompe Soit par
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l'IÈCKS.
!<enliiucut de reconuuissunce, i>oit dans le dessein de dilfyiner et de flétrira jamais quelques députés , leurs personnes furent exceptées de la proscription.
La section Lepcllelier faisait alors distribuer des cartouches ; celle du Mont-Blanc arrêtait les subsistances; celle de l’Arsenal s’emparait des chevaux de la république, et provoquait la section Lepciletier à se rendre à Essonne pour se saisir de poudres; celle de Poissonnière faisait arrêter nos chevaux d’artillerie ; celle du Thédtre-Français excitait par des circulaires les sections environnantes à la rébellion ; celle de la Fidélité aurait marché avec du canon contre la Convention sans le dévouement et le courage de l’adjudant-général Devaux et de l’adjudant de division; celle de l’Unité et plusieurs autres étaient insurgées et en armes. Les généraux Chaumont et Loison reçurent l’ordre de se rendre aux positions que nous occupions sur ’la ligne de la rue Honoré. Cependant des colonnes nombreuses se formaient dans les deux parties de Paris divisées par la Seine , et s’avancaient sur la Convention. Je parcourais tous mes postes , recommandant aux soldats et aux chefs de ne point en bouger , et d’attendre avec fermeté l’agression des rebelles. Nous étions alors en présence : quatre heures venaient de sonner. Je suis inform^jue desmouvemens hostiles et des coups de fusil sont tirés sur nus patrouilles et nos védettes. Je me rends sur-le-champ rue de la Convention. Les rebelles étaient postés sur le perron de Saint-Roch, et des colonnes nombreuses couvraient les rues Honoré , koch etgde la Loi. Je les fais sommer de se retirer sur-lechamp : ma sommation est accueillie par des huées, des menaces , et bientôt après par des coups de feu. Au moment que les colonnes des rebelles arrivèrent dans toutes les rues où étaient nos postes, et s’y formèrent en ligne , j’aurais pu proiiter de cet instant si critique , même aux troupes les mieux aguerries, pour les foudroyer; mais le sang devait couler; mais je devais laisser ces malheureux ,-déjà couverts du crime delà révolte, se souiller encore de celui de fratricide; aux con-
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jurés seuls devuit appartenir l’horreur des premiers coups.
Ce signal donné , j’ordonne à l’instant au général Berruyer et à l'âdjudant Huart de dégager le front et de repousser la force parla force. J’arrive aussitôt rue de l’Echelle, où commandait l’adjudant-général Blondeau ; mais l’ennemi était déjà repoussé ; je fis néanmoins avancer un peloton de gendarmerie pour le soutenir. Prévoyant alors que toute ma ligne allait être attaquée , je me portai à la rue Nicaise : les rebelles avaient en effet pénétré la rue Honoré et celle de Rohan jusqu’au poste de la garde nationale qui se trouve au milieu de cette rue. J’ordonne an général Brune et à l’adjudant Gardane de sommer les révoltés de déposer leurs armes; mais la voix de la raison est impuissante; l’autorité de la loi est méconnue; il faut encore déployer l’appareil de la force pour soumettre les révoltés. Je cours de-là sur le quai où des fusillades se faisaienl entendre. Une colonne ennemie s’avançait sur un front considérable vers le Pont-National par le quai Voltaire. Notre artillerie placée au bas de ce pont, toute celle placée le long de la galerie du Louvre , où commandaient les généraux Carteaux, Verdière, Lestrange , firent bienlùt justice de celte troupe rebelle qui s’ était présentée avec beaucoup d’ordre 41 aux cris de vive le roi. Prévenu qu’il y avait un engorgement dans la rue de la Convention , je m’y rends et je vois que l’ardeur de nos républicains les a emportes trop loin. Je fais revenir la pièce de canon à la place que je lui avais