PREMIÈRE PARTIE. CHAP. III. 5 i
velle du gouvernement français , elle ne devait pa-*raître qu’après le jugement de Louis XVI , parce qu’alors, seulement, on serait exempt de toute inquiétude sur le sort de la république. On répondait à cela que le jugement du roi , quel qu'il fût , ne devait rien changer aux principes sur lesquels serait fondée la constitution ; que la république étant une fois décrétée une et indivisible > rien n’était plus capable de l’ébranler; enfin que le roi , déchu de son trône , existât-il en France comme ailleurs, il ne pourrait plus être question de lui ni des siens pour un royaume que la Convention avait déjà anéanti. Il y eut grand débat sur cette question, et le parti Robespierre finit par l’emporter : on décida que le jugement du roi précéderait la discussion sur la constitution , et cette première victoire du parti Robespierre fut à mes yeux le signal et le gage de toutes les autres.
La découverte de l’armoire de fer, cachée dans l’épaisseur d’un gros mur, aux Tuileries, contribua à hâter le jugement de Louis XVI. On y trouva des pièces dont on se servit contre lui dans son jugement ; d’autres qui décelèrent le faux patriotisme de députés qui , lorsqu’ils montraient le plus de zèle pour la liberté de la nation , travaillaient pour de l’or à son esclavage. Toutes ces pièces furent publiées et distribuées. Ce fut au ministre de l’intérieur, M. Roland, que l’on s’adressa pour la révélation du secret de cette armoire; et ce ministre, en conséquence , s’y porta et en retira tous les pa-
5a HISTOIRE DE I.\ CONVENTION NATIONALE.
piers qui s’y trouvaient. Il vint les porter à la Convention, où ils furent déposés sur le bureau. On ne manqua pas de se plaindre de ce que le ministre Roland avait fait cette opération comme en cachette, lui seul , sans en prévenir personne. Et il faut convenir que , sans être du nombre de ceux qui étaient contraires à ce ministre, je trouve sa conduite, à cet égard, très-condamnable. On l’accasa aussi formellement d’avoir soustrait de ce dépôt , tous les papiers que bon lui avait semblé. Sans doute , cela n’était point ; mais ce ministre s’était mis, par son imprudence , dans le cas de ne pouvoir pas même repousser cette imputation. Quoi qu’il en soit à cet égard , il fut établi une commission de douze membres , choisis parmi les députés qui n’étaient d’aucun comité , pour avoir soin de ces papiers qui furent numérotés et signés par le ministre et deux secrétaires. a
Bientôt les trois rapports qui devaient être faits sur le jugement de Louis XVI furent présentés à l’Assemblée. On pressa son acte d’accusation et il fut amené à notre barre. Il entendit tous les griefs qu’on élevait contre lui, et il répondit à chaque reproche. J’étais ému , jusqu’aux larmes, de ses paroles touchantes; j’admirai la clarté et la précision de ses réponses prononcées' d’une voix sonore et fenne. Cette sérénité du roî' qu’il a montrée dans son testament, conservée sur l'échafaud où le tambour l’arrêta pciPdant qu’il parlait au peuple , n’était et ne pouvait