‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 16 sur 138 · ACTE 11’ ACCUSATION DE MABAT · texte numérisé non relu

ACTE 11’ ACCUSATION DE MABAT

déplu par la chaleur de vos âmes ; c’est contre moimême peut-être, bien que je me sois toujours attaché à n’aigrir, à n’offenser personne. Marat n’a jamais été mon ami ; je n’ai point partagé ses erreurs, qu’on travestit en crimes; mais je le regarde comme un bon citoyen, un défenseur de la cause du peuple. »

On demandait l’appel nominal; le vote fut prononcé à haute voix. Beaucoup de députés le motivèrent par quelques paroles ; deux Montagnards demandèrent la couronne civique pour Marat, qui avait bien mérité de la patrie. Les spectateurs distribuaient leurs applaudissements ou leurs huées selon le vote.

Deux cent vingt votèrent pour l’accusation ; cent trente-deux contre; quarante-huit se récusèrent.

Les Girondins venaient de remporter une victoire qui ne devait pas leur profiter. Pour l’obtenir, ils avaient montré plus de colère que de fermeté politique. Leur situation restait la même, et ils avaient irrité leurs ennemis , sans gagner un moyen de plus pour détruire leur puissance. Ils n’avaient point autorité complète sur le conseil exécutif; la commune était résolue à les exterminer; le tribunal révolutionnaire appartenait aux Jacobins et à Danton. D’ailleurs, et c’est ce qui décidait de leur sort, aucun corps militaire n’était à leur disposition. Qu’importait la majorité de l’Assemblée, lorsqu’ils restaient à la merci des forces de la rue. Les députés de la Plaine votèrent pour eux à contre-cœur ; plusieurs s’abstinrent; ils croyaient que la Gironde n’avait point de quoi soutenir ce succès et qu’elle se créait un plus grand danger. Vergniaud et Gensonné, eux-mêmes, furent d’un avis contraire à l’accusation de Marat et ne votèrent pas.

Page 1