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CHAPITRE III

LE BALLET ET SES ORIGINES

« Le ballet, chose nouvelle, ^est un mélange géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble sur une harmonie de plusieurs instruments. » Baltasarini.

Certains auteurs (le P. Ménestrier, Bonnet), font dériver le ballet moderne de l'ancienne Emmelie ou danse sacrée des Grecs ; or, les différences essentielles qui existent entre le ballet moderne et ce qui nous est connu des danses antiques indiquent clairement que c'est dans une autre direction qu'il faut rechercher l'origine de notre danse théâtrale.

En réalité, après une longue période pendant laquelle ses traces nous échappent, la danse scénique passe, depuis le moyen âge, par deux grandes phases : le ballet de cour et le ballet théâtral. La place du ballet de cour devait être logiquement au chapitre IV du livre IIe; cependant il est nécessaire d'en parler ici, car c'est l'acclimatation du ballet de cour sur le théâtre qui, l'obligeant à observer certaines règles de la convention

•2.6-i HISTOIRE DE LA DANSE.

scénique, en a fait le ballet actuel, et nous pouvons le dire hardiment, l'opéra. Les premiers opéras ne furent que des ballets mêlés de chant, où la danse devait se trouver bientôt reléguée à une place secondaire.

Mais où faut-il chercher l'origine des ballets de cour?

Nous la rencontrons d'abord au moyen âge, où les traditions des Saturnales antiques, transportées en Gaule par les légions romaines, étaient devenues le Carnaval, la. Fête des Fous, les Mascarades, les Masques et les Intermèdes, cérémonies comprenant des danses chantées. Or, depuis longtemps l'habitude s'était conservée de mimer par les danses les sujets des chansons.

La plupart des danses religieuses, guerrières ou plastiques dont il a été déjà question précédemmentn'étaient que des ballets à l'état embryonnaire.

Il n'est pas besoin d'expliquer davantage la vogue éternelle de cet art qui se développait chez des races jeunes « et qui n'avait pour but que de rendre plus nette la signification des mots par la précision du geste ». C'est pourquoi on la rencontre à l'aurore de tous les peuples.

La danse astronomique, représentant le chœur des astres, la conjonction des planètes avec les étoiles fixes, était un véritable ballet.

Il y a des ballets, en toute l'acception du terme, dans le théâtre grec : celui des Néréides de Prométhêe enchaîné, celui des Grenouilles, celui des Oiseaux dans les comédies d'Aristophane.

La pantomime romaine avec la danse italique n'était autre chose qu'un ballet très simplifié. Au même genre appartiennent, la danse macabre, les danses pieuses

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exécutées dans les cathédrales. Le chœur des églises n'est-il pas, en effet, surélevé, en forme de théâtre et le mot, chœur, ne vient-il pas du mot grec xopo;, danse? Autrefois on y représentait les premiers Mystères. Toutes les danses anciennes étaient donc de petits ballets d'action fort rudimentaires. La plupart des danses exotiques rentrent dans cette catégorie. Seules les danses de cour ou de salon, depuis le xvic siècle, se sont bornées à être des exercices d'adresse pure et de grâce et quelquefois de souplesse.

Mais il ne faut parler ici que du ballet théâtral. C'est dans les cours des grandes puissances d'Europe, en Italie et en France principalement, qu'il commence à prendre une forme, caria danse d'imitation est vraiment à sa place au milieu d'une action, et toutes les danses des ballets primitifs étaient reliées entre elles par une action scénique, réduite àla plus grande simplicité. Le ballet de cour fut donc un prétexte à danses, une idée ingénieuse qui servait d'intermédiaire entre les différentes entrées chorégraphiques.

Les histrions, qui jouaient les Mystères du moyen âge, descendaient fort probablement des mimes romains, formant avec les acteurs antiques une chaîne ininterrompue, « bien qu'elle se montre rarement aux yeux dans l'obscurité des siècles reculés », ainsi que l'observe Gaston Paris.

Pour mieux être compris de leurs fidèles, encore grossiers, les prêtres avaient imaginé de faire défiler, dans le chœur, des clercs revêtus du costume des per-

sonnâmes mis en scène oar la Sainte Écriture. Ce fut le début de la danse théâtrale au moyen âge; car, de même que les chanoines dansaient dans l'église sur les rythmes majestueux de la pavane, les acteurs improvisés, en plus d'une circonstance, dansaient pieusement comme dans le ballet des Vierges sages et des vierges folles au cours duquel ces dernières devaient certainement se livrer à des ébats chorégraphiques.

Les Mystères chrétiens furent la plus ancienne manifestation théâtrale de notre contrée. On les retrouve dans toute l'Europe : en Angleterre, en Allemagne comme en France. Le Mystère de la Passion forme le fond principal de cette littérature dramatique. Les confrères de la Passion restèrent les seuls acteurs jusqu'à ce que les clercs de la Basoche, comprenant que le peuple commençait à se lasser des drames sacrés, eussent fait entrer le théâtre dans la voie profane.

Sans être non plus tout à fait un ballet, le Masque, très en honneur à la cour d'Angleterre aux xvie et xviie siècLes, offrait une sorte de représentation de gala composée de danse, de musique, de scènes parlées et mimées. S'il faut en croire les anciennes chroniques, un des premiers masques aurait été représenté en i 5 10, à la cour de Henri VIII. Les masques nécessitaient la collaboration de plusieurs artistes : un poète, un musicien, un peintre et un maître de ballet. Les plus grands poètes anglais, Shakespeare, Ben Johnson, Beaumont, Fletcher, Milton écrivirent des masques célèbres que les meilleurs compositeurs du temps, Purcel, Eccles, Lowes, etc., mirent en musique. Ce genre de spectacle se rapprochait des intermèdes italiens

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et des mascarades, divertissements favoris des rois de France depuis Charles VI. A la mascarade se rattachait la Boutade qui était, d'après l'abbé de Pure, un raccourci du ballet, une boutade de l'imagination se contentant de peu d'entrées, exécutées sur un sujet galant ou folâtre. Autrefois la boutade consistait en quatre entrées, un récit et un grand ballet. Les premières entrées étaient d'un seul danseur et le grand ballet de quatre rassemblées après le récit1.

La vogue de ces divertissements se continua sous Charles IX, Henri III, Henri IV, qui prit part à la mascarade des Sorciej~s, sous Louis XIII, jusqu'à Louis XIV, qui, âgé de seize ans, fit un personnage dans une mascarade dansée chez Mazarin. La dernière que le roi honora de sa présence fut le Carnaval de Benserade et de Lulli ; on sait quelle influence eurent sur la décision royale les beaux vers de Britannicus.

Les poètes Jodelle, Passerat, Baïf, Ronsard, Benserade, Daurat, Ph. Desportes, Imbert, L'Estoile, Colletet, Malherbe, Maynard, Saint-Amand, Théophile, Bordier se distinguèrent dans cette sorte de littérature très à la mode et d'une origine bien française parce qu'elle exige de l'esprit, de la galanterie et du goût : le ballet a pris naissance de ces divertissements.

Le théâtre, en dehors des Mystères, avait déjà fait une incursion dans le domaine profane, principalement au xme siècle avec maître Adam de la Halle, dont le Jeu de Robin et de Marion, s'il a été considéré comme le premier opéra-comique à cause de la partie musicale très

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