CHAPITRE XX
Ttbleau du règne animal. — Animaux articulé* et i »vertébré*.
La diversité morphologique des animaux est beaucoup plus grande que celle des plantes, parce que tous les animaux ne sont pas, comme celles-ci, constitués d’après un seul et même type. Nous trouvons, en efl’ct, dans le règne animal, trois types absolument différents avec plusieurs variétés principales dérivées. Il est donc beaucoup plus facile de distinguer les grandes divisions du système zoologiquc, puisque la nature elle-même y a tiré des lignes de séparation plus marquées; mais il en résulte aussi qu’un ne peut embrasser l'ensemble des animaux d’un point de vue aussi universel, comme nous l’avons fait pour les plantes. Tous les rameaux, toutes les feuilles, toutes les fleurs et tous les fruits se composent toujours des mêmes éléments, modifiés seulement dans leurs rapports réciproques, et jamais aucun de ceux qui font partie essentielle d’un organe ne manquent. Dans le règne animal, au contraire, la nature a su trouver des voies très-diverses pour satisfaire aux besoins de ses créatures; elle a donné à l'un un organe qui manque complètement à l’autre, et même, jusque chez les animaux où nous rencontrons des organes semblables, elle leur a souvent imposé des formés très-opposées. D’un autre côté, des organes très-divers par leur but ont pris des formes semblables et il faut un baut degré de sagacité et d’attention pour y reconnaître une différence quelque éloignés qu’ils puissent être par leur destination.
Pour l’observateur superficiel des formes animales, il paraîtra facile d’établir des lignes de séparation très-tranchées, mais ses notions inexactes lui troublent la vue. Des anneaux intermédiaires,
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que la scienre ne peut pas négliger, et que l'observateur vulgaire ne connaît pas ou ne daigne pas considérer, viennent partout opposer un obstacle à ces divisions tranchées. Autrefois, lorsqu’on n’avait pas encore étudié aussi soigneusement les formes connues dans toutes leurs parties, ou bien qu’on ne connaissait encore qu’une faible portion des animaux, cette difficulté était beaucoup moins sensible qu’aujourd’hui, ou nous sommes arrivés à observer peu à peu et à réunir dans nos collections une quantité si prodigieuse de formes. Les anciens tableaux systématiques pouvaient donc exprimer en quelques mots, ce que nous pouvons à peine aujourd’hui faire entrer dans une définition. En outre, de nombreuses distinctions, qui jouaient encore un grand rôle dans ces anciens systèmes, ont été abandonnées l’une après l’autre. Les nouvelles classifications naturelles des organismes et surtout celle des animaux, n’admettent plus des divisions ou compartiments aussi tranchés, comme Linné, le fondateur des groupements systématiques dans les sciences naturelles, le voulait et l’avait fait. Tous les groupes supérieurs à Yespèce (species) ne paraissent être que des divisions artificielles, sans réalité dans la nature, qui par quelques caractères restés inaperçus jusqu’ici, ou par quelques formes inconnues se fondent avec les divisions voisines trop insensiblement, pour qu’il y ait lieu de conserver une ligne de démarcation. Ce fait apparaît déjà dans les types fondamentaux du règne animal, et le schéma régulier passe par une gradation sans lacune au schéma symétrique, ainsi qu’on peut aisément le démontrer. Dès que, dans un animal régulier, la bouche s’écarte du centre du cercle et devient latérale, la symétrie apparaît aussitôt et la segmentation multiple par moitiés, qui est le critérium du type régulier, devient impossible. Partout, dans le règne animal, nous rencontrons des circonstances semblables. Toujours chaque type tend à passer dans un autre par l’admission de caractères particuliers à ce dernier et nous n’avons pas devant nous une série d’anneaux fermés, mais urte chaîne ininterrompue de formes variées, reliées par des anneaux intermédiaires, qui n’a aucun rapport avec l’assemblage artificiel imaginé par l’homme. En général, la nature emploie plusieurs modes de différenciation à la fois, et n’accumule pas ensemble tous les traits particuliers à chaque mode, mais les utilise les uns après les autres. Il en résulte des êtres intermédiaires, chez lesquels se combine la première différence d’un
mode avec lasecondc d'un autre mode, tandis que d’autres êtres présentent en eux la réunion de la première différence du second mode avec la seconde différence du premier. Il naît donc quatre groupes, dont deux extrêmes et deux moyens. Dès qu’un mode symétrique apparaît chez, des animaux à type régulier, il détruit complètement la régularité de loul le groupe et fait passer le type régulier dans le type symétrique. L’inverse a lieu, lorsque des animaux symétriques se présentent avec quelques modes réguliers*.
Ces considérations deviendront beaucoup plus claires, placées dans le tableau général du règne animal, que nous allons commencer surle-cbamp. Nous y donnerons pins d'attention aux détails, que nous ne l’avons fait pour les plantes, car les restes des animaux sont surtout ceux qui servent à caractériser les différentes couches neptuniennes et à déterminer leur âge relatif et leur contemporanéité. Toutefois l'importance des organismes inférieurs est moins grande ; la plupart ont une texture trop molle, pour nous être arrivés à l’état de fossilisation. Nous pourrons donc les passer rapidement et nous. arrêter d’autant plus longtemps aux groupes supérieurs*.
Les animaux irréguliers ont été nommés Infusoires, d'après le mode de naissance de beaucoup d’entre eux par generativ equivoca dans des infusion-, (pie nous avons décrit plus haut (p. 560). Ils sont composés d’un tissu cellulaire sans consistance et peu serré, dans lequel des cavités internes tiennent lieu d’organes de nutrition. Ces cavités sont toujours munies d’un orifice d'entrée, la bouche ; chez les Infusoires proprement dits, l’auus manque souvent. Ils exécutent leurs mouvements en agitant de nombreux cils qui recouvrent tout leur corps, ou quelques filets plus longs placés près de la bouche. (Voy. les fig., p. "»82, 5, a, et p. 58 4. ) Les organes de la reproduction sont représentés par une masse noire, sphérique, ou en forme de ruban, le nucléus, près duquel il en existe en contact immédiat uri second plus petit, le nucleolut. Ces deux organes probablement glanduleux président à la multiplication des Infusoires. Ils se multiplient encore par fissiparité et par bourgeonnement. Beaucoup
1 Gomme exemple du premier rns, je citerai les Spalangides parmi les OursinM, et les Octopodcx parmi les Cêphalopfxlcx comme exemple du second.
* Pour les animaux comme j*>ur h*s plantes, et pour les mêmes raisons, nous avons dû renoncer à intercaler des ligures dans le texte. Si ({ueltpie lecteur est désireux d’avoir une notion plus précis«». dc*s principales formes, je le renvoie à mon Allas zoolotjique, 2* édition. Berlin. 185*. In-4°; et à mes l/ilrrs dr ioonomie. I.eipsig, 1850. 2 vol. in-8°.