‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 116 sur 295 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

étages parfaitement distincts, les étages inférieur, moyen et supérieur. Le premier porte aujourd'hui le nom anglais généralement accepté de lias. Lin Allemagne, on le désigne souvent par la dénomination de jurassique noir, à cause de la couleur sombre de sa substance. Il est composé surtout d’un calcaire argileux gris noir ou de marne, dont les couches supérieures prenneut une structure schistoïde et ont pris le nom de lias schisteux. La nature bitumineuse du lias inférieur, parfaitement en harmonie avec sa couleur noire, est trcs-caractéristique pour cet étage. Ces deux circonstances, réunies avec l’apparition de formes organiques entièrement nouvelles et particulières, telles que les Bélemnites, les Ammonites à cloisons multilobées sur leurs bords et les Ichthgosaures, prouvent que la surface de la Terre au commencement de la formation jurassique subit des modifications complètes dans ses caractères, et c’est à peine si nous retrouverons quelque autre part une différence de phénomènes aussi tranchée qu’à ce moment. La nature minéralogique si spéciale du lias ne dure cependant pas longtemps, puisque son maximum de développement ne dépasse pas 1000 pieds. A sa partie la plus inférieure, on trouve un banc de calcaire très-sombre au-dessus duquel succèdent les grès Hasiens devenus de couleur claire par la décomposition du ciment et renfermant les premières Bélemnites. Ces couches sont caractérisées surtout par la présence d’empreintes de tiges ramifiées qui rappellent les lacis formés par les Confcrves (d'où le nom de grès à Fucoïdes) et par des dépôts de houille (à Helmstædt par exemple) que l’on peut exploiter. Elles sont recouvertes par le calcaire liasien à Gnjphées, désigné aussi par le nom de scs fossiles. A cet étage succèdent de puissantes argiles schisteuses pauvres en fossiles, au-dessus desquelles apparait la marne calcaire gris moucheté qui constitue l’étage le plus important du lias et renferme de nombreux débris organiques. On trouve ensuite des argiles grassesde couleur foncée, contenantdc nombreux globules de pyrite sulfureuse et d’une substance argilo-ferrugineuse. On les a désignées par le nom d 'argiles amalthéennes emprunté à une ammonite qui y est très-abondante. Enfin la marne schisteuse très-bitumineuse (schiste du lias) contenant les squelettes de Beptilcs très-curieux. Des calcaires marneux, d’un gris cendré clair et d’une très-faible épaisseur ferment ce système, présentant partout les mêmes caractères essentiels et la même division. Dans tous les lieux où il existe,

on le trouve nettement dessiné et facile à reconnaître par ses nombreux fossiles caractéristiques. Aussi, beaucoup de géologues ontils l'ait du lias une formation indépendante. 11 formepour ainsi dire « un tapis au pied des montagnes du Jura » qui s’étend des deux côtés des couches jurassiques placées au-dessus de lui. 11 y forme des terrasses servant pour ainsi dire de degrés avant d’arriver aux hauteurs sur les points où le jurassique moyen et supérieur ne présentent aucune différence d’inclinaison et de forme; scs fossiles lui appartiennent exclusivement. On y trouve dans les assises inférieures arénacécs une grande Ammonite, Ammonites Bucklmdi, qui porte le nom du célèbre géologue anglais et dont quelques-uns des exemplaires ont un contour égal à celui d une roue de voiture. Presque toutes les couches, et plus particulièrement une assise marneuse de la région moyenne, contiennent les pierres tle foudre (Belemuites) en si grand nombre, qu’on leur a donné le nom de couches à Belemnites. Dans les schistes argileux supérieurs, on rencontre des Beptiles aux formes bizarres et entièrement disparues. Par leur aspect, ils rappellent à la fois les poissons et les mammifères et par leurs membres massifs en forme de nageoires trahissent leur genre d’existence purement aquatique. Aussi les a-t-on nommés Beptiles marins (Enaliosaurii) et désigné deux de leurs genres pur les dénominations d’ Ichthyosaurus (Reptiles poissons) et Plesiosaurus (Reptiles voisins, à cause de leur présence ensemble). Nous étudierons plus lard ' leurs formes particulières et celles d’un troisième genre voisin, Pterodactylus, qui ici ne se trouve que rarement, mais est commun dans le jurassique supérieur. Nous nous contenterons d’ajouter qu’on a retrouvé aussi les tas d’excréments ( coprolithes ) fossilisés de ces animaux. Ils sont en si grande quantité, qu’ils forment sur plusieurs points de l’Angleterre une couche complète de quelques pouces d’épaisseur. Sa composition bigarrée de fragments de coquilles, d’os de Poissons et de Sauriens plus petits la fait exploiter pour en tailler des tables et des objets d’ornement de toutes sortes. D’autres couches sont tellement imprégnées de graisse animale, qu’elles peuvent s’entlammer et qu’on en extrait une huile minérale. Ces circonstances ne dénotent-elles pas un épanouissement de la vie animale extrêmement riche et tout à fait particulier? Quel

1 Les Enaliosauriens sont décrits en détail dans le chapitre xxv.

Page 1