‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 46 sur 138 · ROBESPIERRE AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE AUX JACOBINS

tous les rebelles de la Vendée, niais encore tout ce que la France renferme de rebelles contre l'humanité et contre le peuple. 11 n’y a plus que deux partis, le peuple et ses ennemis. Celui qui n’est pas pour le peuple est contre le peuple; celui qui a des culottes dorées est contre le peuple. Il n'existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux; il n’est que deux classes d’hômmes, les amis de la liberté et de l'égalité, les défenseurs des opprimés, les amis de l’indigence, et les fauteurs de l’opulence injuste et de l’aristocratie tyrannique. Eh bien ! ces deux classes doivent- être séparées si l’on veut éviter la guerre civile. Les sans-culottes n’ont jamais prétendu à une égalité de fortune, mais à une égalité de droits et de bonheur. Une partie des défenseurs du peuple s’est laissé corrompre; moi aussi, j’aurais pu troquer mon âme contre l’opulence ; mais je regarde l’opulence non-seulement comme le prix du crime , mais comme la punition du crime. Je veux être pauvre, pour n’ôtre point malheureux. Je n’ai à me plaindre que d’une seule chose, c’est d’avoir été trop aimé par la classe indigente. S’il était possible, je voudrais en être méprisé, si à ce prix le peuple pouvait être sauvé. »

Après cet exorde cafard, Robespierre développa une série de mesures et demanda aux Jacobins s’ils voulaient sauver le genre humain. Tous se levèrent en criant : « Oui ! oui, nous le voulons ! »

Alors il résuma son plan de gouvernement. Les sections de Paris devaient lever un corps d’armée révolutionnaire, qui entraînerait tous les sans-culottes des départements, pour exterminer les rebelles de la Vendée. Une autre armée de sans-culottes devait

100 PAMPHLET LE CAMILLE DESMOl'LINS.

rester à Paris pour contenir l’aristocratie. Tous les intrigants et les aristocrates seront mis en arrestation et alimenteront le trésor public; il en sera de même dans toute la république. La commune de Paris alimentera de tout son pouvoir le zèle révolutionnaire du peuple. Le tribunal révolutionnaire fera son devoir; il punira ceux qui, dans ces derniers jours, ont blasphémé contre la république; il fera subir une peine exemplaire à des généraux qui devraient déjà être jugés. Les sections de Paris se réuniront à la commune et balanceront par leur influence les écrits perfides des journalistes payés par les puissances étrangères.

Robespierre chercha un autre moyen pour combattre les journaux ou les discours de ses adversaires. Camille Desmoulins, son ancien condisciple et son ami, si ce mot peut êlre employé entre deux pareils hommes, se chargea de publier un pamphlet contre les Girondins. Nul n’avait par sa plume mieux servi la cause révolutionnaire. Dès les premiers jours de l’Assemblée constituante, ses écrits animés d’une verve singulière, d’un langage facile, spirituel, animé, aiguisé, rendu piquant par des citations travesties, par des parodies historiques, par les commérages et les calomnies répandues dons le vulgaire, par de continuels jeux de mots avaient popularisé les opinions les plus subversives de la société et perverti les imaginations. Il avait fait de l’émeute, des massacres, de l’échafaud, un texte de quolibets; il s’était intitulé le procureur général de la lanterne, et ses bouffonneries étaient des réquisitoires pour ce tribunal; il avait mérité que Marat l’appelât le paillasse de la Révolu-

Page 1