‹ Histoire de la conversion des géorgiens au ChristianismeChapitre 1 sur 7 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le Patriarche d'Antioche, Macaire Elzaïme (^cjO arabe d'Alep, a été deux fois en Russie pendant le règne du Tzar Alexis. La première fois il y alla pour recueillir des aumônes; la seconde — dix ans plus tard — invité par le Tzar, pour juger le Patriarche Nicone. A son premier voyage il était accompagné de son- fils, l'Archidiacre Paul d'Alep, qui a fait une description très détaillée et fort curieuse, du voyage de son père.

L' original arabe de cette oeuvre importante, au point de vue historique, n' a encore été imprimé nullepart, mais il a été traduit, d'abord dans les années trente du siècle dernier par Belfour en anglais, et en 1900 en russe par Georges Mourcos, professeur de langue arabe à l' Institut Lazarew de Moscou. Pour-

tant, ni F un, ni l'autre n'a mentionné la partie du voyage du Patriarche Macaire en Géorgie, que nous présentons ici pour la première fois à nos* lecteurs éclairés dont nous espérons obtenir l'indulgence.

Les traducteurs susmentionnés du voyage de Macaire, ne soupçonnaient même pas l'existence d'une description de son voyage au Royaume de Géorgie. Il est évident que ce manuscrit ne leur était point connu, ne se trouvant pas dans les copies desquelles ils ont fait leurs traductions. Cela s'explique facilement parce que cette partie du voyage du Patriarche a été décrite par lui-même et non par son fils Paul qui, à son retour de Moscou avec son père, tomba malade en Géorgie où il mourut.

Le Patriarche Macaire mentionne ce fait dans les

termes suivants, dans une lettre adressée au Patriarche

Josaphat de Moscou, de Tiflis, le 22 Juin 1669 : « Nous

« sommes arrivés en Ibérie, où l'Archidiacre Paul est

« mort, après y avoir séjournéiun niois » (Kal riXô-Ofiey •f^fiet^ £Îç xyjv 'I^Tjpiav xal èx3^9-/^aa[iÊv êva [iviva.xal à7roTi6yT)xev

6 àpXt5tàxovoç Ilà^Xoç). ^

CettVjettre est conservée à la bibliothèque Synodale de Moscou. Du reste, on peut voir par le texte même de notre . manuscrit qu'il a été écrit par le Patriarche Macaire, puisqu'il dit partout : « Nous avons

« fait, nous avons ordonné.... etc. ». Tandis que TArchidiacre Paul écrivait : « Et notre très-saint Patriarche « a dit.... Et je m'y trouvais aussi en compagnie de « Sa Sainteté..., etc. ».

Il est difficile de préciser à quelle époque le Patriarche Macaire a écrit la relation de son voyage: probablement bientôt après son retour à Damas (1671).

Le ms. que j'ai eu à ma disposition se trouve à la Bibliothèque du Vatican, sous le numéro 689 (Vatic. arab. 689; v. Mai, Script, Vet. Nova ColL, IV, 596). Il m'a été recommandé par l' illustre professeur Ignace Guidi. Ce manuscrit est écrit en langue vulgaire et toute son importance est en ce qu'il dépeint avec beaucoup de vivacité l'état religieux et politique du peuple Géorgien du XVIP"^ siècle, c'est à dire à une époque où ce pays nous était peu connu.

Cela suffit pour démontrer l'importance historique de notre manuscrit.

S.*-Pétersbourg, 1 905 .

Olga de Lébédew.

Conversion des Géorgiens à la religion Chrétieime.

RÉCIT qui explique le motif de leur conversion à la religion du Messie, Ayant commencé par dépendre du Patriarcat d'Antioche, ils se sont élu, plus tard, un Catholicos et sont devenus indépendants.

Apprends, ô lecteur, que dans les premiers temps du Christianisme, l'Apôtre André est venu chez les Géorgiens pour les éclairer par la foi chrétienne et le saint baptême. Mais après quelque temps ils sont redevenus païens. Bien des années plus tard ils ont été ramenés à la religion chrétienne par l'influence d'une femme chrétienne du nom de Nina ' qui était leur prisonnière. Elle y est parvenue à la

' Cette sainte est originaire de Colastti en Cappadoc Ses p j

pas eu d'enfants pendant longtemps, la vouèrent à Die 1 fi

éducation à une vieillie ser^-ante d'église, Sarah la Bcth É à

oncle maternel, le patriarclie de Jérusalem, tandis qu'eu m él gnê n au Jourdain pour y ^ivre en ascètes. Sainte Nina alla à K m 1 b é

diction du Patriarche et se décida enfin à aller prêcher i É g I Ibé

qui lui était connue de nom, parce qu'on y conservait 1 h m d n Seigneur. Elle fut soutenue dans son intention par tm d 1

Vierge qui lui donna, comme gage de succès, une crois f m b h

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suite de guérisons et de divers miracles qu'elle avait faits parmi eux. Entre autres, elle a guéri la reine de Géorgie qui souffrait depuis de longues années d'une maladie inguérissable.

La sainte qui avait refusé d'accepter les riches présents envoyés par la Reine, conseilla à cette dernière de se faire baptiser, avec son mari le Roi Mirbâne ainsi que tout le peuple de Géorgie.

La Reine lui obéit et conseilla au Roi de renier ses anciennes erreurs et d'avoir foi en Jésus-Christ. Le Roi ayant refusé d'embrasser le Christianisme, devint aveugle. 4 Ce malheur le força de s'adresser à sainte Nina à laquelle il promit de se faire baptiser avec tout son peuple dans le cas où elle lui rendrait la vue.

Elle lui rendit la vue et lui ordonna d'envoyer une ambassade à l'Empereur Constantin le Grand pour l'entretenir des affaires de la Géorgie et le prier de leur envoyer un évêque qui les baptiserait et leur donnerait les premiers enseignements dans la religion chrétienne.

Le Roi s'étant conformé à la demande de la sainte, Constantin le Grand en fut très réjoui et leur envoya le

de vigne. Chemin faisant elle réussit à convertir beaucoup de monde au christianisme. Arrivée aux frontières de l'Ibérie, elle érigea la première croix sur la montagne de Djavakhète, et commença à prêcher l'Evangile dans toutes les villes. Elle renversa les idoles, et après avoir érigé beaucoup d'églises en l'honneur de son parent, le martyr S.t Georges, et s'être assurée que la foi chrétienne avait pris racine dans le pays, elle se retira dans le détroit de Bodbà en Cakhétie. Aux approches de sa mort, S.te Nina invita le Roi et la Reine auxquels elle fit ses dernières recommandations, et les bénit; puis elle reçut la Sainte Eucharistie des mains de l'Evêque qu'elle pria de la faire enterrer h Bodbà, et s'en fut dans l'autre monde. Les chroniqueurs du XI, XII et XlIIème siècles, ont écrit son histoire d'une manière très détaillée. La Géorgie fut convertie au Christianisme en 318, la dixième année du règne de l'Empereur Constantin. Baronius fixe la conversion de la Géorgie à l'an 327, des autres à 335. (lohan. Funcii, Comment. ïn chronologiam^ lib. VI). Dubois rejette les indications chronologiques des chroniqueurs Géorgiens, et rapporte la conversion de l'Ibérie à peu près à l'an 276 {Voyage autour du Caucase^ tome II, pag. 16). \Note de la traductrice^.

Patriarche d'Antioche, Anastase, puisqu'ils avaient appartenu, jadis, à son Patriarcat.

Anastase se rendit donc en Géorgie dont il baptisa le

peuple.

Il y construisit des églises, il y sacra des évêques, des prêtres et des diacres.

Le Roi de Géorgie fit don au Patriarche de mille bourgades, dont le revenu annuel devait être dépensé pour la préparation du saint Chrême que le Patriarche d'Antioche seul avait le droit de préparer, et c'est de cette ville qu'on la distribuait au monde entier.

Après avoir accompli tout cela il s'en retourna chez lui.

Les bourgades géorgiennes susmentionnées envoyaient tous les ans mille dinars au Patriarche d'Antioche et cet usage continua jusqu'au règne du Khalife d'Egypte el-Hâkim-biemr Allah ^ (l'an 400 de l'Hégire), qui envoya Oreste, Patriarche de Jérusalem, à Constantinople pour conclure un traité d'amitié avec les Byzantins. Lorsque le Patriarche Oreste passa par Antioche, Jean, Patriarche de cette ville, lui céda les mille dinars qu'il recevait de Géorgie, à condition qu'on priât toujours à Jérusalem pour 'le salut de son âme; sans, pourtant, lui céder la suprématie du Patriarcat d'Antioche sur la Géorgie.

Les successeurs des archevêque morts devaient toujours aller se faire sacrer à Antioche et, après avoir été choisis par leur roi et leurs évêques, être sacrés par le Patriarche d'Antioche.

Effectivement, ce dernier les sacrait et les renvoyait dans leurs pays. Cet usage a été en vigueur jusqu'à la conquête d'Antioche et des autres pays Syriens par les musulmans.

Cet ordre de choses se maintint bien des années, mais après la conquête musulmane le Patriarcat d'Antioche resta

Vacant pendant quarante ans ; puis enfin, Stéphane le Pieux fut élu Patriarche. Il fut succédé par Théophilacte le prêtre de la ville de Roha (Edesse),

C'est de son temps que David, Roi d'Abhazie (en Géorgie) envoya un grand nombre de membres du clergé à Antioche, pour être sacrés évêques.

Pendant leur voyage ils furent assaillis par des brigands qui leur enlevèrent tous les cadeaux qu'ils portaient au Patriarche et les massacrèrent tous excepté deux, qui réussirent à se sauver et arrivèrent à Antioche. Ils firent le récit de tous leurs malheurs à Théophilacte et ils ajoutèrent que les Géorgiens souffraient beaucoup du manque d'évêques. Théophilacte convoqua, à cet efiFet, un concile d'un grand nombre de ses archevêques, et il y fut décidé qu'on sacrerait pour les Géorgiens un Catholicos indépendant, qui serait autorisé à sacrer leurs évêques, en leur imposant le devoir de mentionner toujours le nom du Patriarche d 'Antioche pendant la sainte messe.

On avait décidé aussi d'y envoyer tous les ans d' Antioche, un exarque chargé de contrôler les faits et gestes du clergé et de relever les impôts institués par le canon ecclésiastique.

Le Patriarche délivra une charte â cet efiFet, aux deux individus qui avaient échappé aux brigands, après quoi il tira au sort, et comme le sort tomba sur Jean, il le sacra Catholicos de Géorgie. Son compagnon fut sacré Evêque.

Le Catholicos devait avoir sa résidence au pays des Abhazes. Après les avoir sacrés il les renvoya dans leur pays.

Bien des années plus tard, lorsque l'hérésie commença à semer la discorde dans la religion, le Patriarche Théo- 6 dore envoya son secrétaire Basile pour apaiser les querelles des partis. Ce même Patriarche donna l'autorisation au Catholicos de Géorgie de préparer le saint Chrême.

Comme les prêtres et les moines vendaient à un prix très élevé le saint Chrême qu'ils recevaient d'Antioche, les Pères du quatrième Concile de Chalcédoine autorisèrent tous les autres archevêques indépendants à préparer le saint Chrême chez eux.

L'historien Evagre mentionne que Justinien fit construire une cathédrale au pays des Abhazes ; il avait, dans son palais, un serviteur Abhaze du nom d'Euphrate, qu'il envoya au pays des Abhazes.

Là, celui-ci rassembla une quantité d'enfants qu'il emmena à Constantinople où Justinien avait fondé pour eux une école pour les y élever.

Les Empereurs de Byzance avaient l'habitude de tuer les criminels païens ; mais après la conversion des Abhazes au Christianisme, Justinien leur promit de ne plus châtier leurs criminels de la peine de mort.

Ces Abhazes formaient la Garde du Corps de Justinien.

Plus tard, le Catholicos Jean envoya à Constantinople des prêtres et des diacres afin qu'ils y fussent instruits dans les sciences religieuses et profanes.

Quelques informations sur les qualités et les défauts des Géorgiens.

