‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 108 sur 168 · DÉCRETS D' ACCUSATION · texte numérisé non relu

DÉCRETS D' ACCUSATION

Ponlécoulant et qui se souvenaient des horreurs que Lecarpentier, Pinet, Borie, Fayau avaient commises pendant leurs missions dans la Manche, les Landes, le Gard et la Vendée, demandèrent successivement leur arrestation : elle leur fut accordée,

Tallien s’adressa aux représentants qui allaient être emmenés de la barre au comité de sûreté générale. — « Malgré les assassinats, malgré les proscriptions que vous aviez organisés, misérables, la République vivra. Mais, représentants, songez que le mouvement d’aujourd'hui devait rouvrir les Jacobins et rétablir l’infâme Commune. 11 faut faire justice de ce qui en reste ; il faut que Pache et Bouchotte , les chefs de cette faction abominable , périssent. »

Un représentant remarqua que Rulh avait été oublié; cette omission fut réparée. Charlier fut plus heureux ; la Convention passa à l’ordre du jour sur la proposition de l'arrêter. On discuta plus longtemps sur Robert Lindet; il fut aussi mis hors de cause.

Plusieurs sections vinrent féliciter la Convention et protester de leur dévouement. On annonçait que la ville était tranquille ; seulement on entendait encore le tambour dans la section de la Cité, où les séditieux étaient en force.

Un décret ordonna un nouveau désarmement des assassins, des buveurs de sang, des voleurs et des agents de la tyrannie. Cette opération devait s'accomplir à la diligence des sections; elles reçurent aussi le pouvoir de faire des arrestations provisoires.

Un autre décret interdit aux femmes les tribunes publiques, à moins qu’elles ne fussent accompagnées d’un citoyen.

La Convention avait siégé pendant dix-sepl heures.

La séance fut levée à quatre heures du matin et rouverte après cinq heures de repos.

Durant ce court intervalle, les esprits ne s’étaient point calmés ; il semblait au contraire qu'en se rendant compte des dangers qu’avaient courus le gouvernement et l'Assemblée, en se racontant mutuellement les luttes où ils s’étaient trouvés engagés, les menaces qui leur avaient été adressées, en parlant des sabres qu’ils avaient vus levés sur eux, des propos atroces qu’ils avaient entendus, les représentants s’étaient exaspérés; ils ne respiraient plus que répression, châtiments et vengeance. D’ailleurs on n’était pas encore tranquille sur le rétablissement de l'ordre dans Paris. Le bruit était répandu qu’un rassemblement séditieux s’était emparé de l’hôtel de ville et qu’une municipalité jacobine s’y formait. Celte nouvelle avait pris une telle consistance qu’on crut un moment que Cambon était maire de Paris et Thuriot procureur de la commune; il fut même question de les mettre hors la loi. Il n’y avait rien de vrai dans ce récit. Ce qui était réel , c’est que dans quelques quartiers la fermentation n’était point apaisée; le faubourg Saint- Antoine était encore en pleine révolte.

L’heureuse nouvelle qu’un traité d'alliance venait d’être conclu avec la république des Provinces-Unies, qui s’était établie sous l’influence de la conquête française en renversant le stathoudérat , ne donna qu’un instant de joie et de distraction à l’Assemblée, tant elle était préoccupée de l’état critique où elle se trouvait. Toutefois elle crut que son premier soin, sa première précaution devait être de se montrer empressée à assurer la subsistance du peuple, ou plutôt

de paraître sensible aux alarmes exagérées et de complaire aux aveugles exigences.

Elle décréta un recensement général des grains : tout ce qui excéderait la consommation présumée jusqu’à l’époque de la récolte, serait destiné à Paris et aux armées. La confiscation était prononcée contre les approvisionnements non déclarés par le détenteur. Le quart était promis au dénonciateur. Ces dispositions vexatoires pour les propriétaires et le commerce ne pouvaient pas hâter l’arrivée d’un seul sac de grain à Paris; mais on supposait qu’elles ôteraient tout prétexte aux séditions.

Il y avait manifestement d’autres mesures à prendre. La révolte avait été refoulée dans les quartiers d’où elle était sortie, mais elle s’y cantonnait. L’ordre était loin d’être rétabli. Les sections qui avaient sauvé la Convention , déjà mécontentes d’avoir été appelées tardivement, s’étonnaient de tant de ménagements et de mollesse pour le parti terroriste, de tant de méfiance des bons citoyens; elles envoyèrent des députations pour se plaindre.

La section Lepelletier disait : — «Nous demandons que vous prononciez la déportation des brigands, dont le jugement rendu avec les formes ordinaires entraînerait de nouveaux troubles. Ne craignez pas de prendre des mesures promptes et justes. N’oubliez jamais que vous avez failli payer de vos têtes précieuses et de la perle de la liberté votre funeste indulgence. Nous vous demandons au nom du salut du peuple, au nom de nos femmes et de nos enfants, la déportation des députés détenus pour cause de la révolte du 12 germinal. Sans doute le jugement des scélérats que vous avez fait arrêter cette nuit satisfera

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