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CAKRItR A NANTKS.
général, sous sa responsabilité, d’exterminer à terme fixe les restes des rebelles. »
Robespierre et ses confidents voulaient les mêmes choses que Carrier, mais exécutées avec plus de régularité, sans passion, sans erreur. La tyrannie illimitée, les échafauds et parfois même les massacres devaient , suivant leurs idées, ne comporter ni excès , ni désordre. Ils oubliaient sans doute que lorsqu’on a confié un pouvoir absolu à des hommes grossiers, lorsqu’on leur a prescrit de s’inspirer des haines et des fureurs d’une tourbe étrangère aux pensées raisonnables , aux sentiments de morale et d’humanité, ces hommes s’enivrent de leurs paroles et de leurs actes , et s’égarent dans les routes du crime.
A ce moment, après la chute de Lyon et de Toulon, après l’anéantissement de l’armée vendéenne, la France était vaincue et soumise. Depuis le 3i mai , pendant sept mois, elle s’était, sans ensemble, sans unité d’opinion ou de symbole , débattue avec plus ou moins d’énergie contre la tyrannie qui allait peser sur elle ; maintenant c’en était fait de la liberté.
Le territoire entier était conquis ; il n’y avait pas un département qui ne fût livré aux sociétés populaires , aux comités ou même aux armées révolutionnaires, aux tribunaux ou aux commissions homicides, et aux représentants qui, du plus ou moins, étaient agités du même délire que Carrier.
Le fédéralisme dont furent accusés les Girondins n’était point un système de gouvernement, ni un projet de constitution. Ils voyaient Paris et la Convention elle-même à la merci d’une bande de brigands révolutionnaires; ils auraient voulu être préservés
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ou délivrés de cette terrible et honteuse domination; ils appelaient à leur aide les départements où l’opinion s’effrayait et s’indignait à l’idée de tomber sous un pareil joug. Mais depuis quatre ans, roi, assemblées, pouvoirs publics avaient reconnu la souveraineté de l’insurrection et lui avaient rendu hommage et soumission. Ainsi s’était établie dans les esprits une sorte de légalité contre les lois, une force centrale de révolution. Elle triompha de toute rébellion ; elle n’eut à vaincre que des collections d'individus ou des révoltes locales qui ne combattaient pas au nom de la nation , ni sous l’obéissance d’un pouvoir émané d’elle. De là provenaient la dispersion et la faiblesse de la résistance à la tyrannie.
Eu piême temps les armées qui, dans une moins triste guerre, défendaient la patrie contre l’invasion étrangère non-seulement résistaient avec avantage, » mais obtenaient des succès qui en laissaient espérer de plus grands.
Tout avait donc réussi au gouvernement conventionnel. Il semblait que jamais plus belle chance n’eût été accordée pour former un établissement régulier et solide. La pensée qu’il fût espérable ne venait toutefois à personne. La coalition européenne reconnaissait la vanité de ses projets et de ses espérances, mais * il ne pouvait être question de paix. Les insurrections étaient écrasées; mais, au lieu de soumettre les vaincus, on entreprenait de les massacrer , et quelque zèle qu’on y apportât, on ne pouvait tuer tout le monde. L'opinion publique était muette ; mais son silence était dû à la détention de cent mille suspects et à l’activité des tribunaux révolutionnaires. La Con-
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vention avait délibéré une feinte constitution sans avoir eu un instant la pensée de la mettre en œuvre.
En un mot , le gouvernement était révolutionnaire; il se proclamait tel ; il reconnaissait que la nécessité l’exigeait ainsi. La suite immédiate et non interrompue des événements allait montrer que ce moyen de salut, imaginé uniquement dans l’intérêt des usurpateurs du pouvoir, ne devait pas les préserver longtemps.