AUTRES DÉCRETS D'ARRESTATION
qu’on avait si soigneusement rétablies, maintenant semblaient gênantes; elles entravaient la justice sommaire qu’à peine on trouvait assez rapide.
Clauzel demanda que les représentants mis en arrestation le 1" prairial fussent traduits à la commission militaire pour y être jugés comme chefs et complices de la révolte. Il avait fait précéder sa proposition d’une sorte de réquisitoire où il avait résumé les faits à la charge de Rulh, Romme, Duroy, Goujon, Duquesnoy, Forestier, Albitte, Bourbotte, Soubrany et Prieur.
Un membre du comité de sûreté générale, Pierret, proposa d’ajouter Thirion et Laignelot pour avoir siégé au bureau. Panis prit de nouveau la défense de son ami Laignelot; le signataire de la circulaire du 2 septembre, le beau-frère de Santerre, ne pouvait être un avocat utile pour Laignelot; il suscita contre lui-même un orage d’accusations : il reniait tout son passé, il implorait la bienveillance de ses collègues, son attitude et son langage étaient humbles et suppliants. 11 fut décrété d’arrestation comme Thirion et Laignelot.
Le projet de décret présenté par Clauzel fut adopté. On ajouta Peyssard au nombre des représentants traduits devant la commission militaire.
Ce travail de la Convention sur elle-même n’était pas encore terminé. Quelques-uns des représentants proscrits ou détenus pendant la Terreur souhaitaient que la réaction fût poussée plus avant la circonstance actuelle leur avait donné de l’importance et du crédit dans l’Assemblée; ils pouvaient parler haut et ne plus garder de ménagements.
Gamon voulait une mesure générale : il proposait v. 27
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qu'uue commission fut spécialement chargée de faire un rapport sur les représentants dénoncés et prévenus de complicité avec les tyrans.
— « La France entière, au nom de l’humanité, vous demande le châtiment des assassins de la patrie dont la présence déshonore la Convention. Vous pousserez daus l’abîme que leurs forfaits ont creusé sous leurs pas tous les proconsuls de la Terreur. Vous avez déjà enchaîné quelques-uns de ces tigres à face humaine, mais il ne faut pas se dissimuler qu’il en existe encore parmi vous. »
La proposition fut appuyée vivement ; Henri Larivière pensa qu’elle était trop générale. — « Mais parmi ceux dont on parle, il en est dont les crimes sont si évidents qu’un examen préalable est inutile. »
Alors il rouvrit la discussion sur les anciens membres des comités que la Convention n’avait pas voulu comprendre dans l’accusation de Billaud, Collot et Barrère; il rappela avec indignation le discours où Robert Lindet avait fait l’apologie de la Terreur et s’était identifié avee ses collègues; il s’étonna d’avoir entendu Carnot présenter comme justification l’aveu que, pendant quinze mois, il avait consenti à tous les crimes du comité sans avoir le courage de les dénoncer.— « Ne pas empêcher le crime, c’est le commettre; je ne demande point ta tête, mais je veux que tu ne sièges plus parmi nous. »
11 proposa l’arrestation de tous les membres des anciens comités.
Carnot fut surpris d’une si violente attaque; il ne se défendit point du même ton, ni de la même sorte que la première fois. 11 insista davantage sur la lutte qu’il avait ouvertement soutenue contre Robespierre
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et Saint-J ust, dans les derniers temps de leur tyrannie; des témoins pouvaient attester qu’il la leur reprochait en face. 11 parla des diverses missions qu’il avait remplies sans avoir jamais répandu une goutte de sang : ce qui était parfaitement vrai. — « J'ai défendu Collot, Billaud et Barrère, parce que je crois important au salut de la République de ne plus promener la hache sur la tête des représentants, et d’assurer l'intégralité de la représentation nationale. Telle a été mon opinion , telles ont été mes paroles ; mais je ne dois être jugé que d’après mes actes : vous ne devez pas me confondre avec ces hommes, si je n’ai pas commis les mêmes crimes. »
Carnot jouissait d’une haute considération dans l’Assemblée ; le ministre de la guerre qui , par ses conseils, ses plans et son administration, avait préparé et procuré tant d’éclatantes victoires, qui avait si puissamment contribué à la gloire de la France, ne pouvait être traité comme un criminel.
Legendre prit la parole pour le défendre : c’était un soin superflu ; au moment où son nom fut proposé au vote pour savoir s’il serait compris sur la liste des représentants arrêtés, une voix s’écria : — « C’est lui qui a organisé la victoire. » L’Assemblée passa à l’ordre du jour.
La discussion fut longue sur Robert Lindet; Pontécoulant rendit un témoignage favorable de sa mission dans le Calvados.
Henri Larivière insista vivement contre lui; Dubois-Crancé lui reprocha sa conduite équivoque à Lyon ; celle de Dubois-Crancé ne l’avait pas été : le voir s'associer à la Réaction, quand il s’agissait de Lyon, était une chose étrange.