‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 99 sur 153 · FIG. 78. — DANSE GUERRIÈRE CHEZ LES ZOULOUS · texte numérisé non relu

FIG. 78. — DANSE GUERRIÈRE CHEZ LES ZOULOUS

(D'après une photographie.)

derrière le bouclier de cuir deux ou trois roseaux assez longs pour simuler les assagaies, se placent en face de nous sur une ligne.

I. Avant le combat. — t Des voix se font entendre chantant une mélodie douce et parfois mélancolique. A mesure qu'ils chantent en marquant la mesure avec

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les membres inférieurs, ce qui constitue, en somme, la caractéristique de cette danse, les hommes s'excitent davantage. Les uns accélèrent le mouvement, ce qui produit bientôt une certaine polyphonie qui se répétant sur les mêmes tons n'a rien de désagréable. L'excitation est alors à son comble : les yeux roulent, les dislocations du corps entier s'accentuent. Les bras s'agitent, le corps ondule, la tête roule, folle, sur les épaules, la respira" tion, écourtée, halète. C'est alors le tumulte vague et sombre dans toute sa h'deur, hideur étrange, qu n'a plus rien d'humain et gronde comme ces hurlements de fauve, qui, la nuit, sèment la terreur aux alentours.

IL Le Défi. — Énervé par ces mouvements désordonnés qui endorment la sensibilité à la façon des Aïssaouas et font braver toutes les tortures, un guerrier sort des rangs avec des gestes d'énergumène. A pas saccadés il marche, le buste incliné en avant, heurtant alternativement de chaque genou sa poitrine, tandis que les amulettes s'entrechoquent. Les cheveux laineux, tressés en une foule de petites nattes, se hérissent autour du masque qui devient effrayant, et semble ainsi occuper le milieu du corps replié sur lui-même, ramassé comme pour une brusque détente. A chaque pas l'homme pousse un cri difficile à analyser, sorte de hurlement rauque, court, dur, âpre, qui sort péniblement des profondeurs de la poitrine et grince à travers la gorge dilatée, puis, en avant des siens, menace de ses armes l'ennemi qu'il a choisi, pousse son effroyable cri de guerre et revient prendre sa place (fig. 78). Un autre lui succède. Presque

tous les guerriers cafres au commencement de l'action vont ainsi défier leurs ennemis.

III. La. Mêlée. — C'est la charge barbare, dans toute la force du terme. S'élançant en un désordre apparent, quoique réglé, les guerriers entrechoquent les massues et les lances, et poussent d'horribles cris. Les lanières des ceintures voltigent, les assagaies se balancent, les boucliers se meuvent; et l'on croirait voir un monstre à trente têtes, grouillant, bavant le fer, dont la masse hérissée semble inexpugnable de toutes parts.

La danse se termine, au repos, par un chant triste et monotone, dont la plainte lugubre contraste avec la furie de la charge enfiévrée.

Telle est la danse guerrière des Zoulous. Elle rappelle la chorégraphie brutale des insulaires du Pacifique. Du reste, toutes ces danses, ayant eu probablement la même origine, doivent présenter entre elles de grandes analogies.

La danse guerrière est tellement en honneur chez ces peuplades que le plus souvent les rois et les chefs de tribus se mettent eux-mêmes à la tête des danseurs. Elles rentrent dans la catégorie des danses pantomimes, car ce sont de véritables combats qu'elles représentent. On garde ainsi la mémoire des hauts faits des guerriers célèbres, on rappelle leurs actions d'éclat, leurs luttes héroïques ; on habitue les jeunes générations à les reproduire pour qu'ils puissent à leur tour les imiter dans les batailles. Le rythme de ces danses guerrières est le même que celui des danses plastiques : chant d'amour

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ou de guerre, il semble que chez les peuples primitifs les deux gestes obéissent à la même idée et se complètent Pun l'autre. Peut-être est-ce pour semblable raison que les Grecs subtils avaient consacré Punion de la déesse de la Beauté et du dieu de la Guerre !

OUVRAGES CONSULTES

Voir presque tous les ouvrages mentionnés à la fin des chapitres traitant de la danse dans l'antiquité, chez les Grecs et chez les Romains.

Olaùs Magnus, Historia de gentibus Septentrionalibus (in-folio),

Savary, Lettres sur la Grèce.

Ferdinand Foucques, Revue française, année 1857. Hersart de la Villemarqué, Bar^a^-Brei^.

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