Apprends, ô lecteur, que le peuple Géorgien était gouverné d'abord par un seul Roi sous la domination duquel se trouvaient beaucoup de difiFerents pays.

Ses domaines commençaient à la frontière orientale de la Mer Noire, à partir de Trébîzonde et du pays des Lazes ^ 7

' Que les écrivains latins nommaient Lazétium. [Note de la trad.^.

Ils s'étendaient sur les pays de Gorée, de Mingrélie d'Iméritie, de Tiflis et ses alentours, de Cakhétie et ses alentours.

Beaucoup de tribus habitent la montagne qui servait de frontière du côté septentrional et oriental de son royaume et qui commence à la côte orientale de la Mer Noire et s'étend vers V Orient jusqu'à la côte de la Mer Persique qui porte, aujourd'hui, le nom de Mer Caspienne.

Voici le nom des tribus qui habitent la montagne susmentionnée, qui s'appelle Bouze : Les Abhazes ou Abazes, habitant les rives de la Mer Noire ; à côté d'eux mais plus au nord la tribu des Zikhos comprend les Circassiens, les Tchiky, les Alanomes, la Principauté des Kachaques, les Svanètes, les Touchis, les Touâlis, les Ausses, les Lakis, etc.

Ce même Roi possédait la ville célèbre persane de Kabha, celle de Chabakh, de Tébrize et leurs environs, ainsi que toutes les villes du côté oriental; la Grande et la Petite Arménie et environ deux cents de leurs villes; le pays d'Akhaltzik, connu maintenant sous le nom de Sefer-Pacha; onze autres Sandjaks avoisinants; la ville de Karse, d'Erzéroume et leurs alentours ; le pays d'Achkala, de Tourdjâne, de Calkite, de Kouwass, de Yassporte; la forteresse du Yassane Supérieur, connue maintenant sous le nom de Hassane-Kal'a ; le Yassane Inférieur; les contrées 8 de Taramane, Tortoume, Erzingane, Cakh, Ekine, et leurs environs ; la ville de Mélétie, jusqu' à l' Euphrate.

Les états de ce souverain étaient très vastes.

Les Géorgiens avaient la coutume suivante : quand leur Roi avait plusieurs fils et qu' il sentait les approches de la mort, il nommait l'un d'eux son héritier, selon son choix; il en recelait un second chez un de ses amis et il rendait aveugles tous les autres, après quoi on les emmenait dans quelque couvent éloigné, où ils passaient le reste de leur vie, entourés des égards dus à leur rang.

En 1450 de rincarnation du Messie, il y avait en Géorgie un roi qui avait six fils.

Quelque temps avant sa mort il divisa son royaume entre tous ses fils. A peine était-il mort que les frères commencèrent à se quereller, aucun d'eux n'étant satisfait de la part que leur avait été assignée par leur père. Il s'ensuivit une guerre intestine. Les souverains avoisinants en profitèrent pour les attaquer et leur enlever un grand nombre de leurs provinces. Par exemple, le Roi de Perse leur prit Tébrize, Kabha, Schakh, TAzarbeïdjâne, la Grande Arménie, Tiflis et ses environs, à la distance de deux mois de voyage.

Les Osmanlis leur prirent Mélétie, Ekine, Kakh, Erzingane et les pays avoisinants de la Petite Arménie, tels que : Ashkala, Tirdjâne, Calkhite, Kouvasse et Bibarthe.

Quelques années plus tard ils leur prirent la ville de Théodosie, c'est à dire Erzéroume, la contrée du Yassane Supérieur, portant aujourd'hui le nom de Hassane Kal'a et celle du Yassane Inférieur ; la forteresse d' Ourjoury et la ' contrée de Narmane, ainsi que plusieurs autres pays.

En 1570 de l'incarnation du Christ, le Sultan Yéngui Sélime expédia contre eux Lalé Moustapha Pacha qui 9 s'empara de la ville de Karse ainsi que de la contrée avoisinante de Sefer-Pacha qui se trouve dans l'intérieur du célèbre Akhal-Tzikh, composé de douze sandjaks.

Et maintenant, après la mort du nouveau martyr Teïmouraze Khâne P' tué par le Roi de Perse qui mit la main sur ses domaines; il subjugua la Cakhétie dont il confia l'administration à un Géorgien qu'il força de renier la religion chrétienne et d'embrasser l'Islamisme. Mais il n'était musulman que de nom, puisque tout son peuple était composé de Géorgiens chrétiens.

Quant aux tribus avoisinantes susmentionnées, telles que les Abhazes, les Circassiens, etc. elles se révoltèrent et se choisirent des Princes indépendants.

A rheure qu' il est les Géorgiens ne possèdent que cinq provinces: la Mingrélie, sur la rive orientale de la Mer Noire ; Tlméritie, la Gorée, Tiflis et la Cakhétie. Celles de Tiflis et de Cakhétie sont vassales du Roi de Perse.

Il s'y fait représenter par des Khânes qui conservent ce poste leur vie durant.

Ce sont des Géorgiens qui sont censés être musulmans. Lorsque un de ces Khânes se sent près de mourir, les habitants de ces deux provinces choisissent pour lui succéder un personnage respectable, qui se rend en Perse pour se présenter au Chah et obtenir sa sanction. Quant à la Mingrélie, riméritie et la Gorée, elles sont gouvernées chacune par un Prince Géorgien qui y règne sa vie durant; il a toujours pour successeur son fils ou un parent, s'il n'a pas de fils.

De nos jours, grâce aux discordes continuelles des trois tribus dont nous avons parlé plus haut, et aux fréquentes guerres civiles qui les obligent à avoir recours à V intervention des Pachas Turcs, et grâce à leurs fréquents voyages à Constantinople où ils vont se plaindre les uns des autres, ils 10 ont dû consentir à payer une contribution tous les trois ans, au Sultan des Osmanlis. Un contrôleur des contributions vient, à cet efiFet, à l'époque fixée et reçoit de chaque maison des pièces de toile qui coûtent dans le pays le tiers d'une piastre, et qu'ils envoient à Constantinople par la Mer Noire.

Les Mingréliens comprennent quatre-vingt mille familles; les deux autres tribus peuvent compter autant d'individus; mais les Goréens sont peu nombreux.

Dans les temps antiques leur roi qui régnait sur toutes les tribus et les provinces susmentionnées, habitait la ville de Koutaïss qui appartient aujourd'hui aux Iméritiens, appelés par les Turcs « Atchik-Bache » , ce qui veut dire « Tête découverte », parce que la plupart d'entre eux ne portent sur la tête qu'une petite calotte de drap et s'enveloppent d'un manteau blanc.

Il s'y trouve jusqu'à présent, une forteresse solide.

Ils ont un Roi du nom de Pancrace ou Bagrate, qui provient, à ce qu'ils assurent, des descendants du saint martyr Eustache. ^

Ce Prince est le fils du célèbre Roi Alexandre de Géorgie qui règne eu ce moment. Sa fille Tinatine a épousé un des grands dignitaires de Mingrélie dont elle a eu trois

enfants; mais le Priiice de Mingrélie ayant tué son mari par trahison, elle est restée veuve.

Après la mort de la mère de Pancrace, son père épousa la fille du Prince de Cakhétie, Taïmouraze-Khâne, du nom de Daritchâne.

Cette Princesse était très orgueilleuse et haïssait son beau-fils. Le Roi son père, de concert avec les dignitaires de l'Etat, se décida à marier Pancrace avec la fille du frère de Daritchâne, pensant établir par ce moyen, des relations ii amicales entre ce Prince et sa belle-mère.

Sur ces entrefaites le Roi Alexandre tomba malade et, pressentant une mort prochaine il rassembla ses dignitaires et transmit sa royauté à son fils, en leur présence.

Après la mort du Roi, la Reine de Mingrélie exigea que son fils abandonnât sa fiancée et l'épousât elle-même. Celui-ci refusa net en lui disant : « Comment est- il possible d'épouser la femme de son père? >. Ce refus attira sur lui la colère de cette princesse.

' Les chroniqueurs grecs n'en parlent pas. Son histoire n'est connue que par les récits populaires et les chartes octroyées par les Empereurs de Constantinople et les Rois Géorgiens au couvent des Ibères du Mont Athos où elles sont encore conservées. Eustache le Patriarche d'Antioche arriva en Ibérie en 318-20 de Tère chrétienne. L'année de la mort de ce saint martyr n'est pas connue au juste, mais la plupart des historiens supposent qu'elle a eu lieu en 360. Selon S.t Jean Chrysostome, il a été banni en Thrace où il est mort; et d'après S.t Jérôme il est à Trajanopolis en Thrace. L'historien Théodore le Lecteur, dit que S.t Eustache est mort à Philippes. Ses reliques ont été transportées en triomphe à Antioche au temps de l'Empereur Zenon (474-491). [Note de la tradj].

Une nuit, elle appela ses domestiques et fit arracher les yeux à Pancrace, en présence du Catholicos et de sa suite. Le lendemain elle épousa un jeune homme ^

Lorsque la nouvelle de ce crime parvint aux oreilles des peuples avoisinants, tant musulmans que chrétiens, ils se hâtèrent de se rendre auprès de la Reine dont ils tuèrent le jeune époux, après lui avoir préalablement crevé les yeux. Parmi eux se trouvait un Pacha Géorgien d'Erzéroume. La maudite Daritchâne se jetant à ses pieds pour implorer sa pitié, lui fit don de grandes richesses et d'une belle jeune fille qu'elle lui fit épouser. Grâce à cela il la sauva de la colère du peuple qui voulait la tuer et Femmena avec lui à Erzéroume où elle demeure jusqu'à présent ainsi que sa nièce.

Sur ces entrefaites les Pachas turcs et les soldats turcs, persans et géorgiens commirent des crimes affreux en Mingrélie.

Ils saccagèrent le pays, pillèrent les propriétés, emmenèrent une masse de gens en esclavage et s'en retournèrent chez eux en emportant le Trésor de l'Etat. En ce moment Pancrace continue de régner à la place de son père, bien qu'il soit aveugle.

Apprends, ô lecteur, que chacune des cinq provinces géorgiennes susmentionnées, savoir : la Mingrélie, la Gorée, • Flméritie, Tiflis et la Cakhétie, équivaut à un Pachalik turc, et que toutes ensemble, elles occupent une distance égale à celle qui sépare Alep de l'Egypte.

12 Tout le pays de Mingrélie est peuplé de Géorgiens orthodoxes, à l'exception d'un petit nombre d'Arméniens et de Juifs.

Il en est de même de l'Iméritie où règne Pancrace.

La Gorée est limitée par la Mingrélie dans le voisinage de Trébizonde, Laze et Akhaltzikh. L'Iméritie se trouve à

' Elle épousa un jeune seigneur qui s'appelait Vactangle et qu'elle fit couronner, {Voyages du Chevalier Chardin» Vol. I, p. 385, Paris 181 1).

[^Note de la trad.].

Vorient de la Mingrélie et la province de Tiflis est à Torient de cette dernière, tandis que la Cakhétie est à l'orient de Tiflis auprès de la Mer Persique (Caspienne). ^ La Cakhétie est presque exclusivement habitée par des

chrétiens, — au contraire de la province de Tiflis dont la forteresse, ainsi que la forteresse de Kour, sont habitées par des musulmans « Kizil-bache » , ^ établis dans ce pays par ordre du Roi de Perse.

Il y a aussi beaucoup d'Arméniens à Tiflis. Ils y possèdent des églises grandioses où ils frappent dans une espèce de gong au lieu de sonner des cloches.

En général, beaucoup de villes de cette province sont habitées par les Arméniens, tels que Kour, Darte et Elaï, mais en cette dernière ont voit aussi beaucoup de Juifs.

Quant au peuple, aux fonctionnaires et aux soldats, ils sont presque tous Géorgiens orthodoxes.

Les Géorgiens ont une quantité d'églises à Tiflis. L'une d'elles appartient au Catholicos, une autre au Métropolitain de la ville, une troisième à l'épouse du Khâne qui est géorgienne orthodoxe, parceque le Khâne de Tiflis est obligé d'épouser une géorgienne chrétienne, possédant ses prêtres spéciaux et son confesseur.

