FIG. II9. — KUBISTETERE. — EXERCICE DE L ARC
(Peinture de vase. — Ancienne collection Barone.)
adresse, faisant des sauts et des culbutes à travers un cercle garni d'épées nues et se livrant à des tours de dislocation. Quant aux danses exécutées sur les mains, elles étaient déjà assez répandues, s'il faut en croire Hésiode.
Chez les Romains, les funambules ou danseurs de
corde étaient aussi en grande faveur, d'après Horace;
Térence en parle aussi dans le prologue de YHécyre.
Ces funambules romains avaient une grande agilité,
et se livraient sUr la corde tendue à des exercices d'une
LA DANSE ACROBATIQUE. jji
audace extraordinaire. On voit, par une médaille frappée par les Cyziscéniens en l'honneur de Caracalla, que la danse de corde était très répandue sous le règne de cet empereur.
Au sujet du triomphe de Lucius Verus et de Marc- Aurèle, on rapporte, comme trait de l'humanité de ce dernier prince, qu'il eut soin de faire mettre des matelas bien rembourrés sous les cordes où « travaillaient » les danseurs : c'est la première origine du filet destiné à amortir les chutes. Saint Jean Chrysostome parle des funambules qui, après avoir marché sur la corde, s'y dévêtissaient et s'y habillaient comme s'ils eussent été dans leur lit; cela montre que la faveur de ce genre de spectacle ne date pas de notre époque. Cet exercice était alors considéré seulement comme très dangereux.
Chez les Romains les danseuses de corde montraient une souplesse étonnante ; leurs exercices étaient souvent des tours de force. On les voyait danser sur les mains au milieu de sabres placés la pointe en haut; elles se tenaient en l'air d'une seule main posée sur la tête d'un athlète, les jambes relevées en arrière et portant des poids. Sur la corde elles représentaient des pantomimes, jouaient de la lyre et d'autres instruments de musique. Un de leurs exercices les plus charmants était la danse des œufs : les yeux bandés, elles sautaient légèrement au milieu d'œufs que leurs pieds n'auraient pu effleurer sans en briser la coquille, faisant preuve dans cet exercice d'une agilité surprenante.
La danse des œufs pratiquée aussi par les gitanes se retrouve encore actuellement dans les Indes, mais
avec quelque différence. La danseuse porte sur la tête une roue en osier d'un assez grand diamètre à l'extrémité des rayons de laquelle pendent des fils terminés par un nœud coulant. Au son de la musique la danseuse tourne sur elle-même; elle prend dans une corbeille appuyée contre sa poitrine des œufs qu'avec adresse elle place successivement dans chaque nœud coulant de manière que, par la force centrifuge, les œufs viennent à formerun second cercle. Une difficulté plus grande encore consiste à enlever l'un après l'autre les œufs ainsi placés sans les briser et sans interrompre le mouvement circulaire qui dure parfois de vingt-cinq à trente minutes i.
Mais les acrobates de l'Inde ne se contentaient pas de danser eux-mêmes: ils apprenaient aussi leur art aux animaux, usage que l'on retrouve dans l'antiquité. Si les jongleurs indiens font exécuter aux serpents des mouvements chorégraphiques(fig. 120), les bateleurs romains apprenaient de semblables exercices aux bêtes sauvages. On voyait, s'il faut en croire Pline et Sénèque, des éléphants danser sur la corde et des crocodiles jouer des pantomimes. Cet art venait des Grecs. Athénée raconte que les Cariens, pendant les festins, faisaient danser leurs chevauxausondelaflûte. Un général ennemi, connaissant ce détail, fit pendant une guerre acheter dans la Carie une joueuse de flûte qui apprit aux musiciens les airs connus des Cariens. Lorsque les deux armées se trouvèrent en présence, aux traits lancés par les soldats de Carie les musiciens répondirent par des airs de flûte : aussitôt les