CHAPITRE III
les eaux chargées de calcaire favorise la formation de ces tufs, et qu’il faut y voir la cause des nombreuses empreintes végétales qu’ils contiennent. Les plantes enlèvent à l’eau l’acide carbonique libre et précipitent le carbonate de chaux. — Nous n'admettons donc point que les matières ou formations terreuses , même lorsqu’elles sont certainement d’origine aqueuse, aient jamais pu exister à l'état de dissolution chimique; nous les considérons plutôt comme des mélanges mécaniques, à moins toutefois que d’autres raisons nous contraignent, comme pour les tufs, à accepter l'existence d’une dissolution réelle.
La silice se rencontre parmi les éléments solides des eaux de source aussi généralement que le carbonate de chaux, mais en moindre quantité. Si on admet les chiffres 1 1/2 ou 2 pour 100 comme valeur moyenne des éléments solides dissous dans les sources communes, la moitié au moins et souvent les deux tiers de cette quantité appartiennent au carbonate de chaux et deux millièmes seulement à la silice. En résumé, les eaux douces ne contiennent que de faibles traces de silice, ce qui provient certainement de son peu de solubilité. La silice est aussi insoluble que le carbonate de chaux. Mais ses combinaisons premières, surtout ses combinaisons si abondantes avec les alcalis, se décomposent facilement sous l’action d’acides plus énergiques; elle reste dissoute dans l’eau où se fait la décomposition et ne s’en sépare que par l’évaporation de celle-ci. L’acide carbonique lui-même peut, dans certaines conditions, lorsqu’il est en contact continu avec des eaux chargées de silicates, causer une décomposition lente des silicates alcalins et dissoudre dans l'eau la silice devenue libre. Ces circonstances semblent d’autant mieux expliquer la présence de la silice dans la plupart des sources, que tous les silicates s’assimilent peu à peu de l’eau à l’état de combinaison chimique et peuvent par cette voie devenir solubles. Les vapeurs d’eau cbaude ont le pouvoir de décomposer très-facilement les composés siliceux. De là l’accroissement des quantités de silice avec la température des sources. Bon nombre de sources dont les eaux sortent à la température d’ébullition, comme les geisers d’Islande, par exemple, sont extrêmement riches en silice dissoute (1/2 pour 100) et forment autour d'elles des concrétions siliceuses qui ne le cèdent pas en étendue aux tufs calcaires auxquels elles ressemblent quelquefois par leur texture
poreuse ; mais elles les surpassent quelquefois beaucoup en dureté, lorsqu'elles se condensent en opale ou en pierre à feu.
Après avoir étudié le pouvoir dissolvant des sources sur les plus importants de leurs éléments solides, nous ne pouvons reculer plus loin la question de savoir si la mer possède une propriété semblable. La simple nature des eaux de la mer donne déjà la réponse. Tout le monde sait, en effet, que la mer doit son goût particulier à des sels qui y sont dissous, et qu’après les en avoir extraits, ses eaux sont aussi pures que celles des sources et des rivières. Les plus importants de ces sels sont le chlorhydrate de soude' et le chlorhydrate de magnésie. Outre ces deux sels, on y trouve encore du . chlorhydrate de chaux, du gypse et du sel de Glauber (sulfate de soude), avec quelques autres matières moins répandues, telles que l'iode et le brame. De tous ces éléments, le sel de cuisine l’emporte de beaucoup. 11 forme de 2 1/2 à 4 parties pour 100 du mélange, et il se dépose naturellement en bien des lieux. Ce sont surtout les mers intérieures des régions chaudes qui se distinguent par cet excès de sel. Les mers intérieures et froides, au contraire, telles que la mer baltiquc, contiennent une quantité de sel bien moins élevée et ont un goût moins amer*. On a été longtemps sans expliquer d'une manière satisfaisante l’origine des sels dans la mer. Aujourd’hui, la seule opinion admissible est celle qui considère toutes les
1 I. 'expression de chlorhydrate de soude, que nous avons employée ici, comme nous le ferons encore jwr In suite, pour le sel de cuisine, n’est pas exacte, mais est consacrée par l'usage. En réalité le sel de cuisine n’est pas un compost* d’acide chlorhydrique et de soude, mai» de chlore et de sodium (le métal de In soude . En effet, l’hydrogène «le l’aride chlorhydrique s’est comhiné avec, l’oxygène «le la soude, pour former «le l’eau, et s«» trouve ainsi éliminé du sel «le cuisine. S«»n nom exact est chlorure de ntdium. Il en est de même «les autres chlorhydrate» et d«*s fluorhydrales. Ce ne sont, en réalité, que de» combinés simple* de chlore et de fluor.
- D'après les analyses les plus récentes «le Korchammer [Froriep's n. Sot. XL, ‘215 , la nier entre les tropiques contient les plus fortes proportions de matières solides, 56.5 sur 1.000 parties d’eau. Vers le pôle, cette quantité »'abaisse jusqu'à 52,5, I.a quantité la plus élevée est celle des «»aux de In Méditerranée, 57.1, et In plus faible celle de la mer Dnltiipie, Partout l'eau est plus pauvre en matières salines sur les cotes que dans In haute mer. évidemment à cause des nombreux cours «l’eau douce qui s’y déversent. Tous le» éléments solid«*s sont ou «les combinés «le chlore ( voyez la note précédente] ou dessulfnt«*s et «li's carbonates. Ia* rapport de ce* deux derniers, donné d’après leurs acides. «*st comme 10.0 est à 1,0 ou 1,24. I<o voisinage des râles semble influer sur la plus ou umins grande nbondnuc«' «les sulfates, qui proluihicment proviennent «lu sulfate de chaux {gypse) «lissons et apporté par les rivières. Ia»s carbonates (magnésie et chaux n'y existent qu’en lrac»»s peu appréciables, parce que la plus grande partie «le ceux qui sont dévers«'*» dans la mer, ou bien se transforment, comme les s«*ls alcalins, en combinés de chlore et eu sulfates, ou bien, ranime les sels terreux, passent à l’état solide et *«? déposent.