En général, la religion chrétienne est plus estimée à Tiflis que toute autre religion, ce que nous avons pu constater personnellement.

[" Apprends que, lorsque nous nous sommes rendus au

pays des Géorgiens en 7172 de la création du monde, nous

avons étudié en détail, leur état, leur us et coutumes, et

i leur conduite à l'égard de la religion chrétienne. Nous avons

^ remarqué qu'ils s'en écartaient quelque peu et nous en par-

' « Kizil-bache » veut dire « tête rouge «, surnom que Ton donne aux persans à cause de leur habitude de se teindre les cheveux et la barbe en rouge foncé avec du henné. [^Note de la tradi\.

lerons plus bas. Ils manquent en effet de personnes compétentes qui sachent les diriger dans le droit chemin.

Nous avons remarqué avant tout qu'ils élisent leur évêque, non pour son mérite et sa piété mais en choisissant pour cette dignité celui que leurs seigneurs désignent, un ^3 fils de ceux-ci encore en bas âge et qui occupera ce poste dans Tavenir. On en fait un moine, et on lui enseigne à peine à lire et à écrire. Lorsque le jeune homme a grandi et que son père a acquis quelque influence auprès du Roi ou des hauts fonctionnaires du pays, il en profite pour demander le poste d'évêque pour son fils qui le reçoit, ordinairement, sans qu'on se soucie de s'informer s'il en est digne.

Le diocèse subordonné à un évêque lui appartenant personnellement, il a le droit de disposer de ses habitants selon ses caprices; il vend les beaux jeunes gens, les belles jeunes filles et jeunes femmes aux Turcs ou à d'autres et personne ne s'y oppose.

Il ne leur enseigne ni les principes du christianisme ni aucun devoir chrétien, et ne s'en soucie nullement. Il est même arrivé qu'un individu encore imberbe est devenu diacre, et qu'on l'a chargé, parfois, de remplir les fonctions d'évêque,

Quand leur Roi allait à la guerre il était suivi de l'évêque, des prêtres, des moines et de leurs serfs. Ils combattaient contre leurs voisins, évêques et prêtres chrétiens comme eux. Les vainqueurs réduisaient à l'esclavage les évêques et les prêtres qu'ils traitaient avec la plus grande cruauté, et qu'ils vendaient même aux Turcs et à d'autres.

Ils ruinaient les maisons de leurs ouailles qu'ils vendaient ou gardaient à leur profit en qualité d'esclaves jusqu'à ce qu'ils ne se rachetassent par une forte somme d'argent. Chaque évêque possédait un sandjak ^ indépendant. Il arrive 14 souvent qu'un évêque est presque illettré.

' Le sandjak est une subdivision d'un vilayèt, comme on dirait le district d'une province. [Note de la trad.\

Lorsqu'on lui apporte des cadeaux pour sacrer un nouveau diacre, il s'empresse de le faire sans même demander s'il a été baptisé, s'il est digne de cette charge, ni s'il est légalement marié à une jeune fille; car il est d'usage de sacrer les diacres évangéliques ^ étant célibataires ; ils ne se marient qu'après avoir été sacrés. L'évêque ne demande même pas si le diacre sait lire, de sorte que la plupart des diacres et des prêtres de Mingrélie sont illettrés ; ils se contentent d'apprendre par coeur les prières qu'ils doivent réciter pendant leurs ofiîces, tels que la messe, le mariage, les funérailles, etc.

Souvent leurs évêques ne savent pas sacrer les prêtres et les diacres, ni même écrire de leur main les certificats qui témoignent de leur consécration (Chirotonie). Ils ne connaissent pas la cérémonie de la consécration des nouvelles églises, et lorsque quelqu'un s'adresse à un évêque pour le prier de consacrer une église nouvellement bâtie, il lui demande : « Combien me donneras-tu pour cela? ». Si la réponse le satisfait, il y consent; dans le cas contraire il n'en fait rien.

Ils ne consentent à consacrer les prêtres et les diacres qu'à la condition de recevoir des présents. Lorsqu'un prêtre ou un diacre devient veuf, il renonce à sa profession et se remarie, et aucun évêque ne lui fait la moindre remontrance, à ce sujet. Il sont tellement insouciants des affaires religieuses qu'ils reçoivent chez eux les évêques excommnniés par les Patriarches de Constantinople, et les autorisent à sacrer leurs prêtres et leur diacres.

Mais le comble du mal est que, lorsqu'un prêtre grec quelconque se fait passer pour un évêque, on le croit sur parole et on l'autorise à sacrer le clergé.

Tout ceci provient de leur incurie et de leur indifférence pour la religion. Il en résulte que l'on confie souvent

' Diacre évangélique, c'est celui qui a le droit de lire Tévangile.

[Note de la tradj].

la chaire épiscopale à un simple diacre ou à un simple 15 moine qui en use comme il veut, avec tous les droits d'un évêque; c'est à dire qu'il peut asservir des subordonnés et les vendre aux Turcs, les châtier et les emprisonner pour la moindre chose.

Si quelqu'un s'avise de lui désobéir, il le vend avec sa femme et ses enfants. Si un évêque ou un abbé a lieu d'être mécontent d'une femme mariée, il les sépare et force son mari de se marier avec une autre, sans crainte de Dieu ni pudeur.

Il arrive que l'évêque dit à un individu: « Qu'as tu trouvé en ta femme? Elle est si noire! Laisse-la et prends-en une autre » . En cas de refus, l'évêque arrête l'individu et le tient enfermé jusqu'à ce qu'il consente au divorce et se remarie avec une autre. C'est ainsi que Scoraly a agi avec Georges le lecteur, qui était marié et avait un enfant. L'évêque le persuadait de se séparer et de prendre une autre femme, et comme il refusait, l'évêque le fit arrêter, et à force de coups et de mauvais traitements il l'obligea à y consentir.

J'ai vu moi-même ses deux femmes qui sont venues implorer ma justice.

J'ordonnai alors à Georges d'abandonner sa seconde femme et de reprendre l'ancienne et j'excommuniai l'évêque Scoraly. J'ai connu Eusèbe, l'abbé du couvent de Mousallaby, qui avait vendu un prêtre aux Turcs et donné sa femme à un de ses serviteurs.

Mais le chrétiens rachetèrent ce prêtre qui revint à la maison et me conta sa triste histoire quatre ans après sa libération. Pendant tout ce temps la femme du prêtre vivait en adultère avec le jeune homme, tandis que le prêtre n'avait pas officié une seule fois, ayant été obligé de couper du bois et de labourer la terre.

j5 J'ai fait donner une bonne bastonnade à l'abbé, après quoi je l'ai destitué. Quant à la femme du prêtre, elle prit

la fuite avec le jeune homme dont elle avait partagé Tadultère pendant quatre ans. Je les fis rattraper et les contraignis tous deux à faire pénitence. Apprends que, lorsque les Géorgiens célèbrent les fiançailles d'un jeune couple ils n'ont pas recours aux prières exigées par Téglise mais ils se bornent à quelques usages populaires. La plupart des pauvres et aussi quelques riches s'unissent par le concubinage et ont des enfants sans s'être mariés à l'église. Quelques uns abandonnent leurs femmes légitimes et vivent avec d'autres en dehors du mariage.

Nous avons connu un évêque qui sépara de son mari une femme qui avait quatre enfants; il vendit les enfants aux Turcs et donna leur mère en mariage à un autre. Quatre ans plus tard son mari me conta ses griefs; luimême ne s'était point remarié.

Nous avons vu aussi ce même évêque indigne, séparer • la soeur de ce même homme de son mari et la mztrier avec un prêtre dont la femme avait été enlevée par les Abhazes. Nous avons fait la connaissance du mari de cette pauvre femme qui est venu chez nous pour s'en plaindre.

Ce sont là des faits qui feraient pleurer les pierres!

Nous avons vu de nos yeux et entendu de nos oreilles que quelques uns des évêques de Géorgie vendaient les habitants de leurs diocèses; les jolis garçons, les belles filles et belles femmes, ainsi que tout homme qui aurait encouru leur colère ou pour lequel les marchands avaient offert un bon prix. Il arrive souvent qu'on vende la femme en présence du mari et vice versa.

Nous savons que l'évêque de Moukaly, André a vendu dans le courant d'une année soixante personnes de son dior cèse, dont vingt-trois furent vendues dans le port de Hôblaty en Gorée, et le reste dans un des ports de la Mer Noire. 17 J'ai excommunié et destitué cet évêque indigne, et j'ai sacré à sa place un nouvel évêque plus digne d'occuper ce poste élevé.

Beaucoup de Géorgiens prennent une seconde femme du vivant de la première. Il arrive que le prêtre les marie pour la troisième fois sans même leur dire : « Comment puis-je te marier avec une autre du vivant de ta première femme?» ou bien: « Ceci est défendu ». Point du tout, et son évêque, loin de le destituer, ne lui fait même aucune réprimande. Quand un bigame de ce genre se meurt, les prêtres lui permettent la communion, lui font des obsèques chrétiennes et disent des messes pour son âme ; et tout ceci arrive parce que le peuple voit Tinconduite des évêques et des abbés et parce que ces derniers ne leur enseignent pas les principes de la religion chrétienne. Chaque évêque et chaque abbé possède plusieurs familles attachées à l'archevêché ou au couvent, dont il est le maître absolu et sur lesquelles per-» sonne, pas même le roi, n'a aucun droit.

Le Roi et le Reine possèdent aussi des centaines de familles en servage, dont ils peuvent disposer comme bon leur semble. Tout riche seigneur et haut fonctionnaire possède un nombre fixe de familles qui lui appartiennent et dont il peut faire tout ce qu'il veut. Nous avons vu beaucoup d'entre eux vendre des chrétiens en esclavage et même des prêtres. J'ai fait amener en ma présence plusieurs de ceux qui vendent les prêtres, et après les avoir fait battre et enchaîner, je les ai forcés de racheter les prêtres qu'ils avaient vendus.

De cette manière j'ai libéré beaucoup de prêtres et un grand nombre de captifs. Je mariai les jeunes filles avec de braves gens, parce que je les considérais comme mes filles; je restituai les garçons à leurs parents et les femmes à leurs i8 maris, et j'expliquai à tout le monde que celui qui vend son semblable est un tyran; je leur récitai à ce propos quelques passages de la Sainte Ecriture, et d'autres paroles divines qui condamnent ce grand péché sans pareil.

Je menaçai de malédiction divine et d'excommunication tous ceux qui vendraient leurs semblables en servitude. Un

grand nombre d'entre eux se sont repentis et m'ont fait le serment de ne plus vendre leurs serfs.

Lorsque j'entendais dire que quelque grand seigneur se

A proposait de vendre ses gens j'envoyais chez-lui quelqu'un

de ma suite pour les racheter et les mettre en liberté ; en même temps j'excommuniais le délinquant.

^ Il y a beaucoup de brigands habiles et rusés qui se con-

certent d'avance pour se réunir pendant la nuit auprès d'une maison quelconque, d'où ils enlèvent plusieurs personnes

; qu'ils cachent pendant la journée et qu'ils entraînent nui-

j tamment, vers un grand fleuve qui tombe dans la Mer Noire.

Là ils les vendent à des marchands d'esclaves qui viennent sur de petits vaisseaux dans la rivière, ou bien à d'autres sur les grands vaisseaux de la Mer Noire.

I Le plupart des Géorgiens considèrent le trafic des esclaves

I comme nous considérons le commerce des marchandises.

Leurs femmes vendent leurs esclaves pour se faire de belles robes ou d'avoir bonne table pour cet argent. Tout ceci, comme je l'ai dit plus haut, provient de ce qu'ils voient leurs évêques et leurs prêtres faire la même chose. On nous a dit, qu'il y a quarante ans, un de leurs seigneurs qui venait de perdre ses proches parents, invita, à cause de cela, tous les prêtres et tous les diacres du voisinage: il y en avait cinquante. Lorsqu'ils eurent accompli la cérémonie funèbre et qu'ils eurent bien mnngé, le seigneur les fit saisir et ordonna à ses gens de leur raser la barbe et les cheveux et de les vendre tous comme esclaves.