assignée , je détachai quelques pelotons de la réserve dos Tuileries que je plaçai sur la terrasse des Feuillans ; ^eux pièces de canon furent emmenées pour protéger les flancs. C’est ici qùe la lâcheté se montre dans toute son horreur ; les rebelles, retranchés dans les maisons voisines, firent un feu meurtrier sur les colonnes républicaines; je ne suis plus le maître de retenir leur bouillante impétuosité; l’airain tonnant frappe et ouvre en un instaq|t le refuge des traîtres ;*ils fuient épouvantés. Je cours alors Vers la place de la Révolution, où j<; craignais quelques tentatives de la part des royalistes. Un corps
• -fl
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(^tiiienii s’élait en effet montré du côté du Palais-Bourbon et avait presqu’aussitdt disparu. L’ennemi , clia.ssé et mis en fuite sur tous les points, se retraneba sur l’église Saint-Roch , le théâtre de la République £t le palais Egalité ; il était encore trop voisin de la Convenffin pour le laisser tranquille. Les rebelles de l'outre côté de la Seine avaient été repoussés. J’ordonnai aux généraux Monchoisy et Duvigneau qu’une colonne de la réserve s’avancerait avec deux pièces de douze «aux boulevards, et, tournant la place Vendôme, viendrait opérer sa jonction avec le détachement qui était aux Capucines, tandis que le général Brune ferait avancer deux obusiers sur les rues Nicaise et Rohan , et que Carteaux , avec deux cents hommes et.du canon, viendrait se loger place Eg“h'té , en pas.sant par la rue Thomas du Louvre. Le généra l Berruyer reçut l’ordre de prendre le commandement des Fcuillans, et d’avancer par la place Vendôme. Toutes ces dispositions prises , le mouvement fut bientôt communiqué à toute ngtae ligne ; les ennemis furent forcés dans le théâtre de la RépuUlque et le palais Égalité; ils se retirèrent dans le haut de 1a rueide la Loi et vers l’Oratoire. Alors commencèrent les barricades; je fis enlever à la baïonnette celle établie à la barrière des Sergens , et je fus obligé de donner l’ordre de tirer sur les dépaveurs de rue ; j’arrêtai alors avec peine l’impétuosité de nos braves républicains. Je craignais pendant la nuit les projets homicides des révoltés qui se proposaient d’assommer nos braves défenseurs «n lançant des croisées des pavés et des eaux bouillantes. J’établis nos avant-postes au palais Égalité, et au théâtre de la République. On n’entendit pendant la nuit <{ue quelques coups de fusil de part et d’autre. Le i4,è quatre heures du matin, le général Vachot s’établit dans Saint-Roch, après en avoir chassé l’ennemi. La section Lepellcticr était alors le quartiergénéral des rebelles ; ils s’y étaient fortement retranebés avec une pièce de canon. Je fis toutes mes dispositions pour les forcer dans leur repaire ; mais la lâcheté , compagne de la trahisvn , avait fui devant la valeur républicaine; je ne trouvai dans
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ce loyer de la conspiration que des armes, des munitions de guerre, de bouehe, et des attributs de la royauté. Instruit que la femme d’un député avait été mise en arrestation dans la section de Brutus, je marchai sur deux colonnes par les boulevards et la place des Victoires; mafii ces messieurs qui avaient juré de soutenir l’honneur des chevaliers français, étaient également en fuite. Je fis alors diriger la force sur la place de Grève et Jes ponts qui l’avoisinent ; des piquets visitèrent l’Ile- Saint-Louis. J’avançai ensuite avec un détachement de cavalerie au faubourg Antoine; là je retrcfüvai cet attachement fort et solide pour la république , et la joie pure qu’inspirait la victoire brillait sur tous les visages. Je terminai celte marche par reconnaître le Panthéon et le Théâtre-Français où existaient encore quelques vestiges de barricades.
