Odyssée, Chant VIII
seurs légers, commencez vos jeux; que votre hôte, avant de retourner dans sa maison, raconte à ses amis comment les Phéaciens l'emportent sur les autres hommes dans Part de la marine, dans la course, dans la danse, dans le chant... Le héraut arrive avec une cithare qu'il met aux mains de Démodocus. Le divin chanteur s'avance au milieu de l'assemblée, de jeunes hommes dans la fleur de leur âge, instruits dans l'art de la danse, l'environnent : leurs mouvements correspondent avec justesse et légèreté à ses accents. Ulysse admire les contours qu'ils décrivent avec grâce : l'harmonieuse cithare accompagne les chants de Démodocus. Il chante les amours de Mars et de Vénus. » C'est la chanson que les danseurs accompagnent de leurs gestes, idée qui se retrouve dans l'Inde et le Japon. Cette danse, dont parle Homère, est donc d'origine très ancienne. Elle resta longtemps en faveur chez les Grecs; on exécutait de cette façon la Danaè, la Daphnè, la Kanake, les Kapenées, la Léda, la Niobé, les Parabées, les Satyros (fig. 26), le Seilenos, la Titanes, qui, d'après Arnobe, Ausone, Athénée, Lucien et Pollux, représentaient l'enlèvement de Ganymède, les aventures de Daphné, de Canacé, de Léda, de Niobé, de Silène, des Satyres, des Titans, ainsi que la victoire de Thésée sur le Minotaure.
Ces danses compliquées, origine lointaine des ballets, auraient été inventées par Dédale qui les enseigna à Ariane. Il est probable que quelques-unes d'entre elles se retrouvèrent dans la danse théâtrale des Grecs. Elles s'exécutaient à deux ou plusieurs personnages. Uéphédrismos qui les terminait, était un gage dont le perdant
s'acquittait en portant le vainqueur sur son dos l. Enfin, parmi les danses privées moins connues et dont le nom seul, sans aucun détail, nous a été laissé par les auteurs anciens qui se sont spécialement occupés de chorégraphie, il faut citer la Briskismata, la Choreion, Y Epanconismos, la Klopeia, la Komatikè, le Poloscholon,\QsBy liichai, les Ricoustai et la Salmoxis.
Les Grecs avaient poussé l'orchestique jusque dans ses dernières limites. Cet art prenait chez eux, au point de vue de l'éducation, une place très importante, et sa puissance était jugée si grande que, d'après la tradition, Bacchus aurait conquis l'Inde plutôt par le charme de ses danseuses que par la force de ses troupes.
« La danse, dit Rollin2, est un exercice du corps que les Grecs ont cultivé avec beaucoup de soin. Elle faisait partie de ce que les anciens appelaient la gymnastique, partagée, suivant Platon, en deux genres : Yorchestique et la palestrique. »
L'idéal de la Grèce était rimpeccabilite.de la forme, la beauté des lignes, la perfection des attitudes : c'est pourquoi les sages avaient prescrit des règles sur les mouvements les plus propres à rendre la taille libre, le corps bien proportionné; ils favorisaient ce qui pouvait donner à toute la personne un air noble et gracieux et, comme le dit l'auteur de YHistoire ancienne, « en un mot, une certaine politesse d'extérieur qui prévient toujours en faveur de ceux qui s'y sont livrés de bonne*
i. M. Emmanuel, op. cit.