Quand le souverain de ce pays eut appris ce méfait, il envoya ses gens pour assassiner ce grand seigneur et piller

^ sa maison.

Une fois, un moine de la montagne sacrée {le mont Athos) se trouvant en Géorgie avec ses camarades, passa une nuit iQ dans la maison de quelques brigands, sans s'en douter. Pendant la nuit on lui rasa les cheveux et la barbe et, après

avoir tué ses camarades, on le vendît quelque part en Abhazie. Un an après il réussit à grand' peine à s'écha^pper et retourna en Géorgie où il fit connaître sa mésaventure au Roi. Celui-ci fit tuer tous les brigands qui l'avaient vendu.

J'ai connu un homme qui maria sa fille ; peu de temps après, son mari fut vendu par son seigneur. Le père de la jeune femme abandonnée la donna en mariage à un autre. Le jeune mari vendu étant revenu, entama une querelle avec son beau-père; il s'ensuivit une rixe dans laquelle le jeune homme fut tué. Cette histoire parvint aux oreilles du Roi qui jugea l'afiFaire et condamna l'assassin à une amende de vingt piastres. Sur ces entrefaites, le seigneur du jeune homme assassiné s'empara de la femme de l'assassin, de ses deux enfants et de son beau-frère qu'il fit lier pour les vendre tous. Pendant qu'il conduisait ces malheureux au lieu de la vente, nous les rencontrâmes en chemin. Je le fis battre fortement et nous libérâmes les quatre captifs. Ce fait fut porté à la connaissance du Roi.

La plupart de leurs prêtres, en baptisant les enfants, ne les plongent pas entièrement trois fois dans l'eau, mais ils se contentent de mouiller un peu une partie de leur corps. Quelques prêtres permettent au parrain d'oindre l'enfant avec le saint Chrême au lieu de le faire eux-mêmes, et quelques parrains voulant être polis, soutiennent la main droite du prêtre et l'aident à oindre l'enfant. Il arrive même qu'un individu non-orthodoxe soit le parrain d'un enfant orthodoxe.

Quant aux prêtres mingréliens, ils sont tellement ignorants, que, lorsqu'une femme accouche, ils se rendent auprès d'elle et oignent l'enfant avec le saint Chrême, dans 20 la ferme persuasion que cette cérémonie tient lieu de baptême. Quelquefois, le prêtre oint la mère en même temps que l'enfant, et cela se passe ainsi à chaque nouvel accouchement. Je leur ai expliqué que c'est une erreur et un grand péché.

parce qu'on ue peut pas oindre un enfant qui n'as pas été baptisé; en agissant ainsi il contredisent le saint Evangile qui dit: « Allez et baptisez » etc. ; et encore : « Celui qui est baptisé sera sauvé » . Il n'y a point en effet de salut sans baptême, car il sert de base â notre religion. Tandis que le saint Chrême est le cachet de Dieu.

En vue de cela j'ai baptisé tous ceux qui avaient été oints préalablement, après quoi je les ai oints une seconde fois. Il faut aussi savoir qu'ils ne baptisent pas leurs enfants quarante ou quatre-vingts jours après leur naissance, ou lorsque l'enfant tombe malade, mais qu'ils le font quandbon leur semble. On voit surtout chez les seigneurs, que leurs enfants grandissent, se marient et ont des enfants, sans jamais avoir été baptisés. Il arrive même que l'on devienne évêque, prêtre ou diacre sans avoir été baptisé.

Et la cause de tout cela est le manque de gens instruits qui puissent les diriger dans la voie de la justice.

J'ai baptisé moi-même plusieurs prêtres et plusieurs diacres qui avaient atteint la vieillesse. Il y a des gens qui vieillissent et meurent sans avoir reçu le baptême. Quelques prêtres et surtout ceux de Mingrélie, remplissent les saints offices, non pas à l'autel mais en dehors de l'église. D'autres ne mettent pas tous les ornements liturgiques de rigueur pendant qu'ils officient, mais ils en revêtent seulement une partie.

D'autres, lorsqu'on les appelle chez des malades pour leur administrer la sainte Eucharistie, n'y vont pas euxmêmes, se contentant de mettre un peu de pain consacré, trempé de vin, dans n'importe quel ustensile, et de l'envoyer ai au malade par un garçon quelconque. Ce dernier, arrivé auprès du malade, lui fait boire le contenu de la tasse, tandis que le trésor même du saint sacrement reste oublié au fond.

Ils portent, pour la plupart, des noms païens. Le nombre de leurs moines n'est pas grand, et ceux-ci n'habitent pas

les couvents mais demeurent auprès des évêques et des prêtres. D'autres fois ils prennent en location quelque couvent dont les habitants deviennent leurs serfs.

Ils en peuvent disposer selon leur fantaisie, sans en rendre compte à personne. Leurs religieuses demeureut aussi pour la plupart dans les maisons appartenant aux grandes églises, où elles mènent une vie pieuse et vertueuse, et parfois elles demeurent chez les épouses des princes et des seigneurs qui les nourrissent et les entretiennent. Leur Catholicos ou leur Prince donnent, parfois, le poste d'évêque â un laïque ou à un simple diacre, pour en recevoir de Targent, et ces derniers remplissent toutes les fonctions de révêque et se font payer les chirotonies. Leurs évêques et leurs prêtres se mettent souvent à la tête d'une troupe pour combattre leurs frères chrétiens et en cas de conquête, ils pillent les vaincus et les vendent en esclavage aux Turcs et à d'autres. Actions monstrueuses! Que Dieu corrige leurs moeurs ! Les coupables sont leurs évêques qui commettent tous ces crimes pour vendre et piller le peuple, pour se payer de leur argent, une riche argenterie et pour amasser une fortune qui tombera, peut être, un jour, entre les mains de leurs ennemis.

22 Le résultat de ces guerres intestines est que, souvent le vainqueur destitue des évêques de méiite dans les pays conquis, pour les remplacer par des gens de peu de valeur.

Les évêques et les prêtres font communier des individus non baptisés, les enterrent d'après les rites de l'église et font des prières pour leur âme.

La plupart de leurs évêques ne communient pas pendant qu'ils célèbrent les différentes cérémonies religieuses ; leurs prêtres et leur diacres agissent de même. Et quand plusieurs officient ensemble, un ou deux d'entre eux communient et les autres s'en passent.

Il y a deux Catholicos en Géorgie. La Mingrélie et la

Gorée se trouvent sous la juridiction de Tun, et Tiflis, la Cakhétie, Akhal-Tzikh et leurs alentours appartiennent au diocèse de Tautre.

Ils ne châtient pas leurs prêtres et leurs évêques pour les méfaits dont je viens de parler, ou bien ils infligent quelque punition légère et peu durable, à ceux qui leur offrent des présents.

La plupart de leurs églises n'ont point d'autel. Je leur ai expliqué maintes fois que le saint autel est le symbole du Calvaire où notre Seigneur Jésus-Christ a été crucifié, et d'où Joseph, Nicodème, la sainte Vierge, Jean TEvangeliste et les femmes porteuses de parfums l'ont descendu et, après l'avoir enveloppé dans un linceul, l'ont enseveli dans le tombeau sacré qui existe jusqu'à nos jours.

Car l'autel ressemble au tombeau de Jésus-Christ. Comme ils ont foi en mes paroles, j'ai fait ériger des autels dans toutes ces églises.

La plupart des laïques ne savent pas comment il faut faire le signe de la croix ou réciter la prière du Seigneur jusqu'au bout. Ils ne trouvent pas nécessaire de communier ou d'aller à confesse, étant en bonne santé ; ils se contentent de le faire avant de mourir. Mais il arrive que le malade 23 meure privé des sacrements et malgré cela, les prêtres l'enterrent et disent des messes pour son âme, selon les rites de l'église.

Beaucoup de prêtres se font payer par les parents des morts pour prier pour leur âme, mais au lieu de le faire, ils vont à l'église où ils endossent les habits sacerdotaux, et se tiennent dans le maître-autel sans réciter la moindre des prières indiquées et sans prendre aucune part au service, comme ils auraient dû le faire.

Nous avons vu cela de nos yeux.

A la fin du service, ils se rendent auprès des parents du défunt et leur disent:

« J'ai dit une messe pour vous aujourd'hui ».

C'est ainsi que les choses se font en Mingrélie, à cause de rignorance du clergé.

Les prêtres de ce genre évitaient d'officier en ma présence, mais je les guettais et dès qu'un prêtre endossait les vêtements sacerdotaux et commençait a officier, j'entrais à l'église par surprise afin de surveiller le sacrifice, la messe et l'exécution de tous les rites établis.

La plupart des prêtres et des diacres de Mingrélie n'ont pas reçu le baptême et j'en ai baptisé une quantité qui avaient atteint un âge avancé. Ils ne savaient même pas faire le signe de la croix correctement, puisque ni leurs évêques ni les patriarches, ni les évêques et les prêtres qui venaient de tous les pays du monde, n'ont pris la peine de les diriger ou de leur enseigner les dogmes religieux ; ils se contentaient de prendre leur argent et de s'en retourner dans leurs pays respectifs, sans leur avoir été de la moindre utilité.

André, l'évêque de Badial, le plus grand diocèse de Mingrélie, nous a conté qu'il se trouve à peu près cinq-cents mariages illégitimes dans son diocèse. Par exemple: l'un 24 est marié à deux femmes à la fois; l'autre a épousé sa proche parente ; mais on voit le plus souvent des unions en dehors de l'église.

J'y envoyais de ma part et de celle des évêques, des gens qui faisaient une tournée dans les diocèses et qui étaient chargés d'annuUer les mariages entre proches parents et de séparer de leur seconde femme les maris qui en avaient deux.

Ils mariaient ceux qui vivaient en dehors du mariage, ils baptisaient ceux qui ne l'avaient pas été, ils sermonnaient les adultères, leur infligeaient des pénitences et leur faisaient prêter serment de ne plus recommencer.

Ils défendaient sévèrement aux femmes d'étouffer leurs enfants.

Des émissaires étaient autorisés à piller les maisons des

récalcitrants et de les tenir en prison jusqu'à ce qu'ils se fussent repentis et soumis à nos ordres.

Un grand nombre d'entre eux nous obéïrecit et suivirent nos injonctions.

Lors de notre visite au diocèse de Moukoline, une femme riche, demeiu'ant à Doranda, dans le voisinage de ce lieu, et qui vivait en adultère avec sept frères qui étaient ses cousins, eut tellement peur de moi qu'elle s'enfuit en Abhazie avec son septième mari.

Apprends, ô lecteur, que la Géorgie comprend en ce moment, cinq provinces.

Depuis deux cents ans, quatre de ces provinces, savoir : la Mingrélie, la Gorée, l'Iméritie et Tiflis, se querellent entre elles et s'entre- vendent : mais rarement, quelqu'un se charge de les remettre dans la bonne voie. Ce n'est que dans la. cinquième province, celle de Cakhétie, qui avait appartenu au défunt martyr Taïmouraze-Khâne, qu'on n'a jamais vendu de chrétiens.

La plupart des Mingréliens ne savent pas réciter le Pater jusqu'au bout. Ils n'enseignent aucunes prières à leurs en- 25 fants, ni même la manière de faire le signe de la croix.

Lorsqu'un évêque de Mingrélie visite son diocèse, il ne sermonne pas ses ouailles, de sorte que la plupart d'entr'elles n'observent pas le grand carême, ne jeûnent jamais et ne prient pas comme le reste des chrétiens.

Leurs prêtres n'officient pas pendant plusieurs Dimanches et plusieurs fêtes consécutivement.

Ils ne remplissent ce devoir que lorsque quelqu'un les prie de le faire pour une certaine rémunération.

Il est très fâcheux que les Mingréliens habitent à de grandes distances les uns des autres : on ne rencontre que rarement deux ou trois maisons dans un même lieu. Ils ont beaucoup d'églises dans leurs villages mais personne ne vient y prier: seuls le prêtre et quelques rares personnes.

J'ai tâché d'en rassembler autant que j'ai pu dans une église; je les sermonnais et je leur expliquais quels sont les devoirs du chrétien et quelles bonnes oeuvres il doit accomplir.

