‹ Histoire de la danse à travers les âgesChapitre 14 sur 153 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'ORIENT

« Leurs danses, généralement très lascives, témoignent de leur adoration profonde poulie dieu; et celles qui les exécutent demeurent éperdues d'amour en représentant les hauts faits attribués à la Divinité. »

Bhâgavata-Purâna.

Le culte du feu, que Ton rencontre à l'origine de la tradition aryenne, avait comme principale manifestation religieuse les danses exécutées pendant le chant des hymnes qui forment le recueil du Rig-Veda. Le feu, ainsi adoré, est le symbole du Soleil, dont on fêtait, à certaines époques, la marche annuelle. Ce culte s'est répandu en Europe avec les migrations aryennes. On en trouve une preuve dans les Poèmes Orphiques qui ne sont autre chose que des imitations des chants du Rig-Veda. C'est donc, le fait n'est plus discutable à présent, dans l'Inde que ce culte et les danses qui l'accompagnent ont pris naissance. S'il n'est question de l'Inde qu'à cette place, c'est que les peuples de cette immense

région ont survécu aux civilisations antiques. C'est aussi parce que Ton peut rencontrer, à l'époque actuelle, quelque pâle reflet de ce que fut sa grandeur primitive. L'usage des danses religieuses s'est, du reste, conservé dans l'Extrême-Orient. A Java, en Birmanie, au Japon, on retrouve des exemples de chorégraphies sacrées exécutées dans les temples.

Les prêtresses danseuses des temples de l'Inde sont, d'après la légende, d'origine céleste. « Elles descendent, dit M. Jacolliot, des Apsaras, courtisanes ou danseuses du ciel d'Indra. Les poètes les font sortir de la mer... Elles se mirent immédiatement à danser sur les flots, si séduisantes et si belles de formes, que les Dêvas et les Assouras se livrèrent un combat terrible pour s'en emparer.

« Les Dêvas victorieux les conduisirent à leur chef Indra, qui en fit immédiatement les danseuses ordinaires du ciel en leur adjoignant les Gandharbas ou musiciens célestes, qui seuls, jusqu'à ce jour, avaient eu le privilège de charmer les loisirs de sa cour. Une de ces déesses ayant eu commerce avec un mortel mit au monde une fille qui, ne pouvant habiter le ciel à cause de son origine terrestre, fut confiée à des brahmes qui relevèrent dans l'intérieur de la pagode, où, dès l'âge le plus tendre, elle se mit à danser d'instinct devant les statues des dieux. Elle eut sept filles qu'elle éleva à danser comme elle, dans le temple, les jours de cérémonie, et trois fils qui furent tout naturellement destinés à la profession de musiciens. C'est de là que descendent les Devadassi ou bayadères et les musiciens actuels des pagodes. »

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Les Apsaras, et principalement Rhemba, l'Apsaras par excellence du ciel hindou, sont d'une beauté resplendissante. Les joyaux et les pierres précieuses servent d'ornement à leur jeunesse éternelle. Ces déesses, appelées Apsaras dans l'Inde, portent le nom de Hhuruluyun, dont on a fait Houri, dans le. Koran, et de Fées chez les Persans. Les Devadassi sont nommées Tedivial en Tamoul. Les bayadères descendent de ces déesses du ciel d'Indra. Leurs fonctions principales consistent à balayer la pagode, à danser devant les statues des dieux, aux heures du Poudja ou sacrifice, dans les processions et les grandes cérémonies religieuses ou civiles. Dans les fêtes sacrées elles exécutent les Ramdjeniy. Le nom de Nautchniy est donné aux saltations profanes.

Elles apprennent la danse, le chant et la pantomime et, chaque année, doivent passer des examens sur ces trois matières. Bien qu'appartenant à la pagode, ou plutôt à ses prêtres, elles sont autorisées à embellir les fêtes des rajahs pourvu que l'argent qu'elles reçoivent à cette occasion soit entièrement versé entre les mains des brahmes.

« Leurs danses, généralement très lascives, témoignent de leur adoration profonde pour le dieu; et celles qui les exécutent, demeurent éperdues d'amour en représentant les hauts faits attribués à la divinité », dit à peu près textuellement le Bhâgavata-Purâna.

- « On croit, en effet, deviner que c'est au dieu, dont elles sont les épouses, que s'adressent leurs regards, leurs gestes passionnés, relate un compte rendu des danses des bayadères du Coromandel venues à Paris

en 1 838 d. Ce sont ses exploits que rappelle le pas des poignards et des sabres. Leur extase figure leur participation à la nature divine suivant ridée qui domine la religion hindoue, le panthéisme ou l'anéantissement des âmes individuelles dans la grande âme de Dieu. »

Cette danse est fort ancienne. Les livres hindous les plus célèbres la mentionnent. Arrien, historien grec du IIe siècle, y fait allusion2 quand il parle d'une danse que Bacchus, d'après les Grecs, aurait apprise aux peuples de l'Inde. On peut retrouver dans ce mythe le maillon qui réunit en une chaîne ininterrompue la mythologie grecque à la théogonie hindoustanique.

Le nom de Devadassi ou épouse des dieux est attribué aux danseuses des temples, celui de bayadères ou nautchniy aux danseuses profanes. On les confond souvent les unes avec les autres; il sera fait mention de ces dernières dans un chapitre suivant.

Les Devadassi paraissent aux fêtes du Dassara qui sont célébrées à la fin de la saison des pluies, aux Nauratri ou neuf veillées. Leurs danses, toutes d'attitudes, sont calmes et sereines, presque langoureuses. Elles embellissent les fêtes du Holi en l'honneur de la déesse du Printemps, « fêtes de la débauche effrénée, s'étalant sans honte, et érigée en principe religieux », dit un voyageur qui a eu l'occasion d'y assister3. Les Devadassi jouissent d'une liberté sans borne pendant

i. Magasin pittoresque, année i838.

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