Instruit, que des pièces de canon étaient envoyées aux rebelles par la commune de Saint-Germain , j’ordonnai à un détachement de cavaleri^de s’en emparer, ^et de désarmer ceux qui l’escortaient; cOTordre fut exécuté. Le jour suivant Paris fut désarmé ; celle mesure s’opéra sans résistance. Elle était nécessaire et politique ; mais je pense que la Convention nationale, toujours juste, ne différera pas long-temps de réarmer ceux qui l’ont si vaillamment défendue, et sur l’amour desquels elle peut toujours compter. Je recommande aussi avec empressement à sa justice et à sa bienveillance les militaires et autres citoyens qui par leur courage ont obtenu la mémorable victoire du i3 au i4-
Plusieurs repré.sentans à la tête des colonnes, les patriotes de Paris et des départemens , les citoyens de la section des Quinze-Vingts , les vétérans, les invalides, les canonniers et nos braves frères d'armes, les militaires et les généraux destitués, ont développé dans ces jours de crise une valeur, une intrépidité , que l’histoire aura de la peine à persuader à lu postérité. Mais , représentans du peuple, nous avons à pleurer quelques hommes qui ont péri dans ces mémorables journées. Martyr.» respectables et honorés, vous avez scellé de votre
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sang le triomphe de la liberté sur le crime! Ombres généreuses et magnanimes , vous avez péri pour lu liberté 1 Recevez aujourd’hui de la patrie , comme vous le recevrez de la justice des siècles, le tribut de la reconnaissance publique! Vos intéressantes familles sont sous la protection de la'patrie; elles ont pour appui tous les hommes libres, et leurs noms glorieux sont pour jamais gravés dans le coeur de tous les Français.
Le calme est dans Paris ; les bons citoyens, les citoyens qui n’avaient été qu’égarés , veillent autour de vous ; mais la rage est dans le coeur des conjurés ; ils rallient dans les ombres de la nuit le fanatisme , la révolte et le meurtre ; ils correspondent toujours avec le comité autrichien établi à BjîIc avec les agens de l’Angl^rre dans la Vendée; avec Condé, qui est, en ce moment-ci, sur les frontières du dura, et de Wins qui n’attend que le moment favorable pour descendre sur les cotes de Provence.
Voyez, sur tous les points de la république , les émigrés en place, dix mille d’entre eux domii^aut dans Marseille, leurs sicaires organisés en compagnies pour égorger les patriotes; les officiers républicains remplacés par des royalistes , les commissions exécutives infectées de mauvais citoyens; Toulon promis de nouveau aux Anglais , mais courageusement défendu par les patriotes; un club établi dans cette ville sous le nom de Comédie bourffeoise , dont la carte d’entrée porte aux quatre angles une fleur de lis, et sur le revers une croix de Saint- Louis; des raouvemens au-delà du Rhin combinés *vec ceux de l’intérieur.
La'cocarde tricolore n’est plus , dans plusieurs contrées du Midi, qu’un signe de pro.scription et de mort. Les braves défenseurs de la patrie, si chers aux amis de la liberté, si honorés par tous lesjcceurs républicains , sont partout couverts d’opprobres et d’outrages.
Représentans du peuple, lisez les destinées de l’Europe dans le traité des tvrans, fait à Pavie et ratifié à Baie. Cette
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pièce est authentique ; je l’ai lue : je la coinipuiiiquerai s’il est nécessaire.
• La royauté rétablie en France, dans la maison de Bourbon,
• et la France de nouveau distribuée en provinces. La banque-
• route générale déclarée , hormis envers les étrangers et les .
> Français fidèles à la bonne cause. La rentrée de tous les
> émigrés et leur réintégration dans tous leurs biens, titres,
■ droits, privilèges , etc. ; les mêmes avantages envers tous » les fidèles restés en France. Le rétablissement des parlemens,
» mais leurs prétendus droits anciens abolis ou restreints. —
» La religion catholique déclarée de nouveau dominante, et a son culte rétabli exclusivement dans tout son lustre; les a biens ecclésiastiques réunis aux domaines ; mais il sera pris a sur les revenus ce qui sera annueUfipient accordé aux évêques a et aux curés; les pensions à accoreer aux abbés commendaa taires encore vivans , aux bénéficiers , aux religieux et relia gieuses, etc., seront prises sur lesdits revenus. Tous lesmema bres de la Convention qui ont voté pour la mort de Louis XVI, a seront condamnés à mort comme régicides , et leurs biens »' confisqués. Tous les principaux chefs du parti' soi-disant
a patriotique , connus pour tels dans les trois assemblées na- ^ a tionales, dans les armées de terre et de mer, dans les aûto-
• rités constituées , dans les sociétés ou assemblées populaires, a ou ailleurs, condamnés à la même peine comme traîtres et a rebelles, et leurs biens confisqués; les chefs secondaires con-t a damnés aux fers ou à la déportation , et leurs biens aussi a confisqpés. Pardon général accordé au reste dudit parti , à a condition de payer une amende proportionnée à leurs faa ciiltés , et eux et leurs enfans déclarés incapables de rfllnplir a aucunechargeouemploidansl’Ëtat.Lespuissancesen guerre a contre la France , rentreront immédiatement en possession a des conquêtes <jue les Français rebelles ont faites sur elles :
» le roi très-chrétien cédera pour dédommagement des frais a cl saerifices que ces puissances ont faits pour son rétablis- » sèment : <
Vjooyle
P1KCK5.
