DISCOURS DE MERLIN DE THIOKVILLE
annonça à l’Assemblée que la veille au soir Tallien avait été assassiné. Au moment où il rentrait chez lui , un homme s’était précipité sur lui , disant : « Tiens , coquin , il y a longtemps que je t’attendais !» — Un coup de pistolet tiré à bout portant , l’avait atteint à l’épaule gauche, des voisins étaient sortis au bruit de l’arme à feu, avaient ramené Tallien dans son logis ; un chirurgien avait été appelé et ne jugeait pas que la blessure dût avoir des suites fâcheuses. L’assassin s’était enfui, l’obscurité n’avait point permis de le voir; son signalement ne pouvait être donné.
Merlin deThionville prit la parole : — « 11 est temps de tout dire à la Convention ; il est temps qu’elle ouvre les yeux, elle est au bord du précipice et doit faire un pas en arrière pour frapper plus sûrement les ennemis du peuple. Existe- 1- il des continuateurs de Robespierre ? — Oui , oui , s’écria-t-on en applaudissant l’orateur. — Le sang d’un patriote qui a coulé cette nuit me semble, avoir résolu cette question. Le peuple ne veut plus deux autorités. 11 veut que le règne des assassins finisse. » — La salle retentissait à chaque phrase des plus bruyantes approbations. — « Je ne pense pas que les amis de la justice, ceux qui, armés du poignard de Brutus, ont traîné Robespierre à cette barre, aient l'intention de nous faire repasser sous le régime tyrannique. » — « Eh bien , je vous dénonce" les assassins de mon pays. Je vous dénonce ces hommes qui ont eu l’impudeur de dire dans une société trop fameuse, dans une société qui a renversé le trône, mais qui maintenant veut renverser la Convention; je vous dénonce ces hommes, qui , teints du sang des malheureux sacrifiés à leurs