‹ Histoire de la Convention nationaleChapitre 46 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. 'VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. 'VI

nairesa fait la même demande pour le même objet.

Sur ces deux pétitions, il a été fait diverses observations. Un membre a proposé que le comité de salut public fût mandé à l’instant même pour être entendu sur l’objet important des deux pétitions,- ce qui a été décrété.

En attendant , un membre , continuant à exprimer son opinion, a été vivement interrompu.

Mais la parole lui a été maintenue par décret', il a conclu à l’arrestation de ceux des députés qui ont été dénoncés par la commune de Paris.

Un autre membre, prenant la parole, s’est plaint fortement que dans ce moment les issues de la salle ne fussent pas libres , même pour ceux qui avaient des besoins à*satisfaire , d’où il a conclu que les opinions des députés n’étant pas Libres comme elles devaient l’être , on ne pourrait dans cet état rendre aucune délibération valable.

Un autre membre a fait aussitôt les mêmes plaintes, sur lesquelles le président a été prié et interpellé d’apprendre à la Convention s’il ignore cette oppression ou s’il n’a pas donné des ordres pour la faire gesser. Le président a répondu qu’il avait' donné les ordres convenables au commandant. Celui-ci s’est présenté , et a assuré que sur ses représentations l’entrée et l’issue de la salle avaient été

rendues libres pour les députés. Cependant un momentaprès, les mêmes plaintes se sont renouvelées.

Un ollicier de la garde s’est plaint de ce qu’on l’avait empêché lui-même de sortir. On était toujours

}s4 HISTOIRE DE LA. CONVENTION NATIONALE.

à attendre le comité de salut public, loi'squ’uii des inspecteur de la salle a déclaré que l’officier de qui les sentinelles tenaient la consigne de ne pas laisser sortir les députés , lui avait dit en avoir reçu l’ordre du commandant de la section de Bon-Conseil. Sur cette déclaration, un membre a demandé que cette consigne fût aussitôt levée par un décret de la Convention , signifié aux commandans do tous les postes par un huissier de l’Assemblée; ce qui a été décrété et de suite exécuté.

Dans le même temps , le membre du comité do salut public que l’on attendait, a paru à la tribune, mais pour proposer d’autres décrets que celui pour lequel il avait obtenu trois jours. Voyant l’agitation et l’impatience des esprits dans l’Assemblée, il apro-i posé, comme un moyen propre à tout terminer, la suspension des députés dénoncés de l’exercice de leur députation : sur cette proposition il s’est élevé un grand débat ; divers députés ont fait encore des plaintes sur la foule qui était aux avenues et mémo aux portes de la salle : quelques-uns même rappor-. talent avoir été insultés. Diverses propositions ont été faites : celle qui portait de mander sur-le-^bamp r le commandant à la barre, a été adoptée , et en attendant on a continué la discussion.

L’ordre du jour a été invoqué sur le projet du comité : on a demandé le décret d’accusation par appel nominal , contre les dénoncés , comme dans l’afl’aire de Marat.

Au moment où l’on appuyait cette dernière pro-

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PREMIÈRE PARTIË. CIUP. VI. ' ’ I2t)

position, de nouvelles clameurs se sont fait entendre ; plusieurs de'putés se sont plaints de la continuité de cette oppression , et un membre du comité de salut public ( Barrère ), se trouvant à la tribune,

• a proposé , pour la faire cesser, que la Convention * nationale se rendît en corps au milieu du peuple et des hommes armés qui l’entouraient , pour s’assurer que ses membres n’avalent rien à craindre d’eux , en leur témoignant ainsi sa confiance dans là loyauté des Parisiens. Ce qui fut ainsi arrangé pour sauver à la Convention et à son autorité , l’affront qiie venait de lui faire le commandantgénéral en refusant de venir lui apprendre pourquoi ce grand rassemblement de troupes à ses ordi’es circonvenait la salle d’assemblée.

