CHAPITRE XXV
conde aux climats tempérés, et qui alors, comme aujourd’hui encore entre les tropiques, ne croissait probablement que sur les montagnes. Nous en pouvons donc conclure l’existence de hautes montagnes couvertes de forêts épaisses et uniformes de Conifères, ou de vastes plateaux élevés situés à l’intérieur des continents, tandis que les Cycadécs, conformément à leurs mœurs actuelles, mêlées avec des Fougères, avec quelques rares et petites Lycopodiaeées, et même avec des Palmiers et des Liliacées, peuplaient le littoral de ces vastes et hautes terres. La vie organique s’est surtout rassemblée dans les golfes profonds de ces hauts continents forestiers, car nous retrouvons ses débris accumulés surtout dans des bassins isolés. C’était sans doute sur ces points que la végétation tropicale s’épanouissait dans toute son exubérance, abritée le long des rivages, et que de nombreuses plantes aquatiques, qui ne peuvent vivre dans la haute mer, trouvaient une station calme. Il est rare, en effet, qu'elles nlanqucnt dans ces lieux si richement partagés en fossiles. Les Cycadées apparaissent dans toutes les couches secondaires, le plus souvent sous une forme (Zaïnitcs) analogue au genre Zamia actuel, tandis que dans le keuper et le terrain jurassique le genre Pterophyllum plus éloigné prédomine. Parmi les Conifères, à côté des Pinus, Araucaria et Thuya , on rencontre encore d'autres formes moins rapprochées de celles qui vivent aujourd’hui, et dont les plus intéressantes sont les genres Albertia et Volliia (tig. 41 . — ti), provenant des grès bigarrés de Sulzbad.
Dans les couches jurassiques, la végétation ne revêt point un caractère essentiellement différent ; mais elle devient plus originale dans la grande formation lacustre supérieure au terrain jurassique, dont les couches présentent un caractère si nouveau dans tous leurs fossiles. Elle offre le plus beau spécimen d'une flore intérieure différente de celle des régions forestières du littoral et démontre péremptoirement l’existence de vastes étendues de terres. La flore des quadersandstein et du terrain crétacé, l’un et l'autre entièrement marins, contient quelques espèces nouvelles différentes des plantes du terrain jurassique, mais elle ne possède aucun caractère absolument nouveau. Les Algues marines y sont assez abondantes et eu partie ressemblent beaucoup aux formes encore vivantes, telles que les Sphærococcites, les Halymemlcs et les Chondrites. Les végétaux vasculaires acotylédoncs caulocarpes manquent, en dehors de qucl-
HISTOIRE IlE I.A CRÉATION.
qucs Kquisétacées, niais on a constaté la présence de Fougères ; le genre Chii'o/iteris appartient à leur famille. Des Palmiers et des Monocotylédones ont été reconnus, ainsi que des Cycadées qui appartiennent au genre Cyradites, apparaissant ici pour la première fois. Les restes de Conifères sont communs; les Sapins et les Araucarias se contiuucnt depuis le grès bigarré jusqu'à la craie, et des Amenlacées se montrent à côté d’eux comme les premiers représentants de Dicotylédones plus élevées. On attribue de nombreuses empreintes de feuilles à des Saules, et on considère une forme (Credneria), plus éloignée de la végétation actuelle et provenant du quadcrsandslein, comme un genre analogue aux Peupliers ou' aux Noisetiers. D’autres feuilles appartiennent à des Platanes, à des Tilleuls et à des Tulipiers (Liriodcndron). Les couches d’eau douce comprennent le terrain vvealdien que nous avons déjà caractérisé (p. 175) comme tel. Un y trouve des Conferves, des Kquisétacées, quelques Fougères, mais différentes de celles de la craie, entre autres les espèces Peropleris et Sphenopteris ; des troncs (Mnntellia Brongn.), des feuilles et des fruits de plusieurs espèces de presque tous les genres de la famille des Cycadées, les derniers dans les couches inférieures (Purbeck), les premiers dans les couches moyennes (Hasting) ; ensuite le genre Clatliraria, si curieux, définitivement rangé parmi les Conifères ; enfin la forme non moins bizarre des Endogènes. On a retrouvé aussi des troncs ligneux de grands Conifères.
La faune, qui partout se montre plus variée que le règne végétal dans les débris des périodes primitives parvenus jusqu’à nous, embrasse dans les couches secondaires tous les groupes de Polypes, et remonte jusqu’aux Reptiles; elle nous a même laissé quelques traces de Mammifères. Mais elle est encore très-pauvre en animaux terrestres, au moins ceux dont l'organisation est destinée exclusivement à la vie terrestre. Les animaux d’eau douce aussi sont assez rares. On en rencontre seulement dans les couches de la formation wcaldienne, tandis que les animaux marins prédominent encore au milieu des Reptiles. Ce renversement des rapports actuels est intéressant, en ce qu’il prouve la continuation du caractère insulaire de la surface de la Terre, et fait voir que les parties émergées ne s’accrurent que lentement et ne sortirent des eaux que peu à peu. Nous saisirons beaucoup mieux ce progrès simultané du sol et de scs habitants,
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un suivant chaque groupe animal à travers toutes les couches.
