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CHAPITRE PREMIER

« La danse peut compter parmi les arts, car elle est asservie à des règles. »

Voltaire.

« L'usage de représenter les légendes des dieux et des héros, en donnant leur costume et leur figure à des hommes réels, appartient à tous les peuples aryens et se retrouve dans la haute antiquité de cette race comme il existe de nos jours1. »

Cet usage tire son origine de la danse religieuse qui, on Ta vu précédemment, avait pour mission de révérer les forces supérieures, en imitant le mouvement des astres, les gestes des dieux, les exploits des héros. Elle

i. Burnouf, op. cit.

est tellement naturelle à l'homme cette action d'imitation qu'on la retrouve chez tous les" peuples : la danse en fut la plus ancienne expression. Les danses du Kalumet ou celles de la Découverte, chez les sauvages, aussi bien que les pantomimes de l'antiquité sont de véritables petits ballets d'action plus ou moins simples, plus ou moins compliqués selon les peuples, selon leur degré de civilisation, qui tous, à fort peu d'exceptions près, rentrent dans le genre pantomime. Chez quelques-uns elles sont restées dans un état fort embryonnaire, chez certains elles ont pour ainsi dire disparu; chez d'autres, au contraire, les Grecs et les Romains par exemple, la danse théâtrale a presque atteint son apogée.

Mais avant d'arriver à ces peuples d'une civilisation moins ancienne, il serait utile de résumer ce que l'on sait de la danse théâtrale chez les peuples de l'antiquité la plus reculée.

Tout d'abord il faut partir du principe que, dans l'enfance de l'humanité, le culte des dieux était célébré par des cérémonies d'une pompe théâtrale. Les représentations scéniques n'existent pas encore; l'imitation brutale du geste suffit à ces races naïves, et si les premiers essais timides de la pantomime peuvent s'entrevoir dans les danses des esclaves des Pharaons, ce n'est pas absolument ce que l'on pourrait appeler la danse théâtrale. D'ailleurs, les peintures des hypogées thébains qui retracent les danses religieuses, funèbres et plastiques, îfe semblent pas démontrer clairement jusqu'à présent l'existence de la danse théâtrale au pays du taureau Apis. Plus tard, pendant la période alexan-

drine, les pantomimes licencieuses eurent une grande vogue. Mais on ne doit 'pas oublier qu'elles faisaient partie de la danse grecque et qu'elles avaient été transportées du Péloponèse dans le delta du Nil.

Ce que Ton vient de dire des Egyptiens peut se rapporter aux Ghaldéens et aux Assyriens. On ne connaît chez ces peuples aucune représentation peinte ou sculptée de la danse théâtrale. Un cylindre chaldéen, qui appartient au musée de New-York, semble faire mention d'une danse théâtrale burlesque où sont représentés des hommes tournant avec des lions et des bœufs. Ce qu'il faut remarquer, c'est la disposition des membres inférieurs de ces animaux; elle indique d'une façon évidente qu'ils devaient être des mimes déguisés en bêtes. Mais aucun texte ne vient confirmer cette dernière hypothèse.

Chez les Hébreux, la danse théâtrale était inconnue, bien que le Père Ménestrier pense que le Cantique des Cantiques était à la fois chanté, dansé et mimé dans le palais de Salomon, par deux personnages, l'Epoux et l'Épouse, accompagnés par le chœur; c'est seulement sous le règne d'Hérode que les danseuses et les histrions sont appelés en Judée pour les grandes fêtes données par le tétrarque à l'imitation de celles qui se célébraient à Rome. On sait de quelle façon Salomé, la danseuse, usa de ses talents chorégraphiques pour obtenir, à l'instigation dfe sa mère Hérodiade, la tête de saint Jean- Baptiste. Mais il n'est pas possible de dire si sa danse appartenait au genre de la pantomime romaine ou à

celui des chorégraphies voluptueuses des courtisanes de l'Asie. La Bible est muette" à cet égard.

Les peuples anciens n'apportant aucun document indiscutable, c'est chez les Grecs qu'il faut rechercher les premières traces delà danse théâtrale.

Elle prit naissance à l'époque où les fêtes de Bacchus étaient célébrées avec la plus grande pompe. Les danses exécutées autour de. la Thjrmélé s'entrecoupèrent de tirades, ditesparunrécitant.Thespis fut l'auteur de l'invention nouvelle : le dialogue s'établit entre le chœur et le récitant, ayant trait à une action qui se rapportait au cycle de Bacchus. Puis l'épisode, ainsi mêlé à l'action, se développa entre plusieurs personnages; le drame venait de naître : il était tantôt tragique, tantôt comique, tantôt satirique.

Alors le cortège dansant le Komos fut relégué au second plan. Pourtant la danse continua à jouer un grand rôle longtemps encore dans le spectacle chez les Grecs. A YEmmélie, danse religieuse par excellence que le chœur exécutait aussi dans la tragédie, la comédie opposa la Cordace, danse bouffonne d'un caractère absolument différent. Cette danse était plus ancienne que la comédie. Burnouf la fait dériver

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