‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 122 sur 153 · FI G. 10 O. — PAYSANNE COQUETTE · texte numérisé non relu

FI G. 10 O. — PAYSANNE COQUETTE

pour le divertissement du Retour du Printemps (1723).

(D'après une lithographie en couleur d'Hippolyte Lecomte. — Bibliothèque

nationale.)

les heures et des ailes au dos, aux pieds, à la tête, une faulx et un sablier à la main. Le Destin doit être vêtu de bleu semé d'étoiles et couvert de miroirs, parce que c'est dans le cours des astres et dans les miroirs enchantés qu'on cherche ses destinées... J'ai une fois vu un

Monde agréablement vêtu. Il avait pour coiffure le mont Olympe et son habit était fait en table de géographie... » Les dessinateurs ne manquaient certes pas d'imagination, mais ces costumes, souvent bizarres et sans aucun goût, devaient être bien incommodes !

Noverre sentit qu'ils devenaient impossibles pour les danseurs ; le premier, il observa que « le dessinateur pour les habits ne consultait personne, qu'il sacrifiait souvent le costume d'un peuple ancien à la mode du jour, ou au caprice d'une danseuse ou d'une chanteuse en réputation ».

Malheureusement il n'eut pas le courage de prendre une mesure radicale: « Je diminuerai, dit-il, des trois quarts,' les paniers ridicules de nos danseuses (fig. 99) ; ils s'opposent également à la liberté, à la vitesse et à l'action prompte et animée de la danse. Ilsprivent encore la taille de son élégance et des justes proportions qu'elle doit avoir; ils diminuent l'agrément des bras, ils enterrent, pour ainsi dire, les grâces. Ils contraignent et gênent la danseuse à un tel point que le mouvement de son panier l'occupe quelquefois plus sérieusement que celui de ses bras et de ses jambes. » Noverre ne voyait que f intérêt de la danse ; c'est pour cette raison qu'il se montra l'adversaire du masque : « Le visage, dit-il, est l'organe de la scène muette; il est l'interprète fidèle de tous les mouvements de la pantomime. » Grâce à lui, les masques furent supprimés en 1772; l'on avait déjà renoncé à danser les Vents avec les soufflets à la main, les moulins sur la tête et les habits de plume dont parle le Père Ménestrier.

Ces réformes du costume devaient amener la

transformation de la danse. Le réalisme du vêtement traçait la voie de l'expression de la physionomie et du geste. A Lulli, dont «la musique dansante est froide,

langoureuse, sans caractère parce quelle était composée dans un temps où la danse était tranquille et où les danseurs ignoraient ce que c'est que l'expression», avaient succédé Campra, Destouches, puis Rameau dont le génie devait atteindre bientôt une si grande intensité dramatique, une si parfaite correction dans la tenue, une entente si admirable dans la com-

Page 1