Un de leurs torts est qu'ils ont abandonné tout métier lucratif comme, par exemple, la culture des vers à soie, pour laquelle leur pays, si riche en bosquets de mûriers, serait très propice. Les quelques personnes qui s'en occupent, récoltent beaucoup de soie, malgré leur insouciance; mais pour la plupart, ils disent que cela ne vaut pas la peine de s'en occuper, la soie étant à trop bon marché.

A part cela, quelques uns sèment le lin qui croît à profusion; ils s'en font des vêtements. S'ils voulaient le cultiver pour vendre la toile, comme on le fait en d'autres pays, ils pourraient s'enrichir.

Le chanvre croît aussi en masse, et l'ail atteint les dimensions d'une grenade. On peut en dire autant de leur tabac et de leur oignon.

S'ils avaient voulu travailler comme d'autres gens et vendre le produit de leurs terres sur les vaisseaux qui vien- 26 nent de la Mer Noire et des grandes rivières, ils se seraient enrichis.

Néanmoins, ils ne manquent de rien et ne payent ni taxes ni impôts. Mais ils se sont trouvé une mauvaise occupation, c'est de s'entre-vendre.

Ils passent la journée à rester assis sans rien faire.

Et tout ceci provient de ce qu'ils n'ont point de guides. Je leur ai donné le conseil, surtout aux évêques et aux seigneurs, de s'occuper d'agriculture et de la culture des vers à soie. Beaucoup d'entre eux l'ont suivi et en ont recueilli des bénéfices.

Apprends, ô lecteur, que les Géogiens, ainsi que leurs évêques et leurs prêtres, ont l'habitude de pleurer leurs morts avec des démonstrations exagérées ; ils s'égratignent

la figure et se rasent la barbe, les femmes se rasent la tête ; ils mangent maigre en excluant même le poisson de leurs repas, et portent le deuil pendant plusieurs années.

Je leur ai défendu de pratiquer cet usage en leur expliquant que c'est un grand péché de le faire, puisque le défunt se transporte dans le royaume des cieux. Beaucoup d'entre eux m'ont obéï; il ont mis de côté leurs robes de deuil et ont commencé à manger gras, et à se réjouir.

Dieu les a punis de tous leurs péchés en leur envoyant six plaies mortelles: i^ qu'ils meurent pour la plupart sans avoir été baptisés, et 2° sans recevoir la sainte Eucharistie, 27 ou bien en la recevant d'une manière indigne ; 3** ils s'entrevendent, et même souvent aux païens, au milieu desquels ils renoncent à leur religion; 4° ils se querellent et s'entre-massacrent et vendent les vaincus en esclavage à différents peuples ; 5° leurs voisins, les Abhazes, les Circassiens les Svanètes, les Lazes et d'autres peuples limitrophes de la Géorgie les enlèvent en grande quantité pour les vendre. 6° Le pire de tout est que leurs femmes étouffent leurs enfants en bas âge et en donnent pour excuse, la crainte de les voir vendre par leurs seigneurs, auquel cas ils seront obligés de renoncer à leur religion.

Elles me disaient que leurs seigneurs avaient agi ainsi avec leurs premiers enfants : « Nous élevons nos enfants avec tant de peine » , disaient-elles, « et lorsqu'ils auront grandi on les vendra en esclavage à des gens qui les déshonoreront et leur feront renoncer à leur religion ; à cause de cela nous les étranglons afin qu'ils évitent le sort de leurs frères aînés » .

Ce sont des faits qui feraient pleurer des pierres!

Que Dieu conserve notre Sultan et prolonge la sécurité dans notre patrie!

Parmi les Géorgiens il y a des gens qui, apprenant qu'une famille a beaucoup d'enfants, vont tuer les parents pour vendre leurs enfants en esclavage.

Ils n'admettent pas les orphelins, de sorte que lorsque les parents meurent, on vend les enfants et souvent même, à la mort du mari, on vend sa veuve avec ses enfants. Nous avons vu des hommes vendre leurs femmes, leurs frères et leurs soeurs.

28 J'ai connu un homme riche du nom de Caïphe qui avait un fils marié. Son fils se querellait souvent avec sa mère à cause de sa femme qui en était détestée. Caïphe, pour se débarrasser de ces histoires, vendit son fils et maria sa bru avec un autre. Mais, quelque temps après, le fils se sauva et vint me porter plainte contre son père.

Il arrive souvent que les esclaves s'échappent, mais si on réussit à les rattrapper, on les revend.

Lorsqu'on vend un mari, sa femme se hâte de se remarier.

En revenant de la captivité quelques uns reprennent leurs femmes et d'autres en prennent une nouvelle.

Lorsqu'une femme devient veuve elle se remarie, soit légalement soit en dehors de l'église, sans attendre la fin du terme établi de dix mois et dix jours.

Quelques mots sur les mérites et les actions glorieuses des Géorgiens.

1. Avant tout, les Géorgiens, tout en connaissant parfaitement les défauts de leurs évêques et de leurs prêtres, — que nous omettons de signaler, — ne se permettent ni de les juger ni de leur manquer de respect.

2. Malgré tous les malheurs qui les accablent, tels que: la misère, la ruine de leurs maisons, la réduction en esclavage de leurs familles, même par les évêques, ils supportent tout avec une résignation étonnante.

3- Ils ne blasphèment point, comme on le fait dans notre 29 pays, et n'insultent personne, même s'il voient quelqu'un commettre une action qui prouve qu'il n'a ni crainte de Dieu ni pudeur.

4. La plupart de leurs femmes sont chastes et surtout les épouses des seigneurs ; celles-ci craignent Dieu et obéissent à ses commandements. Chaque grande dame tient auprès d'elle une ou deux religieuses, par piété. Les grandes dames, leurs filles et les religieuses qui se trouvent auprès d'elles savent lire et écrire mieux que tous les prêtres et les diacres. En dehors des prières qu'elles récitent journellement, elles chantent les prières à la sainte-Vierge, qu'on chante le cinquième Dimanche du Grand Carême.

5. Tous les seigneurs baptisent leurs enfants, se marient à l'église, se confessent, font usage des sacrements et remplissent tous leurs devoirs religieux.

6. Ils sont très charitables et pieux. Ils vénèrent les Patriarches et les évêques et ils aiment à faire officier des messes de morts les Samedis, et surtout les Samedis du Grand Carême.

Ils dépensent beaucoup d'argent à cet effet. Ils dépensent tout l'héritage reçu de quelqu'un, en messes de morts et en oeuvres charitables pour le salut de l'âme du défunt, sans en user nullement à leur profit; et tout cela avec une libéralité qu'on ne voit en aucun autre pays chrétien.

7. La plupart de leurs épouses sont chastes, pieuses et savent bien diriger leur maison.

Les femmes des grands seigneurs surtout, sont très généreuses dans leur charité ; elles fréquentent les églises, lisent les saintes Ecritures et les transcrivent de leurs pro- 3^ près mains.

Chaque grande dame porte un chapelet et possède des images (icônes) d'un grand prix, qu'elle emporte avec elle lorsqu'elle change de domicile; de sorte qu'elle ne se se-

pare jamais de ces images ornées de pierres précieuses, devant lesquelles brûlent des cierges et devant lesquelles elle s'agenouille pour prier.

Presque toutes observent sévèrement le Grand Carême et il leur arrive même de passer deux ou trois jours sans manger.

Beaucoup d'entre elles rachètent les captifs pour leur rendre la liberté.

9^ Elles aiment à assister à la cérémonie de la bénédiction de rhuile, qui se passe de la manière suivante : celui pour qui on la fait, homme ou femme, vient à Téglise après s'être confessé et tient une icône en mains tout le temps du service religieux, ce que font aussi les personnes qui sont venues en même temps.

Après la lecture du premier Evangile et de deux prières, Tofiiciant, Patriarche, évêque ou simple prêtre, oint le front de la personne qui a commandé l'office ; et après chaque prière suivante il oint tous les fidèles présents, à tour de rôle. Puis il brûle une mèche trempée dans l'huile. Après la septième prière il oint de nouveau la personne principale et après elle, tous les fidèles présents.

31 Après le service, la personne qui l'a commandé fait un

cadeau spécial à chacun des officiants.

io° On peut considérer comme un mérite, l'habitude qu'ils ont d'apporter à l'église le Dimanche des Rameaux, de la farine de meilleure qualité qu'ils déposent sur une table au milieu de l'église. On lit, au dessus de cette farine, tous les Evangiles d'après l'ordre habituel, pendant les premiers quatre jours de la semaine sainte.

Le Jeudi saint, ils emportent leur farine à la maisbn et en préparent le pain bénit dont ils font une provision annuelle pour l'église, en bons chrétiens.

Après la bénédiction de ce pain, le Jeudi saint, on le met sur un plat sacré qui porte le nom grec de discos ; et

le lendemain Vendredi, ils apportent un pot neuf en terre glaise, troué d'un côté et rempli de charbons ardents; ils posent dessus le plat avec le pain bénit et soufflent légèrement dans le trou. Pendant ce temps, un des prêtres, assis à côté, mêle le pain avec une cuillère sacrée, jusqu'à ce qu'il soit grillé au point de tomber en miettes. Ceci fait, on l'enlève du plat et le dépose dans la cassette sacrée où l'on conserve la sainte Eucharistie.

Ce pain bénit est employé pour l'Eucharistie pendant toute l'année, et celui qui reste de l'an passé, se met dans le saint calice après la sainte messe du Jeudi saint. Cet usage se répète tous les ans.

Puis il ont encore une habitude très louable: lorsque un seigneur ou son épouse reçoit un évêque, ils le saluent de loin jusqu'à terre, puis ils s'approchent et lui baisent la main respectueusement, après quoi ils s'éloignent à reculons et font un second salut jusqu'à terre. Lorsqu'ils par- 32 lent à un personnage d'un rang supérieur au leur, ils restent tout le temps agenouillés sur le genou droit.

Quand j'avais avec eux des conversations religieuses, pendant lesquelles je leur donnais divers conseils, ils s'empressaient de les suivre avec exactitude, ce qui est très méritoire. Avant moi, personne ne s'était occupé de leur éducation religieuse et tout ce que je leur disais, étant fondé sur les paroles de Dieu et des saints, ils m'écoutaient avec avidité, parce qu'ils entendaient ces choses-là pour la première fois de leur vie.

Ils écoutaient avec une attention toute particulière les récits concernant le saint baptême et ses effets salutaires, quand je leur expliquais que l' individu baptisé est délivré du pouvoir de Satan, que le Saint-Esprit descend sur lui et qu'il devient digne de recevoir le sceau du Saint-Esprit par le moyen du saint Chrême.

Après cela je leur expliquais quelles bonnes oeuvres

devaient pratiquer ceux qui avaient reçu tous ces dons divins, savoir : avoir la foi, Tamour et Téspérance ; observer le jeûne et prier ; être purs et chastes ; faire Taumône ; se confesser et communier ; faire le bien et s'abstenir de toute mauvaise action.

Après m'avoir entendu ils se hâtaient d'abandonner leurs mauvaises habitudes et de se repentir devant Dieu, pour accepter le saint-baptême,

Je les baptisais ordinairement dans les rivières, même en Janvier pendant le grand froid. Les enfants, les femmes jeunes et vieilles, les vieillards et même les femmes enceintes, entraient joyeusement dans Teau froide le coeur rempli d'une foi fervente.

33 Je baptisais d'abord les hommes et les petits garçons, et puis les femmes et les jeunes filles. Un jour je baptisai personnellement trois-cent dix personnes, et à peu près autant tous les jours.

De plus, j'envoyais mes prêtres et les prêtres géorgiens baptiser le peuple des pays voisins. On aurait pu voir affluer une grande quantité de monde qui se faisait baptiser par nous, de sorte qu'il n'est plus resté d'individus non baptisés dans ce pays. Nous n'acceptions jamais aucune rémunération pour le baptême.

