‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 124 sur 295 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

venant le point central autour duquel elle s’est déposée. Si nous admettons, par exemple, que la silice a été dissoute dans la mer et peutêtre séparée de ses anciennes combinaisons chimiques à l’état de gélatine siliceuse, elle dut se précipiter avec les dépôts de craie qui sc formaient dans la mer. Lorsque ceux-ci devinrent plus fermes, en perdant peu à peu l'eau qui y était engagée mécaniquement, la silice à l’état libre sc rassembla en nodules autour des corps organiques les plus gros contenus dans la craie. Mais l’attraction exercée par ceux-ci s’étendit seulement jusqu’à une certaine distance et amena ainsi la concentration des nodules siliceuses par handesscmblables à des strates. 11 n’y a dans cette disposition qu'une similitude extérieure, puisque c’est uniquement à la suite d’une séparation ultérieure que les éléments sont venus se ranger à des distances à peu près égales. Leur passage de l’état mou à l’état de nodule solide s’est certainement effectué au milieu de la craie. Leur aspect nous le prouve, surtout l’existence d’une écorce crayeuse qui va pénétrant dans la substance siliceuse, en perdant peu à peu sa proportion de craie, exactement comme cela devait avoir lieu si la gélatine siliceuse se trouvait encore molle dans la craie avant de s’en isoler. La coloration variable grise, noire, jaune ou brune du silex dans sa partie interne provient de la substance organique tant animale que végétale, dont nous retrouvons encore dans la masse les restes souvent intacts. Mais il est difficile d’admettre que les silex sont entièrement d'origine organique, comme on a voulu le faire depuis qu’Ehrenbcrg y a découvert des enveloppes siliceuses de Bacillaires et des spiculés de Sponijilles. Ce même observateur illustre considère les silex comme le résultat de la transformation de couches de ces êtres vivants, qui fixent de la silice dans leur corps. Il soutient la théorie d’après laquelle leurs débris siliceux se seraient ramollis par Une cause encore inconnue, pour se coaguler ensuite à l'état de gélatine. Elle s’appuie surtout sur ce que les terrains crétacés de la Méditerrannée, dans lesquels manquent les nodules de silex, présentent en alternance avec les couches calcaires de minces assises de marne qui, soumises à un examen attentif, laissent apercevoir des enveloppes de bacillaires en quantité aussi prédominante que les carapaces de Polythalames dans les couches crétacées. Ehrenberg regarde ces lits de marne comme correspondant aux nodules de silex de la craie du nord de l’Europe et pense que la différence

principale entre les deux formations crétacées consiste dans la transformation des Bacillaires libres en une masse siliceuse homogène, transformation qui ne s’est pas réalisés; dans la craie du sud, sans doute, parce que les conditions nécessaires ne s’y trouvèrent pas. La matière organique, contenue dans la masse siliceuse et qui lui dçmne sa couleur, vient encore appuyer celte ingénieuse hypothèse; mais, d'autre part, nous ignorons encore par quel procédé l’enveloppe des Bacillaires a pu se transformer en silice compacte. En outre, on trouve dans beaucoup de silex des Bacillaires parfaitement conservées, ainsi que les spiculés siliceux des Spongilles , créatures tout aussi énigmatiques que celles-ci et (pii les accompagnent si souvent. Leur parfait état de conservation nous çonduit plutôt à conclure qu’ils ont dû l'un et l'autre pénétrer dans la masse siliceuse encore molle et gélatineuse, et que celle-ci n’a pas été formée par ces organismes. En effet, dans cette hypothèse on ne comprend pas pourquoi quelques-uns des individus seraient demeurés intacts, bien qu'ayant été soumis au même processus de transformation que les autres. Enfin, ces organismes ne pouvaient pas former cnx-mémcs leur silice; leur seul rôle se bornait à la séparer de l'eau. Elle devait donc être dissoute dans l’eau, et par conséquent, elle pouvait s’en séparer sans l’intermédiaire d'êtres vivants, pourvu qu'il se présentât des conditions nouvelles.

