CHAPITRE XIII
lorsque j’étais curant, j'aimais à m'abandonner aux puissantes sensations que font naître le spertade de ces grands phénomènes naturels. Du sommet de ces hauteurs, plongeant avec le saisissement du vertige dans les gouffres profonds, j'embrassais d’un seul coup d’œil la mer immense située devant moi et sur mes côtés les découpures
Tiff. 22.* — Vne des slultbenkammer.
bizarres et variées que dessinent les dents et les pointes de rochers dont la beauté récompense le visiteur qui s'élève jusqu'au point le plus élevé, la crête du Kœnigsluhl. Mais quelque beau et saisissant que soit ce spectacle vu d’en haut, en dominant la mer avec scs nombreuses voiles blanches à l’horizon, l’émotion du spectateur est encore plus imposante, en face des hlocs gigantesques de craie, lorsque, placé au pied de la falaise, il contemple son développement et entend derrière lui le mugissement des flots qui, se brisant sur des milliers d’autres blocs de toutes dimensions, l’entourent du réseau de leurs. eaux bondissantes. Des masses énormes de galets, débris des montagnes de la Scandinavie, que la mer apporta jadis ici sur des glaces flottantes, forment une ceinture solide autour du rivage et
protègent, comme île puissants bancs de graviers (p. o4), les roches terreuses contre une destruction envahissante qui ne peut être arrêtée que par un rempart semblable. Cependant la décomposition et les pluies les rongent avec autant de facilité que les montagnes do quadersandstein et entassent à leur pied un talus élevé de craie délitée et d’éboulis sur lequel s’est développé une riche végétation de hêtres et de bouleaux vigoureux. Le blanc éblouissant alterne avec la nuance douce du vert des végétaux groupés de mille façons les uns au-dessus des autres dans les profondeurs et sur les élévations. A cette vue nous nous demandons qu’elle ne doit pas être la richesse inépuisable d'existences et d’êtres delà yie organique, pour qu’elle vienne s'épanouir avec exubérance jusque sur leS ruines. Combien ne devait-elle pas se développer encore plus rapidement dans les temps primitifs, alors que la Terre encore dans sa jeunesse déployai! de nouveau toute sa plénitude de forces et de fécondité après quoique violente catastrophe.
Le simple touriste se contente de ces beautés, le savant attentif à tout découvre bientôt des lignes transversales d'une substance noire, qui , séparées par des espaces inégaux de 2 à 4 pieds, courent dans une direction parallèle et occupent du baut en l>as la muraille de craie. 11 constate sans difficulté qu'elles sont dues à des strates de silex en rognons de plusieurs pouces d’épaisseur. Détachés par la pluie et entraînés par leur poids supérieur plus loin que la craie, ils arrivent jusque dans la mer qui les ballotte çà et là, jusqu’à ce qu'elle les arrondisse et les façonne en globules, en œufs et autres formes. Beaucoup d’entre eux sont creux. D’autres renferment dans leur cavité un noyau solide, très-souvent de nature organique, qui sonne comme un grelot à chaque mouvement. D’autres encore sont tapissés' intérieurement par des cristaux de quart* extrêmement beaux, mais très-petits; enfin des corps organiques remplissent le pins grand nombre. Cette circonstance, ainsi que la présence fréquente do la silice constituant la substance de beaucoup de fossiles (p. 47), renverse toute espèce de doute sur l’action attractive que les corps organisés ont exercé sur la silice des pierres à feu ' en de-
1 L. «Io Buch a parfaitement décrit en phénomène dans un Mémoire de V Académie de s sciences de lier lin, année 18.11 (classe des sciences physiques, p. 41). Dans ces derniers temps IVtzold, Halle 1811, in«4°, et Bischol dans son Manuel de tjeologie chimique et physique, ‘2*éd., tome II, p, 880, ont encore éclairci les phénomènes île la silification.