Avant de baptiser les gens nous les rassemblions et leur demandions leurs noms ; ceux qui portaient des noms chrétiens les conservaient, tandis que pour les autres je remplaçais les noms païens par des noms chrétiens. Après leur avoir donné de nouveaux noms, je leur disais à chacun séparément, en leur soufflant à la figure : « Recevez le Saint- Esprit », je leur lisais les enseignements convenables a ceux qui reçoivent le baptême, je récitais les prières indiquées pour cette occasion, je leur faisais renoncer à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres, et je leur enseignais les vérités de la foi chrétienne. Puis, après les avoir oints du saint Chrême,

nous les immergions trois fois dans la rivière, de la tête aux pieds, en disant à la première immersion : « Le serviteur de Dieu (un tel) est baptisé au nom du Père, Amen » , 34 à la seconde : « Du Fils, Amen », et à la troisième : « Et du saint Esprit, Amen :^ .

Nous enseignâmes à tous les évêques, aux prêtres et à tous les Géorgiens, de baptiser précisément de cette manière. Quand tous avaient été baptisés, je les oignais du saint Chrême moi-même, vu que l'administration du saint- Chrême appartient aux Patriarches et aux Evêques, selon le dire de Saint Denis (VAréopagyte), le Juge des Juges des savants. Ce n'est que dans les cas urgents qu'il est permis aux prêtres de le faire. Ensuite nous faisions trois fois le tour des fonts baptismaux en chantaut les prières d'usage. Nous lisions l'Apôtre et l'Evangile; nous officiions un « Te Deum » pour eux et pour leurs parrain et marraine, et nous leur expliquions l' importance du don du Saint Esprit qu'ils avaient reçu et les devoirs que ce fait impliquait.

A la fin de la messe, dite pendant ce temps par un de nos prêtres, je leur donnais la sainte Eucharistie et le pain consacré, nommé « antidoron » , après quoi ils s'en allaient en paix, le coeur plein de joie, et en parlaient à leurs voisins, qui à leur tour, venaient me demander de les baptiser. Il fallait voir les foules qui accouraient de toutes parts pour se faire baptiser!

Car la nouvelle de ma présence au milieu d'eux avait fait le tour des habitations de la montagne dont j'ai parlé plus haut.

Un vieillard de cent dix ans, chef de la tribu des Svanètes vint me trouver avec un grand nombre de ses sujets. Après avoir vu notre liturgie et entendu nos prières et notre sermon, il en fut tellement frappé, qu'il se fit baptiser avec ses compagnons et nous pria de nous rendre dans son 35

pays pour y baptiser toute sa tribu, qui est très nombreuse. Elle est subordonnée aux Géorgiens jusqu'à présent. Elle a deux évêques ^ qui habitent constamment la Géorgie et n'appartiennent à ce pays que de nom, puisqu'ils n'y vont jamais et ne se soucient nullement de les éclairer. L'Evêque de Scoraly m'a communiqué que son diocèse de Souane comprend plus de soixante grands villages dont chacun possède quatre-cents maisons, et quelques uns en ont plus de six-cents, de sorte que ce diocèse peut armer environ douze mille guerriers. La plupart des habitants de cette province ne sont point baptisés et n'ont de chrétien que le nom, parce qu'ils n'ont personne pour leur enseigner les vérités chrétiennes. Leur Evéque nous a avoué qu'il n'avait jamais été dans son diocèse. On peut dire la même chose de l'Evêque de Djessaly qui n'est l'Evêque de ce diocèse que nominalement. Les deux tiers de ce dernier diocèse sont sous la domination du Prince d'Iméritie, et le dernier tiers appartient au Prince de Mingrélie. Les habitants de ce diocèse ne sont chrétiens que de nom, n'ayant personne pour les éclairer et les baptiser.

Quant à moi, il m'était impossible de me rendre auprès d'eux pour leur enseigner les vérités chrétiennes, puisque toutes mes pensées étaient dirigées vers mon propre diocèse où j'avais hâte de retourner. Environ vingt-cinq Abhazes sont venus vers moi pour recevoir le baptême,

Il y avait parmi eux deux grands seigneurs qui nous suppliaient d'aller dans leur pays pour baptiser tous les Abhazes qui avaient soif du baptême et des enseignements qui les raffermiraient dans la religion chrétienne.

Les Ahhazes, connus plutôt de nos jours, sous le nom d'Abazas, forment une tribu nombreuse qui a été chrétienne préalablement. Le siège du Catholicos qui est en ce mo-

' L'un de Scoraly et l'autre de Djessouly. [N'oie de la trad.\.

ment en Iméritie, se trouvait d'abord chez eux. Jusqu'à présent, ils possèdent Téglise de St. André, par qui tous les Abhazes ont été convertis. Elle est très grande et jouit 36 d'une grande vénération. Quelques Abhazes ne savent, en fait de religion, que faire le signe de la croix et se prosterner, car ils ne possèdent ni prêtres ni gens compétents pour les éclairer. J'ai sacré pour eux un nouvel évêque de Moukouh et, après l'avoir présenté aux grands personnages susmentionnés, je l'ai expédié dans leur pays pour les baptiser et les éclairer dans la religion chrétienne. La tribu de Douély forme aussi une grande peuplade demeurant au nord de la Géorgie, dans la montagne voisine, avec les seize tribus mentionnées plus haut. Cette tribu possède à peu près six cents maisons chrétiennes. Ceux-ci observent seulement le grand Carême, honorent l'église et les images, mais n'ont ni prêtres ni catéchistes. On peut dire la même chose de la plupart des autres tribus qui. si elles avaient eu des catéchistes, auraient toutes reçu le baptême, car elles possédaient déjà quelques notions du christianisme. Malheureusement, aucun des évêques ou des prêtres Géorgiens ne va chez eux pour les instruire, parce qu'ils sont occupés a se faire la guerre mutuellement et abandonnent ces malheureux à leur triste sort.

Mais le plus fort est qu'ils négligent leurs propres ouailles géorgiennes au point de les laisser tomber dans l'ignorance dont nous avons cité quelques exemples plus haut.

Que pouvais-je donc faire à moi seul? Pouvais-je faire le tour de tous ces pays, de toutes ces montagnes et de toutes ces tribus, pendant que je ne pensais qu'à rentrer plus vite au bercail, pour surveiller mon propre troupeau?

Sans cela il aurait été bien facile de faire revenir toutes 37 ces tribus à la religion chrétienne, avec l'aide de Dieu. Hélas! Que d'âmes doivent périr dans le péché!

Que de fois il m'est arrivé de voir des Géorgiens dont

on m'avait parlé comme de loups féroces et de grands pécheurs !

Eh bien! à peine m'avaient-ils entendu prêcher, qu'ils acceptaient notre enseignement.

Dieu éclaira leur esprit et je les ai vus se repentir de leurs péchés, devenir comme des agneaux, se sauver euxmêmes et sauver les autres, au moyen du baptême et de la pénitence.

J'ai trouvé chez les Géorgiens une quantité de reliques et autres objets sacrés très précieux.

Par exemple, ils ont plusieurs clous de la sainte croix de Jésus-Christ ; plusieurs morceaux de différente grandeur, de la sainte croix ; des images à double fond qui contiennent des reliques de saints, dont les noms sont inscrits audessus. Ces images sont recouvertes d'or et d'argent et ornées de pierres fines. J'ai vu aussi le gosier de St. Jean Baptiste et quelques poils de sa barbe.

Il se trouve dans l'église de Katathaly un calice en or, entièrement incrusté de grosses perles et d'autres pierres précieuses, dont le prix s'élève à dix-sept mille piastres. Les évangiles et d'autres livres sacrés sont également incrustés de perles et de pierres précieuses. J'ai admiré les églises royales, érigées par leurs rois, qui leur servent de monuments glorieux.

Il se trouve dans chaque église un très grand livre, dont la grandeur peut être comparée à celle de sacs portés par les mulets. Ce livre est déposé dans le choeur sur une table haute et couvert d'un morceau de drap ou d'une autre étoffe.

Il contient tous les livres d'église dont les fidèles ont

besoin dans le courant de l'année, savoir: l'Evangile, les

Actes des Apôtres, les Epîtres; les douze livres de la vie

38 des saints, le martyrologe, le Triodion, le Penticostaire, les

Prophéties, les Psaumes, le livre d'Heures, le Synaxaire,

le Missel, le livre de Théodore Studite et d'autres livres qu'on lit aux grandes fêtes.

J'ai déjà dit plus haut, que la Géorgie possède deux Catholicos.

Le premier dirige trois diocèses qui existent encore, savoir : riméritie, la Mingrélie et la Gorée. La chaire de ce Catholicos se trouvait anciennement en Abhazie où Ton voit encore une belle et grande église.

Mais à rheure qu'il est il n'y reste que peu de chrétiens.

Dans le temps, le Catholicos avait l'habitude de visiter ses trois diocèses et de passer de l'un dans l'autre. Tandis qu'à présent il a transporté sa chaire dans la ville de Koutaïss, qui est sous la dépendance de l'Iméritie. Le diocèse de Koutaïss avait d'abord été un évêché indépendant qui possédait cinq évêques, savoir: i° de Kanathély, 2° de Nicohamidély, 3*^ de Khôni, 4** de Tzagarelli et 5*^ de Katzhy, et plusieurs abbayes.

Le diocèse de Mingrélie possède six évêchés : 1° celui de Djokondély, i^ de Khôbi, où l'on conserve encore de nos jours la chemise de Notre-Dame. J'ai vu cette chemise et je l'ai baisée; j'ai fait tailler une chemise tout à fait pareille en toile blanche et j'ai fait chanter, à cet effet, un Te Deum avec la bénédiction de l'eau, dans laquelle nous avons trempé un bout de la chemise de Notre-Dame pour en arroser la chemise nouvelle que nous avons pliée soigneusement pour l'emporter dans notre patrie, afin d'y apporter la bénédiction de la Sainte- Vierge. 3° L'Evêché de 39 Djéssaly, 5^ de Moukoly et le 6^"® de Dérendély. En outre il y a plusieurs abbés de divers couvents.

En Gorée, il y a trois évêchés:

1° Djérmatalos ; 2^ Chamercamatalos ; 3° Dinosmindalos ; et plusieurs couvents. Le Catholicos qui dirigeait tous les diocèses susmentionnés de notre temps, s'appellait Siméon. Le second Catholicos s'appelle Sinomathéos.

La chaire de ce dernier est établie dans un couvent célèbre près de Tiflis, où Ton conservait dans le temps, la tunique de N. S. Jésus-Christ, qui a été tirée au sort par les soldats. ^

On vénère encore Tendroit où cette tunique avait été déposée.

Le second Catholicos possède trois diocèses : ceux de Tiflis, de Cakhétie et d'Akhaltzik.

Douze évêques habitent en ce moment, le diocèse de Tiflis et la ville de Tiflis. Le premier porte le titre d'Archevêque. Il demeure dans le grand couvent à côté de Téglise du Catholicos.

Le second est Métropolitain de la ville de Tiflis. Il s'appelle Niclély. Le troisième s'appelle Mithkély ; le quatrième lounély ; le cinquième Damanély ; le sixième Mir-

' Nous voyons dans les écrits des historiens Géorgiens et Arméniens que les Hébreux se sont fixés en Géorgie avant Nabuchodonozor. Lorsque Salmanasar chassa les dix tribus, elles se dispersèrent dans toute l'Asie; quelques unes se portèrent sur les bords de l'Euphrate, d'autres dans les anciennes villes de Médie, et d'autres allèrent en Géorgie qui appartenait, à cette époque, à la Perse {Moïse de Khorène^ lib. I, cap. 8, 22). Un jeune soldat Hébreu, nommé Eliose, qui se trouvait auprès de la croix lors du crucifiement de notre Seigneur, gagna la chemise qui fut, comme on le sait, tirée au sort. Il l'emporta dans la ville de Mtzkhet où les miracles opérés par cette relique, éveillèrent la foi dans les coeurs des Ibères qui devinrent chrétiens. Cette chemise était religieusement conservée dans la cathédrale de Mtzkhet et jusqu'à présent on fête cet événement le 1er octobre. On peut lire une description détaillée de cette relique dans les actes de la Commission Archéologique (de Russie), tome III, P^^g- 235. On avait enfermé la chemise de notre Seigneur dans le blason du Royaume de Géorgie, ce qui fut fait à l'avènement au trône de la dynastie des Bagrations à la fin du Vlème siècle. Le premier souverain de cette dynastie s'appellait Gourame Bagratide; il était adopté par Stéphane, dernier roi Géorgien de la maison des Sassanides, et confirmé par l'Empereur Justin II. Cette dynastie prend son origine du Roi Prophète David, c'est pourquoi les Rois de Géorgie se donnaient le titre de fils de Jessé, de David, de Salomon, etc. Constantin Porphyrogénète témoigne dans son livre intitulé De Administrât, Imp.^ cap. 45, de ce que les Rois de Géorgie descendaient du Roi David, et que ces descendants de David ont quitté Jérusalem environ l'an 500 de l'ère chrétienne. [Note de la trad.j.

vély; le septième Libirkinély ; le huitième Nicozély ; le neuvième Samtanely ; le dixième Gribnely ; le onzième Métropolitain Antély ; et le douzième Khardjachénély.