M 1®. A l’Enipereiir, la Flandre française, le Hainault français , la partie française d’entre Sanibre et Meuse, la Lorraine et les Trois-Evêcliés ;
• 2®. Au roi de Sardaigne , le Bugey , la Bresse , le pays de Gex et Briançon ;
• 3o. A l’Angleterre, la Bretagne, ou la Martinique et Saint-Doiningue ; item, Pondichéry et les autres établisseniens français dans les Indes orientales;
• O 6 ®. L’Empereur sera dédommagé de sa partie de la
• Gucldre, par la possession de Maëstricht; l’Alsace aura
• pour souverain un prince de l’Empire, qui n’est pas encore » désigné;
■» 7®. Quant à la Hollande, le rétablissement du Stathou- '» dérat garanti par toutes les puissances coalisées; une nou-
• velle alliance avéc l’Angleterre et ses alliés, et l’île de
• Walcheren cédée à perpétuité aux Anglais »
O comble de la scélératesse et de la barbarie I Les patriotes belges, les patriotes hollandais livrés aux poignards et aux échafauds de l’empereur et du prince d’Orange ! Jamais autant de projets destructeurs ne furent plus perfidement combinés et plus ouvertement tramés! Et cependant, par un prodige inoui , vous triomphez du nombre et de la scélératesse de vos ennemis!
' Oui, représentans, vous avez vaincu! Au centre de la conjuration , vous venez de remporter sur la coalition des rois une victoire définitive sans doute; mais il faut que l’élan et l’énergie de vos âmes répondent au mouvement et au feu des armes : vous en perdez tous les fruits , si vous n’arracbez à leurs émissaires tous les moyens d’assassiner la liberté jusque dans son sanctuaire. Union sincère et forte entre tous les républicains, mais haine profonde et éternelle à tous les royalistes; une barrière insurmontable entre eux et nous ! Qu’ils aillent porter autour des trônes leurs richesses corrup-
Dk iKsOt , -jDOglt
PIJ-XES.
trices, leurs bassesses, leurs poignards et leur fureur de servir des maîtres et de multiplier des esclaves !
Les royalistes ont tout osé pour consommer le crime de la tyrannie; osez tout pour le triomphe de la république j elle est perdue si vous ne vous montrez inflexibles envers tous les traîtres! Que peuvent des ]jaroles de clémence envers des ennemis qui ne respirent que les haines et les vengeances?.
Vous les croyez anéantis. Prêtez l’oreille à Ihurs cris sinistres et à leurs discours féroces : tout ce qu’ils n’ont pu corrompre est proscrit; tout ce qui s’est opposé il la ruine de la république sera immolé. Encore quelques jours, disent-ils, et nous achèverons le massacre de ces orgueilleux fondateurs! Encore quelques jours, et il ne restera pas un seul fondateur de la liberté sur la terre ; nous n’y trouverons plus un seul accusateur.
Parcourez leurs correspondances; ils annoncent dans leur joie alTreuse aux tyrans avec lesquels ils conspirent , qu’ils touchent au moment de se baigner dans le sang du peuple français et de scs plus fidèles repréSentans;' tous vos amis, les braves citoyens, les héros qui ont défendu la représentation nationale , qui ont sauvé la république dans l’immortelle journée du au i4) sont déjà poursuivis dans leur pensée comme des brigands et des assassins. Que di.s-je? Ce blasphème impie est échappé de la bouche de leurs bourreaux; il a retenti jusque dans cette enceinte !
