CHAPITRE III
tä
matières solides en dissolution dans la mer comme ayant été apportées par les cours d’eau des continents. H faut cependant admettre que certaines modifications locales sont dues à des dissolutions propres à la mer, opinion qui s'appuie sur cette circonstance que dans certaines régions, surtout dans les régions volcaniques, ce ' sont les matières les moins répandues qui se trouvent dissoutes en excès dans la mer, au sein de laquelle elles sc déposent sous forme solide par simple évaporation. Cet excès existe encore, même lors- , ,
qu’on a fait abstraction de l’apport des cours d’eau intérieurs richement saturés qui se déversent sur ces points de la mer. Nous voyons ainsi des grès et des roches calcaires se former sous nos yeux. Un gisement de calcaire déposé de cette manière sur les côtes de la Cuadeloupe est devenu très-célèbre. On y trouva des squeleté tes humains parfaitement conservés qui furent considérés comme une preuve certaine de l'existence de races d’hommes préadamiques, jusqu’à ce que des observations mieux laites démontrèrent l’origine récente du calcaire. Les premiers observateurs ne furent pas moins étonnés par les singuliers tubes calcaires des côtes de la Nouvelle- { Hollande. D’après les observations de Riche, ils proviennent de l'évaporation des eaux* que la mer soulevée dans les tempêtes fait rejaillir sur les plantes voisines du rivage. Kilos se recouvrent ainsi peu à peu d’une croûte calcaire. Ces faits démontrent le pouvoir dissolvant des eaux de la mer, ou du moins la faculté de conserver en dissolution les matières dissoutes qui lui sont apportées, tout aussi bien que les tufs et les concrétions l'ont prouvé pour les eaux de source. Ils éclairent l’origine de maints gisements calcaires des temps primitifs et expliquent le mode de formation des calcaires oolithiques anciens comme étant des dépôts d’one mer richement saturée de carbonate de chaux, tandis que les puissantes assises du grès nous transportent en face d'un mélange mécanique. Il doit en effet son origine au sable de la mer. Il est plus difficile d’admettre, comme ou l’a souvent fait, que ce sable provient de la silice dissoute dans la mer. Celle-ci ne contient actuellement que de faibles quantités de silice qui, de plus, ne peuvent en être séparées que par l’actioifi d’organismes vivants. Toutefois, la silice a dû être dissoute dans la mer en plus grande proportion pendant les périodes primitives. En effet, on rencontre les nodules de silice, appelés pierre à feu , dans beaucoup de sédiments qui sont-certainenicnt des dépôts
marins. De plus, ces silex renferment presque tous des fossiles, des corps entiers d'animaux sur lesquels ils se sont quelquefois modelés. L’absence de structure cristalline indique, d’ailleurs, qu’aucun phénomène chimique n'a présidé à leur séparation. Go fait, uni à la présence assez fréquente de corps organiques dans les silex, nous amène à présumer qu'ils ont été séparés par des êtres vivants. Quelques savants attribuent cette formation aux grande» éponges (spntiyiæ), et prétendent, que ces êtres enlevaient mécaniquement la silice à la mer, sur le fond de laquelle ils croissaient, ou bien encore l’en séparaient chimiquement. Des animaux tombaient sur les dépôts de silice ainsi formés, s'v attachaient et se trouvaient enveloppés dans le silex. On explique de cette façon la formation du silex, niais non l’origine de la silice daus les eaux de la mer de cette époque. On le peut faire seulement en admettant que des décompositions beaUMUp plus considérables curent lieu dans les époques primitives, hypothèse qui seule rend compte de la présence de silice à l’état libre1.
Ce que nous venons de dire de la formation du silex nous apprend que les êtres vivants aussi ont pu prendre part à l'élaboration des éléments inorganiques de notre Globe. Nous allons donc esquisser plus complètement cette part d'action de la vie organique. Ces considérations trouveront d’autant mieux leur place ici que cette action des organismes se fonde uniquement sur le pouvoir dissolvant de l’eau et que les plantes et les animaux ne peuvent absorber de matières minérales qu’à l’étal de dissolution. Le pouvoir dissolvant de l’eau se trouve donc indirectement prouvé par les dépôts organiques d’origine végétale ou animale, si même on ne peut considérer cette preuve comme directe. Au fond, il y a peu de créatures vivantes qui, dans ses phénomènes vitaux, n'emploie quelques substances minérales. Celles-ci, après la mort, lorsque ces êtres se décomposent en leurs éléments, retournent sous forme solide au milieu qui les avait fournies auparavant à l’état de dissolution. La chaux et la silice constituent la plus grande partie des substances solides cm-
* Outre h** silex, los couches de grès verl, {»oniieoiip plus abondantes, prouvant encore la proportion élevée de la silice dans les mors primitives. Os grès, en oflot, no sont, d'après tes savantes recherches d’Ehrenhenç, que les noyaux pétrifié* dos cavités de. coquilles microscopiques polythalninc« qui ll'ont pu absorber la silice par les pores de leur enveloppe calcaire qu’à l'état de dissolution. Ehrenberg, /Va f/rrx reri * et de leur origine organique, Berlin, 1855. G.