V. Fournel, les Contemvorains de Molière
importante qu'il renferme, peut, à bon droit aussi, être appelé le premier ballet. En effet, dans cette pastourelle, genre déjà connu, dont maître Adam s'est contenté d'agrandir le cadre, la danse tient une certaine place. Pour célébrer la joie de se revoir, Robin et Marion dansent ensemble, puis la gente bergère demande à son ami s'il sait mener la tresche, sorte de ronde d'origine provençale, très en faveur dans les campagnes, et la pièce se termine brusquement sur une farandole. Mais ce premier essai de danse théâtrale n'a pas eu d'imitateurs pendant les années qui suivirent.
Nous sommes obligés d'attendre un intervalle de près de cent ans pour retrouver un semblant de ballet dans le cortège triomphal qui mène Pétrarque au Capitole en 1341. Quelques années après, au mariage de Galéas Visconti, duc de Milan, avec Isabelle d'Aragon, un gentilhomme lombard nommé Bergonzo di Botta fait exécuter un intermède très développé, donnant déjà l'idée d'un ballet, et dont Gahusac a laissé une longue description. On y voit Jason et les Argonautes danser une entrée noble, suivis de Thésée et d'Atalante, « représentant par des danses vives une chasse à grand bruit ». On y voit encore Iris, montée sur un char traîné par des paons, et accompagnée de plusieurs nymphes « vêtues d'une gaze légère et qui portaient des plais ».
Ce spectacle avait lieu pendant un festin d'apparat. Rappelons, à ce propos, que le mot intermède vient ^entremets parce que les entrées de danses avaient lieu entre chaque service.
Sans raconter dans tous ses détails ce ballet auquel on ne peut refuser une certaine ingéniosité, citons
LE BALLET ET SES ORIGINES
cependant les principaux ensembles de danse exécutés par les dieux de la mer et des principaux fleuves de la Lombardie, l'entrée des reines amoureuses Sémiramis, Hélène, Médée et Cléopâtre, chassées bientôt par les amours qui en « une danse vive et animée fondent surelles,les poursuivent avec leurs flambeaux allumés et mettent le feu aux voiles de gaze dont elles étaient coiffées » .
La description de cette fête courut toute l'Europe et l'exemple en fut suivi dans la plupart des cours princières à l'occasion des grandes solennités. Il fallut toutefois l'invention du style monodique par Caccini, Péri et Monteverdepourdonneraux
intermèdes musicaux une forme nouvelle : celle du drame lyrique. A la fin du xvie siècle, le poète Florentin Rinuccini et le musicien Caccini écrivirent une pièce théâtrale chantée et dansée, Daphné, qui fut représentée à Florence en 1597. Rinuccini, encouragé
FIG 85. — TRITON (XVIIe SIECLE).
(D'après une lithographie en couleur d'Hippolyte Lecomte. — Bibliothèque nationale.)
27o HISTOIRE DE LA DANSE.
par le succès, donna bientôt après une Eurydice avec Caccini, poème que Péri mit en musique à son tour, et une Ariadne avec Monteverde. L'opéra était créé. \J intermède avec sa musique, ses dieux et ses machines lui avait tracé la voie. Mais dans les premiers opéras la danse avait été supprimée. On imagina alors un autre genre de pièces où les parties chantées étaient remplacées par la chorégraphie : à son tour le ballet théâtral venait de naître. Sa vogue fut considérable et finit par contrebalancer le succès des ballets de cour en usage dès le xve siècle.
Ces œuvres, que Ton s'est ingénié à classer en ballets historiques, fabuleux , "poétiques y bouffons, moraux, allégoriques ou de fantaisie* étaient généralement en cinq actes, divisés chacun en trois, six, neuf et quelquefois douz£ entrées. L'entrée se composait de plusieurs quadrilles, chacun de quatre, six, huit et douze danseurs vêtus uniformément.
Catherine de Médicis avait introduit le ballet italien en France, longtemps avant sa transformation théâtrale et lorsqu'il n'était encore qu'un intermède plus ou moins développé.
Le premier ouvrage à la façon italienne représenté en France est le célèbre Balet comique de la Royne « faict aux nopces de Monsieur le duc de Joyeuse et de Mademoiselle de Veaudemont, par Balthasar de Beaujoyeulx, valet de chambre du Roy et de la Royne sa mère » (i582). Ce ballet qui mettait en scène la magicienne Circé et dont le plan détaillé était de Baltasarini, dit Beaujoyeux, eut pour auteurs l'aumônier du roi^ La Chesnaie, qui fit les vers^ le sieur de Beaulieu:,
LE BALLET ET SES ORIGINES
qui avec le concours des musiciens de la chambre du roi et principalement maître Salmon, se chargea de la musique, et Jacques Patru qui dessina les costumes et peignit les décors.
La description en est connue :
elle se trouve dans l'ouvrage de M. L.
Celler, les Origines de l'Opéra, et dans la préface que M.Weckerlin écrivit en tête de l'édition Michaelis. Ce ballet fut représenté par les dames et les seigneurs de la cour.
La reine, la princesse de Lorraine, les duchesses de Guise, de Nevers, d'Aumale et de Joyeuse, en naïades, ne dédaignèrent pas de se mêler aux chantres du roi qui représentaient les Tritons. Voici d'après le livret la description du ballet final : « Ce fut alors que les violons changèrent de ton, et se prindrentà sonner l'entrée du grand balet1