‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 117 sur 295 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sentiment de curiosité ne s’éveille pas, en face do ces nécropoles, de plonger nos regards dans ces âges lointains qui échappent à tous nos calculs, où des monstres aux formes les plus bizarres et les plus fantastiques, telles que pouvait les produire seulement une puissance créatrice primitive, prenaient leurs ébats dans les Ilots d’un Océan sans bornes et qui n'épargnaient pas même leurs propres compagnons, bien qu’ils fussent entourés de milliers de créatures avec lesquelles ils pouvaient apaiser leurs appétits voraces! Toutes ces formes effrayantes , intéressantes seulement pour les yeux du savant, sont disparues dans une catastrophe, d’où sortit un sol approprié aux espèces actuelles. A ces types incohérents en apparence du monde primitif, succédèrent d'autres formes toujours plus perfectionnées et dans lesquelles se réalisa enfin cette harmonie intérieure qui se manifeste aujourd’hui dans l'Homme. Cependant, on ne doit pas les considérer comme des ébauches mal réussies de leur époque. Leur nature était en rapport avec le caractère de leur temps et de leur habitat ; primitive et grossière comme celui-là, incomplète comme celui ci. Les organismes complets et achevés purent apparaître seulement lorsque la terre ferme et la mer furent arrivés à leur état d'équilibre.

Deux couches puissantes d’argile bleue, dit L. de Buch dans le mémoire déjà cité, l’une sous-jacente plus forte et pure, l'autre susjacente contenant quelques lits minces de calcaire, enferment entre elles le jurassique moyen ou brun en Allemagne. Tout ce qui existe entre ces deux assises se distingue sans peine des autres parties du terrain jurassique par sa composition et ses débris organiques. La marne schisteuse, l’argile et quelques bancs de calcaire sont les éléments principaux ; mais le jurassique moyen est surtout caractérisé par ces grès bruns ferrugineux que les anciens géologues plaçaient encore dans le lias et désignaient par le nom de grès supérieur du lias. C’est dans cet étage que l’on trouve toutes les couches d'argile ferrugineuse grenue (oolitc ferrugineuse). Les assises de calcaire pur y apparaissent rarement et ne se rencontrent que sur les points où les fossiles existent en plus grand nombre ; les marnes gris bleuâtre et les argiles prédominent et sont tout aussi riches en organismes. Ces caractères n’ont de valeur que pour le sud de l'Allemagne et le jurassique moyen prend déjà en Suisse un faciès tout différent. Ici dominent les calcaires oolitiques jaunes,

ainsi nommés1 à cause de leur texture grenue en forme de petits globules ovoïdes, et, dans l’Angleterre centrale, les grès allemands sont remplacés par des assises argileuses qui divisent le calcaire oolilkpie en plusieurs étages, tandis que, dans le nord de ce même pays, les' grès y prennent la prépondérance, et l’oolite n’y apparaît plus qu’en assises subordonnées. Le jurassique du nord de l’Allemagne, dans le bassin du Weser et dans le Hart*, répond à ce type. On y trouve (voy. la coupe, p. ‘264), des marnes argileuses (b) noirâtres d’une structure schistoïdc mal accentuée au-dessous d’un grès (c) grossier et ferrugineux. L’argile schisteuse apparaît avec quelques débris végétaux très-apparents et carbonisés dans ce grès, sur lequel repose une nouvelle assise de marnes gris noirâtre (d). En Allemagne, les roches présentent donc des variétés locales et une succession très-différente , complexité qui se reproduit de même en Suisse, en France et en Angleterre, et comme, en outre, les fossiles ne sont pas distribués dans de petits étages aussi tranchés que dans le lias, la correspondance des assises dans les diverses régions est très-difficile à établir*. Le jurassique moyen est plus pauvre en fossiles que le lias, parce que le grès et l’argile y forment de plus nombreuses assises. Il manque absolument de formes que l’on puisse comparer avec les Sauriens marins. En Angleterre les schistes de Stoneslield, banc de calcaire de 6 pieds d’épaisseur situé

1 Dans les cas où ils présentent des couches concentriques, ils se sont formés probablement au moyen de petites particules qui tombaient dnns les eaux chargées de calcaire, se couvraient de plusieurs couches minces de ce dernier, et peu à peu s’agrégeaient en masse. Souvent les noyaux primitifs sont du sable fin ; quelques autres, tels que les calcaires ooliliques proprement dits, ne présentent aucune stratification dans leurs grains élémentaires. Ils se composent de petits fragments de calcaire homogènes, arrondis par une action mécanique, et même de coquilles et de tiges de coraux qui, d’abord usées par le roulis des flots, se sont ensuite empâtées dans une substance calcaire cristalline.

* Les grandes différences locales, qui existent entre les couches isolées et entre les groupes de couches, ont fait introduire des dénominations particulières aux diverses localités. Elles ne pouvaient trouver place dans une histoire du développement de la Terre, où les grandes phases seules sont décrites. Dans ces derniers temps on a publié d’excellents travaux sur la correspondance des divers étages jurassiques de l’Europe centrale, et nous renvoyons les lecteurs qui seraient curieux île les connaître aux publications de Quenstedt, Oppcl, Frnas, d’Orbigny, Manou et Wright. Qu’il nous suffise de dire que les couches inférieures du jurassique moyen prennent les noms : en Angleterre, d 'oolite inférieure ou dogger ; en France, de sgstbne bajocien ou oolite ferrugineuse ; le jurassique supérieur : en Angleterre, de grande oolite, d'argile de Bradford et de combrash ; en France, d 'étage bathonien ; et qu’en Allemagne les couches se distinguent d’après les coquilles caractéristiques les plus fréquentes et qu’on a ainsi les couches murchisoniennes , parkinsoniennes, coronatiennes, d’après les Ammonites Murrhisoni , A. Parkinsnni, A. coronalus. — G.

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