Nous allons, en terminant, étudier la distribution géographique du terrain crétacé. Nous trouvons les traces de son existence dans la plupart des pays deTEuropc, mais tantôt en couche isolée, tantôt en masses très-variées. La craie blanche avec rognons de silex se rencontre daps le nord de l’Angleterre, sur certains points des iles de M(pii, de Seeland et de Rügen, sur les côtes de Schonen, çà et là sur le continent, en Poméranie, en Prusse, en Pologne cl plus loin dans le centre de la Russie, entre le Volga et le Prulh jusqu'au Caucase. Tous ces gi.-ements séparés semblent appartenir a un bassin crétacé continu qui s’étendait du N.-O. au S.-E. dans le nord de l'Europe et dans lequel se déposèrent surtout les étages supérieurs les plus jeunes de la formation crétacée. Parallèlement à ce bassin, il en existe un second dans le sud de l’Angleterre, le nord de la France et de la Belgique se prolongeant depuis Bruxelles, par Maestricbt, jusqu'à Aachen et qui se continue de ce côté-ci du Rhin, au pied de l'Ilaar, par la Westphalie, forme le versant méri-

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dional du Teutoburgerwald, passe par le versant septentrional du Weserkette et du Hart*, puis, à partir de là, prenant un plus grand

développement pénètre en Saxe et en lîohème, suit le cou ré de l’Elbe, jusqu’au pied du Hiesengebirge et des Sudètes, et se montre encore plus à l’est des Carpathes. Dans presque toutes les régions de ce second bassin crétacé, l'étage supérieur n’est plus formé par la craie blanche, mais par des couches calcaires dures aréuaeées et marneuses avec ou sans silex, et ordinairement très-riches en débris organiques, connue à Macstriebt, Aachen et IJaldcm, au Salzburg, près de Quedlimbourg et au Sudinerberg, près de Gosier, à Kieslingwald, etc.; en Saxe, au contraire, et dans la Bohème, les équivalents du néocomien et dugault, si puissamment développés au nord du Hartz, manquent entièrement. Dans le sud de la France, au pied des Pyrénées, dans la Provence et te Dauphiné, en Savoie et dans les parties limitrophes de la Suisse, ces mêmes couches prennent un grand développement, tandis que les étages moyens et supérieurs ne s’y trouvent qu'isolés. Mais dans les Alpes bavaroises, rions le Salzbourg et en Autriche, avec le- couches irrégulièrement alternantes de marnes, degrés, de conglomérats et de calcaires [cateaire à Hipjmi iles |, se montrent aussi au-dessus les étages les plus jeunes de la formation, sans que cependant la craie blanche du nord y soit représentée. Toute eette région crétacée, constitue lin troisième bassin nettement dessiné, qui embrasse tous les bas plateaux des contrées énumérées, ainsi que les montagnes du sud de l'Espagne, le pied méridional des Pyrénées, une grande partie île la chaîne des Apennins, des montagnes de la Sicile et des massifs montagneux du littoral septentrional de l'Abrique. — En dehors de l’Europe, la formation crétacée a été constatée dans le bas Mississipi et le liant Missouri; on l’a encore observée à l’est, dans l’Alabama, la < H-orgie, la Caroline du Sud, la Virginie et le New-Jersey. Elle reparaît avec un développement remarquable au centre des Etats-Unis, dans le Ear-Westdes pionniers, et le Missouri trace son lit sur des couches de craie, dans toute la partie de son cours qui appartient au pays plat des prairies. On l'a encore reconnue dans I Amérique du Sud sur de grandes étendues, dans la Colombie, la Nouvelle-Grenade, lePérou, le Chili; enfin à l'extrémité méridionale de l'Afrique et sur le continent des Indes. Le système crétacé est donc un des plus répandus.

La vie organique contemporaine de la formation du terrain crétacé était sans doute très-riche et très-vigoureuse, mais de beaucoup moins originale que celle de la période jurassique. Outre les

Roramwiferes, nous trouvons des nombres immenses d'autres animaux marins appartenant aux classes inférieures de l'échelle animale, tels que Zoophyles ou Coraux et Rayonnés dans les couches supérieures, et des Acéphale», des Gastéropodes cl des Céphalopodes dans les couches moyennes et inférieures. Parmi ces derniers, les plus remarquables sont les Rudistes. Les AmmotAtes et le» Békwh lûtes, genres dont il n'existe plus aucune espèce, ont leur véritable centre de développement dans la craie, bien qu elles apparaissent déjà dans les sédiments antérieurs et même jusque dans les plus anciens. Les Articulés et les Vertébrés sont rares et les especes à respiration pulmonaire manquent totalement. Quelques Reptiles, voisins des Crocodiles et des Laeertiens, ainsi (pie les derniers Ptérodactyles sont les seuls animaux terrestres que I on connaisse dans le terrain crétacé. Parmi les poissons, les Squales étaient ies plus nombreux. Les débris de végétaux sont très-rares dans les couches crétacées: on en retrouve cependant encore assez fréquemment dans les grès du terrain wealdien au-dessous de la craie et quelquefois dans le quadersandsteiu.

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