Les Polypes sont complètement absent' dans les couches allemandes du trias, mais ils se montrent déjà assez nombreux dans le trias alpin, et deviennent très-communs dans le terrain jurassique, surtout dans les étages supérieurs, le calcaire corallien. Ainsi que nous l’avons dit antérieurement (p. 269), ils formaient des récifs rnadréporiques autour des parties terrestres déjà émergées et élevaient des digues dans la mer que l’on ne saurait mieux comparer qu’avec les récifs de l'Océan austral, sur les côtes orientales de la Nouvelle- Hollande. C’est ainsi que s’explique leur immense quantité. Ils appartiennent presque tous au groupe des Lithophylcs, dont les espèces se classent dans les genres déjà riches Millepora, Astrœa, Mœandrina, Caryophyllia et Funyia, et se trouvent mêlés avec d’autres genres éteints. A côté d'eux se montrent les Foraminifères microscopiques et extrêmement variés, et les Éponges molles qui appartiennent bien décidément au règne animal et sont représentées par les formes Scyphia, Cnemidiwm et Tragos vivantes encore aujourd’hui*. Parmi les Bryozoaires on retrouve les Eschara , les lntricaria, les Membranipora , les Diaslopora, les Ceriopora, et d’autres types entièrement analogues à nos groupes actuels. Pans la craie, on rencontre encore beaucoup de Polypes, mais ils n’existent plus en amas que dans quelques couches supérieures. Les Litophyles aussi y sont en décroissance marquée, et les récifs madréporiques des terrains jurassiques sont disparus. En résumé, les Polypes sont très-rares dans les couches inférieures (néocomien), plus nombreux dans les couches moyennes (gault, p. 2-78), et d’une grande richesse de formes dans les couches les plus récentes. Ils appartiennent aux petites espèces des Escharines, des Celleporines et aux grands Mille pores, Astrées , Turbinolies, Cyclolylhes, en un mot, à toutes les familles importantes de la classe, et ont joué à cette époque un rôle très-important par le nombre des espèces et des individus. Beaucoup de genres encore vivants se trouvent à côté de genres éteints particuliers à la craie, et de plus anciens encore qu’elle pus-
1 l„es sti/lahthrs du muscliclkulk, d’abord prises pour des Polypes, ne sont que des produits accidentels.
* Plusieurs E|wii^es sont extrêmement altondnnlos et servent d’excellents fossiles caractéristiques, comme par exemple la S ftongia r/iizocorallittm , pour la murin- hipnrréc inférieure au muscheUtalk, d'autres dans le calcaire à Éponges du terrain jurassique et dans certaines couches crétacées.
.sèdc en commun avec le terrain jurassique. Nous avons fait connaître antérieurement (p. 279, 285) le grand rôle que les Eponges et les Foraminifères ont aussi joué dans la craie. Les premières ont surtout fixé la silice des mers crétacées et présidé à la naissance du silex ; les derniers ont fourni les matériaux de la craie blanche.
Les Rayonnés du trias sont très-caractéristiques : on retrouve encore en grand nombre des Crinoïdes à tige élevée, ronde et sans branche, appartenant au genre Encrinus dans l'unique espèce de YEncrine en forme de lis (Enc. liliiformis, fig. 12, — 1). Le calice est composé de cinq pièces basales (2), sur lesquelles reposent en alternance les cinq grandes parahases, dont chacune porte ellcmème deux radiales ; ensuite commencent les bras composés d’articles divisés en deux lignes sur toute leur longueur. Chacun de ces bras se subdivisait en deux séries de ramilles pennatiformes doublement dentelées à l’intérieur. L’animal pouvait étendre ces bras en forme d’étoile et les replier en boule, lorsqu’il restait au repos ; cette dernière position est celle dans laquelle on les retrouve ordinairement à l'état fossile. Les articles ronds de la tige, ou Irochites, sont assez abondants dans le muschelkalk pour former des couches et se distinguent facilement de ceux des autres Crinoïdes par leurs bords dentelés, ou par l’étoile dessinée en relief autour du trou laissé par le canal interne. Le muschelkalk possède encore un second genre assez semblable, les Dadocrinus ; mais leur calice est turbiniforme et moins arrondi ; les bras se composent d’articles à une seule ligne. A côté de ces Crinoïdes apparaissent les Astéroïdes , représentés par les genres Aspidura et Acroura , très-rapprochés du genre vivant Ophiura ; mais ils sont l’un et l’autre infiniment rares. Des Echinoïdes, on ne connaît que des traces, quelques spiculés1. Les trois groupes reparaissent dans le terrain jurassique, et y offrent une grande variété de formes. Les Crinoïdes s’y classent sous trois types; à lige, sans tige, avec ramules basales et sans tige, ainsi que sans ramules. Les genres du premier groupe, dont la tige est tantôt ronde et nue ( Apiocrinus , Euijeniacrmus), tantôt pentagone
1 Les nombreux spiculés de Cidarite trouvés dans le muschelkalk de l'Allemagne appartiennent, d'après l'unique exemplaire avec carapace complète du musée de Halle, nu genre llcmicidaru, dont les espèces nombreuses s'étendent du muschelkalk alpin à la craie blanche. — G.