A part ceux-là, il y a une quantité d'abbés de divers couvents.

Le diocèse de Cakhétie comprend six évêques; i° Ordély ; 2° Boudiély ; 3° Nécrassely , 4^ Djermély ; 5^ Sambaly ; 6*^ Ninotirandély.

Le diocèse d'Akhaltzik possède douze évêchés : i . Celui 40 de Ichkhâny; 2. d'Indjély; 3. de Boary; 4. de Mazkourély ; 5. d'Oscabaly; 6. de Mirdovély; 7, d'Orsinély; 8. de Banaly; 9. de Caranély ou Karse: à la distance d'une journée jusqu'à la frontière de la Perse, se trouvent les ruines du diocèse d'Enis, où Ton voit onze-cents églises en pierre avec des coupoles; 10. de Dadachénély; 1 1 . de Bassianaly ou Bassane, qui porte en ce moment, le nom de Hassane- Karâ. En 1570 le Sultan léngui-Sélime y envoya son Pacha Lalé-Moustapha, pour s'emparer de ce pays qui avait possédé anciennement des reliques d'une grande rareté, savoir: de grands morceaux da la sainte-Croix, des reliques de saints, des images couvertes d'or et de pierres fines, des évangiles précieux et d'autres livres sacrés, ainsi que des églises splendides. Avec le temps, le nombre des chrétiens se réduisit à tel point qu'il n'ont, en ce moment qu'un seul évêque. Quant aux objets sacrés susmentionnés, une partie en fut emportée dans la Géorgie proprement dite, où elle se trouve encore, et une autre est gardée par quelques chrétiens d'Akhaltzik. Mais la plus grande partie des objets restés dans leurs églises royales, leurs monastères et leurs maisons seigneuriales, fut détruite par leur Gouverneur Roustem -Pacha. Il était de provenance Géorgienne, descendant de leur premier roi. Après avoir enlevé les pierres précieuses des images et des autres objets sacrés, il en fit un monceau et les brûla. L'or et l'argent qui en cou- 41

laient formèrent de nombreux lingots. Beaucoup de ceux qui ont pris part à cette action honteuse ont été frappés de grandes calamités. Peu de temps après cet événement le grand Vézîr Keuprulù fit décapiter Roustem-Pacha. Lors de la conquête de cette province qui forma plus tard un Pachalyk de onze Sandjaks, son Prince s'enfuit en Perse. Le Vézir Lalé Moustapha confia le Gouvernement de ce pays au fils de ce Prince, après Tavoir forcé à renoncer à sa religion.

Mais sa femme et toute sa famille sont restés chrétiens. De plus, le Vézir permit à tous les fonctionnaires de rester chrétiens en conservant les postes qu'ils avaient occupés, et laissa leurs propriétés à tous les seigneurs et à leurs enfants, par héritage.

Cet état de choses continuait ainsi jusqu'à la nomination de Roustem-Pacha.

Ce dernier força tous les fonctionnaires à embrasser l'Islam ; en cas de refus il les destituait de leurs fonctions. La plupart d'entre eux y consentirent pour conserver leurs biens et leurs postes ; d'autres ont préféré leur religion aux biens éphémères. A l'heure qu'il est les paysans sont presque tous chrétiens.

Ils payent les taxes et les impôts. Dans le Synaxaire de l'Apôtre André, cet évêché s'appelle Samosato, mais ce n'est pas le Samosate situé au bord de l'Euphrate, (ce qui s'écrit « Chémichate » par la lettre sckïn) et se trouve vis à vis d'une grande montagne couverte d'une forêt noire et épaisse de l'espèce de buis, que l'on appelle en syrien, chémichate. On peut citer encore une bonne coutume de Géorgiens, c'est que lorsqu'ils invitent à diner un évêque ou un 42 étranger de valeur, le maître de la maison sert lui-même à table, fût-il même Roi ou Catholicos Quand les invités ont mangé et que le vin à fait deux fois le tour de la table, le maître de la maison oiFre lui-même une coupe de vin au haut personnage et à chacun de sa suite.

Après cela il se lave les mains et se met à table.

Mais ce qui vaut encore mieux que tout, c'est qu'ils ne sont soumis à aucun despote et que personne ne les opprime.

Ils ont de très beaux sites pour y passer Thiver et Tété.

Le vin y abonde comme Teau, et quand ils se rassemblent ils en prennent à pleines coupes, pendant toute la soirée; mais quelle que soit la quantité qu'ils en absorbent, ils se conduisent toujours d'une manière décente et s'en vont tranquillement à la maison.

Nous n'avons jamais vu d'homme qui cherchât querelle ou fît du bruit en état d'ivresse, bien qu'ils soient toujours armés. En ceci ils ne ressemblent pas à ceux de nos compatriotes qui, après avoir pris du vin, finissent toujours par faire un scandale et par se battre, après quoi ils se quittent en ennemis. Pendant les festins ils chantent ensemble avec leurs prêtres et leurs seigneurs, toutes sortes d'hymnes et autres chants d'église ; leurs motifs sont agréables et leurs voix très hautes. Ce sont les mêmes motifs qu'on chante à l'église puisqu'ils ne connaissent pas d'autres chansons ni de poésies profanes.

Les pauvres et les paysans chantent la même chose pendant les travaux des champs et les vendanges.

Apprends, ô lecteur, que l'alphabet géorgien est de deux genres : le premier, dont on se sert pour les livres sacrés, 43 est de trente-six lettres et s'appelle Khossory.

Le second, plus facile, est approprié à la correspondance et a trente-cinq lettres; il s'appelle Khadroly. La plupart des hommes connaissent ce dernier. Ces Géorgiens ont des connaissances remarquables, surtout en fait de logique, bien qu'ils ne voyagent guère et préfèrent rester tranquillement chez eux, de sorte qu'un mingrélien n'irait pas faire son commerce en Iméritie, ni im habitant de la Gorée à Tiflis.

En général, il n'y a pas du tout de marchands parmi eux, et tout le commerce est entre les mains des Arméniens,

des Juifs et des Grecs qui demeurent dans leur pays et se considèrent comme leurs sujets, ce qui ne les enipêche pas de leur vendre leur marchandise trois fois plus cher qu'elle ne vaut. Ces marchands jouissent d'une grande estime et leur vendent souvent leurs étoffes en échange d'esclaves qu'ils revendent ailleurs à un prix très élevé. La plupart des gens riches et haut placés sont Arméniens ou Juifs, puisque tout le monde leur doit de l'argent, même les Princes et les hauts fonctionnaires. Chacun de ces riches marchands possède des esclaves et en dispose comme il l'entend^ sans rendre compte à personne. Il nous est arrivé de voir en Géorgie et surtout en Gorée, des prêtres quj^ après la mort de leurs femmes, s'étaient remariés; malgré cela, on leur permettait de remplir leurs fonctions ecclésiastiques. Nous avons connu un prêtre qui, après la mort de sa femme, épousa sa belle soeur et garda son poste de prêtre. Un autre prêtre avait été marié trois fois, et lors- 44 qu'il devint veuf, l'évêque en fit un moine et lui permit d'officier. Tout ceci est toléré parce que les évêques se laissent corrompre par des cadeaux et parce qu'ils ne possèdent point de clergé capable de leur inculquer la crainte de Dieu. Ils n'obéissent pas à leur Catholicos et les Patriarches de Antioche les ont toujours négligés.

Nous les avons traités sévèrement en les faisant battre en notre présence et emprisonner par les autorités.

Nous enlevions leurs ceintures selon leur usage et je les déposais, en public. Je leur défendais à jamais d'officier à l'église et nous menacions d'anathème ceux qui leur donneraient le nom de prêtre ou les inviteraient à remplir n'importe quel office religieux. Ma parole avait sur eux une influence extraordinaire, incomparablement plus grande que celle de leurs Princes, de leurs évêques et de leurs seigneurs, etc., et cela, parce que nous n'acceptions jamais de cadeaux, mais que nous châtiions les coupables selon

les règlements de l'Eglise et proportionnellement à leurs fautes. Quant aux laïques qui avaient deux femmes, je les séparais de la seconde et après leur avoir imposé une pénitence, je leur donnais ma bénédiction.

Apprends que, lorsqu'un Géorgien meurt, ses parents et ses amis manifestent leur douleur d'une manière plus foite que partout ailleurs, par exemple: ils se rasent la tête et . la barbe, ils se déchirent la figure, ils mettent en lambeaux -leurs nouveaux vêtements et endossent, à leur place, des haillons de couleur noire ou jaune, qu'ils portent pendant deux ou trois ans. Ils ne mangent ni viande ni poisson.

Les femmes coupent leurs cheveux et se déshabillent 45 jusqu'à la ceinture; elle s'égratignent et se meurtrissent la figure en poussant des cris. Elles enlèvent leurs robes habituelles et se couvrent d'un manteau grossier.

Les Géorgiens en deuil quittent leurs belles maisons et passent, plusieurs jours dans de misérables cabanes; ils s'abstiennent complètement de manger la viande, le poisson et les fruits. Avant l'ensevelissement du corps, toutes les personnes présentes, y compris les évêques et les prêtres, se mettent à verser des pleurs exagérés; mais ceci ne leur suffit pas : ils représentent ces scènes sauvages sur les murs de leurs églises. Je leur ai défendu ces excès autant qu'il était en mon pouvoir.

Un des grands mérites des Géorgiens est qu'on voit des maris et des femmes qui se quittent l'un l'autre de leur commun accord pour se vouer à la vie monacale. C'est ce qui explique que la plus grande partie des habitants de ce pays se compose de moines, qui avaient commencé par être des prêtres ou des laïques mariés. Leur gens riches et surtout les femmes, ainsi que leurs seigneurs avec leurs épouses, aiment à faire dire des messes pour le salut de leur âme et de celle de leurs défunts, ce qui est très méritoire. Ils le font surtout les Samedis du Grand Carême.

Chaque grand seigneur invite chez lui à demeure, plusieurs prêtres qui passent tout le Grand Carême dans sa maison, et officient tous le Samedis et les Dimanches dans

46 sa chapelle privée; après Pâques on les laisse partir en les récompensant largement.

Quand des évêques ou des prêtres étrangers viennent en Géorgie, on leur commande des messes pour lesquelles on les paye généreusement. Un confesseur m'a parlé d'une religieuse nommée Thécla, que j'avais connue ; elle était la soeur du Dadiane ^ et l'épouse du Prince de Gorée. C'était une sainte femme qui avait commandé dans le courant de sa vie, plus de mille cinq cents messes, pour le salut de son âme. Elle avait acheté un grand nombre de prisonniers et d'esclaves, pour les mettre en liberté.

Les hommes et les femmes de la Géorgie accomplissent souvent des actions glorieuses de ce genre. Ils ont encore une coutume très louable que je veux mentionner ici : c'est que lorsque, étant à table, quelqu'un envoie à un autre un morceau d'un mets quelconque, celui qui le reçoit se lève et le salue jusqu'à terre, même si le rang de ce dernier était plus élevé de celui de tous le convives. Leur abstinence est surprenante. Il arrive souvent qu'un Géorgien se contente, pour tout repas, d'un petit morceau de pain avec de l'oignon ou du fromage. La plupart d'entre eux mangent à diner et à souper un peu d'ail et pas autre chose. Mais ils prennent du vin pur. Bien des gens ne se nourrissent que de cela toute leur vie durant. Quant à l'ail, ils le plantent; leur ail ressemble au tabac de notre pays.