Représentons du peuple , mon devoir est de tout vous dire, de tout braver pour sauver mon pays. Celui qui, dans ces momens de danger, ne se passionne pas pour les moyens de le sauver, vous trahit ; il conspire.
J’entends dire que les rebelles sont désarmés ; mais leurs partisans, leurs complices, leurs effrontés protecteurs sont encore puissans ; vous les voyez plus occupés à consoler les ombres sacrifiées des conspirateurs , qu’à .sonder les plaies de la patrie, qu’à soulager avec vous la douleur publiipie : ces hypocrites vous séduisent par l’apparence de queupies vertus
PIÈCES
qui vous sont habituelles ; mais ils vous combattent en secret par la ruse , le mensonge et la perfidie ; iis s’isolent de vous pour mesurer les coups qu’ils se préparent à vous porter.
Le point d’appui du rojalisme est frappé , mais il n’est pas abattu; son horrible ouvrage subsiste tout entier; la famine, la banqueroute , l’assassinat des patriotes restent organisés : les conjurés vont s’asseoir parmi les magistrats , parmi les mandataires du peuple ; et lorsque la royauté seule devrait être en deuil, par quelle fatalité le crêpe du malheur et delà mort euveloppei-t-il toujours le sol de la république?
Représentans du peuple , la punition du crime n’épouvante que la faiblesse; vous êtes comptables au peuple de sa grandeur : si vous n’atteignez tous les traîtres par la rigueur de la justice , si vous ne punissez pas les attentats qui ont fait couler des flots de sang et de larmes , vous vous chargez d’une responsabilité terrible.
Songez qu’après la scélérate.sse , ce qui menace le plus 1a patrie , c’est la pusillanimité des gens de bien; leur mollesse assure l’impunité, encourage le crime, et laisse opprimer le peuple.
C’est surtout par amour pour la justice et l’humanité que j’évoque du fond de vos cœurs les sentimens forts et énergiques d’une fermeté inébranlable. Une justice prompte et inflexible eût déjà rompu tous les complots; votre indulgence les a fait renouer : plus vous attendrez , plus vous verrez s’accroître les obstacles et les dangers. Que les leçons de l’expérience nous apprennent à être sages! Le temps est précieux; si vous persistez à vous montrer indulgcns aujourd’hui, vous serez cruels demain. Soyez sévères pour que personne ne soit atroce ; soyez fermes , afin de n’être jamais exagérés ; maintenez-vous à la hauteur de la justice, si vous ne voulez être obligés dans quelques jours de forcer toutes les mesures. Ceux qui cherchent à couvrir le crime de leurs manteaux , qu’ont-ils fait au moment du danger contre vos ennemis ? Que vous proposent-ils aujourd’hui pour sauver la républiipie
trahie et menacée sur tous les püiuUÎ Eclairons la conduite de tons les traîtres, de tous ceux qui ont protégé le royalisme ; portons la lumière dans tous les replis des complots ; les tempêtes ne sortent jamais que du sein des nuages et des ténèbres. Je vous le déclare, représentans du peuple , si vous laissez les rênes de la révolution dans des mains criminelles ou suspectes, personne ne peut être certain de son aveuir; l’ordre social est troublé pour long-temps jusque dans ses sources les plus profondes. Un siècle de discordes civiles et de calamités publiques désolera notre malheureuse patrie.
Soyez donc aujourd’hui ce que vous avez été dans toutes les circonstances mena<;:antes ! Conservez ce courage vertueux qui vous a fait accomplir de si hautes destinées. Soyez grands . et magnanimes comme le peuple que vous représentez; faites pour le triomphe de la république ce qu’on tente pour le retour de la monarchie; pardonnez à l’erreur, mais montrezvous inébranlables pour les traîtres! La clémence , dans ce cas, serait funeste au peuple : ne laissons pas à d’aussi vils ennemis un triomphe qui serait à la lin la perte et la lionte de l’humanité.
Il n’appartient pas au chef de la force armée de vous proposer aucune mesure : mon devoir est de faire exécuter celles que vous commandent les intérêts et les dangers de la république.
Sur ce rapport, la Convention nomma une commission de cinq membres chargée de présenter des mesures de salut public. ^
FIN UES PIFXES.
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