CHAPITRE VI
débris a disparu, et il ne reste qu’un ba#-fond comme trace de cette île, dont entre tous les noms (N’erika, Julia, île' Graham, île llotham, Corrao) qui lui furent donnés, celui emprunté au roi de Naples, Ferdifiandea, parait avoir été le plus généralement accepté *.
Le capitaine de vaisseau anglais Tillard assista, à partir du 15 juin 18H, à la formation tout à fait analogue d’une île prés des Açores, en face de la côte de San Miguel, et la baptisa du nom de son navire Sabrina. Elle avait 500 pieds de haut et un mille anglais de circuit. Sa durée fut courte : en février 1812, elle était déjà réduite à l’état de banc de sable, et plus tard elle disparut entièrement. Déjà par deux fois, en 1058 et 1720, des phénomènes semblables avaient été observés aux Açores. La mer Égée aussi a vu se produire des formations semblables, surtout à Santorin, dont nous avons déjà eu occasion de citer l’exemple *. Tandis que les nouveaux cônes formés sur cette île se conservaient en partie,
4 D'après 1rs observations les plus récentes, la nier au-dessus de l'ile a une profondeur de 32 brasses 192 pieds). Avant l'éruption, elle était de 100 brasses. L'ile avait donc une hauteur réelle de 800 pieds. — D’après les recherches hydrographiques de Spratts, pendant l'année 1803, l’ile était de nouveau eu voie de soulèvement et ne se trouvait plus qu'à 10 pieds nu-dessous du niveau de la mer, en sorte qu'on avait dd y placer un signal pour la sécurité de la navigation.
* L’ile de Santorin, avec les petites îles de Themsin et d'Aspronisi placées en face, (orme un cratère dégradé et ruiné depuis les temps historiques, comme le prouvent sa situation, sa forme et sa structure. Suivant Plutarque, Pnusanins et d'autres auteurs, à l’intérieur de ce cratère s'éleva d'abord, vers 137 avant Jésus-Christ, l'ile de Hicra ou I'alea Knmeni ; ensuite, en l’année 19 de notre ère, la petite Thin, qui, par de nouveaux soulèvements on 720 et 1427, fut réunie à Hiera. En 1573, une éruption donna naissance à l'ile de Mikrn Knineni, et enfin en 1707, à la suite d'un .soulèvement du fond de la mer, constitué par des tufs |>oiicetix, apparut l'ile de Sea Kameni, accompagnée de la formation d'un volcan de 330 pieds de haut. Iai nier qui, entre Santorin et Mikra Kameni, mesurait 15 brasses de profondeur en 1810, n'en avait plus que 4 en 1850 et 2 en 1835. Ce soulèvement du fond de la mer faisait prévoir la catastrophe qui a éclaté dans la nuit du 29 au 30 janvier de l’année 1866. Une partie de l’ile de 5ea kameni s’affaissa sous l'action de violentes secousses. De grandes crevasses la sillonnèrent et il s’y forma des lacs. Des colonnes de vapeurs blanches s’élevaient continuellement de la nier ; des flammes jaillissaient, et un écueil apparut au-dessus de la mer. U; 12 février, il avait déjà atteint 56 mètres de hauteur. Son . contour était de 1,000 mètres, et il s'unit bientôt avec la côte orientale de l'ile. La sortie des vapeurs, du feu, de la rendre et de blocs de rochers, dont quelques-uns, du poids de 2 quintaux, furent projeté« à 2,000 pieds de' distance, se continua les jours suivants avec une intensité changeante. Une autre petite île, nommée Aphroessa nom emprunté nu liateau à vapeur qui amena d'Athènes des savants accourus pour observer le phénomène], si* souleva à In fui de mars et se trouva bientôt reliée avec Nea Kameni. Entre ce nouveau cap et Palea Kameni, on vit sortir du sein de la mer. le 19 mai d'almrd, deux îles suivies bientôt de deux autres qui préparèrent l'union de Nea et de Palea Kameni. Jusqu'ici nous n'avons pas reçu de nouvelles sur cette union trèsprobable. Les derniers faits connus, du 12 juin, annoncent la continuation de l'éruption. — Bulletin tie l'Institut royal fie géologie à Vienne, 1866. XVI. ir* 1 et 5* G.
ceux qui apparurent dans la mer avant la grande éruption de 178Ö du Skaptar Jokul en Islande, disparurent de nouveau. On connail encore un phénomène semblable dans l'archipel des Aloutiennes. En 1796, une île nouvelle se souleva près d’Uinnak, et Continua à s’accroître jusqu’en 1806. Depuis cette époque elle s’est arrêtée. Elle existe encore, et est haute de plusieurs mille pieds.
Si, après ces développements sur la nature et les effets des tremblements de terre, nous venons à rechercher leurs causes, il nous parait d’abord évident qu’elles ne peuvent différer de celles des éruptions volcaniques. Ils accompagnent toujours ces derniers phénomènes et servent d’avant-coureurs à l'apparition des nouveaux volcans et des crises éruptives. Nous avons expliqué, plus haut, l’émission de la lave, des cendres et des /npi//i au moyen d’explosions, de matières gazeuses et do leur force d’expansion ; nous pourrons aussi attribuer les ébranlements du sol à la pression qu’exercent sur lui des vapeurs comprimées dans un petit espace et cherchant une issue. Parmi toutes les forces que nous connaissons, celles des gaz confinés sont les plus énergiques ; leurs effets doivent aussi être les plus grands. Aucun autre des phénomènes telluriques ne peut égaler les bouleversements et les ravages que produisent les tremblements de terre et les éruptions volcaniques ; nous trouvons donc là un accord parfait entre la cause et l’effet. Si on ajoute que des vapeurs d’eau et des gaz de diverses sortes s'échappent des cratères des volcans; qu’il existe dans ces gouffres une température capable de vaporiser la plupart des corps solides, et que dans les lieux où il ne se trouve point de volcans ouverts, ces matières sont vomies par les crevasses formées à la suite des tremblements de terre, nous avons alors plus que des probabilités pour attribuer à l’action des vapeurs comprimées tons les phénomènes qui accompagnent les secousses du sol, les crevassements et l’émission de matières souterraines. Cette hypothèse est en harmonie parfaite avec la théorie actuelle des tremblements de terre ; mais on a longtemps discuté sur la nature des vapeurs elles-mêmes. Dans ces derniers temps, presque tout le monde s'est rangé à l’opinion de Scrope', que les vapeurs d’eau devaient uniquement servir à expliquer tous les phénomènes éruptifs. Cette opinion, d’ailleurs, a une valeur d’autant plus grande
1 Poulctl Scrope, ConnitlcrrUion* on t xtlconon, iSc. Ixtndon. 18*25. in-8. Cap. 2.