Ils font le vin de leur propre raisin qui croît à profusion et n'a, là bas, aucune valeur marchande.

47 Le bas peuple mange rarement de la viande ; et s'il en mange, c'est toujours du boeuf ou du porc. Il y a pourtant

' Dadiane est le titre du Prince régnant. [^Note de la trad.'].

beaucoup de poisson, ir>ais les pêcheurs étant peu nombreux, les pauvres n'en mangent qu'à de rares occasions. Il y a dans le pays beaucoup de rivières petites et grandes, mais les indigènes n'ont pas de goût pour le poisson. On sert à la table des grands seigneurs, de gros poissons que Ton pêche dans les rivières qui tombent dans la Mer Noire, dont le poisson afflue à certaines époques de Tannée. Ils ont aussi beaucoup d'excellents poissons de rivières, dans le genre du poisson d'Alep, mais bien meilleurs encore : ce sont là des mets dignes d'un roi. Lorsque nous sommes arrivés en Géorgie nous avons vu les habitants de l'Iméritie partir pour combattre les Mingréliens qu'ils ont conquis et fait prisonniers, après avoir pillé le pays, selon leur mauvaise habitude. Ils s'emparèrent de leur Prince régnant Léon, neveu du Prince Dadiane. Le Catholicos Siméon, qui accompagnait les Iméritiens, prit la femme de Léon et la maria avec Pancrace ou Bagrate, Prince d'Iméritie, qui était aveugle, tandis qu'il donna à Léon en échange, la soeur de Pancrace, une veuve. La première femme de Léon était la nièce du Prince régnant de Tiflis, dont la femme, nommée Marie, était la tante de Léon. C'était la célèbre Didoyale, connue par ses bonnes oeuvres. Pancrace, Prince d'Iméritie, avait demandé en mariage la soeur de la femme de Léon, mais il abandonna sa fiancée qui resta chez son père, pour prendre la femme de Léon, tandis qu'il lui donna en mariage sa soeur. Tout ceci arriva d'après les conseils de leur igno- 48 rant Catholicos. Lors de ma rencontre avec ce Catholicos, je l'ai blâmé sévèrement de sa mauvaise action, tout à fait contraire aux règlements de l'Eglise.

Mais il me répondit, dans son ignorance, qu'il croyait établir, par là, une parenté entre les Princes, et pacifier le pays. Au contraire, ces mariages causèrent des discordes et augmentèrent le mal.

Le Prince de Tiflis avec son frère et ses troupes se pré-

— séparait à combattre Pancrace, pour avoir pris sa fille en la séparant de son mari légitime, et il ne remit son expédition que grâce à ma présence dans les pays de Pancrace et de Léon.

Je me suis donné toutes les peines du monde pour rétablir la paix entre Pancrace et Léon, d'autant plus que les grands seigneurs qui entouraient Léon étaient gravement offensés de ce qu'on eût pris de force Tépouse de leur Prince pour la donner à Pancrace.

Mais ils n'avaient pas assez de troupes pour combattre Pancrace. Ensuite, le Catholicos Siméon se repentit amèrement de ce qu'il avait fait, mais le mal était irréparable.

Depuis cet événement jusqu'au moment où j'écris ces lignes, il s'est passé un an et demi, dans le courant duquel les deux partis s'envoyaient des lettres menaçantes l'un à l'autre.

Lorsque Pancrace eut accompli ce crime, il envoya demander à son voisin, le Pacha de Jaldar (c'est à dire d'Akhaltzik), des soldats musulmans, qu'il établit dans sa forteresse imprenable de Koutaïss. Il fit cela pour montrer qu'il était soumis à notre Sultan Osmanli et que le pays et la forteresse lui appartenaient.

C'est pour que le Prince de Tiflis eût peur de lui déclarer la guerre, sachant que, s'il le faisait, cela pourrait causer une grande querelle entre les Osmanlis et le Chah de Perse.

Le fait est qu'il y a quatre ans, le Prince de Tiflis attaqua Koutaïss, s'en empara et le pilla, profitant de l'in- 49 terrègne qui dura à l'époque où Pancrace fut rendu aveugle par sa belle-mère Daridjâne, sur l'aide de l'ex-Catholicos Zaccharie. Ayant appris cet événement, notre Sultan Mohammed envoya dire au Schah : « Comment as-tu pu permettre à tes sujets d'empiéter sur notre territoire? »

Il le menaça de sa vengeance. Sur ces entrefaites, le

Schah ordonna au Prince de Tiflis de terminer immédiatement la guerre avec Pancrace, en lui disant : « Nous nous

I sommes eiForcés d'établir la paix entre nous et les Turcs,

et tu viens la violer? » Et il lui enjoignit de ne plus jamais faire la guerre avec Pancrace. C'est grâce à cela qu'il y'a, jusqu'à présent, des soldats Turcs dans la forteresse de Koutaïss.

Pancrace disait à qui voulait l'entendre : « Si j'avais voulu, j'aurais pu tuer Léon lors de ma conquête, selon l'antique usage des Géorgiens, qui permet au vainqueur d'agir comme bon lui semble à l'égard du vaincu. Mais je n'ai pas voulu le tuer par amour pour lui et je lui ai donné ma noble soeur en mariage » .

Quant à Léon, il ne possède ni force ni chance à la guerre ; aucun de ses guerriers ne le craint à cause de son manque d'esprit et d'énergie, qui furent la cause de son malheur.

Le fait est qu'il n'a aucun pouvoir par lui-même, et ses seigneurs s'en étant emparés, ils lui donnèrent le mauvais conseil de chercher querelle à Pancrace, puis ils le trahirent pendant la guerre et l'abandonnèrent; connaissant sa faiblesse, ils étaient bien sûrs de ne point être punis. Ce qui fait souiFrir le plus son amour propre, c'est qu'on lui a pris sa femme à sa barbe. Nous n'avons rien pu faire en cette

^ circonstance, vu que, pendant notre séjour parmi eux, il ar-

riva que l'épouse de Léon devint enceinte de Pancrace, et 50 la soeur de Pancrace était enceinte de Léon.

I A part cela, la soeur de Pancrace, c'est à dire, l'épouse

% de Léon a eu le temps de donner le jour à un fils qui fut

baptisé par leur Catholicos Siméon.

Les trois miracles de St. Georges.

Apprends que les Géorgiens estiment beaucoup St. Georges, en rhonneur duquels ils ont érigé une quantité d'églises. Trois d'entre elles opèrent des miracles, aux jours consacrés à ce saint.

Elles se trouvent toutes lès trois en Mingrélie.

La première, à l'orient de la Mer Noire, s'appelle Ilody et l'on célèbre sa fête le lo Octobre, à peu près en même temps que la fête de la restauration de l'église de St. Georges.

C'est une grande église en pierre avec des portes de fer. La fête de sa paroisse est célébrée en grande pompe.

On raconte qu'après les vêpres, le Prince et les seigneurs en ferment les portes et y mettent les scellés. Le lendemain matin en ouvrant l'église, on y trouve un boeuf lié ; on le délie et le conduit trois fois autour de l'église: Le peuple le suit en criant unanimement: « Kyrie Eleison! » « Kyrie Eleison ! »

Après cette cérémonie on tue ce boeuf en dehors de

l'église et on en distribue des morceaux aux assistants en

guise de bénédiction. On les mange immédiatement, ou bien

on en garde pour les malades, qui les mangent ou en res-

51 pirent la fumée ^ Et Dieu donne à chacun selon sa foi.

La seconde église, du nom de Soujéna, est soumise à l'évêque de Joukoundaly.

A la veille de la fête de cette paroisse, qui tombe le 23 Avril, on amène à l'église, après les vêpres, un vieillard que l'on fait coucher au milieu de l'église en le couvrant des

' Dans tout l'Orient l'usage existe de brûler la viande ou autre chose, sur un réchaud et d'en faire respirer la fumée aiLx malades, ou bien on les fait sauter par dessus le réchaud. [^Note de la trad,'].

vêtements sacerdotaux de Tévêque. Les seigneurs ferment Tunique porte de cette église en la scellant, et s'en vont.

Le lendemain matin on enlève les scellés devant une [ foule nombreuse et on ouvre la porte de Téglise où j'ai

officié moi-même. On en fait sortir le vieillard qui y avait passé la nuit et on le fait asseoir sur le toit. Le peuple fait trois fois le tour de Téglise en criant: « Kyrie Eleison! »

Puis on s'approche du vieillard à tour de rôle et on se met devant lui en se taisant.

Le vieux leur raconte qu'il a eu une vision de St. Georges Martyr qui lui a dit:

« Dis à ce peuple de se repentir de ses péchés tels et tels . . . Dis à tel prince ou à tel évêque qu'il cesse d'opprimer les gens et qu'il soit juste envers leur peuple et leurs ouailles, pour éviter tel ou tel châtiment ».

Puis il leur ordonne de témoigner du respect envers certaines personnes estimables, et leur fait le récit de toutes sortes de choses étonnantes qu'il a vues à l'église, en confirmant ses paroles par des serments effrayants.

Quelques-uns suivent ses conseils. Cet usage se répète • annuellement à la fête de St. Georges.

Lorsque j'étais en Géorgie je trouvai cet usage étrange. 52 Un jour, je fis appeler ce vieillard que je trouvais être un homme simple et candide. M'étant retiré avec lui, je lui demandai comment il passe la nuit à l'église et de quoi il parle au peuple ce jour-là. Je le menaçai d'anathème en cas de mensonge.

Il me répondit d'une voix et avec des gestes qui rappelaient ceux des prophètes au moment où ils recevaient une révélation. On sait que les prophètes ne parlaient pas de leur propre chef au moment des révélations, mais que les scribes inscrivaient ce qu'ils voyaient. C'est ainsi que lorsque le peuple demandait à un prophète ce qu'il avait dit la veille, il leur répondait : « Je n'en sais rien^ Lisez ce qui a été écrit et agissez d'accord avec cela ».

Ce vieux parlait de la même manière et j'eus foi en ses paroles à cause de sa candeur et parce que « les miracles de Dieu se manifestent par Ses saints » et que les mystères se trouvent au sein de Ses créatures.

Tout ce que ce vieillard dit n'est qu'un appel à la pénitence et aux bonnes oeuvres; il n'y a rien de blâmable dans ses paroles.

La troisième église miraculeuse consacrée à St. Georges s'appelle Obouge. A la veille de sa fête qui tombe le 23 Avril, après les vêpres, on fait sortir tout le monde de l'église, on ferme les portes avec de gros cadenas en fer et on les scelle.

Le lendemam matin on ouvre les portes et on trouve à l'église le prêtre de cette église; il est assis, occupé à lire, avec deux cierges brûlant devant lui.

Le père Joseph de Crète m'a communiqué ce qui suit au sujet du prêtre Géorgien.

Une fois, à la* veille de la fête de cette église le père Joseph prit ce prêtre chez lui et lui mit des fers aux pieds ; il en 53 fit de même à deux autres hommes, et il les enferma à clef.

Etant venu les voir le lendemain matin, il vit que le prêtre s'était échappé et se trouvait à l'église, lisant avec deux cierges brûlant devant lui, tandis que les autres étaient restés enchaînés. Le père Joseph demanda à ces derniers comment il avait pu s'échapper; mais ils lui répondirent qu'ils n'en savaient rien. L'église était restée scellée tout le temps.

Le père Christophe, prêtre Grec, me conta la même chose, en la même année. Par exemple, il me dit que, étant venu pour la fête de cette église, avec son ami le prêtre géorgien Euphème, il avait répété à l'égard de ce prêtre la même expérience qu'avait faite le père Joseph.

Ce jour-là ce prêtre remarquable adresse au peuple des paroles inspirées tout comme le vieillard dont nous avons parlé.

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