‹ Histoire de la création. Exposé scientifique des phases de développement du globe terrestre et de ses habitantsChapitre 44 sur 295 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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fumée, au milieu de laquelle on voyait de temps en temps des ilamines vives s’élancer rapidement. Pendant tout le jour, la colonne de fumée s’éleva uniformément et presque perpendiculaire. On entendait de temps à autre des explosions semblables à des coups de tonnerre, ot le soir on put voir des éclairs comme dans les orages. Effrayés par ces phénomènes, les habitants n’osèrent point s’approcher du point d’éruption. Ce fut seulement dix jours plus tard que des voyageurs allemands1, attirés par ce curieux événement, décidèrent quelques marins à se mettre à la mer pour étudier de près le phénomène. A leur approche du lieu de l'éruption, ils se trouvèrent en face d’un spectacle dont nous avons essayé de donner une idée au moyen de la gravure ci-contre. Ils virent un cratère sombre parfaitement dessiné, dont les bords atteignaient une élévation de 60 à 200 pieds et taillés à pic au-dessus de la mer, parce que les Ilots en rongeaient continuellement la base et qu’un fort ressac en arrachait constamment des débris. Des flocons gigantesques de vapeurs d’une blancheur éblouis santé s’élevaient sans interruption et avec violence du milieu du cratère. Ils n’étaient pas accompagné de détonations et s’enroulaient en une masse continue jusqu’à uue hauteur de 200 pieds. Des fragments noirs de scories les sillonnaient de toutes parts et déchiraient les nuages de vapeur. Mais le spectacle le plus splendide était les violentes éruptions de cendre qui éclataient de temps en temps. Immédiatement au-dessous et à côté de la colonne de vapeurs blanches, on voyait se gonfler un sombre nuage torrible et menaçant, au milieu duquel de l’eau bouillante et noire jaillissait comme une fontaine. Le nuage s’élevant de plus en plus haut s’épanouissait en forme de gerbe, et laissait retomber le sable, la cendre et les scories qu’il contenait. Les blocs lancés volaient par milliers et couvraient la surface de la mer sur un rayon de 1/8 de mille. L’eau rejaillissait et se transformait en vapeur eu bouillonnant et sifflant au contact des corps brûlants. Les quartiers d’un volume assez fort qui, sous une impulsion plus énergique, volaient jusqu'au delà de la masse principale, entraînaient à leur suite une traînée de sable noir. Il se formait ainsi des

* Le géologue mort, K. liolTmann et trois compagnons. Nous leur «lovons une description détaillée du phénomène dont nous donnons un extrait ici. \nnalr* (te Poggeiuiorff, t. XXIV, p. «5.

groupements curieux semblables à des l'usées obscures ou à des rameaux de cyprès, et qui offraient le spectacle le plus extrordinaire. Eu même temps on entendait le choc et le cliquetis produit par les scories en se heurtant en l’air, ce qui causait un tapage semblable à la chute de masses pesantes. Il était encore augmenté par le clapotement et le bouillonnement de la mer dans laquelle retombaient les blocs. Il ne sortait aucune flamme du cratère, et on n’y voyait point de lueurs. Au contraire, pendant les plus fortes explosions, das éclairs brillants sillonnaient inccssamment et dans tous les sens la masse noire des vapeurs. Chacun d’eux était suivi d’un coup de tonnerre retentissant et prolongé, de sorte qu’à une certaine distance les détonations semblaient continues. Les éruptions les plus fortes ne duraient souvent que 10 minutes, et quelquefois une heure environ. Le calme reparaissait ensuite avec une pause plus ou moins longue, durant laquelle on ne voyait plus que les vapeurs blanches monter en s'enroulant. — Ces phénomènes se continuèrent avec une intensité décroissante jusqu’au 12 août. — Ils donnèrent naissance à une île elliptique dont les bords relevés formaient les lèvres du cratère. Le point le plus élevé, situé au nord , atteignait 200 pieds ; le contour pouvait être de 2,000 pas. Sa masse consistait uniquement en une cendre fine et friable, composée en grande partie de petits cristaux d’augite ou de débris. Elle s’était déposée en couches concentriques, entre lesquelles de minces croûtes de sel blanc formaient des bandes alternantes presque régulières. On ne put découvrir aucune roche solide en dehors de blocs noirs de texture basaltique et de fragments très-petits. La lave et la pierre ponce manquaient complètement. Un amoncellement de cendre aussi peu consistant ne pouvait pas résister longtemps à l'action des Ilots. Dès que l’éruption fut en décroissance, le cratère commença à être entamé, et lorsqu’elle eut cessé tout à fait, la partie visible décrût si rapidement que dès le mois de décembre, les derniers débris avaient disparu sous les Ilots. Pendant les premières années, à la place de l’ile, dont les Anglais avaient pris possession le 2 août, avec toutes les formes du droit international, on trouvait à une profondeur de deux brasses une pointe de rocher, qui probablement était la lave soulevée dans le cratère jusqu’à cette hauteur. Aujourd’hui, ce dernier

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