‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 104 sur 153 · Duruy, op. cit · texte numérisé non relu

Duruy, op. cit

qu'à l'exception des œuvres de Plaute et de Térence, qu'ils ne comprenaient guère et qu'ils n'estimaient pas, le véritable art dramatique des Romains fut la pantomime et les danses se rapportant à ce genre secondaire. Du reste, l'art des gestes s'appelait chez eux saltatio. Un historien raconte ainsi l'origine de la pantomime.. Hiéron, tyran de Syracuse, prince cruel et soupçonneux, avait poussé le despotisme jusqu'à défendre aux Syracusains de parler entre eux, car il craignait que ses sujets n'en profitassent pour conspirer contre lui. Les citoyens s'accoutumèrent insensiblement à se faire comprendre par les gestes et les mouvements de la physionomie.

Quelle créance faut-il donner à ce fait? Remarquons cependant que les Siciliens passèrent longtemps pour être les meilleurs pantomimes.

• 11 a été question précédemment de l'introduction des jeux scéniques à Rome pendant la peste qui sévit sous le consulat de Sulpicius Poéticus et de L. Stola. C'est à ce moment qu'on fit venir les ludions d'Étrurie. On les appela histrions, du mot toscan hister qui signifie danseur (Tite-Live, Valère Maxime et Plutarque sont d'accord sur ce fait), ou peut-être aussi du nom du plus habile saltateur d'Etrurie (Plutarque). Pourtant on donne à la pantomime une tout autre origine. Livius Andronicus, Grec de naissance, qui fut esclave de Salinator, passe pour avoir composé, le premier à Rome, une action dramatique complète, en vers, qu'il jouait lui-même. Le succès de certaines tirades qu'on l'obligeait de répéter plusieurs fois de suite, lui abîma la voix. Grâce à la faveur dont il jouissait, il obtint de faire lire le texte

par un esclave, tandis que lui-même en rendait l'expression par le geste seul. La nouvelle formule d'art dramatique demeura acquise; le succès en fut très grand • Livius Andronicus fit école. Les histrions qui jouaient les Atellanes, ceux qui dansaient au son de la flûte pendant les entr'actes des comédies, essayèrent la pantomime dans le genre comique. A leur tour ils réussirent si bien qu'ils se séparèrent des autres comédiens pour fonder un théâtre spécial.

« L'art delà pantomime, dont nous ne pouvons nous former qu'une idée très imparfaite, fut porté chez les Romains à un tel point de perfection que tout ce que renferment et l'histoire et la fable et la poésie était de son ressort, que ces acteurs avaient le talent d'exprimer, par des gestes, les plus légers mouvements de l'âme, et que le langage muet, mais peut-être non moins énergique que la déclamation théâtrale, était parfaitement entendu du spectateur. » On raconte à ce sujet qu'un roi du Pont appelé à Rome par Néron, ayant assisté à une pantomime, fut tellement émerveillé du jeu de l'histrion qu'il demanda à l'empereur la permission de faire venir l'artiste dans son royaume; par ses gestes, croyaitil, l'artiste lui servirait d'interprète auprès des nations barbares dont il n'entendait pas la langue. L'art de la pantomime avait donc atteint chez les Romains un degré très élevé. Les pantomimes nécessitaient, d'ailleurs, une éducation spéciale assez complète : « Le premier devoir d'un danseur, dit Lucien, est de se rendre propice Mnémosime et Polymnie sa sœur, de cultiver sa mémoire et de s'efforcer à la rendre universelle, car tel que le Calchas d'Homère, il faut qu'ii connaisse le passé, le

présent et l'avenir afin que rien ne lui échappe. Le plus bel éloge que Ton peut faire d'un danseur serait de pouvoir louer en lui ce que Thucydide loue dans Périclès, à savoir ce qu'il est à propos de faire, et de renoncer avec grâce. Il faut enfin que le danseur connaisse parfaitement tout ce qui s'est passé depuis le chaos et la naissance du monde jusqu'à Cléopâtre. »

Les ludions et les histrions d'Etrurie étaient devenus les mimes, et ces derniers, ayant perfectionné leur art, furent appelés pantomimes ou mimes universels1. Pylade, le premier, prit ce nom et les autres le conservèrent.

Ce fut vers Pan 3o avant Jésus-Christ que le goût de la pantomime alexandrine s'introduisit en Italie, apportée d'Egypte par Bathylle d'Alexandrie et Pylade de Cilicie. Accompagnés d'une bande de musiciens habiles, les danseurs obtinrent une grande vogue. Pour les applaudir, Rome délaissait tous les autres spectacles, et ces artistes appelés Choreutes ne tardèrent pas à être entretenus aux frais des citoyens. Les deux principaux sujets, Bathylle, dans le comique, Pylade, dans le tragique, choisirent parmi toutes les danses grecques et romaines les éléments de la danse Italique, et le peuple enthousiasmé ne quittait plus leur théâtre. Leur succès était si grand qu'un jour Pylade osa dire à Auguste : « Pendant que Rome s'occupe de Bathylle et de moi, elle ne pense pas à toi. Laisse-nous faire : c'est ton intérêt. » N

Mais le talent des célèbres mimes avait divisé en

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