Cette proposition fut donc adoptée et suivie. La Convention sortit en corps avec son président à la tête, parcourant tous les rangs des soldats postés autour du palais national , et elle fut vue et accueillie gracieusement par toutes les troupes, excepté par quelques mauvaises têtes qui proféraient des propos indiscrets. La Convention rentrée dans la salle d’assemblée, sans avoir pu franchir son enceinte cernée par les factieux , chacun y reprit sa place ; un membre ( Couthon) , après avoir brièvement raisonné dans le mauvais sens des pétitionnaires , a conclu à ce que , en attendait le rapport du comité de salut public , les députés dénoncés par la commune de Paris fussent mis en état d’arrestation. Un membre du comité des douze a demandé la parole

pour défemlrc ce comité en général , et en particulier ceux de ses membres qui n’ont pas été de l’avis de ses mandats d’arrêt. D’autres membres ont parlé en général sur la matière de la dénonciation : ce qui a fait demander que la discussion fût fermée; elle l’a été par décret. Ensuite on'a demandé la lecture de la liste des dénoncés; cette lecture, à la charge du rédacteur du procès-verbal , a présenté les noms de Gensonné , Guadet, Brissot, Gorsas, Pétlon, Yergniaud , Salles, Barbaroux, Cliambon, Buzot, Biroteau, Ducos, Lidon , Rabaut, Lasource, Fonfrède , Lantlionas, Isnard , Lanjuinais, Fauchet, Grangeneuve , Lesage; on a proposé d’ôter de cette liste Dusaulvqui n’y était pas, Ducos et Lanthenas qui précédemment en avaient été retirés : on leur a substitué I.ouvet du Loiret, Valazé, Clavière, ministre des contributions publiques , et Lebrun , ministre des' affaires étrangères; cette addition a été confirmée par décret.

Isnard , compris dans celte liste , a demandé la parole : après avoir exposé avec énergie ses sentimens patriotiques , il a fini , dans son dévouement entier pour la patrie , par offrir lui-même sa suspension demandée comme un sacrifice nécessaire à la paix et au bien de la chose publique.

Fauchet a exprimé les mêmes sentimens, et l’un et l’autre ont obtenu leur radiation de la liste, mais avec cette clause qu’ils auraient leur domicile à Paris pour prison. Barbaroux, Lanthenas, Dusaulx ont exposé aussi, sans offrir aucune suspension.

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leurs sentimens patriotiques ; puis l’on a passe à la délibération , et le décret , rendu au milieu des cris et des réclamations , porte que les membres de la Convention dont les noms suivent seront mis en état d’arrestation chez eux, et qu’ils y seront sous la sauve-garde du peuple français , de la Couvention nationale et de la loyauté des citoyens de Paris ; savoir : Gensoiiné , Guadet , Brissot , Gorsas , Pétion,**Vergniaud, Salles, Barbaroux, Chambon , Buzol, Birotcau , Lidon, Rabaut - Saint- Etienne , Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve , Leliardy, Lesage d'Eure-et-Loir, Louvet du Ijoiret , Valazé , Clavière , ministre des contributions publiques , et Lebrun, ministre des affaires étrangères. A ces noms il faut joindre ceux des membres du comité des douze , à l’exception de ceux d’entre eux qui ont été , dans cette commission , d’avis contraire aux mandats d’arrêt laticés par elle. Les noms des premiers sont Kervelegan, Gardien, Rabaut-Saint-Étienne , Boileau, Bertrand, "Vigée , Mollevault, Henri La Rivière , Gomaire y Bergoeing ; les deux exceptés sont Fonfrède et Riflard Saint-Martin.

Le décret à peine prononcé, un grand nombre de; députés sont venus à mon bureau, m’adresser, comme rédacteur du procès-vçrbal , des réclamations et des protestations contre la violence exercée dans cette Assemblée, et contre les décrets absolument nuis suivant eux, parce qu’ils n’avaient pas été libres. Ils signèrent tous leur protestation •

laS HISTOIRE DE LA CONVENTIOM NATIONALE.

sur une feuille volanle que je recueillis } mais cette démarche n’eut aucune suite : ce qui fit plaisir à bon nombre de ces signataires qui , voyant le parti de Robespierre prendre chaque jour plus de consistance et de force , me prièrent de brûler la feuille où étaient leurs signatures. Ce que j’avais bien prévu , comme je prévis le daçger de la protestation ■souscrite par soixante-treize députés, et que l’on trouva dans les poches de Lauze-Duperret lors de ' son arrestation.

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