ADRESSES CONTRAIRES AC 31 MAI
sion. Les députés du côté droit et leurs amis détenus insistaient, sans être écoutés, pour obtenir une décision. A chaque séance arrivaient des informations qui prouvaient combien étaient réels les dangers que Barère avait annoncés.
Les administrateurs de la Gironde écrivaient : « Les détails de votre séance du 27 mai viennent d’être connus à Bordeaux : des cris de fureur et de vengeance retentissent sur toutes les places publiques. Un mouvement général d'indignation et de désespoir précipite tous les citoyens dans leurs sections; les députations se pressent autour de nous et proposent des mesures extrêmes. Il nous est impossible de calculer les suites de cette effervescence. »
Une adresse de Montpellier était écrite dans le même sens. — Les citoyens de Rennes, réunis en assemblées primaires, s'adressaient en ces termes à la Convention : « Vous n’êtes plus libres; tel est l’excès d’audace des dominateurs sanguinaires qui vous subjuguent, que les représentants de vingt-cinq millions d’hommes n’ont pas osé avouer l'avilissement où les plonge une poignée de scélérats. » Après avoir rappelé tout ce qu’un parti violent et factieux avait tenté ou accompli depuis le 10 mars, les pétitionnaires terminaient ainsi : « Dans cet état, quel est le devoir du peuple? Se lever tout entier, marcher à Paris, non pour le combattre, mais pour rallier des milliers de frères qui n’attendent que ce moment pour repousser l’oppression et rendre à la représentation nationale sa dignité et sa liberté. — Rapportez l’odieux décret qui met en arrestation nos plus ineorruj»tibles défenseurs. Rendez-les à la république, vous ni. 12
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en répondez sur vos tètes. » Suivait un arrêté qui ordonnait la levée d’un bataillon de républicains d’Ille-et-Vilaine destiné à marcher sur Paris. La société populaire de Rennes avait été dissoute.
Ce qui s’était passé à Lyon avait beaucoup plus de gravité. Depuis plusieurs mois, la Convention avait eu souvent à s’occuper de l’état de cette grande ville. Dès les premiers temps de la Révolution, elle avait été un centre d’activité pour les factions politiques. Rapprochée de la frontière, en relations habituelles avec la Savoie, le parti aristocratique y fut d’abord en communication avec les émigrés dont Turin était le premier point de réunion. M. le comte d’Artois, avant de solliciter les cours étrangères de seconder ses projets de contre-révolution, avait pendant quelque temps espéré le soulèvement d’une partie des provinces du midi. Des conspirations furent tramées et ne parvinrent même pas au point d’éclater. Lyon passa dès lors pour un foyer de contre-révolution. Le clergé y exerçait de l’influence. .Les commerçants, qui s’inquiétaient pour leurs intérêts de la perturbation dont la monarchie constitutionnelle était menacée par les Jacobins, s’y montrèrent attachés et même dévoués. Après le 10 août, les Girondins considérés comme les derniers défenseurs de l’ordre social, eurent à Lyon un parti nombreux, qui eût accepté volontiers la république, si elle leur avait laissé espérer le repos et la liberté. En un mot, l’esprit public avait parcouru à Lyon les mêmes phases que dans presque toute la France. .
Mais, parmi cette nombreuse population où l’industrie et le commerce entretenaient un tel mouve-
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ment, où tant de bras étaient employés aux manufactures, où le contraste de la richesse et de la pauvreté était plus rapproché et plus sensible, où la dépendance de l’ouvrier semblait plus marquée, la fermentation des classes inférieures était plus ardente que nulle part ailleurs.
Les hommes, qui cherchaient à les agiter, n’étaient point, comme à Paris, guidés et réglés par des chefs politiques. Aussi avaient-ils outre-passé tout ce que les faubourgs de la capitale pouvaient présenter de plus insensé, de plus féroce, de plus avide de sang et de pillage. Dès avant le 10 août, les Jacobins de Lyon étaient en rapports habituels avec les meneurs des émeutes et des massacres de Paris; ils auraient voulu les surpasser; mais n’ayant point l’appui d’uD gouvernement, et ne disposant point d’une puissance pareille à la commune, leurs projets ne pouvaient se réaliser complètement. Leurs discours et leurs menaces étaient horribles. Le principal personnage de cette faction était un nommé Châlier. Son idole, son modèle était Marat; comme lui, sa férocité avait pris un caractère de démence, mais plus passionné encore et peut-être plus étranger à aucune vue politique. Il demandait et provoquait le massacre, sans avoir un but, ni un système.
L’autorité municipale avait pu arrêter les massacres de septembre ; onze victimes furent immolées ; mais les correspondants de Paris en avaient commandé et espéré des milliers. A dater de ce moment, Lyon fut en proie à une lutte de tous les jours; les bons citoyens et la masse de la population se défendaient contre un continuel complot et une tyrannie de plus en plus menaçante.
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La Convention était souvent entretenue des plaintes des uns, des dénonciations des autres. Les Montagnards parlaient de Lyon comme d’une ville où les vrais républicains avaient à combattre les conspirateurs et les ennemis de la Révolution. Des représentants furent plus d’une fois envoyés en mission : aucun n’osa s’opposer de front à l’exaltation révolutionnaire; quelquesuns la favorisèrent.
C’était sous les auspices de Dubois-Crancé et d’Albitte que Chàlier et ses compagnons avaient institué un tribunal et une armée révolutionnaires. La Convention, où prévalait alors le parti modéré, avait annulé ces mesures tyranniques et autorisé les citoyens à la résistance armée contre les autorités usurpées.
Dès ce moment Lyon avait été en guerre civile. Les honnêtes gens de toute opinion, aristocrates, constitutionnels, Girondins, sous l’autorité de l’administration départementale , avaient réuni leurs communs efforts pour résister aux desseins de la municipalité. De son côté, Châtier faisait ses préparatifs et avait même demandé des auxiliaires à Dubois-Crancé, qui lui envoyait un bataillon de l’armée des Alpes.
Le 29 mai, toutes les sections prirent les armes; l’arsenal fut d’abord enlevé aux brigands de la municipalité qui concentra ses forces à l’hôtel de ville. Deux conventionnels, Nioche et Gautier, y étaient en permanence avec Châlier et les municipaux ; ils essayèrent vainement de ramener les sections à l’obéissance.
Elles avaient choisi pour commandant un brave ouvrier, nommé Madinier; les jeunes gens de toute opinion et de toute classe s’étaient mis sous ses ordres. Les premières colonnes qui essayèrent de forcer